Peine

par Chlochan

Peine~Chapitre 9


 
Le monde est un endroit magnifique pour lequel il vaut la peine de se battre.
Anonyme



Trois mois. Trois mois jours pour jours depuis l'histoire de l'hôpital avec ses amis. Trois mois que personne n'est venu la voir. Trois mois qu'elle culpabilisait. Elle était assise sur le rebord de la fenêtre de la chambre aux senteurs de désinfectant. Elle regardait la foule courir du matin au soir le regard vide, mort comme son âme, abandonnée et apeurée, sans pouvoir crier sa peine. Elle se sentait morte de l'intérieur, une coquille vide, voilà ce qu'elle était. Elle ne détournait le regard que quand les soins se faisaient appeler. Elle ne parlait plus vraiment, dépassée par les événements elle avait arrêtée tout contact avec qui que ce soit. A quoi bon continuer quand on sait que l'on ne représente rien pour qui que ce soit ? A quoi bon se mentir ; elle s'était assez bien voilé la face. Elle avait assez brouillé ses pensées et sa raison. Elle avait laissé tomber le fait qu'un jour peut-être elle serait acceptée. Faible. Idiote. Aveugle. Ces trois mots existaient pour la qualifier ; le regard perdu comme les autres elle regardait le temps filer. Elle était morte de l'intérieur le jour de sa tentative. Elle avait entendu parler de « Butterfly Project » mais elle ne s'y était pas attarder, à quoi bon quand on a perdu le goût de vivre et puis ce n'était pas un papillon qui allait lui redonner la force de vivre. Les séquelles étaient maintenant trop présentes, trop importantes, trop profondes. Son corps lui rappelait le manque de puissance et d'envie. Oui ses blessures lui rappelaient sa vie monotone remplie de pleures et de cris.




Elle soupira et descendit de son lit pour sortir de cette chambre. Elle devait prendre l'air sinon elle risquait d'étouffer. Elle se munit de son déambulateur et sortit de la pièce où l'odeur du désinfectant lui brûlait le nez. Elle descendit les marches la séparant du jardin. En chemin, elle rencontra des infirmiers qui la saluèrent. Elle avança jusqu'au lieu désiré et s'assit sur un banc à l'ombre d'un cyprès. Elle souffla et ferma les yeux.Depuis trois mois la seule qui lui parlait était la jeune fille dans sa tête. C'était la seule maintenant à qui elle pouvait parler. De toute façon, elle avait toujours été seule.



°



Un jeune homme courait à perdre haleine sur le chemin le menant à la fac. Depuis trois mois il n'arrivait plus à dormir et le faire manger était devenu un parcours du combattant. En effet Kiba avait perdu le goût de rire, de parler, de sourire et de pleurer. Il avait versé toutes les larmes de son corps il y a peu de temps quand Hinata avait essayée de partir. Il n'aimait pas dire "mourir" parce qu'il pensait que cela aurait donné la poisse à son amie. Alors : elle avait failli partir.



Il arriva devant l'immeuble. Il était inéluctablement en retard alors à quoi bon y aller ? Il sortit son portable et chercha la personne qui l'intéressait et composa le numéro :


"Allô ? Demanda l'interlocuteur.


_ Pain ? C'est Kiba. S'annonça le jeune homme.


_ Hm, qu'est ce que tu veux ?


_ Me ravitailler.


_ Tu veux quoi ?


_ Un sachet, et deux cachets.


_ Tu as assez pour payer ?


_ Oui.


_ Rejoins moi à l'endroit habituel."



Il raccrocha. Il  avait replongé. D'abord doucement puis peu à peu c'était redevenu une habitude comme les autres. Quoi de mieux que se droguer pour oublier tous ses problèmes ? Cela faisait trois mois qu'il avait reprit. Il était faible. Kiba était faible. La seule femme qui comptait vraiment pour lui ne voulait plus entendre parler de lui. Il se sentait impuissant et la drogue l'aidait à combler son manque de puissance. Il avait de la peine pour la jeune fille aux yeux de nacres. Il avait envie d'aller la voir mais il avait peur qu'elle voit les traces d'injections sur ses bras. Elles étaient assez voyantes, pour ne pas dire trop. Il abaissa ses manches et partit en direction du quartier défavorisé. Maintenant il connaissait par cœur le chemin qui menait dans ce lieu infâme où les pires ordures se retrouvaient pour mettre en place des plans tout aussi odieux pour avoir ce qu'ils veulent. Un endroit où la loi du plus fort régnait.



