Il est toujours trop tôt

par Iliena

1.    Il est toujours trop tôt

 

Le lendemain matin, Sasuke ne s’éveilla pas avant l’heure du dîner et c’est la tête encore dans les nuages qu’il descendit à la cuisine pour retrouver Inari et sa mère. Cette dernière ne pu résister à le taquiner sur son état de fraîcheur mais elle eu pour tout résultat qu’un grognement dont il avait le secret.

 

-       Alors, comment ça c’est passé ? l’interrogea avec curiosité le fils de la maîtresse de maison en lui versant du café dans son bol.

-       On a réussi. se contenta-t-il de marmonner.

-       Et ?

-       Et c’est tout.

-       Sasuke, fais un effort. Inari s’est fait un sang d’encre pour toi. Il a passé toute la journée d’hier à la capitainerie et il n’a pas été le seul à redouter que le pire soit arrivé. Vous êtes tout de même rentré avec près de deux jours de retard. lui fit remarquer Tazuma en déposant deux tranches de pains devant le concerné.

 

Le nukenin mordit avec joie dans le pain et mastiqua un long moment avant de reprendre la parole.

 

-       Le gouvernail du cargo a été endommagé sur le récif. Nous avons du nous y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à le tracter correctement pour le faire sortir du banc de sable.

-       Et bien voilà ! s’exclama la femme en souriant. C’est quand même pas si compliqué.

 

Inari pouffa dans le dos de l’ancien ninja se qui eu pour effet de lui arracher un grognement de dédain avant qu’il ne se remette à manger en silence jusqu’à ce qu’il ait terminé son repas.

 

-       C’est aujourd’hui que tu dois te présenter au poste de police pour tes examens mensuels ? s’enquit la femme en faisant la vaisselle.

 

Sasuke hocha positivement la tête.

 

-       Est-ce que tu pourrais profiter de ton passage au centre ville pour me rapporter quelques courses ?

 

Il n’y eu pas de réponse mais depuis le temps que le ténébreux prisonnier de Konoha vivait avec eu, elle avait compris que ce genre de réaction équivalait à une sorte de oui. Elle déposa un billet devant ce dernier qui se contenta de le plier et de le glisser dans la pocher de son pantalon de velours côtelé noir. Il débarrassa sa table, puis remonta se préparer.

 

Il sorti de la maison, emmitouflé dans un épais manteau de toile doublée. Il inspira avec délectation l’air chargé d’embrun alors qu’il approchait de Kiri, les mains dans les poches. C’est alors que pour la première fois depuis son arrivée en ce lieu, il ressenti une présence non-loin de lui. Il se retourna avec une rapidité qui trahissait son proche passé de combattant. Rien. Juste le fracas des vagues toutes proches et cette étrange impression d’être observer. Il savait que les troupes spéciales le surveillaient de près mais pour la première fois en cinq mois, il ressentait une présence non loin de lui. Un léger froncement de sourcil vint déformer l’impassibilité habituelle de son visage. Il reprit sa marche en essayant de mieux analyser se qu’il ressentait. Cette présence avait quelque chose de connu, presque familier mais impossible de mettre un nom dessus.

 

Il traversa le village d’un pas rapide, salua deux pécheurs pour qui il avait déjà travaillé et entra dans le bâtiment des forces de l’ordre. L’examen se faisait toujours en présence d’un membre de l’ANBU. Jusque là, il n’avait jamais réussi à reconnaître qui que ce soit derrière les masques des forces spéciales, pourtant cette fois-ci, il eu l’impression que la présence qu’il avait ressenti était celle de ce membre là. Sa silhouette ne lui donnait pas beaucoup d’information mis à part qu’il devait s’agir d’une femme. L’infirmière qui l’avait soigné à son arrivé lui posa les questions habituelles, puis elle lui fit le fameux teste de passage du chakra. Sasuke soupira lentement, il allait encore avoir un mal de tête insupportable durant les prochaines vingt-quatre heures. Les réactions furent les même que d’habitude. Tout d’abord des tremblements puis cette douleur qui lui rappelait chaque fois sa première crise dans la grotte de la forêt face à Kabuto.

