chapitre 68

par azerty

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.


Chapitre 68


Debout en position de combat, seuls devant la porte close de la prison, Naruto et Madara se faisaient face. Les yeux du plus jeune étaient d’un bleu franc et pur, presque déstabilisants par la force de leur volonté. Il savait clairement ce qu’il voulait : expédier une raclée à son adversaire pour retourner fissa dans son rêve. Et tant pis si l’autre était le légendaire ancêtre d’un clan disparu, ou tout autre bêtise que lui avait raconté Kyuubi : ce n’était pas la première fois qu’il affrontait un ennemi bien au-dessus de ses moyens. Et pas la première fois qu’il allait gagner, envers et contre tout. Un sourire indétrônable s'imposa sur ses lèvres, obstiné et positif : Naruto était de retour à la surface de son propre corps égal à lui-même et bien décidé à distribuer les coups de pieds aux fesses nécessaires.

C’est le jeune Uzumaki, avec son impétuosité habituelle, qui lança la première attaque. Un orbe bleutée à la main, il s’élança vers son adversaire avec une rapidité foudroyante… et le traversa de part en part sans lui infliger le moindre dégât. Ok, les informations de Kyuubi se révélaient fondées : ce mec pouvait vraiment se rendre invincible pendant un temps. Qu’à cela ne tienne, cela rallongerait juste leur petit jeu…

Il était perdu dans cette réflexion quand l’homme masqué décida brusquement de répliquer. C’est à un centimètre de sa victime seulement qu’il se rematérialisa pour porter son attaque. Le coup fusât avec une dextérité de maître, précis, mortel… Naruto n’eut que le temps d’émettre un cri muet, plié en deux… puis il disparut dans un nuage de fumée. L’instant d’après, une ombre orangée se précipita dans le dos de Madara, tentant de profiter de la seconde de vulnérabilité après l’attaque qui avait détruit son clone. L’Uchiwa faillit réagir trop tard, et la lame eut le temps de faire un accro à un des nuages rouges de sa cape avant qu’il ne parvienne à rebasculer dans un autre espace-temps.

Il forma rapidement les signes de sa technique interdite et de multiples nuages de fumées apparurent autour de lui dans un léger bruit de détonation. En un battement de cil, la pièce tout entière fut bondée de Narutos hilares, les pupilles brillants de malice.

La seule réponse de l’autre fut un sourire narquois dissimulé sous son masque, et la seconde d’après, la partie commença. C’était… une sorte de roulette russe particulièrement mortelle et gracieuse à la fois : à chaque fois qu’un Naruto tentait de s’attaquer à son adversaire, il le traversait de part en part, mais dès que celui-ci voulait répliquer, il devait se matérialiser… En ninja exceptionnel tel qu’il l’était, Madara faisait mouche à chaque coup, réduisant le clone en nuage de fumé, même si les chances de tomber sur le bon était de une sur mille. Naruto aurait dû avoir l’avantage, profitant de la seconde de faiblesse pour contre attaquer. Sauf que l’adversaire était vraiment, et définitivement fort. Incroyable, même, dans la perfection de ses esquives toujours différentes, si bien que quoi qu’il fasse, ni Naruto, ni aucun de ses clones ne parvinrent à plus qu’érafler légèrement le costume ou la peau de l’Uchiwa. Et, malgré le surnombre et les quelques égratignures, Madara menait clairement la danse… Pourtant, Naruto s’acharnait, multipliant les attaques, remplaçant avec opiniâtreté chacun des clones tombés, plongeant dans la bataille au milieu des autres, au risque de se faire toucher ou de s’épuiser à la tâche ( il se doutait bien que c’était ce que l’autre voulait : une fois ses réserves d’énergie à plat, il ne serait plus vraiment dur à maîtriser, et Kyuubi tomberait entre ses griffes). Et pourtant, le sourire sur les lèvres dorées n’arrêtait pas de s’agrandir.

Lorsque Madara se matérialisa cette fois-là, rien ne semblait avoir changé. Il porta son attaque et disparut aussitôt, mais au moment où il changeait de monde, l’air tout autour de lui se mit à grésiller. Le chakra qui saturait les environs à cause de leur combat et de tous les clones détruits sembla devenir tout à coup bien lourd, et il eut l’impression de se retrouver coincé au sol.

