Un homme comme les autres

par Iliena

 

6.    Un homme comme les autres

 

A son réveil, Sasuke posa ses yeux encore gonflés de fatigue sur le mobilier rudimentaire d’une chambre au confort sommaire. Son lit, une table de nuit, une table de travail, une chaise en bois et une armoire à deux battants constituaient l’ameublement. Les murs étaient en lambris de facture ancienne, comme en témoignait la peinture craquelée par endroit, et jaunie par le temps. Son regard continua son inspection en se focalisant sur une fenêtre au verre si vénérable qu’il en déformait les formes se trouvant au-dehors. Cependant, l’ombre des barreaux sellés dans l’encadrement de pierre extérieur étaient quand à elle, bien réel.

 

L’Uchiha soupira plus de fatigue que de mécontentement. Dans l’état pitoyable ou il était, les barreaux ne signifiaient plus grand-chose pour lui. Il ne se sentait même plus capable d’imaginer un plan pour les contourner et quitter cet endroit. Pour la première fois de sa courte vie, il était bien contraint de reconnaître qu’il n’était pas malade que physiquement. Au fond de lui, une corde avait cédé sous la trop forte pression qu’il s’était imposé et que des hommes tels que Madara ou Orochimaru avait encore exploité. Le jeune homme se senti vide, effroyablement vide et sans énergie. Un trou noir l’attirait par les pieds et plus rien ne semblait pouvoir venir le sortir de se trou sans fond dans lequel il ne cessait de dégringoler.

 

La porte s’ouvrit, une femme en chemise blanche se dessina dans l’encadrement de la porte. Une mèche de cheveux gris dépassant de son bonnet blanc trahissait ses cinquante-cinq ans. Elle déposa un plateau de métal sur la table de chevet et saisi le poignet pâle entre ses doigts experts. Quand elle prit la seringue, Sasuke se contenta de se retourner lentement, sa maladresse trahissant une douleur plus qu’insupportable. Son dos couvert de sueur brillait à la lueur du soleil matinal.

 

-       Cette piqure n’est pas une option, Monsieur. Expliqua-t-elle en attrapant le bras droit de son interlocuteur.

 

L’Uchiha eu une légère crispation alors que le liquide transparent lui coulait dans les veines. Il se sentit tout à coup plus léger alors que paradoxalement sa tête semblait s’alourdir de seconde en seconde. Un peu surpris, il voulu demander des explications à la soignante mais ses lèvres semblaient avoir perdu toute volonté de se mouvoir. L’unique souvenir qu’il put enregistrer était celui du visage impassible de la femme se penchant sur lui pour éponger son front fiévreux.

 

Les éveils suivant se présentèrent de la même manière. A chaque fois, il notait la présence de petits changements. L’attelle de sa main gauche changea de forme, on lui posa une perfusion et ses draps changèrent de couleur. La première fois qu’il se senti pleinement éveillé et ce de manière suffisamment longue pour pouvoir s’en remémorer quelques détails se fut une nuit que la Lune venait éclairer sa chambre. La douleur était si insupportable qu’il se redressa dans son lit aussi vivement que son corps engourdi le lui permis. Il se leva tant bien que mal, arrachant par mégarde sondes, perfusion et tout le matériel médical l’empêchant de se mouvoir dans cet effort presque surhumain compte tenu de son état. L’amertume de la fièvre lui donnait un goût désagréable dans la bouche. La poignée de la porte lui servi d’appui le temps qu’il reprenne sont souffle. La bouffée de chaleur qui l’habitait encore quelques minutes plus tôt se transforma lentement en une étreinte glacée qui le fit greloter. Son équilibre précaire lui joua un mauvais tour et c’est de justesse qu’il se réceptionna maladroitement au sol après avoir chuter durement. Il resta là, recroquevillé devant la porte et tremblant de fièvre.