 

La migraine commençait de lui tirailler le crâne quand il rentra. Le village de Kiri était une drôle de région en cette période de guerre. La seule indication qui permettait de le savoir était les affiches placardées un peu partout dans le village avec des slogans pour inviter les habitants à s’engager ou à être prudent. Pour dire vrai, l’Uchiha était tout de même un peu soucieux car même si les nouvelles du journal semblait positives, le chant de bataille était tout de même immense et constamment en mouvement. Mais le plus préoccupant était le fait qu’il n’ait pas encore eu vent d’une quelconque opération menée pour le retrouver. Kabuto et Madara lui ferait forcément payer sa fuite et le fait d’être encore envie. La seule chose qui le rassurait un peu était de se dire qu’il devait y avoir au moins six ou sept ninja de l’ANBU assigner à sa protection et que le conseil de Konoha avait du prendre toute les mesures nécessaires pour que sa présence au village de Kiri ne soit connu de personne.

 

L’impression de ne pas être seul se fit plus nette mais cette fois-ci, Sasuke compta deux personnes bien différentes. La première était la même qu’en venant mais la seconde était bien plus dangereuse car il reconnu dans cette aura malsaine toute la noirceur du chakra de Madara. Une fraction de seconde plus tard, il ressenti la froideur de la lame d’un kunai sous sa gorge.

 

-       Pitoyable… En d’autre temps, tu m’aurais ressenti depuis déjà une heure entrain de te tourner autour. se moqua le père du clan Uchiha.

 

Pour toute réponse, le noiraud tenta de lui asséner un coup de coude tout en esquivant la lame selon les enseignements de Taijutsu qu’on lui avait fait suivre.

 

-       Trop lent Sasuke ! s’exclama le plus vieux en lui attrapant le poignet gauche pour le tordre sèchement.

 

Une grimasse de douleur lui tordit le visage alors qu’il s’effondrait à genoux sous la souffrance causée par cette torsion.

 

-       Voilà se qui arrive quand on ne s’entraîne pas suffisamment. Et oui, tu as beau croire que tu as retrouvé toute ta forme en travaillant comme un pitoyable pécheur sur ces rafiots puant, tu n’en as pas moins perdu toute ta rapidité. ricana moqueusement Madara en tordant un peu plus le membre de son prisonnier qui se mordit la lèvre inférieure profondément.

 

Le leader de l’Akatsuki allait en rajouter quand un sifflement lui fit faire un pas en arrière pour éviter le senbon qui se ficha dans la terre humide du bord de la route. Dans un nuage de fumée, six ninjas de l’ANBU se matérialisèrent devant les deux hommes. Madara assura sa prise en faisant faire un volte face à son prisonnier qui ne pu étouffer un gémissement de douleur quand la pression lui démit l’épaule. Une nouvelle salve de senbon siffla dans le vent de la tempête. Le vieil Uchiha les évita à nouveau avec facilité mais le poids de sa capture le gênait. Il lui jeta un cou d’œil empli de dédain et le projeta d’un mouvement amplifié par le chakra contre le tronc noueux de l’arbre le plus proche. Le choc fut d’une telle violence que le bois se fendit alors que le corps du jeune nukenin retombait dans un son mat. Il ne bougea plus, assommé.

 

Les ANBU se placèrent en un cercle parfait autour de leur cible. Chaque combattant tenait à présent dans ses mains des armes de combat rapproché. Celui qui avait lancé les premiers projectiles émit un sifflement aigu alors que quatre de ces acolytes se jetaient sur l’ennemi pendant que le dernier invoquait une cloche de chakra autour du champ de bataille. Madara les évita chacun leur tour en disparaissant pour mieux se matérialiser quelques mètres plus loin, il lança lui aussi quelques lames mais personnes ne fut blessé par une attaque ou l’autre. Deux des ninjas invoquèrent un puissant jutsu mêlant une attaque directe et derrière une manipulation de l’ombre de toute évidence en provenance du clan Nara. L’Uchiha ricana.

 

-       Un Nara ! Laisse-moi rire si tu crois me berner avec ces attaques de débutants. clama-t-il sur un ton de provocation.

