Chapitre 72

par azerty

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.



Chapitre 72


La rumeur des rues montait constante, sourde et sans discontinuer. Vivante. Le Naishokage ne se rendit compte du poids qui avait comprimé ses épaules que lorsque ses muscles se relâchèrent enfin, plus tendus et courbaturés que s’il s’était battu physiquement des jours durant. Vivante. La ville était sauve. Malgré son incompétence en tant que chef politique, les habitants avait su corriger ses décisions trop tardives, et se sauver eux-mêmes. Une vague de fierté un peu chauvine le traversa à cette pensée. Malgré les risques étouffants, le côté abrupt des révélations de dernière minute et ses propres doutes à lui, leur Kage aurait dû avoir plus foi en eux. Car au final, pas un seul civil n’avait hésité à adhérer à son plan, pas un seul n’avait cédé à l’envie de courber l’échine devant ce psychopathe de Kabuto par peur des représailles inhumaines qu’il promettait. Les artisans s’étaient mis en place avec une rapidité admirable, bénéficiant de l’aide inconditionnelle de tous. L’organisation avait dépassé toutes ses prévisions et, comme il avait espéré, les informations que le jeune Sasuke Uchiwa leur avait fournies sur le parchemin d’invocation avaient suffi à s'organiser pour canaliser l’explosion de chakra. Dès lors, les menaces de Kabuto d'attaque génocidaire n’étaient plus que du vent. Femmes, hommes, enfants, ninjas ou simples civiles, tous étaient saufs.

Mais il aurait fallu un simple et minuscule accro dans leur plan pour que tout s’effrite, parte en fumée, et que des centaines de vies d’innocents viennent tacher ses mains. Et cette seule pensée était inacceptable. Aucun des habitants de la ville n’aurait dû avoir à prendre cette responsabilité, il aurait dû comprendre, détecter bien plus tôt le danger, trouver une solution qui ne repose pas sur la seule force de ceux-là-mêmes qu’il devait protéger, et qui aujourd’hui l’avaient protégé lui. Et c’est pour cette raison, simple mais fondamentale, qu’il devait démissionner.

Il sursauta, inconscient de la présence de l’autre qui s’était introduit sans un bruit à ses côtés, comme le voulait son statut de ninja de haut niveau. Lorsqu’il posa les yeux sur l’intrus, ses pupilles se firent sombres et soucieuses à nouveau. Ichiro. Comment accueilli cet homme ? Il lui avait caché tant d’informations pendant tant de temps que le cours de cette affaire en avait été changé, et prenait depuis trois jours des initiatives auxquelles personnes ne comprenait rien. On chuchotait dans les couloirs qu’il avait passés un pacte avec l’Akatsuki et conspirait à des fins personnelles. Un soldat avait même été jusqu’à dire qu’il convoitait de prendre le contrôle complet du village. Mais à tout cela, le politicien n’accordait qu’un regard de dédain. Aussi obscurs que soient ses actes, le jeune militaire était à ses yeux d’une fidélité infaillible pour Nokiana, et ce, quel que soit les désaccords qui avaient pu les opposer. Oui mais voilà : comment lui faire face, maintenant que beaucoup trop de ses secrets avaient été révélés et qu’il en sentait encore beaucoup d’autres peser au-dessus d’eux ? Pourtant, la premier phrase traversa ses lèvres sans même qu’il l’ait vraiment formulée.

Le soldat acquiesça d’un signe de tête sec, mais répliqua sur un tout autre sujet :

Le politicien ne répondit pas. Parmi toutes les choses importantes dont ils devaient débattre, il ne s’attendait pas à ce que ce sujet soit le premier abordé. Mais soit :

Ichiro n’avait pas réagi à sa tirade, le regard toujours aussi impénétrable, ferme et décidé. Il vint se positionner face à lui, posa un genou à terre, et tendit ses poignets dans sa direction.

Le chef politique faillit se décrocher la mâchoire à le dévisager ainsi, bouche ouverte, yeux exorbités, dans une interprétation sincère de l’expression « what the fuck ? ».