 

L’infirmière eu un léger sursaut quand elle heurta le jeune homme avec la porte. Il laissa échapper un faible gémissement. Alors qu’elle se penchait sur lui, elle vit ses yeux à peine entrouvert la darder d’un regard sombre et torturé. Il était conscient, souffrant mais conscient. Sasuke eu beaucoup de peine à suivre ce qui se passa ensuite. On le souleva, la femme avait du appeler de l’aide car il se rendit compte qu’il entendait plusieurs voies s’agiter autour de lui. On le recoucha et c’est là que pour la première fois il vit un visage qui ne lui était pas inconnu. Un adolescent le regardait depuis le pas de la porte. Ses yeux noirs et cette mèche de cheveux tout aussi sombre lui barrant le front avaient quelque chose de familièrement lointain. L’Uchiha plissa le front sous la concentration. Et puis il vit un sourire encourageant naître sur les lèvres du tout jeune homme. Alors il le reconnu, Inari de Kirigakure. La première mission de valeur menée par l’équipe sept, Zabuza et son équipier, tant de souvenirs dont il avait pratiquement oublié jusqu’à l’existence.

 

A partir de ce moment là, son hôte du pays de la brume vient le visiter chaque jour. Au début, ils ne trouvèrent rien à se dire. Le plus jeune tenta à plusieurs reprises de briser le silence mais c’était sans compter sur le blessé aussi peu bavard que chaleureux. Doucement, Sasuke repris des forces et il du bien se résigner à cette nouvelle vie de simple gens quand il réussi à marcher pour la première fois depuis son alitement forcé. Inari persévéra encore et toujours jusqu’à ce que par miracle, le nukenin se décide enfin à parler avec lui. Il devait y avoir plus d’un mois qu’il était là selon son impression quand l’Uchiha posa sa première question ; « Que va-t-on faire de moi ? ».

 

-       Tu resteras ici tant que le conseil de Konoha n’en aura pas décidé autrement. C’est sous la garde de notre village que tu as été placé. Quand tu iras mieux, tu viendras à la maison. Il faut aussi que tu saches que tu seras constamment surveillé par un élément des forces spéciales de la nouvelle coalition shinobi. Ils ont pour ordre de se faire discret mais n’oublie pas qu’ils ne te laisseront aucune chance si tu essayes de t’enfuir. Les recommandations qu’ils ont reçues sont particulièrement sévères à ce sujet. lui expliqua l’adolescent.

 

L’aîné ne répondit rien, pensif en un certain sens. De toute manière il n’était plus capable de faire grand-chose alors s’échapper tenait du mythe le plus complet.

 

-       Si tu te sens suffisamment en forme, je voudrais te faire visiter le village et ton futur lieu de travail.

-        

D’un hochement de tête affirmatif, l’Uchiha se leva lentement et le suivi.

 

 

 

Les cerisiers en fleurs juraient furieusement avec la boue et le vacarme toujours trop proche du champ de bataille. Le printemps était à présent installé et Sakura se laissa une poignée de seconde pour se redresser, masser son dos douloureux et contempla la nature qui semblait ne pas tenir compte des conflits des hommes. Elle laissa ensuite ses pupilles vertes se poser sur la dizaine de brancards disposés devant elle. Une escarmouche en forêt les avait amenés ici en début de matinée. D’une main experte elle tâta la plaie d’un ninja du pays de la terre à peine conscient. Avec l’aide de la seconde, elle invoqua un voile de chakra vert et commença sont lent travail de réparation. Celui là avait de la chance, sur les quatre derniers qu’elle avait soigné seul deux étaient parfaitement sur de s’en sortir. Les deux autres le sauraient s’ils survivaient à la journée et à la nuit prochaine. Parfois, le corps ou les réserves de chakra étaient en si piteux état que même une médic-nin de sa trempe ne pouvait assurer une rémission.

