Chapitre 64

par azerty

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.



PDJM 64 



L’air, tout autour d’eux, était saturé de sensations complexes. D’un côté, le tiraillement désagréable du mur de chakra impénétrable qui, à quelques dizaines de centimètres de lui, retenait tous les membres de son organisation prisonniers. Alentours, la moiteur et la putréfaction de l’établissement pénitencier à l’abandon mais toujours inviolable. Et, dominant le tout, la rage viscérale de l’homme à ses côtés, si étouffante qu'elle en masquait presque une angoisse latente. Oui, à cet instant plus qu’à aucun autre auparavant, Ichiro puait la fureur et la peur. Cette simple constatation confirma à Madara que toutes les cartes étaient à nouveau dans ses mains. Un sourire invisible étira ses lèvres sous son masque.

L'aïeul Uchiwa ne lui répondit que d’un claquement de langue agacé, comme fatigué du ton invariablement agressif de son adversaire.

Au lieu de baisser, la tension visible juste sur la nuque du jeune dirigeant s’accentua.

Il n’avait pas trouvé de façon plus diplomatique de dire que ce petit idiot était un fanatique dément particulièrement instable et fou dangereux, obsessionnellement tourné vers une seule idée fixe : Kyuubi. Lorsqu’il avait constaté l’état mental déplorable du jeune ninja, « Tobi » n’avait pu qu’admirer le talent manifeste du démon pour la manipulation et le lavage de cerveau. Or, lui-même n’était pas mauvais dans ce domaine non plus….

Un rire inquiétant échappa à l’Uchiwa.

Toute la physionomie d’Ichiro trahissait son indécision, et chaque nouvelle phrase ne faisait que rendre l’offre plus tentante. Un point le retenait pourtant :

Ce n’était pas une question : tous deux connaissaient déjà pertinemment la réponse. Une main tendue devant lui, Ichiro déclara simplement et froidement deux mots :


***


Zetsu grinça amèrement des dents. En un éclair, il avait attrapé un scalpel, prêt à en découdre avec cette traîtresse de Karin. En combat singulier, il aurait eu l’avantage sur elle et la demoiselle en était certainement consciente. Mais à l’heure actuelle, les scientifiques environnants s’étaient précipités pour appeler tous les gardes postés dans le labo et les couloirs adjacents, soit huit ninjas de niveau plus que correct. Et pour couronner le tout, la jeune Hurano de Konoha, bien que visiblement plus préoccupée par l’état de ses amis inconscients que par lui, n’hésiterai sûrement pas à rejoindre le combat s’il faisait mine de gagner. Or sa force monstrueuse commençait à devenir légendaire dans tous les pays ninja… autant dire que ses chances de réchapper d’un combat frôlaient le zéro pointé.

C’est à ce moment-là qu’un nouvel arrivant vint complexifier encore l’équation. Superbe dans son corps dénué de défaut, auréolé d’une crinière rousse aussi flamboyante que son caractère, Kyuubi fit irruption dans la pièce sans prêter un seul regard à ses occupants. Seul l’intéressait le blond inerte, allongé sur le sol près de l’entrée. En une fraction de seconde et sans même un coup d’œil de leur côté ni le moindre battement, il s’agenouilla à ses côtés, souleva les paupières hâlées et plongea à corps perdu dans l’âme de son hôte.

« NON ! » eu juste le temps de penser Zetsu. Ce n’était pas possible ! C’était arrivé trop vite, au mauvais moment… C’est en lui que Kyuubi aurait dû venir se loger. Il le fallait, il en avait besoin ! Être deux à nouveau… Mais il n’avait pas eu le temps de se substituer à Naruto, et puis cette Karin qui l’avait reconnu… ce n’était pas possible ! Son plan était pourtant superbe ! Il n’aurait pas dû échouer, il ne POUVAIT pas échouer… Il avait besoin de Kyuubi. Il le fallait !

Ses pensées devenaient de plus en plus chaotiques et désespérées, illogiques. Tous les beaux pronostics sur un éventuel combat s’étaient envolées, et il ne restait plus que la vision obsédante du corps d’emprunt de Kyuubi qui, à nouveau dépourvu d’âme, commençait déjà à se désagréger. Sans même réfléchir à la futilité de son geste, il s’élança vers l’avant sans plus prêter attention à ses adversaires, se précipitant vers la silhouette en décomposition de Kyuubi. Comme s’il pouvait encore rattraper le temps perdu, comme s’il n’était pas déjà trop tard…

