Chapitre unique

par sandou

Proteste, Résiste, Déteste-moi !

 

 

Shikamaru Nara était un sacré personnage. Il était intelligent, du moins plus que la moyenne. Il était sarcastique, indolent et vraiment, extrêmement, lent. Il avait une longue chevelure brune qui lui arrivait aux épaules et qu’il attachait par automatisme. Ses yeux fatigués avaient une couleur brune. Son corps était sec et le faisait parfois passer pour un maigrichon.

 

Shikamaru Nara avait vingt-et-un an et il faisait parti de ce cercle restreint des stars de soap télévisé.

 

Cela faisait presque un an qu’il jouait le rôle d’un patron grognon qui était tombé amoureux d’une fille qu’il n’avait croisé qu’une seule fois. Scénario qui tenait sur un ticket de métro et qui collait parfaitement au Nara tant qu’il n’avait pas à trop bouger.

 

Le brun avait d’ailleurs une belle vue à l’instant même : une rousse, assise sur le comptoir où était disposé tout un matériel de maquillage, avait les cuisses légèrement écartées et permettait au jeune homme de voir à quel point elle prenait soin de son corps et de sa peau. Il déglutit silencieusement en se disant que, s’il était pris sur le fait, ce serait déjà moins drôle de la mater. Elle se pencha alors un peu plus sur lui pour attacher les cheveux, utilisant une dextérité de maquilleuse qu’elle était la seule à avoir pour le coiffer. Fière de son travail, elle s’éloigna pour observer son travail et fit la moue : « Vous êtes parfait, Monsieur Nara. »

 

La rousse, dénommée Tayuya Akumu par sa carte d’identité, descendit de son perchoir et se mit derrière lui pour passer un dernier coup de spray fixant dans la chevelure du brun.

 

« S’il-te-plait, arrête donc de m’appeler Monsieur Nara, soupira-t-il, J’ai pas cinquante ans, tu sais. On doit même voir le même âge. Ça devient gênant. Ça fait quand même plusieurs mois que tu t’occupes de moi.

- Bien… Shikamaru ?

- Voilà ! Tu as tout compris, clama-t-il avant de laisser passer un temps pour reprendre : Je dois être sur le plateau dans combien de temps ?

- D’ici vingt minutes.

- Ça nous laisse du temps alors. »

 

D’un air vicieux, l’acteur se releva de sa chaise, s’approcha de la porte et la ferma d’un coup de verrou. Il sourit à la jeune femme qui se mordit la lèvre inférieure en le regardant en biais dans un dernier geste défendu : « Je ne suis pas sûre que… »

 

Sans lui laisser le temps de répondre quoi que ce soit, Shikamaru la fit reculer jusqu’à la table de maquillage et la souleva légèrement pour la poser dessus. Après un long regard échangé, Tayuya ne se posa pas plus de question sur ce qui était sur le point de se produire. Ça ne serait qu’une question de coucherie ; le regard déterminé et loin d’être amoureux de Shikamaru ne trompait personne.

Souriant pour lui-même, il posa une main sûre contre la joue rosie de la maquilleuse et caressa sa lèvre : « Tu es sûre de ne pas l’être ? »

 

Les yeux rivés sur la bouche du brun, la maquilleuse ne trouva rien à dire et hocha négativement la tête. Il la poussa alors contre la table en lançant un « Tant mieux », puis l’embrassa sauvagement, sans se soucier du changement de relation que tout ceci provoquerait.

 

À la suite de leur entrevue, Tayuya Akumu, maquilleuse dédiée au service de Shikamaru Nara depuis trois mois, se fit renvoyer sans aucun motif valable.

Ce n’était que le début d’une longue liste ininterrompue.

 

-

 

Shikamaru Nara avait vingt-trois ans, si auparavant il avait été une starlette du petit écran, son statut avait bien vite évolué à celui de star nationale avec un film sortit l’année précédente, il était une star, une vraie.

Il aurait très bien pu dire aux médias que ç’avait toujours été son rêve, mais ç’aurait été un énorme mensonge. Après tout, être célèbre impliquait d’être vivant, présent, réputé. Ça demandait bien plus qu’une simple interview tout les six mois. Mais le plus grand maux du jeune s’avérait être qu’avec sa popularité exponentielle, Shikamaru avait aussi plus de mal à fricoter.

 

Alors  même que fricoter était devenu pour lui un passe-temps des plus intéressants. Il y avait eu Tayuya, élément déclencheur de son affreuse envie de sauter ses collaboratrices. Depuis lors, personne ne trouvait le moyen d’arrêter le loisir lubrique du célèbre Nara qui prenait un malin plaisir à ramener chez lui les filles qu’il rencontrait sur ses tournages. Que ça soit des maquilleuses ou pas.

Bien sûr, ses frasques n’avaient pas à être sans conséquence mais rien ne réussissait à faire la première page des feuilles de chou, laissant son image de marque sans l’ombre d’un scandale.

 

Assit sur son canapé en cuir acheté en même temps que son nouvel appartement en centre-ville, Shikamaru écoutait son manager le sermonner. Asuma Sarutobi, accessoirement oncle de la star, pouvait en imposer par sa carrure et son air dur, mais il n’y avait qu’à lui chatouiller le bouc pour qu’il se révèle être un homme très aimable

Le manager, prit d’un coup de sang, fit claquer sur la table basse un dossier à la reliure en cuir et prit place à côté de Shikamaru.

 

« Je ne peux rien faire de plus. Elle se taira.

- Super… »

 

D’une moue fatiguée, Shikamaru posa à peine un œil sur le dossier tandis que son oncle le regardait, les mains jointes.

 

« Shikamaru, soupira-t-il en se frottant le front. Tu n’es qu’un imbécile. Cette femme était loin d’être idiote. Comme toutes les autres d’ailleurs. Ça t’amuse tant que ça de dilapider ta fortune pour étouffer leurs aveux ?

- Nh…

- Un jour, tu tomberas sur une femme qui n’en aura rien à faire de ton fric, lâcha le manager comme une prédiction. Ne te laisse pas avoir comme ça… »

 

L’acteur le regarda d’un œil morne sans ouvrir la bouche. Ce n’était qu’un jeu. Ça ne serait toujours qu’un jeu. Voyant pourtant l’air excédé d’Asuma, Shikamaru attrapa le dossier puis retourna s’installer sur le canapé pour le survoler.

            

« Pas la peine d’en faire une montagne, annonça-t-il comme une évidence. Ces filles veulent seulement prendre du bon temps. Ne gâche pas tout avec tes simagrées

 - Très bien. Qu’est-ce que je peux bien faire pour que tu changes de comportement, de toute façon…

 - Pas grand-chose. Mais trouve-moi une nouvelle maquilleuse.

 - Kin démissionne ? demanda alors Asuma, étonné de la nouvelle.

 - Tu devrais recevoir sa lettre demain. »

 

Shikamaru Nara était une sale bête. Le manager poussa un soupir à fendre l’âme et quitta les lieux, appelant le responsable technique pour le prévenir des nouveaux caprices de leur star.

Plus aucune agence d’intérim ne voudrait bosser avec eux après ça…

 

-

 

Shikamaru en avait plus qu’assez ! Dans moins d’une heure il devait être sur le plateau en présence d’une novice qu’il devait enfermer dans une cave pour une scène de son nouveau film. Il ne pourrait pourtant pas y aller avant de s’être préparé avec la future proie qui lui servirait de maquilleuse.

Pour passer le temps, il s’imagina à quoi elle pourrait ressembler. Serait-elle brune, blonde, rousse ? Est-ce qu’elle serait grande, petite, menue ? Il n’y avait qu’un seul impératif : Il fallait qu’elle soit à l’heure.

De leur côté, la seule question que se posaient Asuma et le Staff était de savoir si la maquilleuse tiendrait plus de deux semaines avec lui sans se faire sauter dès que l’occasion se présenterait. Il avait beau connaitre les soucis que se faisaient son entourage professionnel, Nara ne faisait qu’en rire sous cape. C’était si dingue d’atteindre cette notoriété et de pouvoir faire ce qu’il lui plaisait, on n’allait quand même pas le priver de ce privilège !