 

Quand elle se rendit à la tente de restauration, le soleil s’était couché depuis longtemps et seuls les éclats de la bataille toute proche venaient illuminer par crépitement bleu, vert ou rouge son chemin. Elle prit le menu du soir sans vraiment regarder de quoi il s’agissait. Harassée par une journée épuisante, elle s’installa au font de la tente, un peu à l’écart des autres personnes. C’est avec mélancolie qu’elle se surprit à penser à ses anciens équipiers. Naruto était en sécurité et continuait de se former. Au moins, elle le savait entourer des bonnes personnes et elle se réjouissait de le revoir à l’action. Le blond était plein de surprise même pour elle qui le connaissait depuis déjà quelques années. Et puis ses pensées allèrent vers celui qu’elle avait vu en dernier. Il était à ce moment là dans un état plus que préoccupant. Allait-il mieux ? Se remettait--il de ses blessures et chose la plus importante à ses yeux, comment vivait-il ce nouveau statu de citoyen lambda ?

 

Sakura était persuadée que l’Uchiha ne se ferait jamais à ça. Son clan, l’éducation qu’il avait reçue et sa fierté ne l’accepteraient jamais. Pourtant, il n’avait pas vraiment le choix que de se plier au déroulement de la vie. La terre ne s’arrêterait pas de tourner en attendant qu’il trouve un moyen de guérir. Elle allait terminer son bol de riz quand elle remarqua que la cinquième Hokage se trouvait devant elle, la fixant affectueusement depuis probablement un petit moment.

 

-       Tu penses à lui ? demanda-t-elle.

-       A qui ?

-       A Sasuke.

-       Un peu, je me demandais comment il vivait sa nouvelle vie de simple être humain. Je dois dire que je l’envisage avec peine en paysan, en marchand ou encore en ouvrier de la métallurgie. En fait, je me rends compte que je suis incapable de l’imaginer dans un corps de métier mis à part dans la force ninja. Vous avez des nouvelles ? s’enquit-elle avec le faible espoir que sa supérieure veuille bien lui céder quelques informations.

 

Godaime s’avança et tira la chaise en face de la jeune femme pour s’y assoir.

 

-       L’unité chargée de le surveiller a accomplit ses trois mois de garde rapprochée. Les rapports ne signalent rien de préoccupant. Il est encore en semi-convalescence, tu sais.

-       Oui, j’ai bien pensé qu’il lui faudrait au moins un minimum de trois ou quatre mois pour qu’il regagne suffisamment de force pour mener une vie normale. Aucune évolution de son problème de chakra ?

-       Non, rien. Il a passé un teste la semaine passé et les réactions sont toujours aussi sensibles. Soupira la blonde en jetant un regard circulaire aux occupants de la tente.

 

Sakura ne dit rien, plongeant à nouveau dans ses pensées.

 

-       Le conseil n’est pas prêt à voté sa libération complète. C’est même à se demander s’il le sera un jour. Je vais devoir envoyer une nouvelle unité spéciale affectée à sa surveillance. enchaîna-t-elle en reportant son attention sur son ancienne élève.

-       Quelle nation s’en occupera, cette fois-ci ? demanda la jeune femme d’une voix monotone.

-       Les équipes ne sont pas formées par nation, elles sont mixtes. Tu voudrais le revoir ?

-       Je ne sais pas. L’époque où je me liquéfiais, transie d’un amour tout enfantin, devant lui est passée de puis bien longtemps. J’éprouve une certaine curiosité à le savoir quelque part entrain de mener une vie des plus simples qui soit. Il n’est pas né pour cela. La dignité du clan Uchiha est présente jusque dans son sang et la moindre parcelle de son corps. Je n’arrive pas à le concevoir entrain de faire du jardin ou bien entrain de monter des murs de briques. Est-ce que vous y parvenez, Hokage-sama ?

 

La blonde sourit doucement en regardant un couple de ninja entrer sous la tente, main dans la main. Une lueur d’insouciance jurant affreusement avec le lieu où ils se trouvaient en ce moment même, à quelques kilomètres du front.

 

-       La vie peut nous réserver bien des surprises ma chère, même si je dois admettre qu’il m’est tout aussi difficile de le penser dans un rôle de civil, je crois que Sasuke n’est pas prêt d’arrêter de nous surprendre en un certain sens.

-       Je ne l’ai jamais trouvé prévisible. Marmonna tristement la rose.

-       Pourtant il a fait des choses bien saugrenues ces derniers temps, tu ne trouves pas ? s’exclama doucement Godaime en posant son visage en appui sur son poignet gauche pour mieux fixer son ancienne élève.

