Chapitre 66

par azerty

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.


Chapitre 66



C’était… étrange. Il lui semblait que sa vue était on ne peut plus claire, et plutôt même qu’elle avait augmenté. Pourtant tout ce que Naruto voyait lui semblait… différent. Voir le monde par ses propres yeux ET ceux de Kyuubi, mélangés en une seule et même vision, donnait à tout ce qui l’entourait une nouvelle dimension, une profondeur inconnue. Un peu comme le flou omniscient d’un rêve… mais en différent. Cette pensée lui arracha un sourire : il s’était extirpé à sa dimension onirique que pour avoir l’impression de rêver la réalité, apparemment. Et puis, rêve, réalité, quelle différence au final ? Ce qui se passait dans son imagination existait en quelque sort. La souffrance qu’il avait ressentie dans ses cauchemars existait. La douceur enivrante du temps passé dans les bras de Sasuke existait… Alors, certes, beaucoup auraient dit que ça ne lui ressemblait pas de fuir. Mais ceux-là ne le connaissent pas. Pas vraiment.

Naruto… était et avait toujours été un être sans concession. Il ne voulait, non, ne pouvait pas transiger sur ses valeurs, sur tout ce à quoi il croyait, et il avait la force et la volonté de continuer à se battre envers et contre tout. Il serait mort sans hésiter pour la plus petite de ses convictions.

Mais voilà, la réalité, elle, était tout simplement bourrée de compromis. Il avait beau tourner les choses dans tous les sens imaginables, il y avait toujours un « mais », un point noir, un effet imprévisible qui faisait que chacun de ses actes, aussi pures que soient ses intentions, était suivi de conséquences profondément injustes. Rien n’était jamais noir ou blanc. Rien n’était absolu.

Sauf lui.

Sauf l’amour qu’il ressentait pour Sasuke.

Il se sentait parfois… tellement en décalage avec le monde dans lequel il vivait. Il s’était longtemps dit que tant pis : même s’il n’aboutissait à rien, le simple fait de se battre pour ses convictions valait le coup de continuer. Et qu’importe si le monde entier devait le prendre pour un « idiot », irréaliste, simplet et borné ! Il s’était dit cela oui… et il l’avait réellement pensé. Sauf que lui aussi, il avait son point faible. Sa fêlure, son petit quelque chose qui pouvait tout remettre en cause.

Sasuke. Ce Sasuke après lequel il avait couru des années durant (ou ne serait pas plutôt toute sa vie ?). Ce Sasuke qu’il avait cru rattraper, ramener ! … Et qu’il devait subir de voir s’éloigner à nouveau. Le « témoin à son mariage » ! L’ironie de la situation lui donnait presque envie de vomir. Le monde était-il toujours obligé de lui renvoyer en pleine figure que rien, jamais, ne pourrait marcher complètement ? Que même l’action « parvenir à ramener Sasuke » qui, au fond, devait bien être la seule qu’il ait vraiment réussie, devait avoir la conséquence « mourir à petit feu de le voir avec une autre » ?

Alors non, ceux qui l’auraient cru incapable de se réfugier dans un rêve ne le connaissent pas vraiment. Ne le comprenaient pas. Ne pouvaient pas comprendre ce que cela faisait d’être un être sans concession, obligé de subir le monde comme il était.

Eh bien soit : la réalité rejetait ses idéaux ? Pour pouvoir continuer à se battre pour eux, lui, il rejetterait la réalité. Parce que c’était, au fond, le seul moyen de continuer à être celui qu’il était sans se briser en morceaux. Etait-ce vraiment plus noble, au final, de se détruire lui-même dans un univers qui ne voulait pas de lui, que de continuer de se battre, encore et toujours, dans un monde certes chimérique, mais où rien, jamais, ne l’obligerait à baisser les bras et abandonner ce qui était le plus précieux pour lui ? … à commencer par Sasuke.

C’est pourquoi, c’est plus résolu et déterminé que jamais que Naruto Uzumaki franchit la porte de la prison de Nokiana.