 

Perdu dans ses pensées, on l’en réveilla d’un coup toqué à la porte. Enfin la maquilleuse ?

 

« Entrez ! »

 

La porte s’ouvrit brutalement sur une brune aux yeux chocolat, portant un casque émetteur-récepteur sur le crâne qui ne prit pas la peine de le saluer.

 

« La nouvelle… Maquilleuse est en retard et ne sera là que dans une dizaine de minutes, déclara-t-elle en dédaignant le terme de Maquilleuse. Vous avez tout votre temps pour une pause clope.

- Merci. »

 

Après un moment de flottement, la jeune femme entra définitivement dans la loge étroite tout en refermant derrière son passage et s’avança jusqu’à se retrouver en position de force face à lui, poings sur les hanches.

 

« Dis-moi, Shika, tu comptes m’ignorer encore longtemps ? »

 

Voilà que la politesse et les égards pris quelques secondes plus tôt s’évaporaient tandis qu’elle fronçait des sourcils.

 

« T’ignorer ? s’étouffa Shikamaru en se relevant de sa chaise. ‘Te moque pas de moi, s’il-te-plait. C’est bien toi qui a insisté sur le fait qu’on ne devait pas faire comme si on se connaissait. N’inverse pas les rôles.

- C’est ce qu’oncle Asuma m’a demandé de faire, pourtant, bougonna la brune. Je veux pas de traitement de faveur sur mon lieu de travail. Ça ne doit pas signifier que tu dois être désobligeant à mon égard. Je suis ta cousine, merde. Tenten, tu te souviens ? »

 

Il y avait beaucoup trop de membre de sa famille dans ce fichu monde médiatique. Pas un instant ne passait sans qu’il ne se rappelle de l’entourage qu’il avait pour le soutenir. Même si, comme pour la brune, ce n’était pas une franche rigolade.

 

« Pas la peine de m’appeler Monsieur, alors. Personne ne le fait. On pourrait être pote à défaut d’être une famille, non ? »

 

Ça attirerait peut-être les regards du personnel mais au moins, son quota familial serait calmé. La brune soupira alors et se posa dos contre le mur pour soupeser l’idée.

 

« Je n’aurai pas du prendre autant de distance, c’est vrai, expliqua-t-elle comme une excuse. Mais ça fait tellement nul de devoir dire à mes collègues que Shikamaru Nara est mon cousin. Tu imagines l’effet médiatique que ça aurait sur ma vie ? »

 

Il s’en rendait bien mieux compte qu’elle ne pouvait l’imaginer et sa réflexion le blessa profondément. Sa notoriété était telle que personne de sa famille ne souhaitait partager sa célébrité, ça devait bien signifier quelques choses…

Tenten décroisa les bras et sortit rapidement en maugréant légèrement un « à ce soir » avant de claquer la porte.

 

Shikamaru souffla profondément en se passant la main sur les yeux. Il avait une cousine envahissante et caractérielle et un oncle qui se prenait pour son père. Pas de quoi se sentir bien après les frasques qu’il enchainait auprès de la gente féminine. D’autant plus que même si Tenten n’était pas mise au courant des histoires de coucheries de son cousin, elle n’était pas stupide au point de croire qu’il était doux comme un agneau avec la plupart des maquilleuses qui ne restait en poste que deux ou trois jours tout au plus. Pas la peine d’utiliser l’excuse de leur incompétence : Tenten savait.

 

Tout en ruminant ses pensées, l’acteur quitta sa loge et sortit par la porte de l’entrée de service. Il alluma sa cigarette et se posa dos contre la porte, sentant l’air frais du matin contre son visage. Le brun porta le tube de nicotine à ses lèvres et en aspira une bouffée tout en fermant les yeux.

Le soleil était encore bas dans le ciel, signe qu’il était très tôt et Shikamaru se mit à regretter son statut. S’il fallait  se lever si tôt tous les jours alors où était l’intérêt d’être riche et célèbre ? Autant redevenir un pauvre looser qui servait dans un restaurant chic.

Le pire là-dedans, ca devait bien être de se dire qu’Asuma prenait la peine de le pousser hors du lit tous les matins pour être sûr qu’il viendrait à l’heure pour le tournage. Shikamaru aspira une nouvelle bouffée et l’expira par le nez, soufflant face à lui la fumée nauséabonde.

Il y eu un léger bruit de toux accompagné d’un froissement de tissu auquel Shikamaru ne fit pas attention, les yeux toujours clos et les idées embourbées dans ce réveil fatiguant.

 

Et cette maquilleuse qui n’arrivait toujours pas. Qu’est ce qu’elle fichait !?

Une main se posa alors sur son épaule et le secoua légèrement, ce qui le fit ouvrir les yeux. Un bonnet vissé sur le crâne d’où dépassaient quelques mèches blondes, un regard vert, le bout du nez rougit par le froid ; une jolie jeune femme emmitouflée dans des vêtements d’hiver se tenait face à lui.

 

« Pardon, monsieur, j’aimerais passer, si ça ne vous dérange pas.

- Et s’il ne me plait pas ? »

 

Il y avait de l’abus dans ses paroles. Comme il y en avait partout dès qu’il faisait quelque chose. Le brun sourit narquoisement et regarda la demoiselle face à lui qui le regardait de ses yeux ronds comme des billes.

 

« Je serais dans l’obligation de vous pousser de là plus brutalement que prévu. »

 

Malgré son air hagard, la blonde ne lésinait pas sur ses menaces. Ce qui titilla l’assurance de Shikamaru qui ne trouva plus vraiment quoi répondre.

 

« Bien, bien, je vois… »

 

Il se poussa donc de la porte et la laissa passer tandis qu’elle lui jetait un regard noir avant de rentrer.

Il ricana pour lui-même. Elle avait l’air d’avoir du caractère celle-là, ça changeait. D’un coup sec du pouce, Shikamaru fit voler son mégot de cigarette et retourna à l’intérieur. Avant même que la porte ne se referme après son passage, on l’interpella vigoureusement en l’attrapant par la manche de son pull.

 

« Monsieur Nara. »

 

Tenten n’avait visiblement pas prit de note sur leur discussion précédente… Elle sembla le remarquer en voyant son regard las et reformula : « Shikamaru. Elle est là, dépêche-toi, tu commences dans vingt minutes ! »

 

Sans en attendre plus, elle le poussa jusqu’à sa loge et l’y enferma sans résistance de sa part. Dès qu’il se serait retourné, sa nouvelle maquilleuse serait à sa merci. Il fallait de l’emphase, un peu de prestance, de mise en scène ! Il était un acteur célèbre, elle ne pourrait pas lui résister bien longtemps, alors autant faire bonne impression.

 

Fier de son idée pour se la mettre dans la poche, Shikamaru se retourna et perdit le sourire qui lui barrait les lèvres : la fille pas aimable au bonnet moche se tenait face à lui, un sourcil haussé, à deux doigts de lui rire au nez.

 

« Salut. Tu dois être Shikamaru Nara, si je ne m’abuse. »

 

Le fait d’avoir menacé son futur patron quelques minutes plus tôt ne semblait pas la gêner plus que ça quand elle lui tendit la main.

 

« Je suis Temari, ta nouvelle maquilleuse. »

 

Perturbé mais aussi intrigué, le brun s’avança pour lui serrer la main et sentit une douleur sourde lui tirailler les doigts. Elle avait de la poigne, ne se laissait pas marcher sur les pieds et paraissait prête à lui mettre des claques s’il dépassait les bornes. Ça changeait de ses candidates habituelles et ça lui déplaisait plus que de raison.

 

« Ravi de te rencontrer. »

 

D’un geste de la main, elle l’invita à s’asseoir sur la chaise et lui lança un sourire. Un sourire qui signifiait pour Shikamaru qu’il avait tout intérêt à ne pas la prendre pour une conne. Au risque de passer le reste de son existence le cul sur un fauteuil.

