Chapitre 58

par azerty

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.



Chapitre 58




Debout sur les ruines encore fumantes des remparts de la ville, Sasori dévisageait son adversaire. Comme c’était étrange d’affronter dans ce corps de pantin immortel presque totalement dépourvu de sentiment cet être de chair et de sang – et d’un sang bouillonnant qui plus est – intégralement dévoré par l’affect. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas combattu un ninja si émotif. Ces deux mots faisaient d’ailleurs figure d’oxymore. « Ninja émotif ». Oui mais voilà, cet homme-là l’était quand même, et chacun de ses gestes étaient parasité par une haine si brûlante que le marionnettiste pouvait presque la sentir échauffer sa propre peau pourtant dénuée de vie. Il se demanda sans grand intérêt ce qu’il avait bien pu lui faire pour être détesté à ce point, mais le visage face à lui demeurait celui d’un inconnu. Qu’importe. Le tuer prestement réglerait la question.


Depuis quelques minutes cependant, la tempête de sentiments semblait s’être calmée. Alors quand bien même le nombre de ses adversaires était passé de trois à un, le combat n’en était devenu que plus ardu. Cette boule de nerfs et d’émotions était peut-être bien un ninja finalement : maintenant qu’il avait réussi à se contrôler, il démontrait une réelle habilité pour le Taijutsu. Un froncement de sourcils échappa à la poupée rousse lorsqu’il fut forcé d’admettre que se débarrasser de lui ne serait pas une si mince affaire que ce qu’il avait pu espérer.


Les deux ennemis échangèrent quelques coups potentiellement mortels, esquivèrent savamment chacun à leur tour et retombèrent, droits et imperturbables, face à face à dix mètres l’un de l’autre. Un instant, le combat se poursuivit dans leur simple regard, avant qu’un élément perturbateur ne vienne briser leur immobilité tendue. Un élément aux longs cheveux, jolies lunettes, son élégante veste violet pâle assombrie et poisseuse autour du pique noir douloureusement enfoncé dans le ventre. Karin. Sasori fronça les sourcils. De quel droit cette petite idiote intervenait-elle dans son combat ? Il n’avait jamais aimé la jeune femme. Ce n’était qu’une pimbêche sans cervelle entièrement vouée à la recherche d’un amour non partagé. D’après Tobi cependant, elle aurait la veille révélé un double jeu, travaillant, au final, pour Nokiana depuis des années. Le jeune homme peinait à y croire. Avait-elle véritablement assez de matière grise pour les avoir dupé aussi longtemps ?


Un détail mis court à ses réflexions : ce qui avait provoqué la blessure plus que visible de Karin… c’était une tige de la même matière que celle qui formait les piercings des pains n’est-ce pas ? Un sourire sans joie étira les lèvres de la marionnette. Au moins il n’avait plus à se préoccuper de la loyauté discutable de la jeune femme : elle était totalement contrôlée par Nagato.

Comme pour confirmer cette réflexion, la jeune femme ne lui accorda pas même un regard, se dirigeant directement vers le jeune commandant qui lui servait d’adversaire.

Sasori compris instantanément : Nagato voulait récupérer ses six Pains, définitivement plus utiles au combat que cette fragile poupée. Tant qu’à faire, autant utiliser le statut de ninja de Nokiana de la jeune femme pour demander gentiment à son officier ! Il lui tardait de voir quelle excuse avait inventé son collègue pour que le chef militaire ordonne aux artisans de chakra de lever la prison végétale, et ce, sous les conseils d’une habitante fidèle du village.

Sasori grimaça. Cet imbécile n’avait jamais été très diplomate, ni très inventif. Il aurait pu prétendre par la bouche de la jeune fille que Nagato avait été tué, et que tous les Pains étaient redevenus des poupées de chiffons inoffensives. Elle aurait rajouté avoir appris comment se débarrasser définitivement d’Hidan et pouvoir enlever pour de bon cette menace du village. Ça, ça aurait été une explication plausible, et le soldat aurait été plus à même de le faire qu’en recevant quasiment un ordre de sa subordonnée. Vraiment, pour le coup, il manquait de subtilité.