Un endroit où les meurtres étaient fréquents, où pour survivre on devait se salir les mains. Voici les bas fonds de la capitale. Le quotidien des drogués, des macs, des dealers, des prostituées, des voleurs, des tueurs, des récidivistes.



Le brun aux tatouages passa une main dans ses cheveux et s'engagea dans l'étroite ruelle d'où se dégageait une odeur nauséabonde de pisse et de vomi. Il grimaça mais continua tout de même. A quoi bon essayer de rester neutre. Il avait mal. Il était seul. Il avait de la peine. Tout à coup il s'arrêta en sentant quelque chose de froid se poser sur son cou. Il ne bougea pas et entendit son "assaillant" bouger sur le côté. Le brun soupira et enleva la lame de son cou avec un grand air blasé sur le visage. Il avait l'habitude, ça ne l'effrayait pas. Il fixa son agresseur et repartit. Il arriva enfin dans ce bidonville. Il rentra dans une sorte de maison faite en briques et en taule, il frappa et entra sans même entendre le propriétaire dire "entrez". Il monta les marches quatre à quatre. Il devait prendre sa came. il en avait besoin. Il tremblait. L'excitation peut-être ou le manque. Ce qui était sûr c'était qu'il en voulait maintenant.



Il franchit une porte et se retrouva devant un jeune homme plus âgé que lui, les cheveux oranges -une teinture- et le visage troué de piercings ainsi que les oreilles. Il lui tendit un sachet et deux cachets. Kiba lui donna l'argent avant de sourire de ses dents pointues et les prit sans demander son reste et repartit. 



Il se dépêcha de retourner chez lui et s'enferma dans la salle de bain. Il prit dans une commode une boîte bien rangée : une seringue était posée à l'intérieur . Il la prit délicatement et la posa sur le rebord de son lavabo avant d'enlever sa ceinture et de s'en faire un garrot. Ensuite il versa du liquide dans la seringue avec de la poudre et se l'injecta dans le bras. Le résultat ne se fit pas attendre et il sentit une vague de bien-être lui traverser le corps. Il ferma les yeux et se délecta de son petit plaisir. Bonheur qui ne dura pas car son téléphone sonna. Il dut abandonner ces sensations pour aller répondre. Il décrocha amer :



" Quoi ?



_ C'est Hinata ! Elle a fait une crise. Paniqua la voix dans le combiné.


_ Quoi ?! Quel genre de crise ? S'inquiéta Kiba.


_ Hémorragie interne. Elle était sortie dans le jardin quand ças'est passé !


_ Putain ! Cracha le brun. Vous êtes où ?


_ On allez se rendre à l'hôpital. On se rejoint là-bas.


_ Ok."


Le brun jeta son portable et mit sa veste. Il ne voulait pas la perdre, il devait aller la voir. Lui assurer qu'elle n'a rien à craindre. Lui dire qu'il serait toujours là pour elle. Il courut comme jamais. Il courut comme si sa propre vie était en jeu. Si elle meurt, il se tue. C'était simple.



Il arriva dans le bâtiment le souffle court, la gorge sifflante, le visage rouge. Il n'avait pas eu le temps de cacher ses traces de drogue et puis il n'en avait que faire. Il voulait juste la voir. Juste la voir. La voir.. Il s'approcha de la chambre de la brune et son cœur battait plus fort. Il ne l'avait pas vu depuis si longtemps. Il la détailla du regard. Ses longs cheveux bleutés avaient encore poussés. Elle avait un masque à oxygène et le visage pâle. On pouvait y distinguer le parcours de ses veines. Il la regardait tristement. Elle lui manquait. Son sourire lui manquait. Sa voix lui manquait. Son regard lui manquait. Son rire lui manquait. Elle était celle qui le maintenait en vie. Celle qui avait réussit à le faire décrocher de cette saleté de poudre blanche. « Farine du diable » était le nom qu'elle employait pour ce poison qui détruisait les neurones. Elle avait toujours réussit à le faire devenir ce qu'il était avant. Mais maintenant ? Oui maintenant ? Il était redevenu cet homme faible face au regard doux de Lucy. Lucy ? Cette drogue qui le rendait dépendant. Celle qui le rendait minable. Qui le rendait fou. Celle qui empoisonnait sa vie. Qui lui faisait oublier ce pour quoi il se battait. Celle qui enfouissait ses problèmes pour ne venir les dénicher qu'après le dévergondage. Car oui, Lucy dévergondait les gens. Les rendait violent. Les faisait devenir fous au point de ne plus pouvoir se séparer d'elle. Lucy était une belle manipulatrice. Toujours là, bien cachée dans un verre ou un sachet. Elle venait d'une chanson des Beatles "Lucy in the Sky with Diamonds" LSD.