 

-

 

« T’es bouché ou quoi, Ducon ? Le boulot c’est le boulot, je te l’ai dit un milliard de fois. »

 

Shikamaru Nara avait vingt-quatre ans, il avait toujours un bon statut et ses conquêtes s’étaient élargies à ses collègues de scène, faute de pouvoir se contenter de l’équipe technique. Ses cheveux bruns toujours aussi longs et attachés étaient progressivement devenus une marque de fabrique. Son corps, auparavant assez fin, s’était nettement élargi et musclé et cela faisait à présent deux ans qu’il travaillait avec la même maquilleuse, prétextant qu’elle était la seule à savoir y faire. À savoir y faire pour le remettre à sa place.

 

« Temari… C’est bon. Ça fait plus d’un an qu’on bosse ensemble. Tu passes ton temps à me voir presque nu. Ça te donne pas envie de voir ce que ça pourrait donner ?

 - Non. Désolée. »

 

À la force de ses bras, Temari le cloua de force à s’asseoir sur sa chaise et le plaça face au miroir puis lui retira son élastique à cheveux, clôturant ainsi le débat brièvement.

 

Un an et six mois plus tôt, Temari entrait au service de Shikamaru Nara et sa relation professionnelle avec lui avait eu de nombreuses accroches. Le fait qu’elle refuse systématiquement ses avances avait d’ailleurs eu raison des ruptures de contrat successives qu’Asuma faisait signer à tour de bras. Son manager l’en remerciait d’ailleurs régulièrement.

 

« C’est pas la peine d’être aussi brusque quand tu me coiffes, grogna-t-il en sentant la brosse à cheveux lui tirer les nœuds. »

 

À travers le miroir, il la regarda en fronçant les sourcils et elle pinça les lèvres en retour, le regard joueur. Debout dans son dos, Temari se pencha au niveau de son oreille et lui souffla quelques excuses. Des excuses plates et banales qui, une fois la chaleur de son souffle répandu contre le cou de l’acteur, avaient le don de le faire frissonner comme un adolescent.

 

« Tu m’emmerdes, gronda alors Shikamaru en gigotant sur sa chaise. »

 

Satisfaite de son petit effet, la blonde reprit sa besogne en main. Il n’avait quand même pas atteint une réputation pareille pour finalement être si docile face à Temari… Il n’y avait qu’à voir son parcours pour bien comprendre à quel point ça le titillait.

Ce casting pour être figurant, cet autre pour un personnage secondaire. Ce coup de fil d’un directeur de production qui l’avait trouvé intéressant et souhaitait lui offrir un rôle dans le soap qu’il préparait. Asuma et ce premier contrat payé plus qu’un SMIC. Son premier Grand Rôle au cinéma. Ses premiers déboires avec les tabloïdes. Il arrivait parfois à ce pauvre Shikamaru de regretter son ancien job de serveur payé à coup de lance-pierre.

 

Temari fit claquer la brosse à cheveux contre la table de maquillage et réveilla ainsi le Nara de sa torpeur. Elle le fit tourner sur sa chaise et le scruta sous tous les aspects avant de hocher la tête. Sa conscience professionnelle avait plus d’ampleur que ses griefs envers Shikamaru.

 

« Tu peux y aller, commanda-t-elle d’un ton sec. »

 

Shikamaru lui lâcha un sourire et se releva en époussetant sa chemise. Elle savait tellement être mal-aimable, c’était fabuleux…

Tout aurait pu être bien plus simple entre eux, pourtant. Il n’aurait fallut que d’une Temari moins bornée, d’un Shikamaru moins imbu de lui-même… D’une Tayuya qui n’aurait pas fait surface pour se présenter à la blonde et la prévenir des bas instincts de son patron… Ou encore d’un Asuma qui n’aurait pas fait signer une close à Shikamaru pour la durée de son contrat en cours pour qu’il ne fasse pas de vague avec les femmes de l’équipe technique.

Shikamaru n’était plus libre de rien, ce qui lui déplaisait à plus forte raison que Temari le narguait sans vraiment le vouloir.

 

La blonde quitta alors la loge, emportant avec elle cette odeur sucrée qui lui collait à la peau. Il n’y avait pas d’illusion à se faire : la maquilleuse ne le respectait pas et refusait de lier un semblant d’amitié avec lui.

Tout aurait pu être bien plus simple s’il n’avait pas été cet acteur célèbre qui passait pour un abruti à sauter d’une femme à l’autre sans prendre le temps de se poser. Il ne fallait pas se le cacher : c’était un homme charismatique, beau, intelligent… Mais chaque aspect positif était gâché par le caractère tempétueux du brun.

 

Tout en maugréant ces quelques sages paroles, la blonde se dirigea vers les vestiaires.

Il ne fallait pas qu’elle se laisse prendre au jeu du Nara. Il ne fallait pas qu’elle laisse cette envie insidieuse de faire du sexe être profitable à ce benêt d’acteur. Elle avait des besoins, comme tout un chacun, mais laisser Shikamaru lui voler une nuit c’était le summum des bas-fonds. Pourtant elle en crevait d’envie.

Parce qu’elle avait eu l’occasion de discuter de choses intéressantes avec lui. Parce qu’il avait des mains larges qui lui remuait l’intestin dès qu’il la touchait. Parce qu’il était clairement craquant dans ses scènes de nu au cinéma. Mais surtout parce qu’elle avait une folle envie de faire l’amour depuis qu’elle n’avait plus de petit-ami et que ça lui pesait sur la conscience.

 

Arrivée aux vestiaires, sa décision était prise à son plus grand malheur. Jamais ça n’arriverait. Jamais, jamais.

 

-

 

Shikamaru Nara, de son côté se trouvait bien embêté. On pouvait dire que pour lui, les choses allaient de bon train. En sortant de sa loge, il se prit le pied dans un câble qui trainait en plein milieu du couloir, puis s’écrasa face la première contre le mur à proximité. Le temps de se remettre de ses émotions, les doigts sur le nez qui en avait prit un sacré coup, le pauvre acteur constata alors quelque chose qui le perturba comme jamais : la grande marque de main sanglante qui se trouvait imprimée sur le mur semblait être fraiche.

 

« Putain merde, mon nez. »

 

Plus fatigué qu’horrifié par la nouvelle de son nez en sang, le brun passa ses doigts contre son nez pour vérifier la véracité de ses pensées. Il n’y avait plus de doute, il pissait le sang. D’un calme sans faille, Shikamaru se décida alors à prendre le chemin qu’avait emprunté la maquilleuse plus tôt et traversa les vestiaires pour rentrer dans les toilettes.

 

Quelle ne fût pas sa surprise que de découvrir Temari, en débardeur léger, se passer de l’eau à répétition sur le visage avant de finalement remarquer sa présence. Les quelques gouttes encore sur son visage glissant bien trop lentement jusqu’à son débardeur.

Il y avait bien de quoi déglutir et Shikamaru ne s’en priva pas tandis qu’ils se regardaient en chien de faïence. Avec cette habitude qu’elle avait de toujours mettre des fringues épaisses et informes, apercevoir une blonde bien proportionnée lui déconnectait le cerveau. Jusqu’à ce qu’elle ne lui fasse remettre les pieds sur Terre.

 

« Mais bordel, Nara. Qu’est-ce que tu fous dans les chiottes pour femmes ? »

 

De ses sourcils froncés, Temari observa longtemps le brun avant de lui attraper l’épaule pour le forcer à quitter les lieux. Toilettes pour femmes, c’était écrit quelque part ? Dans ses souvenirs, il y avait de grandes chances pour qu’il s’agisse plutôt d’un lieu de tournage aux toilettes mixtes. En faire la réflexion à la maquilleuse paraissait plutôt impoli étant donné la situation gênante dans laquelle il s’était trouvé à la mater dans son petit haut transparent. Mais ça ne l’empêcha pas d’en rire ce qui eut pour effet d’interrompre Temari dans ses gestes.

 

« Qu’est ce qu’il y a de si drôle, trou de balle ?

