Chapitre 65

par Sermina

PDJM 65

 

 

La cadence rapide de ses pas et l’air frais du sous-sol faisait voler les quelques mèches blondes autour de sa tête. Naruto marchait avec rapidité dans le dédale des tunnels, suivant avec précision les directives de Kyuubi. Pourtant, son esprit était bien loin… se remémorant les diverses émotions aussi puissantes que contradictoires qui l’avaient traversé.

Lorsque le démon avait fait son apparition dans son esprit, il avait paniqué. L’effroi de la situation lui avait alors violemment percuté l’esprit. Le démon avait pénétré son rêve, ce qu’il n’avait pas réussi jusqu’à présent… A trop vouloir fermer les contours du paradis qu’il s’était créé aux yeux puissants du vrai Sasuke, les frontières empêchant le renard de pénétrer s’étaient affaiblies. Son cerveau n’avait jamais analysé aussi vite la situation que cette fois-ci. En moins de deux secondes, Naruto venait de comprendre que cela ne finirait jamais. Qu’il ne serait jamais tranquille. Que quelque soit le temps qu’il y passerait et sa propre volonté de se construire une réalité infinie sous l’enveloppe d’un rêve, il n’y arriverait pas. Il y avait eu Sasuke qui était apparu à plusieurs reprises, Kyuubi qui ne lui laissait aucun répit et Itachi qui avait pris la forme d’une petite gamine. Qui d’autres viendraient après ?

Pourtant la minute suivante, lors du monologue du renard, un soulagement sans nom était venu exploser dans sa poitrine. Lui donnant aussitôt une réponse, une solution. Ce que lui proposait le démon était tentant, vraiment tentant. Mais Naruto voulait des garantis, après tout le démon avait voulu le tuer quelques heures auparavant. C’est pourquoi, pour la première fois de sa vie sans doute, Kyuubi, dans un râle aussi agacée que gêné, s’était justifié sur son acte, sur son envie, sur son rêve. Ce simple mot avait attiré toute l’attention du blond. Le renard ne désirait que vivre à nouveau libre ! Or, depuis qu’il avait été intégré à son esprit le jour de sa naissance, il n’avait plus d’enveloppe corporelle proprement dite. Il avait alors besoin d’un corps concret afin de retrouver cette indépendance dont on l’avait privée quelques années plus tôt. Et malgré le fait qu’ils avaient été ennemis jusqu’à présent, aujourd’hui, ils pouvaient trouver un arrangement qui conviendrait aux deux parties. Lui, prenait son corps en promettant de ne pas toucher aux personnes chères à Naruto et le blond avait l’éternité pour vivre un amour partagé, grâce à une technique aussi ancestrale qu’interdite, qui le plongerait dans un rêve d’une réalité déconcertante. De plus, le démon lui promettait de le protéger de toutes intrusions extérieures.

Il avait alors doucement sauté le pas, sortant du rêve de son plein gré mais pas encore totalement revenu à la réalité. Un lieu neutre, permettant ainsi de reprendre la discussion et de connaître les motivations du renard. Naruto n’était pas idiot, le renard avait déjà son corps et savait que lui ne voulait pas revenir à la réalité, il était donc évident que Kyuubi attendait autre chose de lui.

Pourtant arrivé devant les grilles ouvertes renfermant son hôte encore quelques jours plus tôt, un sentiment de panique l’avait assaillit à nouveau lorsqu’il avait aperçu une chevelure brune : Sasuke. Il était là ! Non ! Il ne voulait pas l’affronter ! Pas maintenant ! Mais très vite, la surprise avait pris place, effaçant sa peur : son coéquipier était couché, les yeux fermés avec une respiration lente et régulière.

-         Son frère l’a plongé dans une illusion,  avait expliqué Kyuubi sur un ton neutre. Sans danger ! avait –t-il ajouté calmant l’angoisse qui était venue tordre l’estomac du blond.

