Sur la plage abandonnée

par Iliena

13. Sur la plage abandonnée

 

Un ciel de carte postale, le bleu de la voûte céleste rejoignant à l’horizon celui plus sombre de la mer, la houle faisait naître des petits moutons blanc sur le sommet des vagues et puis le vent incessant du large qui soufflait par bourrasque. En d’autres temps, les plages auraient été plus fréquentées, plaisanciers et locaux arpentant le sable fin à la recherche de coquillages aux abords des criques ou souhaitant simplement se dégourdir les jambes. La grande guerre ninja y était pour quelque chose.

 

Sasuke sorti de l’eau tout en essorant ses cheveux sombres. Il se laissa tomber à plat ventre sur le linge et nicha sa tête entre ses bras, laissant le soleil et le vent se charger de le sécher. Il prit garde de ne pas s’endormir sous le soleil presque au zénith. Même si il devait reconnaitre avec une pointe de fierté que malgré qu’il ne puisse plus utiliser son chakra comme par le passé son corps avait conservé cette musculature athlétique et affutée, il savait tout aussi bien que les rayons de l’astre solaire avaient un effet néfaste sur sa peau pâle. Très rouge le soir même ainsi que douloureux et tout ça pour redevenir presque aussi pâle quelques semaines plus tard. Naruto était destiné à lézarder au soleil, pas lui. Mais pour être franc, il aurait voulu peaufiner son bronzage qu’il n’y serait pas arrivé.

 

Dès son retour dans les environs de Kiri, il avait regagné le village d’Inari avec une satisfaction certaine. Il n’avait pas eu à attendre longtemps avant que son ancien employeur vienne lui demander de retourner travailler sur le navire des gardes côte. L’emploi n’étant pas à temps plein, d’autres pécheurs avec lesquels il avait déjà navigué l’avaient emmené de temps à autre. Puis les semaines passant, la famille d’Inari l’avait aussi embauché pour quelques menus travaux. Soucieux de ne pas être à leur charge plus que de raison, il avait tout d’abord vécu chez eux avant de rénover une baraque de pécheur ayant appartenu au grand-père pour finir par y emménager au début de l’été. Le confort y était rudimentaire mais l’Uchiha n’était pas du genre à faire dans la surenchère ; un lit, de quoi se cuisiner, une cheminée pour la mauvaise saison, une table et une chaise, juste le nécessaire. Tout cela trônait dans l’unique pièce à vivre donnant sur la plage. Une minuscule salle de bain et un garde-manger se trouvaient du coté des terres. Depuis la terrasse en bois surmontée d’un avant toit ou se trouvait un vieux fauteuil à bascule, il pouvait voir le village ainsi que les signaux lumineux du port à droite. A gauche, les balises indiquant les ilots ainsi que le phare juché au sommet de la falaise formant une pointe s’enfonçant dans les flots clignotaient nuit après nuit.

 

Déjà le mois de septembre, Sasuke n’avait rien vu passer. Entre son travail et les travaux de rénovation de sa retraite solitaire, il n’avait pas eu une minute à lui. Voilà pourquoi son bronzage se limitait à celui d’un travailleur passant ses journées les manches retroussées. Le climat n’y était pas anodin non plus, les températures n’avait rien d’extrême ici. Le vent incessant, la pluie, avaient façonné les rochers effilés de la région. Les chaleurs suffocantes de Suna ne l’attiraient pas plus que le pays de la neige. Il préférait le coté sauvage de la côte de cette partie du pays de la brume, les hautes herbes et la bruyère se courbant sous le vent, les tempêtes d’hiver et puis la mentalité des indigènes. On ne lui avait pas posé de questions la première fois et à son retour, on s’était contenté de savoir qu’il était satisfait de revenir ici. Personne ne lui avait demandé si il n’était pas un lointain parent d’un clan décimé du pays du feu ou ne l’avait fixé longuement, hésitant entre la peur et la curiosité. Il assumait son passé, pleinement. Toute fois, c’était dans une autre vie. Tout s’était arrêté dans une explosion de chakra bleu. Depuis, il vivait comme jamais il ne l’avait fait avant.