- Oh tu sais…, commença-t-il avant de se reprendre. Pas grand-chose. C’est juste sympa de sentir ta jolie poitrine qui se sert contre mon bras pour me faire sortir d’ici. »

 

Le teint de la jeune femme vira alors au rouge et elle le lâcha comme brulée par son contact avant de reculer de quelques pas.

 

« Mais t’es pas sérieux à la fin, grogna-t-elle en remarquant l’allure fière du brun. T’as pas d’autres ambitions dans la vie que d’être aussi embarrassant avec moi ? Continue à faire l’abruti avec moi et je t’assure que tu va passer un mauvais quart d’heure. »

 

Elle ne semblait pas blaguer et la fureur qu’il pouvait lire dans ses yeux l’assassinait déjà à petit feu. Shikamaru Nara n’était pourtant pas homme à se laisser démonter le moral par une femme, son arrogance masculine toujours au rendez-vous, il se pencha vers elle, l’épaule toujours agrippée par la blonde.

 

« Je ne vois pas trop comment je pourrais passer un mauvais quart d’heure. J’en passe plutôt un très bon en ta compagnie. »

 

Il haussa par trois fois les sourcils tout en la regardant et passa ses yeux de son décolleté à son visage d’un sourire arrogant.

Ce sale petit trou du cul ! Il minait ses efforts de menace d’un seul coup d’œil, tel le Dom Juan qu’il était et ne se rendait pas compte de l’effet qu’il provoquait à Temari. Aïe, sa libido en prenait un sacré coup. S’être passé de l’eau fraiche sur le visage n’avait pas réussi à calmer ses ardeurs et elle se retrouvait à présent dans une situation compliquée. Il y avait Shikamaru, son regard brulant, ses épaules larges, son petit sourire de séducteur de bas étage et surtout l’envie pressante qu’elle avait.

Son emprise sur l’épaule du brun se relâcha alors et il en profita pour lui attraper les mains et la plaquer au mur avant même qu’elle ne comprenne ce qu’il se passait.

 

C’avait été sauvage, rapide et maintenant qu’elle se retrouvait en position de faiblesse, la blonde ne savait plus ou se mettre. Il y avait une certaine excitation, pour sûr. Mais il ne fallait pas oublier qu’il était son boss et qu’il lui cherchait des noises depuis bien trop de temps.

 

« Joue pas au con, Nara de mes deux, rumina-t-elle doucereusement.  J’vais te ruiner.

 - Alors laisse-moi au moins ma dernière faveur. »

 

Il avait une voix si chaude… Les jambes flageolantes et le cœur battant à tout va, Temari ne put qu’être spectatrice d’un Nara qui détachait l’une de ses mains de son poignet pour les faire glisser contre sa peau. Lentement, les doigts du brun passèrent sur son bras pour atteindre sa nuque tandis que ses yeux bruns ne la quittaient plus du regard.

 

« C’est quand même dingue de se dire qu’il y a une femme aussi canon sous toutes ces fringues, murmura-t-il pour lui même alors que son front se posait contre celui de Temari.

 - C-c’est pas tes oignons. »

 

A battre si fort, son cœur allait finir par exploser ! Comment réussissait-il le tour de force de la calmer et de l’exciter en même temps ? Ce n’était pas dans ses habitudes que de se laisser faire par un sale con d’acteur, il fallait se ressaisir, merde.

 

« Tu te rends compte que c’est la première fois qu’on est aussi proche ? Paradoxalement, c’est la première fois pour moi que je galère autant. »

 

Malgré la lourdeur de ses paroles, le ton et le  visage calmes du brun ne laissaient rien présager et lorsque sa main se cala contre la nuque de Temari, toute sa rébellion lui échappa. Il était sur le point de l’avoir il n’y avait plus qu’un geste à faire.

Ce qui, en un sens, inquiétait très largement le jeune homme qui ne savait pas dans quoi il mettait les pieds. C’était étrange. Elle le rejetait depuis si longtemps, que pouvait-il bien se passer pour qu’elle change de comportement d’une manière si radicale ? Temari ne pouvait pas se laisser faire comme ça alors que ses lèvres s’approchaient inexorablement pour lui prendre un baiser… C’était bien trop simple. Ça clochait. Ça ne devait pas se passer comme ça.

 

Sur le coup de cette dernière réflexion, Shikamaru recula d’un pas et relâcha le poignet et la nuque de la jeune femme. Jeune femme qui, les yeux fermés en quête d’un baiser, fronça les sourcils en se rendant compte de son éloignement.

 

« Je-je suis désolé. Je dois y aller, on m’attend. »

 

Avant même qu’elle n’ouvre les yeux, le brun quitta la pièce.

La blonde soupira alors en se passant la main sur le front.

 

« T’es vraiment trop conne. »

 

Il fallait que ça tombe sur elle, hein ! Un seul moment de relâchement et voilà que tout éclatait autour d’elle. Elle était prête à tout ! L’embrasser, se déshabiller, faire l’amour, là maintenant, dans ces toilettes de plateau. Et ce sale con n’avait rien trouvé de mieux à faire que de se casser comme un pleutre ?!

Ça puait. Ça puait à mort.

 

On ne l’y prendrait plus.

 

-

 

« Je te jure que… que… que je…

 - COUPEZ ! SHIKAMARU, MERDE, CONCENTRE-TOI ! »

 

Shikamaru fusilla le réalisateur du regard et descendit de la scène pour s’asseoir sur une chaise suffisamment éloignée du plateau de tournage.

 

Il avait merdé. Dans les petites, les grandes lignes, impossible de se concentrer désormais. Comment une maquilleuse à la manque avait pu le déstabiliser à ce point ? Ça n’avait pas de sens ! Il était Shikamaru Nara, l’homme aux conquêtes innombrables. Ce n’était quand même pas Temari qui allait mettre à mal toute son organisation, c’était trop bête.

Alors pourquoi ? Pourquoi avait-il le cœur serré, les idées vagues et la concentration d’un phasme ? Pourquoi avait-il filé comme un voleur sans prendre la peine de s’expliquer ? Qu’y avait-il à expliquer, putain de merde ? Il n’y avait rien de rationnel. Shikamaru n’avait pas profité de la situation et n’avait même pas de raison valable à ça.

 

Ce n’était qu’un lâche. La culpabilité se fondait dans son esprit et il se jura de prendre le temps de s’excuser dès la fin de sa scène. Se disant que c’était la seule bonne décision à prendre, l’acteur se releva de sa chaise et fit un signe au réalisateur : la scène pouvait reprendre.

 

-

 

Shikamaru avait vingt-cinq ans depuis deux mois tout piles. Ses relations avec Temari s’étaient lentement dégradées jusqu’à ce qu’elle ne lui adresse plus qu’un vague bonjour en entrant dans la loge. Le jeune homme avait pourtant bien essayé d’arranger les choses ; en ouvrant le dialogue avec elle, en remettant sur le tapis cette vieille histoire de baiser raté pour s’en excuser, en appelant chez elle dans l’espoir de lui proposer d’être ami… Il avait même prit l’initiative de lui envoyer des fleurs ! Mais rien, nada, nothing, niet. Elle ne lui accordait pas plus d’attention et ça le défrisait.

 

Cela dit, après des mois d’ignorance, Shikamaru prit une bonne résolution et s’évertua à faire changer les choses. Alors même qu’elle s’apprêtait à quitter sa loge après avoir finit son travail, Shikamaru lui attrapa le bras et la força à s’asseoir sur le fauteuil de maquillage, prenant place sur la table face à elle. Ce qu’il constata alors l’obligea à se dire que ça n’allait pas : Temari ne protestait pas, restait docile et évitait son regard, les bras croisés.

 

« J’en ai assez, soupira-t-il quand même, le visage fatigué. Je passe mon temps à m’excuser pour ce que je n’ai pas fait et ça me pèse. »

 

Les doigts de la blonde s’enfoncèrent dans la chair de ses bras et il se frotta les yeux avant de continuer : « Mais ça devient invivable et il ne parait pas bête de se dire que travailler ensemble ne nous convient pas. »

 

Le nez de la blonde se leva pour rapidement croiser le regard de Shikamaru. Voilà qu’il commençait à toucher un point sensible ? Revigoré par cette idée, il continua sur sa lancée, décidé à mettre fin à tout ce temps de discorde.

