Chapitre 70

par azerty

Chapitre 70


Les yeux fermés, Kakashi essayait de ne pas trop penser aux chakras étrangers dont il sentait les intrusions sur les bords de ses plaies. Une équipe médicale d’urgence avait été envoyée au laboratoire après l’attaque, mais elle s’était vite retrouvée relayée au rang d’assistants face aux deux jeunes kunoichis qui s’affairaient déjà autour de ses blessures. Karin et Sakura étaient d’une efficacité remarquable, l’habilité naturelle de la première se couplant à merveille avec la connaissance pointue de l’élève de Tsunade. Kakashi doutait même qu’il aurait été mieux soigné dans l’unité de soin intensif de Konoha ! L’hémorragie s’était arrêtée, toutes les plaies importantes étaient suturées… et il avait ordre express et sans réplique de son élève de ne plus bouger, quand bien même un combat éclaterait sous son nez. Hors jeu donc, au moins pour les dix jours à venir. Il avait bien tenté de protester mais le regard meurtrier des deux jeunes femmes lui avait promis milles souffrances et une nette aggravation de son état s’il tentait de désobéir. Il avait donc rendu les armes, bien conscient, au fond, que son endurance n’était plus ce qu’elle avait été et que les deux jours précédents l’avaient déjà mené à la limite de sa résistance. A contre cœur, il regarda sa jeune compatriote d’un air entendu. Elle hocha la tête, déclara qu’elle ne pouvait rien faire de plus pour lui à l’heure actuelle, et qu’elle partait à la recherche de ses « idiots de coéquipier intenables et suicidaires ».

Karin, elle, resta plus longtemps sans parler, même après le départ de Sakura, gardant ses yeux profondément braqués sur le sien. Elle eut l’air d’hésiter un instant, pensive…

Le ton de Kakashi était franc, décidé.

La plus jeune se mordilla la lèvre, puis remonta ses lunettes sur le bout de son nez et hocha de la tête. Elle avait l’air reconnaissante qu’il eut compris son dilemme, mais tout de même réticente à le laisser seul. Même s’il affirmait le contraire, elle n’avait pas du tout l’impression d’avoir payé la moitié de ce qu’elle lui devait concernant sa manie de lui sauver la vie, et pas assumé un dixième de ce qui commençait à naître entre eux. Mais elle était ninja de Nokiana, et ninja avant tout. Tout comme lui. Aussi se contenta-t-elle d’un sourire mutin, d’un échange de regards entendus, puis elle tourna les talons et quitta le laboratoire.

A la vitesse à laquelle les situations avançaient, quelque chose lui disait qu’elle avait déjà trop raté d’événements et qu’on allait avoir besoin d’elle…


***

La place principale, au pied de la tour, était noire de monde, au point que la foule débordait jusque dans les ruelles adjacentes. L’ensemble des habitants était parvenu à se réunir en moins de quinze minutes. Il faut dire que les récents problèmes de chakra, les discours répétés pour rassurer la population, les alertes intrusions, l’incendie et l’attaque avaient récemment habitué tous les locaux aux rassemblements en urgence.

Du haut du bâtiment, le Naishokage regardait ces centaines d’hommes et de femmes qui lui avaient confié cette ville et leur vie, et une fois de plus il douta… avait-il le droit ? Qu’est ce qui avait le plus d’importance ? Risquer leur vie, ou risquer leurs valeurs ? Et si une partie des habitants refusait d’adhérer à sa demande ? Pire, si une majorité d’entre eux refusaient d’obéir ? Qu’adviendrait-il d’eux ? Devait-il faire comme Ichiro ? Mentir, distiller le moins d’informations possible et prendre tout sur ses propres épaules, enduré parce qu’on pense que les habitants, eux, ne sont pas capables de le faire ? De prendre les bonnes décisions ? Mais quel genre de Kage serait-il dans ce cas là ?