 

Lors ce qu’il fut sec, il se redressa et pris le linge. En grimpant les vénérables marches de bois menant à l’entrée de sa maison, il nota la présence de nuages sombres au loin. Un orage à n’en pas douter. Tant mieux, il aimait bien le fracas du tonnerre et les éclaires zébrant le ciel à la nuit tombée. Ils les contemplaient depuis la véranda en buvant une tasse de thé quand il en avait l’occasion. Son unique jour de congé depuis bien longtemps s’achèverait par un beau spectacle, il sourit imperceptiblement.

 

 

Le retour à la vie civil ou disons plutôt son apprentissage en ce qui concernait l’Uchiha commençait à porter du fruit. La fatigue aidant, il ne s’éveillait plus au moindre craquement ; il avait aussi doucement abandonné l’idée que  l’on puisse le suivre durant ses allées et venues. Alors perdu dans les limbes d’un rêve étrange, il n’entendit pas frapper à la porte. Les roulements de l’orage raisonnaient encore suffisamment fort pour couvrir les coups contre la porte en bois. Ce n’est que quand la clé tomba au sol sous la force de ces derniers qu’il se réveilla.

 

Dans un geste encore chargé de sommeil, il rejeta les draps en arrière et se leva. Des halos de lumière lui indiquèrent que son visiteur avait une lanterne. Il jeta un œil par la fenêtre et reconnu la silhouette d’Inari sous la cape cirée au jaune passé. Une autre personne semblait l’accompagner. Quelle heure pouvait-il bien être ?

-       Sasuke ! s’exclama le petit brun lors ce que la porte s’ouvrit enfin.

-       T’as vu l’heure ? marmonna l’intéressé en lançant un coup de tête en direction de la vieille horloge accroché au mur.

-       J’ai de la visite pour toi. s’excusa le plus jeune en comprenant que le noiraud n’était pas d’une humeur des plus conciliantes.

 

Sur ces derniers mots, il s’effaça et l’Uchiha put enfin un peu mieux distinguer la personne qui accompagnait son ami. Un manteau trempé mais indéniablement de facture militaire, un ninja. Non, en faite une kunoichi au vue des formes que le vêtement ne pouvait pas complètement cacher. Elle du sentir qu’il la détaillait car elle retira sa capuche, laissant apparaître une chevelure rose trempée.

 

-       Sakura ! s’exclama à demi-mot le jeune homme.

-       Bon je vous laisse ! Maman à dit qu’elle pouvait dormir à la maison si elle le souhaitait mais elle a absolument insisté pour te voir.

 

Les yeux verts qui ne le quittaient plus était un peu éteints, la fatigue pour sur. Ce n’est qu’après quelques secondes qu’il réalisa qu’Inari avait vraiment disparu.

 

-       Je… Rentre…

-       Merci.

 

Elle passa devant lui, observant les lieux. Un instant, il jura qu’elle avait frissonné. Un peu absent, il l’aida à se dégager de la cape gorgée d’eau. Elle portait sa tenue de combat et un petit baluchon de mission probablement composé du strict minimum pour un déplacement de quelques nuits. Tout était trempe, à en juger par les flaques d’eau sombre se formant sur le plancher de bois brut.

 

-       Tu ne devrais pas rester comme ça. Tu vas tomber malade. se contenta-t-il de dire.

-       Si tu étais Naruto, je t’aurais déjà envoyé mon point dans la figure. Plaisanta-t-elle. Tu as quelque chose à dire.

-       Excuse-moi. bredouilla-t-il en attrapant un T-shirt avant de l’enfiler.

 

Sans une parole, elle retira son gilet de juunin. Il lui tourna le dos et parti à la recherche de vêtements adaptés dans la malle au pied de son lit. Il déposa un pantalon de jogging bleu marin, un sweet-shirt noir et un drap de bain sur la table avant de lui indiquer la salle de bain. Elle parti s’y enfermer alors qu’il allumait un bon feu dans la cheminée. Ce fut non sans peine qu’il parvint à suspendre la cape gorgée d’eau aux poutres apparentes. Il vida les poche du gilet de combat de la jeune femme et étendit se dernier sur le dos de sa chaise.

 

Quand elle revint dans la pièce, quinze minute plus tard, la douche chaude l’avait réchauffé mais se fut avec plaisir qu’elle vit les flammes danser dans l’âtre. Selon les indications du jeune homme, elle étendit ses dernières affaires au bout du lit en fer forgé, puis elle le rejoint devant la flambée. Ils restèrent ainsi, statiques, puis il lui demanda si elle voulait quelque chose à boire.