Naruto s’était alors approché de ce corps si parfait. Doucement un doux sourire s’était dessiné sur son visage alors que ses doigts effleuraient dans une caresse sa joue. Si seulement ses sentiments avaient été partagés. Son sourire se fit plus triste alors que la phrase qu’il lui avait dite quelques temps plus tôt lui revenait en mémoire «Je  ne veux que toi comme témoin lors de mon mariage avec Sakura. ». Tout avait été dit. Même s’il disait avoir besoin de lui, cette phrase disait le contraire. Dans un couple, on est deux. Sasuke et Sakura. Lui, était de trop. Et la perspective de croire au rêve comme lui proposait le renard, n’en était que plus tentante. Quelques jours plus tôt, sachant pertinemment que ses sentiments n’étaient pas réciproques, les voir tous les jours ensemble, main dans la main, il l’aurait accepté. Il en aurait souffert mais pour le bonheur des deux êtres les plus importants à ses yeux, il aurait accepté. Cependant, à présent qu’il avait goûté aux délices de ses rêves, où son Sasuke lui avait offert une vie à deux, il n’était clairement plus apte à supporter ne serai-ce que quelques minutes la vision du couple heureux que serait Sasuke et Sakura….sans lui…

Dans une caresse, ses doigts avaient dérivé un instant sur ses lèvres avant d’être arrêté par un grognement impatient derrière lui. Dans un soupir, Naruto avait regardé une dernière fois le corps devant lui avant de se repositionner face au démon. Il ne pouvait pas faire disparaître le corps de son aimé de son esprit mais occupé dans son illusion, il ne risquait pas de les déranger. De plus, si cela avait été le cas, il était certain que le renard lui en aurait fait part.

Il n’avait alors pas tout compris de l’explication de Kyuubi. Mais il avait retenu le plus important. Madara Uchiwa était vivant et menaçait le village de Nokiana mais aussi tous les villages cachés de la planète, ils devaient donc le tuer au plus vite. Et apparemment lui seul était immunisé contre la puissance du sharigan de cet homme. Il n’avait pas saisi le pourquoi du comment mais cela n’avait pas d’importance. Une fois cet homme mort, le renard le plongerait dans un rêve aux couleurs de réalité. Et ça c’était le plus important à comprendre et surtout la seule et unique chose qu’il désirait.

Revenant alors à la surface, son regard s’était de suite encré sur leur homologue émeraude dont le soulagement était le sentiment le plus présent. Pourtant aussitôt, il s’était figé et un vent de panique l’avait envahi, se réfugiant là où il se pensait en sécurité : dans son esprit. Kyuubi avait alors pris les choses en main, lui laissant à nouveau la place, une fois Sakura écartée. La vision de la rosée lui avait transpercé le cœur. C’était idiot mais depuis qu’il savait que Sasuke partageait les sentiments de leur coéquipière, il avait juste envie de fuir. Lui, qui ne reculait devant rien, ni aucun combat, qui affrontait toutes les situations depuis tout petit, se trouvait aujourd’hui et depuis quelques heures à préférer la fuite à l’affrontement. C’était étrange, mais fuir avait quelque chose d’attirant, cela laissait la perception d’un espoir, d’un doute toujours présent sur l’issue d’une situation. Et là, comme avec Sasuke, il avait fui leur coéquipière.

Un sourire triste passa sur son visage. Naruto avait toujours à la fois eu peur et admiré Sakura. Il avait d’abord admiré son innocence qu’elle portait au fond de ses prunelles à leurs treize ans mais justement peur de blesser cette candeur. Il avait admiré la maturité dont elle avait fait preuve lorsque Sasuke était revenu mais si peur de la voir s’effondrer à tout instant. Il était toujours admiratif devant la réflexion et l’analyse qu’elle pouvait avoir face aux diverses situations qu’avaient dû affronter l’équipe 7 à nouveau réuni mais toujours peur qu’elle ne soit blessée lors d’un combat. Et surtout il avait admiré son regard émeraude qui se posait par moment sur lui pour le réconforter, mais qui parfois lui donnait l’impression qu’elle lisait jusqu’au tréfonds de son esprit devinant avec une précision alarmante son secret le plus inavoué…

-         Gamin, concentre-toi, on arrive !