-       C'est-à-dire ? lâcha sa vis-à-vis en fronçant les sourcils d’incompréhension.

-       Comment expliques-tu que Sasuke se soit laissé recueillir par ces villageois en plain pays du feu ? Il savait parfaitement qu’ils feraient appel à Konoha.

 

La jeune femme réfléchi quelques secondes à la question.

 

-       Dans son état, je ne suis pas certaine qu’il se soit rendu compte de ce genre de chose.

-       C’est là que tu te trompes ma chère. Sasuke à toujours pertinemment su se qu’il faisait. Alors certes, les choses ne se sont visiblement pas passées exactement comme il le souhaitait, mais c’est là que je dois lui tirer mon chapeau parce que je suis presque certaine qu’il savait que je t’enverrais, toi.

-       Arrêtez, Hokage-sama. Il devait être au courant qu’un médic-nin viendrait de Konoha mais il n’avait aucun moyen de savoir qu’il s’agirait de moi. Et même si votre hypothèse était exacte, je ne vois pas pourquoi ma présence lui était plus préférable que celle d’un autre médic-nin. lâcha-t-elle avec énervement.

-       Voyons Sakura, ne soit pas aussi naïve. Il aurait très bien pu laissé les gens croire à un simple passage à tabac, pourtant il a pris le soin que l’on prévienne Konoha avec dans le message ces informations évasives parlant des morsures de serpent.

-       Attendez, il était vraiment impossible de passer à coter de ces plaies, elles lui recouvraient le corps, des pieds jusqu’au visage. S’exclama la jeune femme en interrompant la blonde sannin.

-       C’est là que je veux en venir. Il aurait pu se soigner tout seul, passer dans une pharmacie et faire valoir une bagarre dans un bar ou une petite morsure bénigne, cependant, il ne l’a pas fait. A ton avis, pourquoi ?

 

La rose eu tout les peines du monde à cacher son énervement. Bien sur qu’elle ne s’expliquait pas que Sasuke se soit laissé retrouvé si facilement mais de là à assurer qu’il savait pertinemment se qu’il faisait, elle devait avouer que tout cela la lassait perplexe. Depuis toujours, elle suspectait un esprit plus que calculateur et incroyablement intelligeant sous les airs snob du noiraud. A une seule reprise, elle l’avait vu perdre ses moyens, c’était après sa rencontre avec son frère aîné. La faille était là. Le soir de son départ, elle avait su que même en lui dévoilant ses sentiments, rien ne pourrait plus changer le plan qu’il avait échafaudé dans son esprit nourrit par le désir de vengeance. Pas même l’amour qu’elle lui portait. Il l’avait pourtant remerciée et cela, son dernier souvenir de lui pendant des années, elle n’arrivait toujours pas à se l’expliquer.

 

-       Sasuke est un être bien trop ravagé par le fantôme de la vengeance. Je doute qu’il soit possible de vouloir expliquer ses agissements de la sorte. Articula-t-elle lentement en se reculant contre le dossier de sa chaise.

-       Sasuke est un homme avant tout et même si le passé, aussi cruel soit-il, l’a laissé avec des blessures profondes, il en demeure un être humain avant tout. Tu sembles l’oublier parfois, ai-je tord ?

-       Non, c’est très dur pour moi de voir autre chose que l’Uchiha fier et imperturbable qu’il était quand nous étions enfants. Je me rends compte aujourd’hui que c’était peut-être pour lui un moyen de se protéger après tous se qu’il avait enduré mais cela n’explique pas son comportement de ces derniers mois.

-       Peut-être que tu l’analyse un peu trop durement. Peut-être qu’il n’est, à près tout, qu’un homme comme les autres. Il a juste un nom de famille et des habitudes forgées bien malgré lui à cause de son passé. continua sur un ton encourageant la leader du pays du feu.

-       Peut-être… murmura la jeune femme.

 

Le silence flotta entre les deux médic-nin pendant quelques secondes jusqu’à ce que la  sannin se lève et repousse sa chaise dans un raclement.