 

L’ANBU se contenta de hausser les épaules avec ce flegme reconnaissable par tous ceux qui l’avait côtoyé. Il s’agissait bien de Shikamaru en personne. Il siffla à son tour et ce fut autour de l’unique femme de la troupe de s’élancer en prenant tout son élan, le poing près à asséner un coup mémorable à son ennemi. Concentré sur sa parade, le vieil homme fut tout de même surpris par cette attaque directe qu’il pouvait de toute évidence éviter sans difficulté. A quoi jouaient ces ANBU d’opérette ? Il changea de pied, la femme passa tout droit sous son élan, pourtant à aucun moment elle ne feignit de vouloir l’atteindre. Son coup de poing fracassa le sol qui se craquela et explosa violement. Cette manœuvre obligea l’Uchiha à sauter en l’air. C’est à ce moment que l’un des shinobi sauta pour le rejoindre, une foule de kunai explosifs entre les mains qu’il envoya en direction de son ennemi. Madara fronça les sourcils tout en commençant d’éviter les projectiles. Il se baissa et cet à ce moment qu’il vit en même temps le poing de la kunoichi se diriger vers son visage alors que l’ombre du Nara filait en direction de ses pieds.

 

Un juron lui échappa. En une fraction de seconde, il prit la décision d’éviter les attaques simultanées en disparaissant une fois de plus. Son corps commençait à devenir transparent quand il vit avec horreur s’illuminer des fils de chakra rattachés aux kunai explosifs. Le ninja tira d’un coup sec et les lames d’acier revinrent dans sa direction tout en passant au travers de Madara en explosant. Sakura réussi à s’arrêter suffisamment loin de la déflagration pour se protéger le visage sans grand risque alors que le Nara se tenait prêt à parer à une nouvelle apparition de leur ennemi.

 

-       Il tente de franchir le voile de chakra ! avertit le ninja invocateur du bouclier en se concentrant pour repousser le passage de l’intrus.

-       Préparez-vous ! ordonna le lanceur de senbon en saisissant une poignée de ses aiguilles de métal.

-       Bon sang, il est entrain de me filler entre les doigts ! Je n’ai jamais vu ça. Il repousse mon chakra ! hurla désespérément le créateur du bouclier, en nage.

-       Ou tente-t-il de percer ? demanda le Nara, toujours sur ses gardes.

-       En face de toi, le long du chemin.

 

Shikamaru s’avança doucement, un autre ANBU le couvrant. C’est alors que le fondateur de l’Akatsuki se matérialisa dans son dos, lui assénant un coup de kunai. Un cri de surprise lui échappa alors que Madara disparaissait à nouveau pour mieux reprendre forme devant le leader du groupe au senbon. L’une des aiguilles sembla l’atteindre mais l’ANBU s’effondra à son tour dans un râle douloureux. C’est à ce moment que l’Uchiha perçu quelque chose d’anormal. Il regarda ses pieds et grinça des dents. Une ombre le maintenait immobile.

 

Le Nara respirait avec difficulté, se concentrant de toutes ses forces restantes pour ne pas laisser filler leur proie. Les combattants restant se lancèrent dans sa direction. Le manipulateur d’ombre eu de la peine à tout saisir dans le déroulement de l’assaut. Alors qu’il pensait que ses équipiers avaient pu mener à bien leur travail, une brûlure atroce lui arracha cette fois un réel cri de souffrance. Il ne pu que se prendre la tête entre les mains dans un râle douloureux. Sakura se lança vers lui pendant que les autres cherchait leur ennemi qui c’était à nouveau téléporté.

 

-       Que c’est-il passé ? s’enquit-elle en commençant à cicatriser ses plaies tout en auscultant sont flux de chakra.

-       Je… Je crois qu’il à repoussé mon jutsu avec une telle violence que j’ai vécu ce truc comme un retour de flamme. Souffla-t-il entre deux grimaces arrachées par sa tête encore douloureuse. Est-ce qu’il a réussi à s’emparer de Sasuke ?

-       Non ! Il est toujours inconscient. Répondit un autre ANBU en s’agenouillant devant le Nara blessé. Notre chef de groupe est en mauvais état. Je crois qu’il a besoin de soin immédiat.

 

La jeune femme se redressa pour aller continuer son travail auprès de leur supérieur, inanimé.

 

-       Faut pas qu’on traîne ici trop longtemps. L’ennemi va revenir et cette fois ce sera probablement avec des renforts. Déclara Shikamaru en se relevant doucement.

-       Qu’est-ce que nous faisons de notre objectif ? s’enquit l’un des combattant masqué en se penchant sur l’Uchiha.