Et, en y regardant bien, on aurait pu déceler le miroitement des particules de chakras minutieusement réparties autour du chef de l’Akatsuki. Depuis le début, à aucun moment Naruto n’avait vraiment eu l’intention de laisser la chance décider pour lui, même à un contre mille. Les puissantes pupilles de son ennemis se dilatèrent lorsque cette vérité s’imposa à lui : chaque clone qu’il avait laissé Madara tuer était une partie d’un piège que le renard et lui tissaient autour de l’Uchiwa. Et cette saloperie de pentacle était visiblement inter-dimensionnelle, n’ayant presque pas d’effet lorsqu’il retournait dans son vrai monde, mais le clouant sur place lorsqu’il se dématérialisait… Dans cet état, il était toujours invulnérable, mais le gamin n’avait plus qu’à attendre qu’il…

C’est alors que Naruto fit quelque chose d’apparemment complètement stupide : au lieu de patienter cinq minutes que Madara se rematérialise contre son grés, plus vulnérable que jamais, il … fonça tête baissée sur lui. Madara se sentit traversé sans dommage, et, ne voulant pas laisser passer cette chance, revint immédiatement dans la dimension réelle pour réattaquer. Au lieu de quoi, il poussa un hurlement effroyable, les mains posées sur ses yeux.

Et, en rouvrant péniblement les paupières malgré les aiguilles de chakra microscopiques qui s’étaient logées dans ses orbites dès son retour dans cette réalité, Madara fut un instant incapable de reprendre sa respiration. Le monde semblait terne tout à coup, et un millier de détails qu’il percevait avant venaient de se fermer à lui. Ses pupilles… C’était impossible ! Une panique instinctive commença à remonter ses veines : pour la première fois depuis qu’il avait froidement assassiné son propre frère, Madara releva sur son adversaire de splendides yeux noirs. Sans aucune trace de charingan.

Sans prévenir, ses yeux s’assombrirent peu à peu, virant au rouge, pupilles fendues. Des volutes de chakra orangées, menaçantes, se mirent à émaner de lui et son sourire prit des airs diaboliques.



***


Sasuke avait suivi les traces de chakras mélangés de Kyuubi et de son idiot de coéquipier sans peine, ces deux-là n’aillant visiblement aucune intention de se dissimuler. Or, pour dégager une telle présence, Naruto était forcément réveillé… Il voulait le rejoindre, le voir, le protéger enfin comme il aurait dû le faire depuis des jours, sans arriver au final ne serait-ce qu’à l’approcher. Et puis il voulait lui parler de…. Il faillit suspendre ses pas. De quoi au juste ? L’engueuler de s’être mis en danger comme cela ? Le blâmer d’avoir voulu s’enfermer dans une chimère ? Ou plutôt lui demander ce qui s’était passé, sur le ponton dans ce fameux rêve ? Pourquoi il avait vu le blond et son propre double s’emb…

Non, ça, il n’était pas sûr de vouloir le formuler à haute voix. A cause des conséquences. Parce que son propre rêve n’avait pas été mieux, repensa-t-il un léger rouge aux joues en imaginant à nouveau le Naruto aguicheur de la cuisine. Et parce que, au fond, il n’était même pas sûr de ce qu’il avait vu. Comment savoir si, au final, il n’était pas déjà dans sa propre illusion à ce moment-là ? Comment être sûr qu’il n’avait pas vu ce qu’il avait envie de voir ? Il ne pouvait décemment pas arriver devant Naruto et lui dire « hé, je voulais juste vérifier un truc : tu m’as embrassé ou c’est juste moi qui fantasme sur toi en secret ? »

… Inenvisageable !

Quel que soit la façon dont il le tourne dans son esprit, Sasuke n’arrivait pas à décider quoi faire, quoi dire… Mais une chose au moins était sûre : il devait rejoindre l’idiot, le convaincre de ne plus retourner dans ses rêves et surtout ne plus le lâcher et botter les fesses à quiconque tenterait encore de le kidnapper sous son nez !