 

-       Je vais aller former cette nouvelle équipe de surveillance. Je veux que tu en sois et que tu réfléchisses à notre discussion. C’est d’accord ?

-       C’est d’accord. Lui répondit dans un souffle la jeune kunoichi aux yeux verts en posant son regard encore travaillé par la discussion sur les yeux noisette de sa supérieure.

-       Sasuke savait que tu viendrais. Il faudra tirer cette histoire au clair quand la situation se sera un peu calmée sur le front.

 

La sannin s’en alla, laissant la jeune femme perplexe et pour le moins en colère. Alors une fois encore, elle avait été manipulée par cet égoïste d’Uchiha ? Il avait abusée de sa bienveillance et de sa magnanimité. Tout ça pour s’éviter une condamnation à mort méritée. Elle frappa la table de son point rageur se qui la fendit de part en part. Elle se jura qu’elle arracherait elle-même les aveux du noiraud et cette fois, elle ne laisserait aucune place à la moindre émotion. Sa vengeance serait un plat particulièrement froid et longuement médité.

 

 

La houle s’abattait avec fracas sur les digues du port. L’eau d’un gris sombre et froid s’élançait avec une force destructrice contre les murs érigés par l’homme depuis des générations pour protéger les navires de pèches ainsi que le village. Le bras de mer s’enfonçant sous le pont Naruto devenait un goulet d’étranglement en cette fin de la saison des grandes marées. Les vagues atteignaient parfois les quatorze mètres de haut au passage du cap faisant face à la baie. Le vieux phare, silhouette massive dans cet enfer de fracas, ressemblait à une allumette plantée au beau milieu de la mer, pourtant il était le gardien des navires rentrant de la pèche. Du haut de ses quarante mètres, il signalait la présence des dangereux récifs que la mauvaise mer cachait traitreusement.

 

Emmitouflé dans un ciré jaune, Inari marchait le plus vite possible tout en prenant garde à la chaussée trempée et aux coups de vent qui le faisaient vaciller. Il allait atteindre la capitainerie quand une vague plus puissante que les autres  se fracassa contre la rambarde. L’eau retomba en une pluie glaciale, finissant de le tremper malgré son accoutrement de circonstance. C’est en pestant qu’il referma la porte derrière lui.

 

-       Et bien, regarder qui voilà ! s’exclama un vieil homme en souriant. Le jeune Inari !

-       Dis-moi mon garçon, tu es venu à la nage ? lui demanda le gardien de la capitainerie depuis son tableau de contrôle, les jumelles à la main.

 

L’adolescent marmonna quelque chose que les deux hommes ne purent comprendre.

 

-       Tu viens pour la « Belle de Kiri » ? s’enquit le vieux marin en retournant à ses activités autour du réchaud sur lequel se tenait une cafetière fumante.

-       Oui.

-       Aux dernières nouvelles, ils revenaient des bancs au large des falaises d’Itsuki quand la tempête a éclaté. On n’a rien de nouveau depuis hier soir. Expliqua le gardien en replaçant les jumelles devant ses yeux pour scruter le large.

 

Inari se rembruni. En temps normal, la « Belle de Kiri » revenait en une demi-journée de ce secteur. Avec la mer dans un état pareil, il y avait quand même de quoi se faire du souci car même si le capitaine du remorqueur était l’un des meilleurs de la région, mère nature restait toujours la plus forte dans ce genre de situation. Pourtant il lui avait dit ne pas y aller. Oui, l’adolescent avait mis en garde l’ancien ninja de Konoha quand ce dernier c’était porté volontaire pour aller secourir un gros cargo en détresse au large des falaises. Sasuke n’était pas encore complètement remis et même si depuis déjà quelques semaines il effectuait des menues soties avec des pécheurs chevronnés, il n’en était pas un homme de la mer aguerrit pour autant.