Voilà qui était mieux ! Encore un peu trop vague et d’un ton légèrement sec, mais mieux tout de même. Cependant, le jeune commandant ne sembla pas sensible aux arguments – irréfutables et complets, vous en conviendrez – de sa recrue.

Et il se désintéressa totalement de son cas, focalisant toute son attention sur son adversaire. Karin laissa échapper un soupir, puis tourna les talons, grimaçant quand son mouvement fit bouger la pique dans sa plaie. La blessure était visiblement douloureuse, mais Nagato avait dû s’assurer qu’elle n’était pas grave, et ne gênerait pas trop les mouvements en cas de combat. Cependant, même en pleine capacité de ses moyens, cette piètre combattante n’avait pas la moindre chance de victoire face à la troupe de ninjas entraînés chargés de protéger les artisans.

C’est pourtant sans la moindre hésitation qu’elle se dirigea vers eux. Quelques soldats se mirent en garde en la voyant approcher, se détendant un peu lorsqu’ils la reconnurent comme une des leurs. Les sots ! Elle s’était placée devant eux, droite et autoritaire, hors de portée d’ouïe de son supérieur lorsqu’elle annonça d’une voix qui n’admettait aucune réplique :

Les gardes échangèrent des regards choqués, se demandant s’ils avaient bien entendus.

Et, devant le ton utilisé, plus personne n’osa souffler un mot. A deux cent mètres de là, le jeune chef militaire n’entendait rien et avait repris son combat avec le membre de l’Akatsuki, échangeant des coups d’une rare violence. Nul doute qu’il avait plus important à faire que de distribuer des ordres. Cela ne parut étrange à personne qu'il ait utilisé Karin pour faire parvenir le message. Mais quand bien même, une décision si importante… Le responsable de la division jaugea la jeune messagère du regard. Karin. Elle était du même régiment d’intégration que lui, lors de ses débuts à Nokiana. C’est ensemble, avec les autres nouveaux arrivants, qu’ils avaient découvert ce que ça faisait de se voir offrir une seconde chance par des gens qui n’ont rien à faire de votre passé, ne vous jugent pas, et vous accueillent à bras ouverts comme si vous avez toujours fait partie de leur famille. Alors à la question « Karin pourrait-elle trahir le village et le commandant Ichiro ? », la réponse était définitivement non. Sans plus d’hésitation, le jeune homme ordonna aux artisans de tout cessé. Le piège était ouvert.


***


Non.

Il avait forcement mal vu.

Ce n’était pas possible… n’est-ce pas ?

Naruto… Son Naruto ?

Non !

Ça ne pouvait pas… pas être ça…

Il… avait l’impression que sa tête se liquéfiait et que son corps brûlait puis se figeait dans un froid insupportable. Comme si tout son être épousait puis rejetait convulsivement cet espoir. Il ne pouvait tout simplement pas digérer ce qu’il avait vu. Croyait avoir vu. Parce qu’il n’avait pas vraiment pu apercevoir ça, n’est-ce pas ? Son cerveau tournait en boucle, incapable de former des pensées cohérentes de plus de quatre secondes sans qu’il ne se trouve secoué de violents frissons. D’espoir ? De peur ? Il ne savait pas. Il ne savait plus.

Naruto l’avait expulsé de son esprit. Violemment. Plus brutalement, avec plus de haine qu’il n’aurait jamais cru en voir chez son camarade. Mais au moment où le rêve de son équipier glissait entre ses doigts comme le courant d’un torrent insaisissable, qui vous traîne au loin sans une seule chance de résister, alors il avait entrevu son ami… embrasser… l’Autre. L’embrasser lui. Le « lui » de ses rêves. Savoir si l’Autre et lui-même étaient une seule personne, si ce baiser comptait pour lui aussi, voilà un débat philosophique bien au-dessus de ses capacités mentales actuelles. Tout ce qu’il pouvait faire, c’est ressasser sans fin cet instant, ce fragment de rêve qu’il avait vu. Croyait avoir vu.