Et à ses pupilles résolues, inflexibles, le Nashokage sut que son collège ne plaisantait pas, qu’il jugeait cette condamnation équitable et envisageait réellement de mettre la tête sur le gibet.


***


Une fois le problème « Kabuto » résolut, tout le monde semblait s’être désintéressé de Sasuke. Le Nashokage ne l’avait pas sollicité, et l’ensemble des gardes et soldats étaient bien trop occupés à rassurer et organiser la population pour se préoccuper de lui maintenant qu’il avait été identifié comme un allier. Le danger de mort passé, l'Uchiwa pouvait donc se concentrer exclusivement sur le seul sujet véritablement digne d’intérêt : Naruto. Selon ce qu’il avait senti de leurs chakra, Kuybi et lui devaient tous les deux être conscients, dans la salle scellée de la prison. Mais pourquoi ? Pourquoi Naruto avait-il accepté de se réveiller alors qu’il l’avait rejeté si violemment dans le rêve ? Arriverait-il à le convaincre de rester cette fois ? Et même s’il y parvenait, que se passerait-il après ? A ce stade, il n’était même plus sûr de ce qu’il voulait… Est-ce que tout pouvait revenir comme avant ? En se concentrant sur lui-même, Sasuke pouvait sentir la tension qui tiraillait ses muscles sans discontinuer depuis plus de trente heures d’affilé désormais, et il se sentait usé, fébrilement inquiet. Il ne se sentait plus la force d’être patient, impassible et raisonnable. Il avait failli le perdre bon sens ! Par deux fois déjà, il avait connu ce que l’on ressent quand on vous arrache votre raison de vivre : toute sa famille d’abord, son obsédante vengeance ensuite… Naruto était devenu son nouveau point d’encrage, et la pensée qu’on puisse le lui arracher également le ramenait quatre ans en arrière, près du corps de son frère, où il avait senti son esprit à deux pas de la démence. Alors non, il n’avait pas envie que tout redevienne comme avant. Si par miracle il parvenait à le ramener, il savait qu’il aurait un besoin pulsionnel de le voir en permanence, de vérifier d’un effleurement qu’il était bien là, toujours, et sans une seconde d’absence…

Mais qu’en dirait Naruto ? A quel point Sasuke devait-il lui expliquer ce qu’il ressentait, où s’arrêter pour ne pas essuyer de refus ? Car un mot de trop, et il risquait de le perdre à nouveau… Et puis il y avait ce baiser, entre son double et son coéquipier. Qui l’avait rêvé ? Lui-même ou Naruto ? Ou Kyuubi, peut-être, pour se moquer de lui ? Comment se fier à ce que l’on voit dans une illusion ? S’était à en perdre la tête.

Excédé, fourbu, Sasuke versa dans le creux de sa main un fond d’eau de sa gourde, et la passa sur ses traits tirés par la fatigue et l’hésitation. Cette manœuvre le détendit un peu, mais ne lui apporta pas plus de réponse sur ce qu’il devait faire. Une main, posée sur son épaule le fit se retourner brusquement, et il plongea ses pupilles rouges sang dans deux océans vert tendre.

Il ressentait une sorte de soulagement à retrouver un visage familier dans ce capharnaüm, et il rendit imperceptiblement son sourire à la jeune fille.

Et, disant cela, elle lui mit une claque dans le dos d’une force si monstrueuse qu’elle faillit lui faire cracher ses poumons. Ni une ni deux, le jeune brun se redressa, acquiesça d’un signe de tête, et s’apprêtait à partir lorsqu’elle le retint d’un mot.

Itachi ? N'ayant pas été tenu au courant, ni de sa résurrection ni de son départ, le plus jeune se demanda ce qu’il venait faire dans cette histoire.