 

Certes, les capitaines qui l’avaient embauché avaient tous été satisfaits de son travail et de sa rapidité d’adaptation mais son hôte n’en restait pas moins convaincu que c’était brûler les étapes que de s’embarquer pour cette mission de sauvetage. Inari devait tout fois reconnaître que le travail de la mer semblait parfaitement convenir au nukenin. C’était pour le moins désopilant car lui-même n’avait, à son arrivée, aucune idée du genre de métier qu’un homme comme l’Uchiha aurait pu pratiquer en dehors de son ancienne activité de ninja. Il fallait croire que le contact de l’eau salée, des cordages et du poisson lui apportait une certaine quiétude car depuis sa première sortie en mer, Sasuke paraissait plus calme, moins préoccupé. Il rentrait souvent fatigué et épuisé par des travaux qu’Inari faisait les yeux fermé mais il ne devait pas oublié que son invité était encore convalescent. Après deux mois d’alitement et deux mois d’exercice pour retrouver un peu la forme, l’Uchiha semblait avoir pris goût à cette vie au bord de la mer.

 

A plusieurs reprises, Inari l’avait retrouvé en plaine nuit, marchant sur le sable des plages ou les vagues hivernales venait s’effondrées avec force et vacarme. Toujours, il sentait une seconde présence non loin d’eux, sans doute les troupes spéciales chargées de la surveillance du nukenin selon les ordres du conseil de Konoha. Pourtant, Sasuke ne semblait pas les remarquer. Le jeune villageois fini par se douter que le convalescent ne pouvait plus les ressentir à cause de cet étrange handicap qui lui avait fait perdre le maniement de sont chakra, la base de toute activité ayant trait au monde des ninjas à l’exception du Taijutsu.

 

Le roulement des vagues, leur puissant chuintement ainsi que le sifflement du vent hivernal était un orchestre dont la mélodie assourdissante et répétitive agissait comme un calmant sur les pensées qui assaillaient l’ancien disciple d’Orochimaru une fois l’heure de se coucher arrivée. Son hôte avait remarqué l’agitation dont faisait preuve le noiraud une fois la journée de travail terminée. Il comprit très vite que le labeur des pécheurs en mer convenait si bien à Sasuke parce qu’il lui demandait une débauche d’énergie et de concentration qui l’empêchait de trop penser. Mature pour son âge, l’adolescent avait comprit que ce qui tiraillait tant l’ancien combattant n’était pas tant son futur mais plutôt son passé.

 

Le vieux marin lui tendit une tasse fumante qu’il accepta avec plaisir. Le gardien de la capitainerie pris sa tasse tout en s’installant derrière le poste radio.

 

-       Phare du Tourment, ici capitainerie de Kiri. Répondez !

 

Un lointain grésillement raisonna. Inari serra un peu plus fort le récipient brulant entre ses mains.

 

-       Phare du Tourment, ici Kiri. Est-ce que vous m’entendez ? tenta une seconde fois le gardien en tournant doucement quelques boutons sur le poste radio.

 

Le vieux marin renifla tout en hochant négativement la tête.

 

-       Avec un « coup de tabac » pareil, ils ne sont pas prêts de nous répondre. Grogna-t-il. J’étais gardien du phare l’année ou tu es né. Cet hiver là, je n’en ai plus jamais vu de pareil. Les vagues étaient si hautes et si puissantes qu’elles ont brisées une des fenêtres montant au sommet du phare. Je suis resté trois jours assis sur ces marches de granit avant que la mer ne soit plus clémente et qu’un navire vienne me chercher.

 

Le silence, seulement brisé par les sifflements de la tempête qui faisait rage au dehors, se fit plus lourd. C’est à ce moment là qu’une voix nasillarde répondit aux appels de la capitainerie.

 

-       Ici phare du Tourment, je vous entends très mal. A vous !

-       Akizumi ! C’est Kimoto qui te parle. Est-ce que tu vois des navires au large ? Nous sommes en attente du retour du navire de sauvetage, la « Belle de Kiri ». A toi !

-       Rien en vue ! J’ai intercepté une communication il y a près de six heures entre le remorqueur et le cargo. Ils ont pu l’aborder mais je n’ai pas eu de nouvelle depuis.

-       OK et toi ? ça va ? s’enquit le gardien.