Parce que c’était impossible, n’est-ce pas ?


***


Sasori entendit sans mal les exclamations stupéfaites de la foule de gardes et de civiles lorsque la première silhouette de Pain s’extirpa du fossé. Lorsqu’on leur avait dit d’ouvrir, ils avaient conclu qu’il n’y avait plus aucun danger. Pauvres idiots ! N’accordant pas un regard de plus à ces morts en sursis, le marionnettiste concentra à nouveau toute son attention sur son passionnant adversaire. Grand bien lui prit : le ninja avait aperçu le regard vaguement amusé qu’il avait jeté aux victimes de Karin et essayait de profiter de ce moment d’inattention pour l’attaquer en traître. Le roux esquiva de justesse le coup, répliquant la seconde suivante avec une force et une rapidité équivalentes.

Une fine traînée rouge vient fendre la joue d’Ichiro, écarlate sur sa peau blafarde. Ce n’était pas le moment de se passionner pour ce qui se passait autour, ni pour l’un, si pour l’autre. C’est sûrement pour ça qu’aucun d’eux ne s’aperçut que la silhouette qui s’était élevée de la fosse se dirigeait directement vers eux. Sasori sentit bien la présence du Pain lorsqu’il arriva à un mètre de lui, mais il se contenta de lui indiquer d’un bref regard de ne pas intervenir. Il ne serait pas satisfait s’il ne saignait pas lui-même son titillant adversaire. Après quoi il se désintéressa complètement de l’intrus, se focalisant sur le jeune commandant qui hésitait à l’attaquer, maintenant qu’un autre adversaire de haut niveau se tenait à ses côtés.

Le roux émit un claquement de langue agacé, sensé rappeler à son « camarade » que sa présence n’était pas désirée, mais ne lui accorda pas même un coup d’œil. Alors, il ne comprit pas vraiment quand un choc violent vient le cueillir à la nuque, peignant son champ de vision de noir. Une poignée de pensées stupéfaites eu juste le temps de germer dans son esprit, confuses et entremêlées, avant d’être happées par un épais brouillard. Ses jambes se changèrent en coton, sa tête se remplit de la même matière et, après une seconde de battement, il s’effondra.

Ahuri, Ichiro se tenait toujours là, immobile, en position de combat, prêt à parer un coup qui ne viendrait pas. D’abord, il y avait eu l’arrivée du corps d’Yahiko. Trop concentré sur son combat et sur l’infime douleur de sa joue gauche, preuve cuisante de sa petite infériorité face à son ennemi, il ne s’était pas rendu compte de la désobéissance de Karin. Inutile de préciser sa stupeur en voyant apparaître ici un des prisonniers. Mais c’était beaucoup moins déstabilisant que de voir ce second adversaire… le débarrasser prestement du premier. Sasori avait eu l’air au moins aussi abasourdi que lui de ce revirement de situation. D’ailleurs, sans l’effet de surprise, nul doute qu’il ne se serait pas laissé éliminer aussi rapidement. Mais voilà : c’était juste si inattendu qu’il n’avait même pas pensé à se défendre.

Le regard toujours aussi chargé d’incompréhension du jeune chef militaire s’élargit aux éléments alentours et c’est avec une stupéfaction grandissante qu’il découvrit, au milieu du gouffre végétal, un Hidan furieux, solidement retenu par cinq Pains, un pour chaque membre, un autre maintenant un kunai sous sa gorge (ce qui ne dissuadait évidemment pas l’immortel de déverser un véritable torrent d’insultes sur les « sales traîtres percés de partout »). Au moins, les autres habitants de village pressants avaient-ils l’air aussi confus que lui, regardant avec méfiance cette scène inattendue.