-       La planque est grillée, on se replie avec lui dans un endroit plus sur. Faites le nécessaire pour que nous soyons prêt à partir d’ici dix minutes ! Ordonna le Nara en s’approchant de la médic-nin en pleine action.

 

Les autres ANBU s’activèrent. L’un d’eux se dirigea vers la maison d’Inari pour récupérer les effets du jeune homme ainsi que prévenir les hôtes de son départ. Pendant ce temps, deux autres shinobi déployèrent des brancards des forces spéciales afin de transporter les deux inconscients. La médic-nin se démenait avec la profonde lardasse qui marquait tout le thorax de leur compagnon d’arme.

 

-       Ça va aller ? demanda le Nara.

-       Il est dans un sal état. Je ne suis pas sur d’arriver à le sauver.

-       Allez, courage ! Je sais que tu vas faire de ton mieux.

 

Une fois les deux blessés chargés sur les civières, tout le détachement se lança dans les arbres de la forêt toute proche. Sur le pas de la porte, Inari les regarda s’éloigner, petites tâches blanches bondissant dans les branchages lointains. Quel dommage que Sasuke doive déjà quitter cet endroit. L’adolescent c’était accoutumé à sa présence tout comme à ses silences aux multiples significations. Sa mère vint lui poser doucement une main sur l’épaule.

 

-       Ne te fais pas de souci pour lui. Il sait qu’il peut revenir quand il le voudra chez nous et je suis persuadée qu’un jour il le ferra.

-       Je l’espère aussi. murmura-t-il.

 

 

 

Ce fut d’une main tremblante qu’il effleura son articulation, les yeux mi-clos et terriblement lourd. Une grimace nauséeuse anima un instant ses traits habituellement figé. Mon dieu, il ne s’était pas senti aussi mal depuis plusieurs mois. Lorsqu’il parvint enfin à ouvrir les yeux et à calmer ses pupilles troubles, il constata une fois encore qu’il n’avait aucune idée d’où il se trouvait. Cela devenait une très mauvaise habitude qui ne lui convenait pas du tout. Ses souvenirs encore confus le poussait à croire qu’il se trouvait dans une cache de l’Akatsuki. Madara avait très probablement laminé les ANBU assignés à sa protection.

 

Ses yeux avaient enfin regagné une visibilité acceptable quand il se rendit compte qu’il était allongé au coté d’un autre blessé et que d’après les soupirs qu’il percevait vaguement, d’autres personnes dormaient dans cette pièce. D’un geste trop téméraire, il voulu s’assoir. Une main le repoussa doucement sur la civière.

 

-       C’est trop tôt pour essayer de nous fausser compagnie. Murmura une voix qu’il ne connaissait pas.

 

L’expression qui se dessina sur le visage de Sasuke fit comprendre à l’ANBU que l’Uchiha n’avait même pas pensé à cela.

 

-       C’est trop tôt pour se lever aussi. On a déjà suffisamment de casse comme ça, ne va pas faire empirer les choses. Notre médic-nin va frôler l’épuisement si ça continue.

-       Que c’est-il passé ? demanda le noiraud dans un souffle.

-       Tu ne te souviens pas ? lança le ninja en se redressant.

-       Madara m’a retrouvé, ensuite tout est flou.

-       Tu te souviens de l’essentiel alors.

 

Sasuke tourna lentement la tête en sondant la pièce de ses pupilles noires.

 

-       Vous l’avez battu ? questionna-t-il encore en reportant son attention sur l’homme debout à sa droite.

-       Non, il s’est échappé.

-       Ça ne m’étonne pas. marmonna d’une voix grave l’Uchiha.

 

L’ANBU s’éloigna puis revint avec une gourde qu’il lui glissa entre les mains.

 

-       Nous partons à l’aube. Tâche de dormir encore un peu. lui conseilla ce dernier.

 

Il ne se le fit pas dire deux fois. Après avoir bu un peu d’eau, il replongea très rapidement dans les bras de Morphée. De son coté, l’ANBU regagna le fond de la grange dans laquelle ils avaient trouvé refuge le temps de cette nuit. La médic-nin terminait le bandage de Shikamaru, ses gestes las trahissant la fatigue accumulée entre le combat et les nombreux soins qu’elle avait du exécuter.

 

-       Il s’est éveillé.

 

La jeune femme suspendit son geste et tourna lentement le visage en direction de son équipier.