Il y trouva deux hommes. Kyuubi lui souffla que le premier, accaparé par un mur de chakra qu’il tentait de désamorcer, s’appelait Ichiro. « Aucun intérêt », précisa le démon. Non, la seconde personne était bien plus vitale. Avant même que ses yeux ne se pose sur le premier ourlet du manteau noir à nuages rouges, Naruto sentit Kyuubi battre prudemment en retraite au fond de son esprit, et ses yeux redevenir intégralement bleus. Le démon semblait vouloir être plus prudent que la dernière fois. Après tout, c’est bien pour cela qu’il avait fait appel à lui ! Bien : il ne lui resterait plus qu’à éliminer ce psychopathe de Madara, et plus rien ne le retiendrait dans cette réalité. Instantanément, il se plaça en posture de combat.


***


Ainsi donc le jeune Naruto était de retour parmi eux… et à en croire le chakra orangé qui agressait tous les pores de sa peau, Kyuubi avait repris ses quartiers dans son esprit. L’Uchiwa ignorait comment cela avait bien pu se produire, mais voilà un élément qui ne servait pas ses plans. Il allait d’ailleurs remédier à ça immédiatement. Il planta ses pupilles dans celles de son adversaire avec une condescendance presque ennuyée, certain de gagner le combat d’un simple regard, comme toujours, et de renvoyer le sale nuisible directement d’où il venait.

Or, pour la première fois depuis qu’il était parvenu à se débarrasser de la quasi-totalité de sa famille, Madara… se heurta à un échec cuisant. Il se fit si brutalement éjecter des yeux du jeune homme qu’il en tressaillit, hébété. C’est alors qu’il remarqua la très légère teinte rouge et noire qui s’éveillait au fond des yeux bleus à chaque fois que ses pupilles meurtrières croisaient les siennes.

Un reflet.

Ce sale gosse avait un putain de reflet de sharingan ! Les dents du criminel se mirent à grincer. Les choses se compliquaient. Kyuubi seul n’était pas un problème : sensible comme il l’était à son pouvoir héréditaire, il pouvait le mener par le bout du nez. Mais s’il se cachait derrière son hôte et, que pour couronner le tout, ce dernier était immunisé contre son pouvoir… Mais bon sens, comment avait-il bien pu obtenir cette protection ? Il s’agissait d’une technique interdite, qui affaiblissait considérablement les yeux de celui qui en faisait le don. Sasuke avait-il été capable d’aller jusque-là pour protéger son cher coéquipier, malgré son obsession pour la puissance ? Savait-il seulement que cette technique existait ? A sa connaissance, seules de très rares personnes…

La réponse s’imposa directement à lui. Itachi. Encore et toujours Itachi. Combien de fois fallait-il le tuer pour être enfin en paix ? Et même mort, voilà qu’il trouvait encore des façons de le contrarier. Un grognement lui échappa. Tant pis, donc, pour les sharigan. Il pouvait toujours se battre à la loyale, mais contre un adversaire de cette envergure il risquait de devoir le blesser grièvement, voire de le tuer. Et tuer Kyuubi du même coup… Comment diable la situation avait-elle pu lui échapper à ce point ?

Mais alors qu’il commençait à douter, les choses se retournèrent soudain à nouveau en sa faveur. Un sourire suffisant étira ses lèvres sous le masque. A sa droite, Ichiro venait de terminer de dissoudre le mur de chakra plus vite que prévu, et d’ici une fraction de seconde, ses acolytes allaient envahir les lieux pour lui prêter main forte. A six contre un, maîtriser le ninja de Konoha sans lui faire de mal devenait tout de suite plus envisageable.

La fraction de seconde passa. Des cris lui parvinrent. Mais pas la moindre aide.

En tournant les yeux vers la cellule, il put constater que rien ne se passait comme prévu. Contre toute attente, le chef des armées avait reconnu ce qu’il restait de son ami (et que, soit dit en passant, il n’avait jamais eu l’intention de lui rendre, pas plus que de les laisser partir en vie). Au fond de la pièce, Konan, profitant de la brèche dans la barrière anti-chakra, utilisait une de ses techniques d’origami pour maintenir ses coéquipiers dans un cocon de papier, les empêchant de sortir. Il ne fallut pas à Ichiro plus de trois secondes pour tirer son précieux subordonné hors du piège. Après quoi il referma la cellule, scellant à nouveau à l’intérieur l’ensemble de ses hommes et cette effroyable traîtresse aux cheveux bleus.