 

« C’était quoi… Un moment d’égarement de ta part… Tu imagines notre relation si j’avais décidé d’outrepasser tes convictions ? Quoi que… »

 

À bien y penser, leur relation s’était tout de même dégradée sans que rien ne se passe. Il soupira alors à sa propre remarque et ouvrit la bouche avant de s’interrompre en remarquant quelque chose. Le regard vert de Temari s’accrochait au sien et ne le quittait plus. Un point de gagné. Un point pour qui par contre…

 

« Alors, commença-t-il avant de déglutir. Je compte bien m’excuser encore une fois de mon comportement déplacé sur tout ce temps qu’on a passé ensemble. Mais pour ce qui est arrivé dans les vestiaires… C’est… »

 

C’était quoi ? Différent, difficile, étrange, mal ? Ça n’était rien de tout ça, c’était plus, bien plus. Avec ce regard vert qui lui faisait perdre tout ses moyens, il commençait à se dire qu’elle était bien mieux quand elle regardait ailleurs. C’était tellement bête, il aurait du réviser son speech avant de la prendre à part pour discuter avec elle, elle était aussi bavarde qu’un mur, ça n’allait pas être un dialogue animé.

 

« J’t’en prie. On est deux adultes, on peut bien passer outre. Ça ne devrait pas continuer comme ça. Pardonne mes erreurs et passons à autre chose, non ? »

 

Ça le rendait dingue : il s’excusait inlassablement depuis tellement de temps que ses paroles lui paraissaient sans saveur. Rien que le fait de s’excuser ne lui plaisait pas mais il y avait eu quelque chose chez la maquilleuse qui lui faisait se dire qu’il aurait été bien bête de passer à côté d’une relation même amicale avec elle. Se dire qu’elle refusait de discuter avec lui parce qu’il n’avait pas voulu l’embrasser n’avait pas de sens.

 

« Merde, quoi. Tu pourrais me dire quelque chose. J’en ai marre de cette situation. »

 

Lui qui s’était promit de ne pas sortir de ses gonds si la situation tournait au vinaigre… Il s’emportait pourtant. Elle le fixait intensément d’un regard dur mais n’ouvrait pas la bouche. Que pouvait-il dire de plus ?

La blonde comprit alors qu’il n’avait rien à rajouter et baissa la tête. Il fallait qu’elle lui réponde. Elle n’allait pas le laisser en plan, c’était lui le lâche. Pas elle.

Il avait tout gâché… Rien que d’y penser, ça la révulsait. Temari avait baissé les armes devant lui, ça lui avait mit un grand coup à l’orgueil. Même après tout ce temps, elle le ruminait encore parfois. Si elle ne lui parlait presque plus, par contre, ce n’était pas tant parce qu’elle avait été blessée dans son amour propre que parce qu’elle n’avait aucune idée de comment elle devait se comporter dorénavant. Il avait été sur le point de l’embrasser, quand même, on ne pouvait pas faire semblant de rien ! 

 

Le couinement caractéristique de la table de maquillage se fit entendre et la sortit de ses pensées : Shikamaru quittait le plan de travail et s’apprêtait à s’en aller. C’était sa dernière chance pour passer à autre chose. Son cœur se remettait à bêtement tambouriner et sa main attrapa le coin de t-shirt qu’il portait.

 

« Nara, appela la blonde en ouvrant de grands yeux. »

 

Le brun ne se retourna pas mais se retint de sourire. Bingo ? Il l’espérait bien, il ne parlait pas autant sans raison.

 

« Mh.

 - C’est quoi la raison de tout ça ?

 - La raison de quoi ?

 - Pourquoi tu m’as repoussée ? »

 

Il devait bien s’attendre à ce qu’elle lui pose une question pareille, après tout. C’était logique. Mais Shikamaru pinça les lèvres, il n’avait rien à répondre à ça. Enfin… Il y avait bien plusieurs choses qui avaient menées à cette décision mais tout lui avouer ne lui disait rien.

 

« On se serait embrassés et après quoi ? On aurait fait des folies dans les toilettes jusqu’à ce que tu réalises que c’était stupide. Parce que je suis ton patron et que tu avais toujours mis un point d’honneur à ne pas me tomber dans les bras. »

 

Ça donnait matière à réflexion. Aussi bien pour lui qui s’avouait que perdre Temari à la suite d’une partie de jambe en l’air le terrifiait, que pour elle qui n’avait pas pensé à l’empathie du brun.

La vision qu’elle avait toujours eue de Shikamaru se modifia alors radicalement : il n’était pas qu’un sale con de baiseur. Ça faisait franchement mal à son estime, elle avait cédé au charme d’un sale con de baiseur qui n’en était pas tant un.

 

« Je ne suis pas tombée dans tes bras, piqua la blonde en lui lâchant le pan de t-shirt. Qu’est-ce que ça aurait changé, on est pas non plus amis. »

 

Quel orgueil de merde. Temari refoulait un tas de sentiments contradictoires : elle ne devait pas lui laisser une chance de la prendre à nouveau pour une pauvre femme à la merci de ses baisers salvateurs. Elle n’était plus en manque, sa libido se portait bien, Shikamaru n’avait plus d’importance. Sans se laisser une chance de réfléchir plus posément à la situation, la blonde se releva de sa chaise et poussa le brun pour sortir avant lui.

 

« C’est vraiment ce que tu penses ? demanda-t-il finalement alors qu’elle posait une main sur la poignée. Qu’on n’a jamais été amis. »

 

Shikamaru fronça les sourcils à mesure que son cœur se serrait dans sa poitrine. Lui avouer qu’ils n’avaient jamais été amis c’était mettre aux orties leurs discussions, leurs chamailleries et leurs gestes l’un pour l’autre. Il y avait bien eu les provocations de Shikamaru, mais ça n’avait jamais entravé leur relation. Elle ne pouvait décidément pas lui dire qu’ils n’avaient pas été amis !

La blonde se retourna vers lui et se posa dos à la porte pour lui répondre.

 

« Sûrement qu’on l’est toujours. Je ne travaillerais plus ici, sinon. »

 

Bras désormais croisés sur la poitrine, elle observa le brun soupirer et décrisper ses traits. Ce qu’elle pensait d’eux avait apparemment de l’importance ce qui la conforta dans ses efforts. Temari aurait donné cher pour se rapprocher de lui et le serrer dans ses bras mais se retint : ils n’avaient jamais eu cette relation-là. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, il n’y avait jamais eu de tactile entre eux. Du moins jusqu’à ce qu’il ne lui emprisonne les poignets pour l’embrasser… Ce qui n’avait abouti qu’à des problèmes relationnels.

 

« Un restau ce soir, ça te branche ? »

 

Il venait de l’inviter au restau ou c’était un rêve ? Ca dépassait l’entendement. Pas après leur discussion chaotique sur ce qu’était vraiment leur relation.

 

« Tous les deux. Entre potes, précisa-t-il en voyant le trouble que sa précédente question avait causée.

 - Ça peut être sympa. »

 

D’un sourire à mi-chemin entre la crainte et la joie d’une relation saine retrouvée, Temari hocha la tête. Ce semblant de relation ne menait à rien et il n’y avait pas l’ombre d’une chance pour qu’elle se fasse de nouveau avoir par cet abruti d’acteur. Ça ne vivrait que le temps d’une soirée puis tout reviendrait à la normale.

 

-

 

« T’es vraiment le pire des débiles. »

 

Que lui avait-il prit d’en parler à sa cousine ?

 

« Shika… Réfléchis un peu. Tu n’as jamais été capable de te contenter d’un restau entre potes. Tu te souviens au lycée ? Elle a à peine eu le temps d’apercevoir le bouiboui ! »

 

Elle n’allait quand même pas mettre son passé étudiant sur le tapis ! Ça ne regardait que lui.