 

-       Qu’a-t-il dit ? voulut-elle savoir.

-       Pas grand-chose, c’est un Uchiha. Cela se saurait s’ils étaient loquasses.

-       Ah ça, à qui le dis-tu ! s’exclama-t-elle en se relevant après avoir agrafé la bande.

 

Les deux équipiers marchèrent en direction de la porte entrouverte, traversant le bâtiment dans sa longueur. De temps à autres, Sakura se penchait sur l’un des ANBU allongés, veillant et s’assurant qu’ils profitaient tous de leur nuit de sommeil malgré les blessures et la fatigues que cette course pour échapper au père du clan Uchiha avait occasionnée. Une fois dehors, ils se contentèrent de respirer l’aire glacial des dernières heures précédent le lever du soleil. L’homme fixa intensivement le masque de la jeune femme. Une mèche de cheveux rose dansait doucement sur le blanc immaculé recouvrant son visage, une tâche de sang marquait d’une étrange arabesque la peau de son cou et puis il y avait la creusure de ses épaules qui en disait long sur son état de fatigue.

 

-       Sakura, tu devrais aller te coucher. Je te réveillerai quand il serra l’heure.

 

La jeune femme eut un sursaut à l’appel de son nom.

 

-       Ne m’appel pas par mon prénom ! Nous sommes en mission ! protesta-elle. Et puis je crois que je n’arriverais pas à dormir même en essayant.

-       Si tu ne veux pas être reconnue, commence par cacher cette mèche rose et ensuite ne guérit pas les blessés avec autant de facilité. Plaisanta-t-il.

-       Saï, ce n’est pas un sujet de plaisanterie. Le réprimanda-t-elle doucement en remettant en place ses cheveux.

 

Le jeune homme hocha la tête en signe de compréhension. Le silence s’imposa à nouveau entre eux. Le grincement d’un des lits de camps raisonna dans la noirceur de la grange et dans le lointain retentit le cri d’une bête sauvage. L’aube serait bientôt là comme en témoignaient les nuages se teintant doucement de bleu. Un craquement lui fit faire volte-face. Ce n’était que la rose qui venait de s’assoir sur un vénérable banc de bois taillé à même le tronc d’un gros arbre.

 

Il n’arrivait pas à trouver quel en était la cause mais le nouveau membre de l’équipe sept trouvait son équipière différente des autres missions, pourtant nombreuses, qu’ils avaient mené ensemble. Lors du départ pour Kiri, il s’était dit que son travail éreintant sur le front en était probablement la cause. Pourtant, au fil de leur garde rapprochée, force avait-il été obligé d’admettre que la raison de cet état de préoccupation n’était en rien du au fait de son travail mais qu’il était bien personnel. Saï n’avait pas besoin de voir le visage de la jeune femme pour savoir qu’elle était préoccupée, sa manière de tordre inconsciemment ses doigts parlait d’elle-même. Mettant en application se qu’il savait faire le mieux, il s’était mis à l’observer. A force de patience et de persévérance, il avait fini par desceller une recrudescence de cet état à chaque fois qu’elle revenait de garde rapprochée ou si une discussion tournait trop longtemps sur le sujet « Sasuke Uchiha ». Depuis presque deux semaines, il essayait de comprendre ce qui pouvait causer une telle réaction, certes imperceptible pour quelqu’un qui ne la côtoyait pas autant que lui. De toute évidence, il faudrait bien percer l’abcès un jour. Alors Saï prit son courage à deux mains et s’assit.

 

-       Qu’est-ce qui ne va pas avec Sasuke ? demanda-t-il abruptement.

 

Sakura eu un sursaut et resta coite durant de longue secondes.

 

-       Je sais qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Tu es bizarre ces derniers temps. Chaque fois que tu reviens de garde rapprochée, je te trouve distante, froide et aigrie.

-       Ce n’est pas ce que tu crois.

-       Qu’est-ce alors ?

-       Tu ne peux pas comprendre, Saï. Maugréa-t-elle en se relevant, déterminée à éviter une confrontation.

 

Le jeune homme la devança et lui attrapa le poignet pour l’empêcher de fuir.

 

-       Pardonne-moi mais comprendre fait partie de mes meilleurs qualités. Je ne suis certes pas un grand expressif cependant, ne sous-estime pas ce pour quoi j’ai été entraîné durant toutes ces années.