***


La douleur était saisissante, au point de réquisitionner toutes les parcelles de son cerveau et de ne laisser la place pour aucune autre pensée. Akiko sentait avec une acuité déconcertante la totalité de son corps blessé, et chaque plaie, jusqu’à la moindre petite égratignure qui venait s’ajouter à ce requiem de souffrance, s’imposait à lui en permanence, comme la seule et unique réalité qui puisse encore exister.

Il ignorait la gravité de ses blessures, mais cela faisait si mal qu’il devrait forcement en mourir bientôt… n’est-ce pas ? Plus tôt, il avait entendu comme un marmonnement lointain, une voix assourdie d’homme qui récitait des chants funèbres... Alors lorsque la conviction profonde qu’il allait y rester s’imposa à lui, il se demanda distraitement s’il n’avait pas oublié quelque chose. L’image floue d’une splendide chevelure rousse encadrant des yeux ardents lui vient, mais pour une raison étrange il ne parvient pas à lui accorder autant d’importance qu’il aurait due. La douleur qui l’étreignait actuellement avait quelque chose de bien plus réel, de bien plus fondamental que toute pensée envers Kyuubi. Comme si tout ce qui lui avait paru si important auparavant n’était en fait que des futilités et que, en caressant du bout des doigts la mort comme à présent, quelque chose en lui remettait les choses à leur place, lui révélant une réalité et des priorités au final bien plus essentielles et naturelles que son obsession maladive pour le renard. Cesser de souffrir, par exemple, rendait en comparaison tout le reste bien futile…

Mais son vœu ne fut pas exhaussé, au contraire. Au final il ne devait pas être si proche de la mort que cela, parce qu’il sentit distinctement les deux bras qui se refermèrent sur lui et le tirèrent sans ménagement, envoyant des électrochocs de douleurs dans la moindre de ses cellules. Il ne sut jamais où il avait trouvé la force de rouvrir les yeux. Peut-être dans la souffrance elle-même… Toujours est-il que sans qu’il s’en aperçoive, le monde réapparu devant lui, flou mais existant. Et au premier plan, à quelques centimètres de son visage, il vit Ichiro. Il n’en fut pas surpris : tout d’un coup, cela lui apparaissait même comme une évidence.

Mais il ne put pas pousser plus loin cette réflexion.

Ses paupières, épuisées, se refermaient déjà d’elles-mêmes.


***



La sensation cotonneuse de l’illusion avait à nouveau changé autour de lui.

L’eau de la cascade faisait un bruit de tonnerre en se brisant au bas de la falaise. L’air, tout autour, crépitait encore de l’immense quantité de chakra qu’ils avaient libéré dans leur dernière attaque, si bien que le calme qui s’était installé sur la vallée de la fin semblait presque irréel. Penché à quelques centimètres du visage de son coéquipier inconscient, le jeune Sasuke était suspendu à mi-chemin entre le désir de le tuer ou de le laisser vivre.

« Non », chuchota une voix dans sa tête. Le tuer n’avait jamais été une option. Pas vraiment. Il avait voulu prouver quelque chose dans ce combat. Se prouver quelque chose à lui-même. Et il avait cru qu’il s’était décidé à le tuer.

Mais ce n’était pas le cas.

Ça n’avait jamais été le cas.

Ça ne le serait jamais.

Il ignorait pourquoi, mais il avait eu l’impression que si Naruto mourrait, alors tout serait fini. Comme si le monde tout entier cesserait d’exister s’il n’était plus là. A l’époque, ça n’avait eu aucun sens. Mais il était trop épuisé pour y réfléchir, et l’intuition persister, tenace.

Il était fatigué de tout ça. Ces scénettes à répétions semblaient vouloir revisiter tous ses souvenirs de Naruto en lui répétant à quel point sa vie aurait pu être mieux. Mais tout cela restait des illusions. Or, Sasuke était, par éducation, quelqu’un de fondamentalement terre à terre, et voir des élucubrations sur ce qui aurait pu être avait le don de le faire s’impatienter, surtout quand on semblait vouloir le rendre responsable de tout ce qui avait mal tourné dans sa vie. D’un coup d’œil morne sur le souvenir qui se déroulait toujours sous ses yeux, il se mit à réfléchir à une nouvelle technique pour sortir d’ici.