 

« Pense aux conséquences, après. Fini la rigolade pendant qu’elle te fout de la poudre sur le visage. Tu auras tout cassé. Tu imagines si tu lui pourris sa carrière, espèce de sale race ? »

 

Tenten était hors de contrôle. Il n’avait fallut que de quelques mots pour qu’elle sorte de ses gonds et à présent elle était un puits sans fond de parole.

 

« Pas la peine d’en faire un drame, calma le brun. Ça n’a rien à voir, cette fois-ci. On se fréquente depuis deux ans. Elle me plait, je n’ai pas à m’en cacher. Mais si j’avais voulu lui mettre le grappin dessus, ça se serait déjà fait. »

 

La brunette lui lança alors un regard de connivence, le sourire jusqu’aux oreilles. Shikamaru pinça les lèvres : c’était un véritable aveu qu’il venait de faire à sa cousine. C’était aussi une confession qu’il se faisait à lui-même. Temari lui plaisait depuis leur première rencontre. Elle paraissait forte, vindicative et son regard avait le don de le faire taire. Plus tard, il lui avait découvert un don caché pour la littérature fantastique et avait bien vite compris qu’elle n’était pas qu’une maquilleuse et que ses aspirations menaient ailleurs. Discussion par discussions, entrecoupées de réflexions salaces de Nara, leurs caractères s’étaient révélés complémentaires et ça lui faisait du mal de l’admettre. Avouer qu’elle ne lui plaisait pas uniquement parce qu’elle était bonne à baiser ne faisait pas bon ménage avec son image de coureur.

 

« Tu tombes amoureux. Shikanounours, exulta Tenten, le regard doux. C’est vraiment trognon… »

 

D’un bond, Shikamaru se releva du fauteuil où il se trouvait et fit face à la brune, le visage perturbé.

 

« Raconte pas de conneries, Ten’. C’est qu’une pote, merde. Garde ce genre de réflexion pour Asuma si ça t’amuse mais laisse-moi en dehors de tes lubies. »

 

Malgré la véhémence de ses propos, sa cousine ne changea pas d’expression, des étoiles brillantes dans les yeux. Les mains posées sur les joues, elle le fixa intensément.

 

« Pourquoi tu tiens à te mentir à toi-même ? Ça n’arrangera pas les choses, tu sais. »

 

Comment pourrait-il arranger les choses avec Temari alors qu’elle acceptait à peine de lui accorder la parole ? Lui assener qu’elle lui plaisait pour d’autres raisons risquait bien de l’éloigner de lui pour toujours. Prendre ce risque ça ne valait pas le coup.

La brune continua à rire un moment avant de reprendre contenance d’un raclement de gorge. Pour Tenten, se dire de son cousin qu’il était devenu quelqu’un de stable et responsable était une grande avancée dans ses priorités de grande sœur de substitution.

 

« Pas la peine de répondre, lança-t-elle comme un ordre. Tu as mon consentement. Je te souhaite tout le bonheur du monde ♪. »

 

Déclamées comme une chanson, les quelques paroles de sa cousine claquèrent dans l’air telle une sentence. Elle venait de viser juste et en profita pour lui sauter dessus pour l’enlacer. Son petit cousin prenait enfin ses relations au sérieux.

 

-

 

« C’est n’importe quoi, Temari. On n’a pas idée de vouloir SORTIR avec son patron

 - Ce n’est pas mon Patron, d’après le contrat que j’ai signé, il s’agit en fait de mon unique client, voilà tout. Depuis quand est-ce que tu me donnes des conseils, d’ailleurs ? »

 

Un roux aux yeux pâles avec un air renfrogné croisa les bras sur sa poitrine et fixa une Temari qui faisait le choix dans sa garde robe. C’était quel genre de restau ? Plutôt chic ou plutôt fast-food ?

 

« Parce que je suis ton frangin et que j’ai un minimum de droit sur toi. »

 

La blonde roula des yeux et se retourna vers son armoire pour en sortir deux robes. Shikamaru ne voudrait sûrement pas d’une couverture médiatique pour une sortie en ville avec sa maquilleuse ; le restaurant serait probablement un endroit intimiste et privé, pas la peine d’en faire des tonnes…

 

« Gaara, n’inverse pas les rôles. Tu es mon petit frère, c’est à moi de m’inquiéter pour toi. Et tu n’as aucun droit sur moi, on n’est pas au moyen-âge.

 - Ne joues pas sur les mots avec moi, gronda-t-il. Shikamaru est un sale con et c’est toi-même qui me l’as répété pendant des mois. Il t’a retourné le cerveau ? »

 

Une robe de cocktail c’était peut-être un peu trop… L’autre ferait l’affaire. Sans faire attention à son frère qui baragouinait à n’en plus finir, Temari enfila sa tenue et le pria de lui attacher la robe.

 

« S’il vient à la maison, je l’égorge, rumina-t-il en remontant la fermeture éclair. »

 

La blonde lâcha un sourire pour le remercier de son aide et attrapa son manteau avant de se tourner vers le roux : « C’est tant mieux alors, parce que c’est moi qui vais chez lui. »

 

Sonné par la nouvelle, Gaara ne répondit rien, enfonça ses mains dans ses poches et quitta la chambre de Temari en ruminant.

Se doutant bien des idées qui traversaient le crâne de son petit-frère, la blonde quitta l’appartement en emportant un parapluie. La pluie battait à torrent et elle devait rejoindre le brun jusqu’à son appartement en ville.

 

-

 

« A-allô ?
 - Ouais.

 - Bonsoir, est-ce que Temari est là ?

 - Nan, c’est de la part de qui ?

 - … »

 

Shikamaru, dans sa belle BMW, ne sut pas quoi répondre et raccrocha au nez de son interlocuteur.  Appeler chez Temari n’était peut-être pas une si bonne idée … Surtout si elle n’était déjà plus chez elle.

Il se frappa le front contre son volant et observa le bâtiment où vivait la blonde. Avoir l’idée à la dernière minute d’aller la chercher en voiture, c’était digne du dernier des imbéciles. Lui qui s’était dit que ça pourrait être une bonne idée vu le temps qu’il faisait… Tenten avait le don de chambouler ses pensées avec ses bêtises, il ne savait plus où donner de la tête.

Temari devait déjà être sur le chemin de chez lui, il ne lui restait qu’à rebrousser chemin.

 

-

 

Courant sous la pluie, Temari s’arrêta en entendant son téléphone portable sonner. Elle l’attrapa et répondit à l’appel sans se poser de question avant de reprendre la route d’une démarche plus calme.

 

« Salut Tem’. Ton frère à l’appareil. »

 

Inutile de se demander de qui il s’agissait, il était bien le seul à lui parler de la sorte.

 

« Kankurô, lumière de ma vie, soupira-t-elle. Que puis-je pour toi à une heure pareille ?

 - La légende raconte que tu as rencard avec le célèbre Shikamaru Nara.

 - Les nouvelles vont vite à ce que je vois. Ce n’est pas un rencard, rien qu’un restaurant entre amis. »

 

Elle entendit distinctement son interlocuteur ricaner et leva les yeux au ciel. Ce qu’il pouvait lui taper sur le système quand il s’y mettait…

 

« Kank’, raconte-moi plutôt la raison de ton appel. Ça fait des mois que tu ne prends pas de nouvelles, ne me fais pas croire que c’est ma sortie avec cette starlette de pacotille qui t’intéresse tant. »

 

Il fallut que le frère de la blonde se racle la gorge et chuchote à quelqu’un avant qu’il ne se décide enfin à avouer : « Je comptais passer le week-end chez toi. J’espère que ça ne te dérange pas. »

 

Ah, voilà donc où se situait tout l’intérêt de cette discussion…

 

« Tu es déjà sur place, j’imagine. Pas la peine de faire des simagrées avec moi. On se voit ce soir. Ou peut-être demain. »

 

D’un claquement sec, la blonde raccrocha au nez de son deuxième frère. Sa dernière phrase n’avait eu pour but que de titiller leurs envies de commérage mais c’était finalement une idée assez plaisante. Elle avait d’ailleurs décidé qu’à la fin de son contrat, elle partirait pour de nouvelles aventures, alors faire du gringe à ce célèbre Nara Shikamaru était de loin une ambition parfaitement acceptable. Voir même lui sauter dessus dès qu’elle en aurait l’occasion.