 

Il l’obligea à se retourner pour lui faire face d’un mouvement de bras.

 

-       Je me fiche de savoir se que tu penses de moi mais sache que je ne te laisserai pas mettre en péril la mission pour des motifs personnel.

 

Sakura releva brusquement sont masque et le fusilla de son regard devenu froid et implacable.

 

-       Fiche-moi la paix ! grinça-t-elle en lui tordant le poignet pour se libérer.

-       Sakura ! Je veux ta parole d’honneur que tu ne tenteras rien d’inconsidéré. J’ai vu ta manière de le regarder quand il dort. Ce n’est pas ainsi qu’une médic-nin devrait fixer un patient.

-       Mais, est-ce que je te fais des remarques sur tes dessins ou sur tes questions idiotes ? Aboya-t-elle en réussissant à se dégager cette fois. Je ne suis pas stupide au point de commettre l’irréparable.

-       Alors que vas-tu lui faire ?

-       Un peu de genjutsu.

-       Il n’est plus capable de soutenir se genre d’attaque si il a perdu le maniement de son chakra. C’est déloyal et tu le sais parfaitement. Lui fit-il remarquer en la suivant dans l’entrée de la bâtisse.

-       Tu me parles de loyauté mais est-ce qu’il n’en a jamais fait preuve quand il a tenté de tuer Naruto ? Est-ce qu’il m’a respecté quand je l’ai retrouvé ? Non ! Sasuke est un monstre machiavélique. Il a profité de moi une fois encore mais c’était la dernière. Il ne me manipulera plus jamais après ça. Hurla-t-elle dans un chuchotement tout à fait perceptible pour son vis-à-vis.

-       De quoi parles-tu ? s’exclama à son tour le shinobi en ouvrant les bras tant il n’y comprenait rien.

 

Elle s’arrêta de marcher juste devant le lit du concerné.

 

-       Il savait que Konoha me dépêcherait pour aller soigner ce fameux blessé par morsure de serpent. Parfaitement au fait, il m’a outrageusement roulé dans la farine. Depuis le début, tout ce qu’il voulait c’était regagner Konoha mais il lui fallait une personne pour empêcher le conseil de le tuer dès les portes franchies. Et ce ne pouvait pas être mieux que moi. Moi et ma relation privilégiée avec l’Hokage, moi la faible gamine, amoureuse transie quand nous étions enfant. ragea-t-elle en le dardant de son doigt fin.

-       Et alors ? Tu l’es toujours ? osa-t-il glisser.

-       Je suis toujours quoi ? s’emporta-t-elle en haussant la voix.

 

Un grognement endormi lui rappela qu’ils n’étaient pas seul dans la pièce.

 

-       Es-tu toujours amoureuse de lui ? reformula le ninja en reculant d’un pas par anticipation.

-       Je… Imbécile ! Comment peux-tu sortir de telles inepties ? s’étrangla-t-elle en devenant rouge de colère et en retroussant la manche de son poignet droit.

-       Ce n’est pas bientôt fini ce raffut ? tempêta Shikamaru en se redressant sur son lit de camp, les yeux bouffis de fatigue.

 

Sakura remit en place son masque et jeta un dernier regard empli d’animosité à son équipier avant de se diriger vers son matelas et de s’y allonger en lui tournant le dos. De son coté, Saï ne pu réprimer un petit sourire victorieux.

 

 

L’Uchiha posa un regard fiévreux sur la cellule au fond de laquelle il était enchaîné les bras en crois. Il grelottait de froid pourtant tout son corps était couvert de sueur. Il ne s’était jamais senti aussi mal. Sa vue se brouilla un instant alors que quelques seconde plus tard il sentit son estomac se crisper douloureusement. Un frisson lui remonta la colonne vertébrale juste avant qu’il ne vomisse ce qui avait du être un maigre repas. Le goût infect et acide de la bile lui donnait encore plus le tournis. Pris de malaise, il entendit plus qu’il ne vit la grille métallique s’ouvrir devant lui. Ce n’est qu’après de longues minutes qu’il parvint enfin à distinguer la silhouette vêtue du manteau de l’Akatsuki. Le visage était dans l’ombre, impossible d’identifié qui que ce soit dans ces conditions.