Il avait déjà essayé de sortir, mais même ses yeux n'avaient pour le moment servi à rien. Ce qui ne pouvait pourvoir dire qu’une chose, particulièrement troublante : c’était des sharingan qui l’avaient mis dans cet état…

Impossible pourtant : il était le tout dernier Uchiwa…. N’est-ce pas ? La vision de son frère aîné qu’il avait eu, l’espace d’une fraction de seconde, ne devait être qu’une hallucination comme les autres. Forcement.


Un mouvement à ses côtés attira à nouveau son attention sur la scène. Contrairement à ce qui s’était passé dans la réalité, le Naruto adolescent venait de reprendre connaissance. Il ouvrit doucement ses paupières sur son adversaire ; le temps se suspendit une fraction de seconde. Puis il sourit. Avec pureté, innocence, sans aucune retenue. Un de ses sourires d’ange qui illuminaient le monde. Son monde. Sans s’en rendre compte, le petit Sasuke laissa ses traits se détendre, serein. L’instant d’après, les deux enfants unissaient leurs lèvres dans un premier baiser aussi maladroit qu’évident. Comme si ça avait été la chose la plus naturelle à faire.

Troublé, le jeune adulte regarda la relation onirique changer drastiquement de nature. Mais il n’eut pas le temps de se remettre de cette vision. Déjà, le décor changeait. Il se trouvait sur le seuil de la demeure Uchiwa. Or elle n’était pas moisie et délabrée, comme dans la réalité, mais lumineuse et fraîche, visiblement habitée. Aucune réplique de lui-même ne se présenta, la rue était vide et des bruits lui parvenaient de l’intérieur. Hésitant, Sasuke finit par pousser la porte. Une odeur âcre ne tarda pas à le prendre au nez, le guidant directement dans la cuisine. Là, au milieu d’un véritable capharnaüm, à peine visible entre les volutes de fumées noir et murmurant des insultes couvertes par le bruit des casseroles qui s’entrechoquent, se tenait un homme.

Tout autour de lui s’amoncelaient de la vaisselle sale et les casseroles carbonisées. Une trace de quelque chose non identifiable et allégrement brûlé tachait comiquement sa joue, juste en dessous de l’œil, à l’endroit où il avait dû se frotter sans s’en rendre compte. Il tentait de remettre un peu d’ordre, et à chacun de ses mouvements, ses muscles roulaient agréablement sous sa peau satinée, couleur caramel. Le soleil de fin d’après-midi se piégeait dans ses mèches ébouriffées, les changeant en fils d’or pur.

Il dut soudain se rendre compte de la présence qui l’observait depuis l’embrasure de la porte, parce qu’il releva soudain la tête dans sa direction. Et lorsque leurs yeux se rencontrèrent, Sasuke retrouva le Naruto adulte dans toute sa splendeur. Les lignes décidées et mutines de sa bouche, couleur de pêche, et dont il avait toujours pressenti qu’elles en avaient la texture charnue et le goût. La délicatesse des mèches qui frôlaient à peine la ligne de ses épaules, comme pour le tenter de les caresser. La souplesse que laissait deviner le moindre de ses mouvements, et qui promettait à qui osait s’enivrer de sa silhouette parfaite des étreintes d’une chaleur à perdre la raison… Et, encore et toujours, au sommet des choses qui lui coupaient le souffle, il y avait ses pupilles azurs. Pourquoi par tous les dieux avait-il fallu que ses yeux soient aussi incroyablement purs, d’un bleu limpide, franc et puissant ? Même après tout ce qu’ils avaient traversé, comment l’éclat de ses prunelles pouvait-il rester aussi inconditionnellement … lui ? Et comment pouvait-il être à la fois aussi pur et aussi déterminé ? Aussi simple et aussi absolu ? Aussi masculin, désirable, aussi inconscient de son charme, aussi innocent… et atrocement sexy. Comme pour parfaire ce spectacle, l’adorable frimousse se pinça d’un air boudeur et légèrement déçu qui adoucissait encore ses traits d’adorables fossettes.

Sasuke ne comprenait plus rien. Cette illusion-là n’avait rien à voir avec les autres. Elle n’était clairement liée à aucun souvenir, faisait intervenir un Naruto actuel, dans un lieu où le blond n’avait jamais mis les pieds et qui n’existait plus vraiment. Et comble de tout, le personnage onirique le voyait lui.