 

-       Un thé chaud, volontiers. Prononça-t-elle sans détacher ses yeux du spectacle du bois se consumant dans la cheminée.

 

Elle finit tout de même par relever les yeux pour suivre les gestes de l’Uchiha. La situation était un peu étrange. Il y avait des effluves de passé qui flottaient dans l’air et des réflexes que les années de séparation n’avaient pas complètement effacés. Cette sensation ne lui était pas inconnue, elle l’avait déjà ressentie à plusieurs reprises depuis les évènements suivant leur retrouvaille dans cette cave. Généralement, cela ne durait pas plus de quelques secondes mais depuis son entrée dans la cabane, elle n’arrivait pas à se défaire de cet étrange mélange formé par quelque chose s’apparentant en partie à de la mélancolie. Sasuke suspendit le mouvement de son bras et la fixa à son tour.

 

Ses yeux noirs, profonds, avaient perdu de leur dureté. Elle avait vu le changement s’opérer au fil de sa guérison, puis de leur fuite. A présent, même les traits cassants de son visage semblaient s’être légèrement assouplis. Il était bien, en paix, enfin. Un petit sourire étira les lèvres de la jeune femme, il fronça les sourcils.

 

-       Quoi ?

-       Rien. murmura-t-elle.

-       Si, il y a quelque chose.

-       Tu… tu as l’air bien.

 

Son sourcil droit s’arqua encore un peu plus.

 

-       Tu as l’air… en paix.

 

Il se dérida un peu, tout en s’appuyant contre la cuisinière. Elle n’avait pas tout à fait tord. Lui-même n’était pas certain qu’il aurait formulé les choses ainsi mais il s’était lui aussi fait la remarque que la quiétude du lieu ainsi que son nouveau style de vie lui convenait formidablement bien. Il n’aurait pas pensé, ni espéré, que sa reconversion se ferait aussi rapidement. Ce n’était pas rose tous les jours mais les résultats des derniers mois de dur labeur lui laissaient une sensation de fierté qu’il savait ne pas être trop mal placée. En définitive, il n’était pas si surpris que cela qu’elle l’ait perçu. Après tous, ne faisait-elle pas partie des personnes les plus à même de le remarquer ?

 

-       Peut-être.

 

Un sourire sincère éclaira le visage pâle de la rose. Il ne su pas exactement ce qui déclencha la valse de doux picotements dans son ventre. Était-ce les étoiles brillant dans ses yeux verts ou plutôt le rouge qui commençait de tinter le sommet de ses pommettes alors qu’il gardait les yeux fixés sur elle. D’un pas qu’il voulait calme et assuré, il s’approcha. Sa main droite se leva doucement. D’un doigt léger, il effleura son épaule en dessinant des arabesques dont il était le seul à connaître exactement la forme. Pourtant, elle garda les yeux rivés dans les siens. Le mouvement s’arrêta et il continua simplement de caresser du pouce la peau au travers du vêtement.

 

-       Je ne sais pas trop comment ça se passe pour ces choses là. souffla-t-il

-       Tu te débrouilles très bien.

 

Un petit sourire en coin lui étira le bord des lèvres alors qu’il l’attirait doucement contre lui. Aussi étrange que cela puisse paraître, il n’avait jamais profité de la proximité du corps d’une femme autrement et uniquement que pour les bienfaits d’une mission. Orochimaru lui avait inculqué des connaissances à propos des réactions de certains geste sur certaines zones de l’anatomie féminine mais jamais il n’avait utilisé cela autrement que pour servir l’objectif de la mission en cour. Il n’était pas non plus naïf et ignorant du fonctionnement de son propre corps. Quand il en ressentait la nécessité, il savait parfaitement comment assouvir ses besoins. C’était juste qu’il n’avait pas eu besoin de l’aide de quelqu’un pour le faire. Bien conscient que Sakura devait en savoir plus long sur le sujet, il se contenta de la serré contre lui. C’était déjà bien pour une première fois.

 

-       Je peux rester avec toi ce soir ? demanda-t-elle en glissant ses bras fins autour de sa taille.

 

Il hocha affirmativement de la tête.

 

-       Tu peux rester aussi longtemps que tu le souhaiteras.