 

Le nouveau venu releva lentement la main. Une nouvelle vague de frissons et de crampes le reprirent. Dans un soupir de désagrément, il se pencha en avant et vomi encore une fois. Il n’avait pas relevé la tête que son estomac bondissait une nouvelle fois comme si il avait décidé de quitter son corps. Il se vida encore, les épaules secouées par une toux grasse qui lui embrasa les bronches. Tremblant, les jambes en coton et l’équilibre devenu bien incertain, il réussi cependant à relever doucement la tête. La main tendue dans sa direction changea de positon et une voix grave raisonna à l’intérieur de sa propre tête.

 

-       On n’échappe pas impunément à Madara Uchiha. Tu pensais réussir à fuir en revenant au village de ton enfance mais c’est oublié qu’il y a aussi vécu et qu’il a réussi à s’infiltrer très haut dans l’organisation du pays du feu. Maintenant tu vas payer pour ta pitoyable évasion. Clama solennellement la voix.

 

La main reprit sa position initiale et aussi soudainement que la première fois, Sasuke sentit son corps le trahir une nouvelle fois. Lentement, d’autres souffrances se joignirent à celles corporelles. Des questions revenaient sans arrêt. Pourquoi ? Qui l’avait aidé ? Quel était son plan ? Toute fois, Sasuke ne répondit rien. Il ne ferrait pas le plaisir à son tortionnaire de céder devant lui.

 

La séance avait commencé depuis longtemps quand l’Uchiha lâcha un premier cri de douleur, trop épuisé pour parvenir encore à le contenir. Malgré les entraînements particulièrement durs qu’Orochimaru lui avait fait subir du temps ou il était encore son disciple, le jeune homme fut contraint de reconnaître que son propre corps était entrain de le trahir. Ses dernières forces s’échappaient dans les traînées de sang coulant le long de tout son corps.

 

La souffrance s’apaisa un instant. Il se rendit compte que son tortionnaire avait cessé de s’en prendre à lui et qu’il donnait à présent un ordre dans le couloir. Par une invocation, les fers le retenant au mur se détachèrent. Il heurta durement le sol de béton glacé, ses genoux brulant sous le choc comme les paumes de ses mains qui avaient, elles aussi, rattrapées sa chute. Puis sans crier gare, ses bras cédèrent, le laissant à plat ventre, le corps transi de froid et les dents s’entrechoquant entre deux inspirations douloureuses. Des pas revinrent dans la cellule d’interrogatoire. Une main l’agrippa sans ménagement par les cheveux, l’obligeant à relever la tête et à fixer l’entrée.

 

C’est alors que pour la première fois depuis le début de son interrogatoire, il articula un mot. Un simple et misérable mot prononcé dans un murmure grave.

 

-       Non…

 

Deux hommes de mains entrèrent en tirant par les bras un corps dans un état similaire au sien. Un corps dont il ne voyait pas le visage mais dont il percevait le rose terni de la chevelure poisseuse de sang.

 

-       Maintenant tu vas me dire comment tu as fait pour la convaincre de te faire entrer dans le village sinon je la tue sous tes yeux ! gronda la voix dans son esprit.

 

Sasuke ne dit rien, ne fit rien. Froid et inexpressif, il dardait de ses yeux brillant la jeune femme. Le bourreau interpréta son silence et son attitude comme du dédain pour cette pauvre fille. Il pointa sa main dans la direction de la prisonnière. Elle se mit à gémir alors que par la force du chakra invoqué, elle se redressait pour être plaquée contre le mur à son tour. Les fers se refermèrent sur ses poignets déjà meurtri. Un râle douloureux lui échappa alors que Sasuke continuait de la regarder d’un ai absent.

 

-       Elle n’y est pour rien… murmura-t-il d’une voix rauque.

-       Menteur, tu savais parfaitement ce que tu faisais ! hurla cette fois la voix bien audible du tortionnaire.

-       Non.

-       Tu veux me faire croire que tu as quitté la grotte et que tu t’es lancé dans la forêt comme ça ? Toi ? Sasuke Uchiha ?

 

Le jeune homme aurait tué net son ennemi si ses yeux avaient pu encore activer le sharingan. Il inspira profondément, ne daignant pas répondre à  son interlocuteur.

 

-       Alors pourquoi la faire venir du village caché ? Aboya le bourreau en resserrant son étreinte sur la jeune femme qui gémit.