 

*****

 

Une fois le pacte officialisé d’une poignée de main, Ichiro avait foncé sur la porte de la prison. Le chakra encerclant la salle était corrosif et dense. Cela ne pouvait pas s’ouvrir d’un claquement de doigts. Il avait besoin d’une demi-douzaine de minutes. Madara semblait avoir compris et s’était déplacé à l’entrée de la porte, surveillant que personne ne vienne les déranger. Ichiro connaissait par cœur la procédure, c’est pourquoi alors que ses doigts s’activaient sur les diverses inscriptions de la porte, son esprit réfléchissait. L’échappatoire que lui offrait Madara lui plaisait beaucoup mais ce n’était pas pour autant qu’il allait se laisser faire. Il était intelligent et il ne fallait pas être idiot pour comprendre que même libre et en cavale avec Akiko, Nokiana en possession de l’Akatsuki était certes sécuritaire pour eux sur les mois à venir mais en aucun cas sur le long terme. Cependant, pour l’instant la priorité c’était récupérer son compagnon. Le chakra d’Akiko avait pratiquement disparu au moment où celui de Madara bien plus dense avait fait son apparition. Il ne savait pas où il était mais la porte de la prison ne s’ouvrirait définitivement que lorsqu’il aurait l’emplacement exact de son aimé.

-         Votre compagnon est avec nous.

Le murmure fit stopper un instant ses gestes faisant retourner le regard de Madara sur lui. La seconde d’après, il reprenait les signes adéquats et l’Uchiwa sa surveillance. Pourtant quelque chose dans l’air avait changé, quelque chose d’à peine perceptible mais pourtant présent : le cœur d’Ichiro battait un peu plus vite que précédemment.

-         Je suis du côté de Pain, qui est devenu un des vôtres, continua la voix à peine audible. Madara ne vous laissera pas vous en sortir vivant. Vous en savez trop.

La voix était féminine. D’après les dires d’Itachi, il n’y avait qu’une seule femme dans les rangs de l’organisation : Konan. En temps normal, Ichiro n’aurait pas tenu compte de ces propos mais en cet instant, c’était différent. Non seulement, Itachi avait déjà fait référence à la loyauté sans faille de Konan à Pain et non à l’organisation criminelle à laquelle elle appartenait mais surtout, elle semblait détenir des informations concernant la personne qu’il cherchait frénétiquement. Il voulait en savoir plus. En cet instant, le village, son kage ou savoir si le chakra avait disparu ou pas de la terre n’avait plus d’importance. Seul Akiko comptait. Cependant, il ne répondit pas, incitant son improbable allié à continuer. Connaissant Madara le moindre mot, le moindre mouvement de ses lèvres pouvant s’avérer être un mot de trop, il le serait et tout serait perdu.

-         Madara a fait passer le corps de votre collègue pour le sien. Kyuubi s’en est donné à cœur joie en pensant combattre l’Uchiwa…. je vous conseille de vous dépêcher, votre ami est dans un très mauvais état.

Le cœur d’Ichiro s’accéléra à nouveau. La panique voila un instant son regard. Il jeta un œil sur l’Uchiwa qui n’avait pas bougé, sentant la colère et la haine grandir en lui. Ce changement d’atmosphère fut cette fois perceptible par Madara qui détourna à nouveau son regard vers Ichiro, les sourcils froncés. Sans se quitter des yeux, les gestes d’Ichiro se firent plus rapides. Il n’avait pas vraiment de plan mais l’urgence de la situation ne lui laissait pas le temps à la réflexion.

-         Il se trouvera sur votre gauche, à un mètre cinquante de l’entrée. Je vais m’arranger pour faire reculer tout le monde au fond de la cellule.

Cette information était celle qui lui manquait. Ses yeux se reportèrent à nouveau sur la porte, sentant toujours le regard de Madara sur lui. Avec un professionnalisme à toute épreuve, essayant tant bien que mal de ravaler la haine viscérale qu’il éprouvait pour cet homme, un plan se mettait en place. Dès que le regard de l’Uchiwa le quitterait, il ouvrirait la porte, récupérerai Akiko avant de sortir aussi vite, refermant la cellule, le tout en moins de trois secondes pour ne pas laisser le temps à Madara de comprendre ce qui se passait. Si jamais, il échouait et que l’homme appartenant au clan maudit l’attrapait avant que la porte ne se referme, il perdait tout : les membres de l‘Akastuki seraient libres, et lui et Akiko y laisseraient sans aucun doute la vie. Et si par miracle il y arrivait, la suite était tout aussi compliquée. D’après les dires de Konan, Akiko avait besoin de soins assez rapidement, mais une fois la porte refermée, le combat contre Madara serait inévitable. Pourtant, juste au moment où la dernière barrière de chakra du piège céda, une aura aussi puissante que dévastatrice entra dans la pièce, accaparant l’entière attention de l’Uchiwa qui au vu de son regard ne s’attendait pas du tout à la revoir en ces lieux.