Au pied du mur, semblant soudain mille ans de plus que son âge, le dirigeant éleva la voix vers la foule :


***


Kabuto s’était confortablement installé dans ce qui avait toujours été son appartement, depuis qu’il s’était fait passer pour un déserteur avide de rejoindre Nokiana. Il avait bien sûr repéré les huit ninjas de la section d’élite de Nokiana qui l’avaient filé et le surveillaient de loin, mais il lui avait suffit de sortir ostensiblement son parchemin d’invocation pour que tous restent à distance. Quelques tics paranoïaques, pris du temps d’Orochimaru, l’avait amené à transformer discrètement ce petit studio à la périphérie de la ville en vrai petit bunker, idéal pour se replier au cas où l’on aurait découvert son identité. Dans le cas actuel, il se sentait mieux ici d’en plein air au cas où un fou furieux aurait tenté une attaque contre lui, au péril de la vie de tous ses concitoyens. Dès que Madara serait revenu avec ses hommes et qu’il aurait raccourcis les contestataires d’une bonne tête, la question ne se poserait plus, mais en attendant on n’était jamais assez prudent…

Au bout de quarante minutes, alors que le jeune psychopathe calculait mentalement que le Naishokage devait avoir fini son allocution et était sûrement en train de préparer à la hâte les papiers de passations de pouvoir, une silhouette sombrement vêtue se dirigea vers les guetteurs, postés au loin. Kabuto les vit échanger quelques mots, des exclamations de disputes lui parvinrent, puis les soldats d’élite tombèrent comme des mouches, inconscients. L’intrus ne leur accorda pas plus d’importance, les abandonnant là pour venir directement vers son appartement. Il n’était plus qu’à deux cent mètres quand le scientifique reconnu Sasuke Uchiwa.

A nouveau, l’ancien acolyte d’Orochimaru brandit son parchemin, goguenard.

- Qu’est-ce que tu n’as pas compris dans ma menace ? Personne ne devait venir m’attaquer, et si je décide de détruire ce village, tu mourras comme les autres. Ne me provoque pas trop, Sasuke.

- Depuis le début, tu avais ce moyen là de te débarrasser de moi, avec tous les autres. Tu aurais aussi pu exiger ma tête en même temps que Kyuubi : je me serais retrouvé avec tous les ninjas de Nokiana sur le dos, et ton maître aurait été vengé. Mais tu ne l’as pas fait. Mieux : tu es venu me chercher, volontairement. Alors tu sais pourquoi je suis venu à toi, tout comme je sais que tu ne vas pas refuser…

Et c’était vrai. Il y avait quelque chose de trop personnel, de trop important qui était resté cristallisé autour de la mort d’Orochimaru, si bien que Kabuto ne pouvait rêver meilleure satisfaction que de trancher de ses propres mains la gorge de ce petit salop arrogant. Et visiblement, le sentiment était partagé…

Sasuke haussa les épaules.

Et, joignant le geste à la parole, il dégaina en une fraction de seconde et se précipita vers lui…


***


Cela faisait près d’un quart d’heure que les deux anciens sbires d’Orochimaru échangeaient coup pour coup, dans un combat particulièrement bien équilibré qui commençait à tirer en longueur, les obligeant à puiser dans leurs réserves. Avec un coup de scalpel particulièrement bien placé qui égratigna la joue de son adversaire, Kabuto prouva une fois de plus un très léger avantage dans l’affrontement, et un sourire mauvais étira ses lèvres. Apparemment, Sasuke avait de plus en plus de mal à tenir le rythme. Il allait lancer une nouvelle offensive lorsqu’il remarqua soudain cinq silhouettes qui s’aventuraient dans leur zone de combat.

Les échanges de coups cessèrent un moment, et chacun des adversaires repris sa posture de défense à une dizaine de mètres de l’autre. Prenant enfin le temps d’analyser la situation, le scientifique fut surpris de constater que les intrus étaient des ninjas d’élite de Nokiana, menés par Karin. La jeune femme avait fait signe à ses compagnons de s’arrêter à une vingtaine de mètres des opposants, et c’est à peine si elle s’intéressa à lui, se tournant directement vers Sasuke.

Évidement ! Le chef du village avait d’ores et déjà choisi de se rendre, bien que « choisir » était un bien grand mot en considérant le fait qu’il n’avait pas eu d’autre option. En venant l’affronter directement, le jeune Uchiwa mettait tous les habitants en danger de mort, et le politicien n’avait pas l’air d’être d’accord… Loin de s’en émouvoir, Sasuke ne fit que repartir à l’attaque de plus belle, semblant ignorer royalement son ancienne coéquipière. Et subitement, on aurait dit qu’il venait de changer radicalement de niveau. Contrairement aux minutes précédentes, cette fois, l’avantage pencha directement et significativement du côté du plus jeune, et ses attaques, dont la vitesse semblait s'être décuplée, parvenait régulièrement à faire mouche. Kabuto dut reculer d’un pas, esquiva d’un bond sur le côté… il ne faisait plus que subir les coups désormais, sans parvenir à placer une seule réplique… Il ne comprenait plus rien… Sasuke débordait d’énergie, comme s’il avait retenu ses forces et que depuis le début, au fond, il avait été le seul à s’épuiser. La lame fusa sans même qu’il l’ait vue venir, et il recula précipitamment avec un cri de douleur, tenant de sa main gauche la plaie qui ouvrait son flan. Il était blessé. Gravement.