-       Je ne savais pas que ce serait elle ! s’emporta l’Uchiha.

-       Allons donc, cela servait bien tes plans que ce soit elle et pas une autre personne plus strict dans sa manière de faire respecter les lois du village de la feuille. Tu as toujours eu une certaine influence sur elle, c’était la solution de facilité pour retourner à Konoha sans être abattu avant de franchir les portes  du village. Je crois que tu devrais me remercier parce que je vais te simplifier le travail. Tu n’auras pas besoin de te débarrasser d’elle, je le ferai pour toi et avec plaisir. ricana le tortionnaire en affichant un sourire malsain qui en disait long.

 

Le visage pâle et fatigué du dernier survivant du clan Uchiha se tordit tout à coup d’une expression entre la haine pure, la rage et le besoin de rétablir une vérité. Si il avait été tout proche de tuer lui-même la jeune femme il y avait encore peu de temps, aujourd’hui il n’en était plus question. A sa grande surprise, il devait reconnaître que les cinq derniers mois l’avaient radicalement changé. Pour la première fois depuis son enfance, il ne ressentait plus ce besoin viscéral de vengeance, cette ombre noir qui le rendait différent de tous les enfants de son âge. Cette marque indélébile que les gentils ne semblaient pas voir et qui attiraient les plus mauvaise âmes du monde shinobi l’avait prédestiné à devenir se qu’il était devenu. Et il avait changé, redécouvrant la simple présence de Sakura à ses cotés à Endo, discutant pendant des heures avec des capitaines de navires qui avaient la chance de le connaître ni d’Eve, ni d’Adam. Un jour, il avait même sourit au comportement d’Inari qui lui rappelait furieusement celui d’un certain blond au même âge. Ce soir là, il n’avait pas réussi à trouver le sommeil, cherchant quand il avait sourit ainsi pour la dernière fois, sans arrières pensées ou mauvaise intention. Quelle tristesse ne l’avait pas envahie quand il avait du se rendre à l’évidence qu’il était incapable de se remémorer un souvenir de même valeur.

 

Sasuke avait changé ! Peut-être que ses silences et ses grognement étaient encore les même, pourtant on n’y descellait plus cette condescendance, ce dédain que seul un ninja tout puissant pouvait se permettre. Sasuke n’était plus rien de cela. Dans son malheur, il s’était brûlé les ailles et à sa grande surprise il renaissait comme le phénix, plus fort de la compréhension d’une chose toute simple. Il était humain et avait le droite de le revendiqué comme de l’être, avec ses failles et ses forces, avec ses petites joies et ses grosses peines et puis avec ses espoirs pour un futur dont il s’était moqué durant plus de la moitié de son existence.

 

Avant, il aurait regardé la rose se faire tailler en pièce en lui reprochant silencieusement sa faiblesse et sa naïveté. Aujourd’hui, quelque chose dont il ne connaissait pas le nom le poussait à s’interposé, à demander grâce pour cette femme dont il avait sous-estimé bien des qualités et des forces.

 

Le bourreau sembla le comprendre lui aussi car il parti d’un rire démentiel qui raisonna de plus en plus fort.

 

 

 

Le noiraud se redressa sur le lit de camp dans un cri silencieux. Un rêve, tout ça n’était qu’un rêve. Il posa ses pupilles encore marquées par l’effroi de la scène sur les corps endormis des ANBU. Retombant mollement sur l’oreiller, il ne pu s’empêcher de passer distraitement les doigts sur les parties de son corps blessées durant l’interrogatoire pour se convaincre que tout cela n’avait rien été d’autre qu’un affreux cauchemar. Pourtant, il se sentait profondément ébranler et épuisé. Il se demanda s’il avait déjà vécu un rêve aussi réaliste. Il ne se rendormi pas durant la dernière heure avant le levé du jour, trop obsédé par ce qu’il venait de vivre.

 

Quand il se fut enfin allongé, Sakura rouvrit lentement les yeux et darda l’Uchiha de ses pupilles verte pendant presque dix minutes. Il ne l’avait pas manipulé. Sasuke n’avait commis qu’une erreur dans toute cette affaire, il avait laissé pour la première fois sa vie prendre une direction dont il n’avait pas totalement le contrôle. Mais avait-t-il seulement eu le choix ?