 

*****

 

C’était étrange ! Ce partage d’un même corps était différent des précédents. En cet instant, il n’y avait pas un des deux êtres qui avaient le dessus sur l’autre, non, c’était juste un ensemble. Presqu’une même entité.

Naruto avait l’entier contrôle de son corps, pourtant, Kyuubi transparaissait dans chaque pore de sa peau. Le blond était maître de ses gestes, mais le démon pouvait y apporter les précisions adéquates sans que cela ne gêne l’un des deux. Et à travers les iris vairons, les deux personnes percevaient la même chose comme un subtil mélange de leurs deux capacités. 

Pour la première fois, Naruto se sentait libre et en sécurité. Aucune peur, aucune crainte à avoir lorsqu’il ferait appel à toute son énergie, au contraire ! Il se sentait complet dans sa force et sa puissance, comme si ce qui drainait ses capacités avait simplement disparu.

De l’autre point de vue, c’était un peu la même chose. Que cela soit lorsqu’il avait été libre du bijou qui avait contrôlé son chakra au sein du corps de Naruto, que lorsqu’il avait eu sa propre enveloppe humaine quelques minutes plus tôt, il ne s’était jamais senti aussi puissant qu’en cet instant. Aussi puissant depuis que le Quatrième l’avait enfermé dans le corps du gamin. Et encore, s’il ne s’était pas voilé la face à se contenter de ce constat, il aurait pu remarquer qu’il n’avait jamais été aussi puissant que lorsque ses capacités étaient entièrement complémentaires à celles de son jeune hôte. En cet instant, leurs chakras ne s’étaient pas seulement mis côte à côte : ils s’étaient mélangés, formant une alliance aussi puissante que corrosive. L’expérience, la ruse et l’affinité feu de l’un, l’imagination, la spontanéité et l’affinité du vent de l’autre et l’étrange mélange de leur chakra, offraient aux yeux de tous, la douce et réelle impression d’être inébranlable.

Et ce fut exactement ce que pensa Madara Uchiwa lorsque le blond entra dans la pièce, son regard bicolore déterminé posé sur lui et un sourire psychopathe figé sur son visage halé.

 

****

Madara n’avait pas pu finir de lui dire ce qu’il attendait d’elle qu’un intrus avait fait son entrée. Konan avait de suite compris la situation. Elle avait entendu toute la conversation entre le ninja de Konoha et son supérieur. Et une fois le dénommé Ichiro devant la porte, il lui avait suffi de quelques explications. Elle devait l’aider.

-         Hidan, arrête tes incantations. Ce n’est pas Tobi.

Sa voix était ferme. Tous les regards s’étaient tournés vers elle autant au vu de l’intonation de sa voix que de la révélation.

-         Il s’est servi de ce ninja de Nokiana, continua-t-elle en désignant la loque reconnaissable à terre. Il est juste derrière la porte et il veut que l’on s’éloigne d’elle, le temps qu’il l’ouvre. Ensuite, on reprendra le plan où on l’a laissé.

Un ton autoritaire qui ne permettait aucun commentaire. Konan fut la première à s’enfoncer vers le fond de la cellule sentant les autres la suivre. Même si tous connaissaient le lien qui l’unissait à Pain, personne ne pouvait douter de sa loyauté face à Madara. Elle savait qu’ils ne lui faisant pas tout à fait confiance mais elle savait aussi qu’ils étaient incapables de concevoir qu’elle puisse tous les trahir alors qu'elle-même était enfermée.

 

****

 

Pour la première fois depuis que le démon avait « hypnotisé » Akiko, Ichiro remercia du tréfonds de son cœur Kyuubi de son arrivée. Étrangement, depuis qu’il savait ce qui était arrivé à son aimé, la haine du chef des armées avait changé de cible. Au moins, avec le renard, Akiko était vivant et en sécurité. C’était Madara qui s’était servi de ces yeux pour le mettre entre les griffes du démon. Cependant, il ne fallut guère plus d’une seconde au ninja de Nokiana pour comprendre que ce n’était pas tout à fait le démon qui venait de faire son entrée dans la pièce : Kyuubi semblait avoir contracté une alliance avec le ninja de Konoha pour en finir une bonne fois pour toute avec l’Uchiwa. Un fin sourire en coin apparu alors sur son visage et dès que ses doigts se posèrent sur la porte de la cellule afin de l’ouvrir définitivement, son plan n’avait plus de faille.