***


Akiko se souvenait vaguement d’avoir eu mal, au point que son univers tout entier était réduit à la douleur. Désormais, il ne la sentait plus que vaguement, toujours présente, mais assourdie, comme enfuit sous une épaisseur de coton. Sa respiration était lourde, ponctuée des « bips » agaçants des machines. Il sentait le contact léger du drap blanc, et celui, plus chaud, plus agréable, de la main qui tenait doucement la sienne. Il dut tomber dans l’inconscience un temps indéterminé. Lorsqu’il revient à lui, les doigts apaisants étaient toujours là. Il y piocha la force d’ouvrir les yeux.

La silhouette, près de lui, avait de larges épaules, de celles sur lesquelles on peut se reposer. Il ressentait vaguement pour cette personne un sentiment ambigu, un sentiment d’espoir et de retenue mêlé. Ichiro…

C’était presque un étranger à présent, un supérieur qu’il avait cru connaître, en qui il avait eu confiance, mais qui s’était délibérément éloigné de lui. Il s’était longtemps demandé pourquoi, et s’était dit que maintenant qu’il avait trouvé gloire et respect à Nokiana, son ami d’enfance n’avait plus rien à faire de lui. Il n'était qu'un ninja moyennement doué, éternellement un peu gauche et naïf, rien, en somme, de comparable avec le talent d’un jeune chef des armées en pleine ascension… Il lui en avait voulu, pendant toutes ses années, de l’abandonner comme ça. Surtout après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble. Surtout pour ce que son aîné représentait pour lui.

Frère d’une démone, et fervent défenseur de la jeune femme, il avait été largement mis à l’écart lors de ses jeunes années, et Ichiro, à l’époque, n’avait pas été qu’un ami, mais son seul ami, son modèle, le garçon plus grand qu’il idolâtrait presque, et qui continuait de le soutenir, comme un roc, envers et contre tous.

La mort de sa sœur avait tout changé. Le traumatisme, le manque, avait creusé en lui quelque chose d’ineffaçable, une sorte de fêlure, de brisure qui avait fait de lui un jeune homme inquiet, avec un besoin compulsif de stabilité affective, avec une sensibilité accrue à la perte, la disparition… Et par-dessus tout, une tendance presque maladive à s’investir à trois cent pour cent dans une relation.

C’est cette fêlure que le démon renard avait su aussi facilement utiliser en lui pour le manipuler, se l’approprier. Mais quelques années plutôt, lorsqu’endeuillé, déserteur, sans nation et sans but, il avait vu son tendre ami tout abandonner et le rejoindre, c’est tout naturellement qui était devenu le centre de son univers. Adolescent, jeune adulte presque, il avait observé sans vraiment la comprendre la mutation de ses sentiments d’admiration et de reconnaissance et quelque chose de plus essentiel, de plus absolu encore. Et n’aurait pas vraiment su dire quoi, naïf comme toujours, il n’aurait sûrement pas réussi à décrypter cela avant des années, mais n’en avait jamais eu le temps. Rapidement, Ichiro s’était éloigné, l’avait abandonné, le traitant bientôt comme un parfait inconnu, avec une froideur purement professionnelle. Alors il lui en avait voulu oui, et il s’était éloigné à son tour, cherchant dans le village, dans les souvenirs de sa sœur, dans l’affection des gens qu’il apprenait à connaître un nouvel encrage…

Et pourtant, là, sur ce qui avait bien failli être son lit de mort, c’est lui, encore et toujours lui, qu’il retrouvait. Comme une évidence. Un peu moins naïf, les idées étrangement clarifiées par la conscience d’avoir failli y rester, il apercevait les choses différemment tout à coup… un sourire irrépressible étira ses lèvres, et à son tour, il serra la main calée dans la sienne.


***


Le regard de Naruto était aussi inflexible que toujours, son sourire déterminé, si bien qu’il paraissait impressionnant, même en face du renard démesuré qui lui faisait face derrière la grille ouverte de sa cage.

Le démon sembla pensif un instant. La réflexion se tenait, sauf que lui connaissait un petit détail que Naruto ignorait. Alors soit, il allait le ramener dans son monde onirique « plus réel que la réalité », mais il allait en profiter pour ramener un certain brun par la peau du cul.

Parce que le gamin, au fond, avait peut-être raison d’avoir confiance en lui.