 

Toutes ses préoccupations au sujet de sa relation avec le brun et ces derniers mois difficilement vivables n’avaient plus aucune importance à ses yeux. Il n’y avait plus que le beau brun, son côté intéressant, sa gentillesse insoupçonnée et l’envie subite qu’elle avait de s’amuser un peu avant de quitter le monde du cinéma.

 

-

 

Elle devait bien passer par la rue principale pour rejoindre son appartement… Alors où se trouvait donc Temari tandis qu’il scrutait les piétons de la ville ? De cette allure lente qu’il se devait de maintenir à cause du trafic dense du centre-ville, le pauvre brun n’avait pas d’autre choix que de regarder les côtés  en espérant la retrouver. Il y avait bien peu de chance pour qu’il arrive avant elle.

 

Ses doigts cliquetant contre le volant, Shikamaru serra la mâchoire ; pour une fois qu’il faisait l’effort de ne demander que le numéro de téléphone fixe…

 

-

 

Quittant la pluie torrentielle, Temari referma son parapluie avant de s’avancer jusqu’à l’intérieur du bâtiment. Sobrement décoré, la blonde n’en croyait pas ses yeux : Shikamaru et son salaire mirobolant ne vivaient pas dans un penthouse luxueux mais dans un simple immeuble aux allures assez banales. Elle se dirigea alors vers l’interphone le plus proche et remarqua du coin de l’œil le gardien de l’immeuble la regarder d’un œil torve.

Bon, finalement, c’était un immeuble assez chic pour se permettre d’engager un gardien au costume élégant.

 

La blonde appuya finalement sur l’interphone correspondant à l’appartement B0 et patienta en faisant un tour d’horizon de ce qu’elle n’avait peut-être pas déjà vu. Mais mis à part le bureau du gardien, il n’y avait plus grand-chose à regarder. Et ce dernier lui foutait franchement les pétoches. 

 

-

 

Bien, il n’y avait plus de doute à avoir : il était en retard de trois minutes. Temari devait déjà être arrivée et il n’en était qu’à la moitié du chemin. Fichu embouteillage citadin. Shikamaru rumina contre lui-même et éteignit la radio ; il devait se concentrer.

 

Mais se concentrer sur quoi ? Il ne contrôlait ni la météo ni le flux de voiture de la ville alors à quoi bon… Il n’avait demandé qu’une seule chose, qu’une simple chose : passer du temps avec sa maquilleuse avant d’avoir à quitter le Japon pour les mois à venir. Tenten l’avait bien trop chamboulé avec ses réflexions d’adolescentes fleurs bleues.

 

Alors qu’en ce moment, Asuma le tannait pour qu’il accepte un rôle dans une série populaire aux USA, il n’avait pas besoin des remontrances de sa cousine pour savoir quel comportement il devait adopter. S’il réussissait à s’excuser convenablement auprès de la blonde, il n’aurait pas à quitter le pays avec d’amers regrets. S’il passait un bon moment avec elle, ce n’était qu’un bon moment de plus passé avec elle.

 

-

 

Cinq minutes qu’elle poireautait en bas de l’immeuble et personne ne prenait la peine de répondre à l’interphone. Pas de doute : cet abruti de première l’avait oublié. Ou alors devait-il penser que l’inviter au restaurant avait été une initiative stupide de sa part…

 

D’un pas décidé, Temari resserra son manteau sur ses épaules et quitta l’immeuble sous le regard courroucé du gardien.

 

-

 

« Mais tu vas la bouger ta putain de boite de conserve. »

 

Shikamaru grommelait à n’en plus finir. Tout paraissait bien trop lent autour de lui. La pluie qui frappait contre ses vitres le rendait irritable. Le fait de se rappeler sa conversation avec Tenten avait pour effet de lui faire serrer le volant et il ne comprenait pas pourquoi.

 

C’était pourtant limpide ! Temari et lui seraient amis. Temari et lui entretiendraient de bons rapports. Temari et lui pourraient se parler comme de vieux potes sans qu’il n’y ai d’ambigüité.

 

« Mais merde. Putain de feu. »

 

Limpide peut-être, mais le brun n’en pouvait plus. À mesure que les minutes passaient, l’étrange sensation de son cœur qui martelait dans sa poitrine s’intensifiait. Et l’explication tardait à lui venir à l’esprit.

 

-

 

Plus besoin de courir, pensa amèrement la blonde en ouvrant son parapluie. Le rendez-vous était annulé, ce qui avait le don de lui donner le bourdon. D’une démarche lente, la blonde passa le porche et marcha sur le trottoir pour reprendre le chemin de chez elle.

 

« Putain de Nara. »

 

Encore une fois, la blonde s’était laissé devancer par ses sentiments. Il n’y avait qu’à voir les jointures blanches de sa main tenant le parapluie pour constater l’étendue des dégâts.

Un restaurant entre pote… La blague de l’année. Ce tordu du Nara devait bien rire dans sa barbe de s’être à nouveau moqué d’elle.

 

« Merde quoi. »

 

Voilà qu’elle parlait seule dans la rue… Les passants la regardaient de travers mais ça n’avait pas d’importance.

Oh, et puis… Il n’y avait jamais rien eu de vraiment concret entre eux… Ce  baiser manqué tout au plus. Ça ne devait pas signifier grand-chose. Temari n’avait plus qu’une envie : rentrer chez elle, éviter ses frères et se planquer sous sa couette avec de la nourriture à profusion.

 

-

 

C’est en tournant à l’angle d’une rue qu’il la repéra malgré son parapluie noir digne d’un enterrement. Avec des jambes pareilles et des fesses aussi rebondies, ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre. Shikamaru s’en serait giflé de sa réflexion s’il n’avait pas été aussi pressé de trouver une place où se garer pour lui courir après.

Elle regardait droit devant elle, le pas rapide et l’allure sombre. Il l’avait plantée, ça n’allait pas être du gâteau. De quelques grandes enjambées, Shikamaru la rattrapa et lui attrapa l’épaule. C’était sa dernière occasion.

 

« Temari. »

 

S’il avait été dans l’un de ses nombreux films à la trame romantique, nul doute que le scénariste aurait choisi de donner un dernier sursaut au spectateur en créant un quiproquo avec une inconnue. Mais heureusement pour lui, ce fut bien son unique Temari qui se retourna pour lui faire face.

 

Une Temari au visage fermé mais une Temari comme il n’en aimait qu’une. Comme il n’en aimait qu’elle. Fait chier. C’était maintenant qu’il se décidait à toucher là où ça fait mal ?

 

« Ça fait une plombe que j’attends en bas de chez toi, Nara, gronda la blonde en le poussant du doigt. T’as conscience que ton pauvre con de gardien fout les jetons au moindre passant ? »

 

Ce n’était pas une nouvelle mais ce qu’elle lui lançait le rassura : elle n’avait pas l’air de lui en vouloir tant que ça.

 

« J’ai eu un contretemps, s’excusa le brun en lui pressant un peu plus l’épaule pour se mettre à l’abri de son parapluie. Je pensais pouvoir te rattraper mais ça n’a pas fonctionné. »

 

Le brun se gratta la nuque et regarda ailleurs. Il fallait espérer qu’elle ne lui demande pas plus de détails, il était suffisamment embarrassé. Aucun son ne fit écho à ses paroles alors le brun revint à la rencontre du regard de Temari.

Un regard qui le perturbait bien trop après toutes ces questions qui se bousculaient dans sa tête. Qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ? Depuis le début de sa carrière et la découverte de son statut de célébrité, il n’avait fait qu’ignorer tout logique pour passer d’une femme à l’autre. Pourquoi fallait-il qu’il est les yeux en face des trous lorsqu’il s’agissait de Temari ?