Il ne lui fallut que quelques dixièmes de secondes pour attraper son fameux parchemin et passer sa main ensanglantée sur le sceau. Instantanément, il y eu comme un grondement sourd, monumental, et le sol accusa une secousse violente… Sans rien de plus. Contre toute attente, Sasuke, Karin et les quatre autres ninjas ne furent terrassés par aucune vague de chakra, aucune explosion.

Elle en profita un peu encore, lançant un coup de pied dans l’estomac du psychopathe à terre, puis redevint professionnelle et lui passa rapidement une paire de menottes anti-chakra.

Elle le redressa de force, et les quatre ninjas d’élite vinrent l’encadrer immédiatement. Puis elle échangea un regard avec Sasuke, et tous les deux hochèrent la tête.

Elle ne rajouta rien, se contentant de pousser le criminel dans la direction des quartiers de haute sécurité.


***

Du haut de la tour centrale, le dirigeant regardait la ville intacte avec un soulagement tel qu’il aurait pu s’effondrer, cédant sous le poids de trop de stress accumulé. Mais il resta droit, parce qu’il avait déjà trop manqué à son devoir de Kage pour se permettre de paraître faible maintenant. Il avait tellement craint de prendre la mauvaise décision, d’exiger quelque chose d’impossible en si peu de temps. Et s’il y avait eu un imprévu, un accro dans le plan ? Dans ce cas là, tous ses concitoyens, qu’il était sensé protéger, dont il avait la responsabilité, tous ceux là seraient morts. Il ne cessait de se répéter qu’il aurait dû prévoir tout cela avant, qu’il n’aurait jamais dû laisser les habitants se retrouver au pied du mur. Mais il n’avait rien pu faire. Depuis le matin, c’est à peine s’il ne subissait pas les événements sans pouvoir intervenir. Il se sentait honteux et inutile, incapable. Mais les habitants, eux… ils s’étaient surpassés. Il avait eu raison de leur faire confiance, de s’en remettre à eux, quoi que la simple idée d’avoir dû les laisser s’occuper de cette situation qu’il aurait dû gérer seul pour les protéger le refaisait plonger dans l’auto flagellation…

La solution n’était pas si compliquée que ça après tout : Kabuto avait étudié les canaux souterrains de chakra ? Qu’à cela ne tienne ! Il y avait dans le village de bien plus grands experts que lui dans ce domaine. Non, ce qui leur avait manqué le plus, c’est de savoir où allaient avoir lieux les multiples explosions de chakra sensées dépeupler la ville. C’est là qu’était intervenu Sasuke : avec des pupilles comme les siennes, il pouvait visualiser avec une précision effrayante tous les détails du parchemin d’invocation. Et tans pis si lui ne savait pas l’interpréter : Konoha n’était pas le seul village à abriter des ninjas aux dons héréditaires de télékinésie. Ainsi, lorsque Sasuke était parti rejoindre Kabuto, il lui avait suffit de regarder quelques secondes le parchemin qu’il n’avait pas manqué d’agiter sous son nez comme une menace, il en avait photographié tous les détails grâce au sharingan, et avait transmis directement les images au ninja qui guettait à la frontière de son esprit. Le rôle de l’Uchiwa après cela n’avait été que d’occuper Kabuto en attendant que les artisans soient prêts, et que Karin vienne lui donner le signal. Le plan avait circulé dans la ville grâce à la rapidité de l’ensemble des ninjas, tous mobilisés pour l’occasion, et près de trois cents artisans de chakra s’étaient positionnés dans l’ensemble de la ville, partout où Kabuto avait posé des sceaux. Alors, lorsque le scientifique avait lancé son attaque, tous civils qu’ils soient, ils n’avaient eu aucun mal à canaliser le chakra et déjouer l’explosion.

A nouveau, le Nashokage balaya la ville d’un regard fier, admirant les rues qui recommençaient à se gorger de foule en liesse. Nokiana était une ville forte, et ses habitants étaient plus forts encore. Et ils ne resteraient pas passifs dans cette histoire.