Son visage se crispa et il ne put retenir ses larmes davantage. Pourquoi ? Pourquoi rien ne tournait comme il le voulait. Il s'excusa. Il ne pouvait faire que ça. Les autres personnes présentes le regardèrent avec une tristesse non voilée sur le visage. Ils avaient mal. Tous. Mais le plus malheureux à cet instant était Kiba.



" Hinata.. Souviens toi ! Tu m'avais promis de vivre chaque seconde comme si demain était la fin du monde.. Tu m'avais dis que tu voulais être libre. Alors pour toi c'est ça la liberté ? Pour toi c'est ça vivre ? Tu m'avais promis. Merde ! Réveille toi maintenant arrête de me faire peur !  Hina.."



A ce moment précis une main vint se poser sur la joue de Kiba. Il releva le visage et vit la seule fille à qui il voulait voir les yeux, le regardait avec une douceur infinie.



"Non.. Commença t-elle faiblement. je n'ai pas oublié. Comment aurais-je pu ? Mais.. C'est dur... Je n'ai plus la force de vivre... J'ai plus le goût de rien. Et... Et toi ! Tu reviens après trois mois passés sous silence ! Tu reviens, je devrais t'en vouloir.. Mais je n'y arrive pas ! Kiba... Elle posa son regard laiteux sur les avant-bras de son ami et le regarda avec incompréhension. Pourquoi tu te fais souffrir ?! Même sans moi.. Il faut que tu continues d'avancer ! Ne gâche pas tout pour moi ! Ta vie tu ne l'as pas encore trouvée ! Tu viens juste de commencer à vivre alors ne gâche pas tout pour mes conneries ! Tu dois être fort et te battre contre elle ! Ne lâche rien.. Je..Ne.."



Elle ne finit pas sa phrase qu'une quinte de toux lui brûla la gorge. Elle cracha du sang dans son masque. Son rythme cardiaque s'affola. Elle se tordait de douleur. La morphine ne  faisait plus rien. Elle toussa plus fort. Plus sèchement. Kiba la retint par le buste. Il fallait la surélever elle pourrait s'étouffer. Il pleurait. Le docteur en chef arriva et ordonna aux personnes présentes de quitter les lieux. Ils le firent. La situation s'aggravait. Elle s'était entaillée les veines. Alors pourquoi elle crachait du sang ? Comme pour répondre à sa question muette une infirmière lui expliqua :



" Quand nos patients font des tentatives de suicide, il est généralement fait de leur donner chaque jour un médicament pour les soulager et pouvoir faire cicatriser les plaies plus vite. Seulement le cas de Mademoiselle Hyuga est à part. Elle rejette les cachets. Enfin pas elle, mais son corps. Il ne veut pas de ce produit. Il pense sûrement que c'est un poison pour l'organisme. Le plus incroyable c'est qu'elle réagit des heures après. Comme vous avez pu le voir elle le rejette violemment, trop violemment d'ailleurs. Elle le rejette depuis quelques temps trop vite. Et perd de plus en plus de sang. Ce qui signifie qu'elle ne peut cicatriser et donc qu'elle ne pourra pas sortir de cet hôpital. Elle livre en ce moment un combat dans son corps... J'espère qu'elle arrivera à en prendre le dessus..."



Kiba comme vidé de son énergie se laissa glisser au sol. Il mis sa tête dans ses genoux et ferma les yeux. Il ne voulait plus entendre les cris de la jeune fille. Il ne pouvait savoir la peine qui l'habitait... impuissant, idiot, aveugle, abruti. Il s'insulta de tous les noms lui venant à l'esprit. Sakura s'accroupit face a lui et lui posa les mains sur ses épaules faisant relever la tête du brun. Elle lui sourit et lui affirma que tout irait, qu'elle était forte. Qu'elle ne lâcherait rien. Elle le devrait et vivrait.



Un combat intérieur hein ? Le premier ennemi à combattre est à l'intérieur de soi, et c'est souvent le seul. Le combat intérieur ne fait jamais de mort mais meurtri le cœur. Hinata devra apprendre à trouver les mots juste pour pouvoir s'extirper de cet enfer. Le paradis n'est plus très loin. Il suffit de le vouloir et tout devient possible non? Alors combats mon enfant. Combats seule. Combats la vie pour la vie. Combats pour ta vie. Pour ta survie. Combats jusqu'à la dernière goutte de sueur. Combats jusqu'à pouvoir dire "C'EST FINI, J'AI GAGNÉ." ce jour-là et seulement ce jour-là je te soulagerai de tes peines.