Kakuzu avait pesté en apercevant la fâcheuse posture de son partenaire, avant d’évaluer d’un regard sombre sa propre situation, elle-même peu reluisante. Il était le seul membre de l’Akatsuki encore debout, à l’exception des traitres qui avait l’air de vouloir s’ajouter dans la longue liste de ses adversaires (comptez tous les soldats de Nokiana, du plus insignifiant au plus expérimenté, accompagné d’une Karin certes peu impressionnante mais présente tout de même, et de la kunoichi de Konoha avec laquelle il jouait précédemment). Autant dire que les cartes venaient de changer pour le moins drastiquement. Laissant passer un sifflement énervé entre ses dents contractées, il se dit, avec un sourire mauvais, qu’il pouvait toujours commencer par ouvrir le ventre de son énervante adversaire, histoire de vérifier si son cœur était aussi rose que sa chevelure.


***


Karin avait reculé de deux pas, se repliant dans l’ombre d’un mur, contre la maison la plus proche. Elle avait joué son rôle, le temps était venu de laisser le reste aux soldats. La douleur qui tirait vicieusement dans son ventre lui murmurait que ne serait pas raisonnable de tenter quoi que ce soit d’autre. Pourtant, un détail accrocha son regard, dans le coin de son champ de vision. Il y avait un attroupement qui, comme elle, s’était mis en retrait. Des civiles penchés sur le corps d’un garde. L’un d'eux agissait avec une précision qui le désignait comme médecin, tentant de stopper l’hémorragie du blessé. A l’aspect de la plaie béante, la jeune femme devina que le malheureux s’était pris un coup de faux d’Hidan avant que le psychopathe ne tombe dans le piège, au tout début de la bataille, et que les secours tentaient depuis tout ce temps de le maintenir dans ce monde.

Jetant un coup d’œil à son avant-bras marqué de multiples morsures, Karin se dit qu’elle pouvait sûrement encore aider un peu après tout. Elle essaya de ne pas grimacer lorsqu’elle reprit sa marche, filant droit vers son but. Elle toussa pour attirer l’attention des soignants, tendant d’ores et déjà son bras, lorsque des doigts fins saisirent fermement son poignet.

Et, comme tous se retournaient vers lui, l’intrus rajouta :

Tandis que la majorité des civils continuaient d’apporter à l’homme à terre tous les soins possibles, visiblement avec succès, une femme leur indiqua le point de rassemblement pour les premiers secours. Ni une ni deux, l’épouvantail y entraîna sa jeune compagne.

Son ton rendu rieur par sa réaction effarouchée ne parvenait pourtant pas à dissimiler toute l’inquiétude de ses yeux.

- C'est juste qu'ils étaient déjà tellement agglutinés sur ce pauvre homme que s’en était risible. Je suis sûr que je viens de lui épargner une mort par asphyxie.

Le trait d’humour fit fondre malgré elle la moue boudeuse de la plus jeune, et elle jeta un regard de reproche à l’Hatake.

La kunoichi balaya la remarque du revers de la main, avant de répliquer d’une voix mutine :

Le sourire taquin de la belle jeune femme s’élargit quand elle susurra :

L’allusion foudroya l’aîné sur place, et Karin dut retenir un gloussement amusé lorsqu’elle remarqua une très légère teinte rose qui pointait sur les bords du masque de tissu. Kakashi se racla la gorge, gêné, avant de tourner les talons et de l’entraîner une bonne fois pour toute vers le centre de soin.


Le rire de la fille s’éteignit dans sa gorge lorsque, soudain, une explosion creusa le sol à quelques dizaines de mètres d’eux. Au centre d’un nuage de poussière, Kakuzu affichait un sourire dément, visiblement décidé à réduire une certaine gamine rose en fragments.