Pourtant, malgré cette bonne résolution, il dévia de sa route à peu près à mi-chemin de la prison, quittant les traces qu’il suivait. Le regard qu’il avait senti sur lui et l’aura menaçante qui l’accompagnait étaient un tel défi, dirigés directement sur lui, qu’il n’avait pas pu faire autrement que de répondre à l’invitation. Il ne pouvait pas se permettre de tourner le dos à un nouvel ennemi. Mais en se retrouvant à nouveau face à l’individu, il vit que l’adversaire n’avait rien de nouveau : il l’avait déjà affronté brièvement, le matin même, dans la forêt qui bordait le village.

Sasuke n’attendit même pas la fin de la phrase pour dégainer. Qui que soit cet homme, il lui était clairement hostile et avait la mauvaise idée de le retarder alors qu’il tentait de rejoindre Naruto. Une mauvaise idée qui, vue son humeur du moment, pouvait être passible de mort.

Tranchant, directe, sans un mot superflu. De l’Uchiwa tout craché !

Et tandis qu’il parlait, un ignoble sourire pervers accroché aux lèvres, il déplia distraitement une petite paire de lunettes rondes et les posa sur le bout de son nez. Ses trais commençaient à se diluer, se métamorphoser, et ses cheveux se décolorèrent jusqu’à atteindre le gris pâle. Rapidement, Sasuke comprit d’où il tenait la désagréable sensation de déjà vu dans les expressions de son vis-à-vis, dans sa façon de se tenir, dans le chakra qui se dégageait de lui…

L’instant d’après, ses insultes se perdaient dans le bruit du métal qui se heurte. Kusanagi dansait avec une précision meurtrière, mais aussi ridicules paressent-ils contre une telle lame, les scalpels de Kabuto déviaient tout de même sans le moindre effort tous les coups du plus jeune. Il l’avait vu s’entraîner. Mieux : il l’avait étudié pour le compte de son maître ! Prévoir ses attaques était presque un jeu d’enfant. L’Uchiwa activa rapidement ses pupilles, conscient d’en avoir éminemment besoin, et le combat redevint soudain plus équilibré. Les coups de Sasuke se mirent à atteindre leur cible, obligeant le plus vieux à reculer, parvenant presque à le désarmer une fois… et le scientifique répliquait avec autant de vigueur. Le brun ne vit qu’au dernier moment l’arme qui menaçait de l’atteindre à la gorge avec une précision chirurgicale, et il eu beau éviter, le bord du tranchant dessina une mince plaie rouge dans sa peau de porcelaine. Superficielle, une égratignure tout au plus… mais qui à un dixième de seconde près aurait été mortelle.

Ils s’écartèrent au même moment, retombant à dix pas l’un de l’autre, le souffle court, cherchant frénétiquement l’élément qui leur permettrait de prendre l’avantage. Ils étaient tellement concentrés sur la mort atroce qu’ils comptaient infliger à l’autre qu’ils ne remarquèrent qu’au dernier moment la troupe de dix soldats qui faisait éruption d’un couloir adjacent. Les deux combattants se crispèrent : depuis sa première escalade des murailles, Sasuke se savait activement recherché par les soldats de Nokiana, quant à Kabuto, sous cette apparence il ressemblait tout autant que lui à un intrus. En moins de deux secondes, ils furent encerclés, et un homme se détacha des autres, s’avançant vers eux. Aux habits qu’il portait, Sasuke comprit qu’il s’agissait d’un kage.

Pakun ? Que diable le chien de Kakashi faisait-il avec ces hommes ? Sasuke ne comprenait plus un traître mot de cette histoire. Et les choses ne s’améliorèrent pas lorsque le chef du village prit la parole.

Il regardait le politicien comme s’il avait eu à faire à un fou furieux : vu ce qu’il venait de dire, le nouveau venu était forcément profondément dérangé.

Et, tranquillement, le scientifique déplia un parchemin d’invocation complexe, qui fit immédiatement se raidir les autres personnes présentes.

Le tout avait été servi avec un sourire pervers, sans la moindre trace de scrupule, avec un sadisme que n’aurait pas renié son défunt maître.

Sur ces mots, il commença à reculer. Comme un garde faisait un mouvement pour l’arrêter, il émit un claquement de langue agacé, remuant le parchemin en signe de menace, et s’en alla sans que nul autre ne s’interpose.