Alors lorsque Karin s’interposa entre lui et son but ultime, en posture de combat, il ne réfléchit pas une seule seconde : il continua sa course, l’empoigna par l’épaule de la main gauche et mordit de façon primitive et sauvage, voire totalement démente. Aussi animal et incontrôlable que feu son double noir… Sa mâchoire avait partiellement reprit l’apparence d’une plante carnivore sans même qu’il ne s’en rende compte, s’enfonçant profondément la gorge de la jeune femme. Le hurlement déchirant emplit toute la pièce, assourdissant. Son instinct de ninja lui fit penser à donner le coup de grâce : il referma sa poigne sur le scalpel, brandit la main et, dans un arc de cercle meurtrier, frappa…

Il lui fallut quelques seconde pour comprendre que le sang qui inondait peu à peu le sol n’était pas celui de la jeune femme, mais le sien. Hébété, il releva les yeux, aperçu vaguement un bandeau frappé d’une feuille en spirale, posé en diagonal sous une foison de cheveux gris… et du sang, encore et toujours. Dans un unique râle, Zetsu s’effondra…

… cessa d’exister pour de bon.


***


Tout s’était passé trop vite pour Karin. Elle s’était placée sur le chemin de Zetsu par pur réflexe professionnel, mais s’était trouvée incapable de faire autre chose que hurler de douleur lorsque les mâchoires végétales s’étaient refermées sur elle. Puis elle avait vu la lame du scalpel fuser, sans que le coup ne l’atteigne cette fois : comme sorti de nulle part, Kakashi venait de s’interposer. Elle ignorait quand il était entré dans la pièce, tout ce qu’il lui importait, c’est qu’il venait clairement de lui sauver la vie… non sans en payer le prix.

C’est lorsqu’il se retourna pour regarder du coin de l’œil si elle allait bien qu’elle s’en rendit compte. Comment aurait-elle pu ne pas s’en apercevoir ? Pour la regarder, il avait dû préalablement essuyer le sang qui s’écoulait sur son œil, obstruant sa vue. Il chancela un instant sous la douleur, de façon presque imperceptible, et se reprit aussi tôt. Mais ce petit moment de faiblesse trahissait déjà beaucoup de son état. La seconde suivante, Karin se précipitait à ses côtés, oubliant sa propre blessure.

Le scalpel avait entamé la peau à partir de l’oreille droite et ouvert une plaie nette et dangereusement profonde qui frôlait le coin de l’œil découvert, fendait le sourcil et remontait jusqu’à la racine des cheveux, à gauche du front. Le tout saignait abondement. Or, qu’il ait écopé d’une telle blessure ne pouvait dire qu’une seule chose : il n’avait pas cherché à éviter.

Il n’avait pas pris le risque. Il avait préféré tuer Zetsu directement, sans lui laisser la moindre chance d’aggraver les blessures de la jeune femme… ou de l’achever. L’impressionnante balafre qui avait résulté de son choix devait le tirailler atrocement, ou alors était-ce parce qu’il perdait trop de sang, toujours est-il qu’il fut obligé de s’appuyer imperceptiblement sur l’épaule valide que lui proposait Karin pour le soutenir.

Kakashi se laissa asseoir sans résister, alors que la jeune femme commençait à s’affairer pour stopper la petite hémorragie qui inondait son visage et nettoyer la plaie de gestes experts. Pas un instant il ne la quitta des yeux et soudain, sans prévenir, il l’interrompit en attrapant délicatement son poignet. Son regard s’encra profondément dans le sien, avec une détermination inébranlable.

Les gestes de la plus jeune restèrent en suspens, les orbites légèrement écarquillées, et ses yeux cillèrent. Elle resta immobile, comme figée, puis elle sentit ses lèvres s’étirer dans un sourire irrépressible.


***

A l’instant où elle avait vu le visage ensanglanté de son ancien professeur, Sakura avait eu un mouvement vers l’avant, prête à intervenir, tous ses sens de médecin en éveil. Mais un autre mouvement attira immédiatement son attention sur la droite. Face au corps de Kyuubi qui se désagrégeait en fine poussière, Naruto venait de bouger… Puis d’ouvrir les yeux.

Un moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle fut à son chevet, irradiant le soulagement par tous les pores de sa peau. Elle tenta de le convaincre de se reposer un instant alors que lui se redressait déjà, se dégageant d’un geste confus avant de se lever totalement. Puis, pour la première fois, il leva les yeux sur elle et la reconnue. La jeune femme n’eut pas le temps de s’appesantir sur l’air blessé et anxieux qui traversa son visage l’espace d’un éclair, car quelque chose la choqua plus profondément encore. Les pupilles de son coéquipier… étaient dissociées. Une orbe d’un bleu pur et profond, un œil rouge de flamme et mauvais.

Mais la vision n’avait durée qu’une fraction de seconde : désormais, ceux sont deux prunelles ardentes qui la dévisageaient froidement.

Et, sans même attendre une réponse de sa part, il se détourna. Si elle avait pu se tenir devant lui, Sakura aurait remarqué que ses yeux étaient redevenus vairons.