 

« Ma voiture n’est pas loin, suis-moi. »

 

Sans prendre la peine de protester, la jeune femme suivit le pas du brun qui lui attrapa la main. C’était chaud, parfaitement nouveau et étrange comme jamais. La sensation des doigts de Shikamaru avait valeur de choc. Mais pour rien au monde, elle n’aurait quitté la chaleur de sa paume.

Shikamaru tira de sa poche ses clés de voiture et ouvrit la porte à la blonde avant de s’installer du côté conducteur. Parapluie refermé, elle s’enferma dans l’habitacle de la voiture et attendit que Shikamaru l’y rejoigne. Avec toute cette pluie et ce vent, elle ne devait pas être belle à voir…

 

« C’était quoi ce contretemps ? demanda la blonde en se réchauffant les mains sous les cuisses, le regard vissé sur le pare-brise.

 - Embouteillage. »

 

Parfait, elle ne pouvait pas lui en vouloir pour le trafic avec une excuse pareille. Tandis qu’elle prenait la peine de poser son parapluie sur la banquette arrière, Shikamaru se permit de l’observer.

 

Elle était mignonne dans son genre. Bien loin des stéréotypes de femmes fortes qu’on faisait gober au public japonais mais il y avait un certain truc… Et cette robe qu’il ne voyait qu’à moitié avait une fâcheuse tendance à lui rappeler qu’elle s’était mise sur son trente-et-un juste pour lui. Il ne fallait pas déconner.

 

« Tu nous emmènes où du coup ? questionna la blonde en se rasseyant correctement sur son siège. »

 

La tête de Temari vira vers le conducteur et elle leva un sourcil. Il fallait espérer que sa robe passe-partout conviendrait, elle ne voulait pas faire tache. Pas au bras de Shikamaru Nara. Enfin… À côté de lui. Ce n’était pas un rencard, il fallait qu’elle se mette ça dans le crâne.

 

« Oh, et bien… Je n’y ai pas trop réfléchis. »

 

Quittant sa position confortable, il se tourna vers elle et posa un coude sur le dossier du siège passager, les rapprochant considérablement l’un de l’autre. Effectivement, l’idée du restaurant venait de lui, mais il n’avait pas prit la peine d’en peaufiner les détails. Elle devait déjà avoir comprit qu’il n’était pas homme à prendre des décisions.

 

Il n’était plus nécessaire de tergiverser, autant aller droit au but : profiter de la présence de Temari.

 

« Qu’est-ce que tu penses d’un restau indien ? »

 

Toujours aussi directe, la blonde présenta sa proposition et se tourna elle aussi d’une manière inconfortable, les laissant nez à nez, les yeux dans les yeux. Fallait-il encore qu’ils doutent l’un et l’autre de la suite des événements ?

Shikamaru, pour sa part,  ne savait plus où poser les yeux et regardait partout sans savoir où se fixer. Le plafond de la voiture, les lèvres de Temari, la pluie sur les vitres, les mèches blondes sur ses tempes, la plage arrière de la voiture, les lèvres de Temari… C’était le bon moment, c’est ça ?

Le visage rieur qu’elle avait en le regardant semblait lui crier de faire quelque chose mais aucun de ses muscles ne semblaient s’accorder avec ses pensées. Et puis ces lèvres… Roses, fournies, il crevait d’envie de…

 

« Hello ? »

 

Cela faisait désormais plusieurs secondes que cette star de Nara ne répondait pas à sa simple question et Temari avait tous les droits de trouver ça amusant. Peut-être que se pencher si près du visage du brun l’avait un peu perturbé… Ce n’était pas plus mal. C’était par contre plutôt gênant de remarquer qu’il ne décrochait pas de ses lèvres. S’il tenait tant que ça à l’embrasser, qu’attendait-il ? Elle n’allait quand même pas laisser la même scène que la dernière fois se produire dans sa voiture...

 

Qu’il l’embrasse et qu’on en finisse ! Mais rien ne perturbait plus le Nara que de voir les lèvres de la blonde formuler une nouvelle question avant de se mordre la lèvre.

 

« Je ne te plais pas, c’est ça ? »

 

Non, non. Pas ça… L’estomac de Shikamaru menaçait de faire remonter son repas du midi tellement cette situation lui apparaissait comme désagréable. Et puis… Qu’elle arrête avec ses petites lèvres mordillées ! Elle lui plaisait. Bien plus que ce qu’il avait laissé entendre à Tenten et encore plus que ce qu’il s’était dit à lui-même.

Ce n’était pas le moment de la laisser en plan.

 

« B-bien sûr que tu me plais. Tu rigoles…

 - J’avais peur de faire une bêtise. »

 

Quel genre de bêt-

Avant même que la question ne se formule entièrement dans son esprit, Temari lui attrapa la nuque et posa son front contre celui du brun.

 

Le comique de la situation leur barra les lèvres d’un sourire. Cinq mois plus tôt, ils se trouvaient dans des toilettes bien entretenues et s’échauffaient l’un l’autre sans le savoir. C’était bien différent aujourd’hui même, se dit la blonde en fermant les yeux, ses doigts pressant contre la peau du cou de son vis-à-vis.

 

-

 

L’embrasser ? Embrasser ses lèvres. Poser ses lèvres sur les siennes. C’était tellement bête. Alors qu’est-ce qui l’empêchait d’enfin faire fi de toutes ses barrières pour profiter de l’instant ?!

Réveille-toi, clamèrent les pensées du brun. C’est maintenant. Plus tard ça sera trop tard. Il devait bouger. Prouver qu’il n’était pas un fuyard. Tout du moins, pas tant que ça.

 

-

 

L’embrasser.

Sans se précipiter, il accapara les lèvres de la blonde et son cœur implosa.

Alors, c’était ça qu’ils attendaient depuis tellement de temps qu’en était née la discorde ? Un simple baiser, ni sulfureux, ni langoureux. Un baiser doux, chaste, empli d’une délicatesse qu’il n’avait fait qu’effleurer avec les autres. Bien loin de ceux qu’il donnait en tournage ; ces affreux baisers qu’il devait rendre véridiques avec sa partenaire.

 

Ce n’était pas pareil cette fois.

C’était mille fois différent de ces femmes qu’il ne prenait pas la peine de courtiser avant de les sauter.

 

Quand Asuma disait de lui qu’il se voilait la face avec Temari c’était peut-être de ce genre de situation dont il parlait. Il n’y avait aucun doute, sentir la peau de la blonde contre la sienne avait un effet dévastateur sur lui.

La blonde rompit finalement le baiser, les lèvres rougies.

 

« Ce n’était pas si difficile, tu vois... »

 

Il éclata de rire et posa son front contre l’épaule de sa partenaire. Ça n’avait rien eu de si compliqué… Ça n’en aurait pas eu s’il avait été moins gauche avec elle un an plus tôt.

 

« Ça te dit un restau demain ? »

 

Elle le poussa de l’épaule et fronça les sourcils. C’était une blague ?

 

« Et après-demain, aussi ? »

 

Il était hors de question qu’il la laisse filer. De nouveau, il s’accapara les lèvres de Temari et lui offrit un baiser plus langoureux. Un an et demi à se courir après et à s’énerver sur l’autre. Comment allait-il s’en sortir maintenant ?

 

« C’est un rencard ? demanda la blonde en lui attrapant les joues

 - Jamais. »

 

Sans lui laisser le temps de protester, Shikamaru l’embrassa à nouveau. Elle n’avait pas besoin de savoir qu’il dépendait autant d’elle. Ce n’était que le début.

 

 

-

 

« J’ai écrit cet OS quand je devait avoir quatorze/quinze ans… Ça commence à faire une paye maintenant:/… Du coup, pour ceux qui relisent cet OS : l’histoire a probablement un peu changé depuis cette époque. C’est ce qui arrive quand on est perfectionniste… Ça me joue quand même de sacré tour pas super-cool mais enfin bon… N’hésitez pas à commenter si vous avez deux minutes. :Love: »

 

Sandou-Soudy