Tout en parlant, il s’était rapproché de lui, s’arrêtant si près que leurs corps se touchaient presque. Et dans un geste d’un naturel déconcertant, il glissa lascivement ses bras sur ses épaules, et autour de son cou de porcelaine. Sasuke sentit ses paupières s’écarquiller légèrement, et les cheveux de sa nuque de dresser dans un frisson.

Et, avec une expression d’une indécence à se damner, les yeux pétillants de malice et de luxure, le blond lui fit un sourire à la fois taquin et carnassier. Doucement, comme pour le faire mourir d’attente, il rapprocha progressivement leurs lèvres, les frôla…

Une décharge électrique fulgurante ébranla le corps de l’Uchiwa lorsque le jeune homme pendu à son cou s’attaqua aussi soudainement que sauvagement à sa bouche, plaquant son corps tant désiré contre le sien dans une supplique sourde pour plus, plus proche, plus caressant, plus vite… Avant d’être repoussé violemment. C’est avec une froideur désarmante que Sasuke dévisagea l’être parfait face à lui, dont les beaux yeux bleus lui jetaient un regard déboussolé et blessé, ne comprenant pas son rejet. Mais Sasuke s’en fichait. Royalement même.

Il n’était pas Naruto.

Et tout ceci n’était pas la réalité.

Ne l’ai-je pas déjà ? Sasuke était un homme fondamentalement terre à terre. Qu’importe toutes ces visions absurdes sur ce qui aurait pu être. Ce qui était fait était fait. La dernière vision, elle, avait encore moins de valeur que les autres. Ce Naruto là, il le retrouvait déjà dans ses fantasmes incontrôlés, peu lui importait de le revoir dans une illusion. Parce que ce n’était pas le vrai. Et son imagination ne parviendrait jamais à la cheville de cet univers tout entier qui se reflétait dans les yeux splendides de son coéquipier.

Rien à faire, donc, des rêves, des hallucinations, des illusions et des désirs refoulés.

Parce que la réalité, elle, existait toujours.

Une réalité où Naruto était en danger de mort.

Une réalité où Naruto avait besoin de lui.

Sans hésiter une seconde de plus, il se désintéressa complètement de la silhouette onirique qui se dissipait déjà comme brume au soleil et, se concentrant sur lui-même, il fit appel à ses pupilles. Pas les belles sphères rouges, aux virgules hypnotiques qui faisaient sa fierté et celle de son clan. Mais les autres. Celles qu’il détestait. Les intolérables preuves, encrées en lui, de son fratricide. Et le rêve, autour de lui, vola littéralement en morceau.


***


La première chose dont Sasuke eu conscience, ce fut le bruit. L’instant d’après, il ouvrait brutalement les paupières. L’image devant lui se fit floue, avec une désagréable tendance à se dédoubler. Il aperçut cependant un attroupement de blouses blanches autour d’un cadavre, et la tignasse reconnaissable de Karin, penchée sur un bandage imbibé de sang.

Kakashi, reconnu-t-il distraitement, sans parvenir à s’en inquiéter vraiment. Un mal de crâne stupéfiant lui vrilla soudainement le crâne, et il se plia en deux, les mains crispées sur ses yeux. Il entendit quelqu’un crier son nom, une main soutint tendrement son épaule. Lorsqu’il fut de nouveau en mesure de soulever les paupières, il sut que ses prunelles héréditaires étaient redevenues d’elles-mêmes à leur stade inférieur, incapable qu’il était de tenir plus longtemps les pupilles maudites. Il tourna son regard vers la forme, à ses côtés, et sentit presque physiquement la déception poignante de reconnaître une chevelure rose plutôt que blonde.

Lorsqu’il vit l’état d’angoisses des beaux yeux verts braqués sur lui, il prit tout d’un coup conscience des lourdes larmes de sang qui s’écoulaient paresseusement sur ses joues, et les essuya d’un revers de main. Cela n’avait pas d’importance. Pas plus que le cadavre inconnu, pas plus que Karin, et, en cet instant, même Kakashi et Saskura étaient secondaires. Une seule et unique chose l’intéressait, et c’était la place vide à ses côtés.