-       On verra. marmonna-t-elle en se nichant contre sa poitrine.

 

La nuit avançait et quand l’aube commença à éclaircir l’horizon, Sasuke du se résoudre à porter la jeune femme qui s’était assoupi contre lui dans son lit avant de partir travailler. Il enfila son uniforme des gardes côtes, attrapa quelque chose à manger dans l’un des rares placards de la minuscule cuisine et griffonna un mot qu’il laissa sur la table avant de quitter la cabane.

 

 

Sakura resta quelques jours qui passèrent bien trop vite aux yeux de l’Uchiha. Quand il se retrouva à nouveau seul, assis sur le rebord de son lit, ce qu’il éprouva le fit presque sourire d’amusement. Le manque, le vide que seul les souvenirs éclatant de ce cours laps de temps passé tout  les deux venaient apaiser. Les prémices d’une intimité qu’il souhaitait continuer de découvrir, avec elle.

 

Ils s’étaient embrassés, avec retenue, presque de la maladresse au début, cherchant dans leur étreinte à se calquer sur les pats de l’autre, découvrant une sorte de dance dont ils étaient les seuls maîtres. Ce serait mentir que de ne pas avouer qu’il avait aimé. Sakura faisait preuve d’assurance et pour la première fois, il s’était laissé guider dans une totale confiance, l’instinct faisant le reste, les gestes venant tous seuls. Ce matin, alors qu’elle terminait de boucler son baluchon, il fut saisi d’une envie soudaine de capturer ses lèvres fines entre les siennes. Elle ne résista pas, l’encourageant même en passant une main fiévreuse dans sa chevelure sombre alors que l’autre s’accrochait à sa nuque. Lui dire combien il aurait aimé qu’elle reste encore un peu ne parvenait pas à franchir sa gorge, comme bien souvent quand il fallait qu’il évoque quelque chose de profondément lié à lui. Mais elle avait saisi l’intention et probablement la signification de ses gestes rapides, c’était une magicienne.

 

Quand ils se séparèrent, ils étaient tous les deux à bout de souffle. Les joues rosies, le regard brillant, les cheveux en bataille aussi bien pour lui que pour elle, ils offraient un bien joli tableau. Un vague sourire étira les lèvres du jeune homme, un rire cristallin échappa à la rose. Avec les gestes précis de celle qui a l’habitude de faire ses bagages rapidement, elle termina de fermer le sac de tissus avant de lui faire face à nouveau.

 

-       Fais attention à toi. murmura-t-elle en déposant un dernier baiser sur ses lèvres.

-       Toi aussi.

 

Elle sortit, resta un instant sur le seuil de la porte en effleurant distraitement le bois brut du cadre de porte. Elle se retourna une dernière fois, une lueur de tendresse dans le regard et rien que d’y repenser, Sasuke se sentait toute chose.

 

Il s’allongea sur le lit, un bras replié au sommet de la tête. Son regard lointain fixant les poutres de la charpente vénérable, cherchant les dernières bribes de souvenirs avant qu’elles ne s’estompent pour les imprimer dans son esprit.

 

L’attente serait terrible mais au final, elle serait de retour d’ici deux ou trois semaines et cette fois, elle resterait. Elle le lui avait annoncé le soir précédent. Il avait encore de la peine à réaliser, à réaliser que la page était définitivement tournée. Sasuke Uchiha du bord de la plage, garde côte et pécheur à ses heures, ne tarderait pas à se rendre au marché et à la criée accompagné d’une charmante jeune femme et peut-être qu’un jour ils seraient trois… Le sourire en coin revint. C’était un peu trop de nouvelles choses en même temps, il préférait savourer l’imminence du retour de la jeune femme. Pour le reste, ils avaient toute la vie pour voir venir.

 

Lui-même n’aurait pas pu se projeter ainsi dans le futur il y a encore quelques mois, c’est pourquoi il ne voulu pas trop se prononcer sur la forme que pourrait prendre leur avenir commun. Mieux placé que qui qu’onc pour savoir que les plans d’une vie peuvent s’effondrer en quelque minutes, il n’en oublierait pas non-plus l’avis de la jeune femme car elle aurait aussi son mot à dire.

 

Sasuke eut du mal à s’endormir ce soir là, depuis quand lui arrivait-il de trop penser ?