-       Ça chahute sévère mais pour le moment le phare tient bon. Dis à ce vieux râleur de Mabuchi que ce n’est pas cette fois qu’il va venir me récupérer trempé sur une marche d’escalier.

 

L’ancien gardien de phare laissa échapper un petit ricanement alors qu’Inari souriait doucement. Kimoto termina le contact radio avant de se relever pour aller observer la mer déchaînée. Les deux hommes proposèrent au plus jeune de rester avec eux jusqu’à la tombée du jour. La nuit serait là d’ici trois petites heures. L’espoir se ternissait un peu car même si le remorqueur était le plus puissant de toute la côte, il n’en demeurait qu’un bateau, vulgaire fétu de paille harcelé par ces vagues déchaînées de la saison des grandes marées.

 

Mabuchi leur prépara un petit soupé de fortune au moyen d’une boîte de conserve de lentilles et de poissons frais de la pêche du jour. Assis tous les trois autour d’une table devant la grande vitre donnant sur le port et le large, ils mangèrent avec appétit la nourriture chaude. Alors que le soleil se couchait, les nuages laissèrent percer quelques rayons orangés sur les crêtes de houle blanche. Les trois hommes restèrent admiratifs devant la splendeur de ce fugace instant de grâce avant que la nuit noire ne vienne définitivement transformer le panorama en un enfer pour les navires perdus sur cette immense étendue déchaînée.

 

A dire vrai, l’adolescent resta jusqu’à ce que sa mère téléphone à la capitainerie pour lui demander de rentrer. C’est l’esprit soucieux qu’il regagna sa maison en dehors du village, au bord de la plage. Pourvu que le remorqueur puisse rentrer sans trop de problème. Il était bien conscient que la mer pouvait décider de garder les matelots comme elle pouvait se montrer clémente et les laisser regagner le port. C’était de cette manière qu’il avait perdu son père alors qu’il était encore bébé. Ouvrier sur un chalutier de haute-mer, il était parti un matin d’hiver. La tempête qui éclata cette nuit là était la même que le vieux Mabuchi avait évoqué plus tôt à la capitainerie. Dix-huit marins perdirent la vie sur plusieurs embarcations au large de Kiri durant ce « coup de tabac ».

 

L’aube était proche quand Inari se réveilla sur le canapé ou il s’était endormi en rentrant. Il se leva pour s’approcher de la porte vitrée donnant sur le large. La mer semblait toujours aussi agitée comme en témoignait les moutons de houle blanche brillant sous la Lune dans la nuit maintenant étoilée. L’adolescent passa devant la porte d’entrée pour aller se chercher un verre d’eau à la cuisine. C’est alors qu’il entendit une voiture s’arrêter devant la maison. Une porte claqua dans la nuit avant que la voiture ne mette les gaz et disparaisse dans le noir. Inari revint sur ses pas pour tomber nez à nez avec un Sasuke au tint cireux et aux traits tirés. Il remarqua immédiatement les cernes violacés et les cheveux trempés par les embruns. Le nukenin resta prostré dans l’entrée, le ciré dégoulinant d’eau.

 

-       Viens avec moi, tu fais peur à voir. S’exclama le plus jeune en posant son verre.

 

L’Uchiha se laissa guidé, n’opposant aucune résistance à la direction de la salle de bain qu’ils prenaient. Epuisé, il n’écouta pas un mot du torrent de parole que son hôte débitait en même temps qu’il l’aidait à retirer ses vêtements trempés par l’eau de mer.

 

-       Est-ce que tu m’entends ? s’énerva soudainement Inari en posant ses mains sur ses hanches dans une posture de reproche.

-       Hein ? murmura doucement le noiraud en relevant les yeux sur le plus jeune.

 

Il se fit la remarque qu’il ressemblait à s’y méprendre à Naruto au même âge. Cette constatation lui arracha une esquisse de sourire, se qui fit soupirer le concerné de dépit.

 

-       Allez, va te coucher ! On parlera demain. Ordonna l’adolescent sur un ton qui n’autorisait aucune objection.