Chapitre 36

par azerty

Titre de la fiction : « PDJM »

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.

 

Important : Avant tout, désolée pour ce retard d’une semaine et merci de continuer à nous suivre malgré tout. Malheureusement, il semblerait que nous soyons obligées de récidiver : après concertation, Sermina et moi-même (Azerty) avons convenu d’une pause d’un mois, pour cause de vacances sans accès à internet (ô rage, ô désespoir !!!). Nous reviendrons donc lundi deux septembre avec un chapitre 37 tout beau tout frais. En attendant, nous vous souhaitons à tous de superbes vacances et un bon mois d’aout!

 

 

Chapitre 36

 

Traître !

Itachi fut parcouru d’un violent frisson de rage, résistant à grand mal à l’envie très peu « Uchiwa » de déverser sa colère contre l’innocent mur, face à lui. De l’autre côté de la cloison, ses anciens coéquipiers et son soit disant allié continuaient de discuter tranquillement de la manière dont-ils souhaitaient tuer son précieux petit frère.

Même l’entraînement draconien qu’il avait subit depuis son plus jeune âge manqua d’être insuffisant pour lui faire conserver son sang-froid. Il comprenait la situation d’Ichiro, et avait tout fait pour l’aider. Après tout, Itachi lui aussi avait tout sacrifié au nom de son village : son clan, son honneur, son avenir, et jusqu’à la moindre parcelle de sa vie. Il n’y avait qu’une chose, une seule, à laquelle il avait refusé qu’on touche : Sasuke. Ce salop hypocrite le savait très bien, et il n’hésitait pourtant pas un seul instant à le livrer aux mains des plus grands criminels du monde ninja, au mépris de tous les accords qu’ils avaient passés.

Il s’était bien foutu de sa gueule !

 

Les réflexes de ninja ont la vie dure, aussi, au lieu de laisser libre court à sa colère, Itachi activa ses yeux au degré maximum, et colla son oreille à la porte de séparation. Il apprit ainsi que son incontrôlable petit frère s’était infiltré dans les fondations de la ville, à la recherche du porteur de Kyuubi. Pour parvenir jusque-là, il avait surement désamorcé tous les pièges destinés à l’Akatsuki, ce que le jeune chef des armées se gardait bien de leur préciser.

Voilà qui expliquait la trahison d’Ichiro : Sasuke était à deux doigts de faire s’écrouler leur unique chance de mettre leurs ennemis hors d’état de nuire. Oui mais voilà, ce n’était pas une raison suffisante pour revenir sur la parole donnée, et s’il prévoyait de faire du mal à son frère ou à Naruto, il allait se retrouver avec un deuxième Uchiwa sur le dos !

C’est avec toute la discrétion des meilleurs ninjas qu’il quitta la pièce, glissant furtivement vers les sous-sols de la tour.

 

***

 

Le sang dans ses veines devait charrier de la glace, il en était persuadé. Comment, sinon, Sasuke aurait-il pu être saisi par un froid aussi absolu, tétanisé de façon aussi complète ? Le couloir devant lui, et le piège où l’ami d’Akiko aurait dû être enfermé étaient tous les deux vides. Pas depuis longtemps, assurément, sinon toute les gardes du village seraient déjà à ses trousses. Mais ça n’allait pas tarder.

D’ici peu, son adversaire aurait alerté tout le village et se précipiterait dans les sous-sols avec une bonne cinquantaine d’hommes. Si Sakura et Naruto s’y trouvaient encore à ce moment-là, tout était perdu. Il devait lui rester une vingtaine de minute, au grand maximum, pour sortir du village, s’assurer que Sakura avait désactivé le piège, qu’elle était en contact direct avec Naruto et ainsi de les invoquer tous les deux en dehors de la ville grâce à l’anneau.

Il n’y avait qu’un seul tout petit problème : il n’avait pas la moindre idée de comment il allait bien pouvoir faire tout ça.

 

***

 

Naruto se faisait l’effet d’un équilibriste, marchant d’un pas prudent sur un fil suspendu au-dessus du brouillard. Il avait réussi à reconstituer un semblant de clarté dans son esprit, et chaque minute passée ainsi lui permettait de comprendre un peu mieux sa situation.  Il rêvait, ça il l’avait réalisé depuis longtemps. Il était la source de tout ce qui se passait ici, même du plus blessant et du plus inavouable. Ça, ça avait déjà été un peu plus dur à admettre. Il savait désormais également qu’il pouvait se réveiller dès qu’il le souhaiterait. Sauf qu’il ne le souhaitait pas. Pour rien au monde.

Assis sur l’herbe tendre de ce début d’été, calé sur le torse large et rassurant de son amant, il regardait le petit bout de chou recroquevillé entre ses bras, le nez froncé dans son sommeil. Un sourire affectueux éclaira le visage du jeune Hokage : cet enfant avait beau ne pas exister autre part que dans ses rêves, il l’aimait quand même tendrement.

Son Sasuke onirique contemplait calmement le tableau que lui offraient le petit garnement endormi et le jeune homme éclatant de bonheur, et dans un élan de tendresse irrépressible, il déposa un baiser sur la commissure de ses lèvres. En bon Uchiwa, il ne fit durer le contact qu’une fraction de seconde, avant de faire comme si rien ne s’était jamais passé. Ces marques fugaces d’affection étaient aussi rares que précieuses, mais c’est ainsi que les aimait Naruto. Autrement, elles n’auraient pas été Sasuke. Et si elles n’étaient pas Sasuke, alors elles n’en valaient pas la peine.

La tête nichée au creux du cou de son aimé, et il se sentit glisser lui aussi vers les bras de Morphée. Son esprit commençait à divaguer, passant d’un sujet à l’autre. La petite peste par exemple… lorsqu’il s’était replongé de lui-même dans le sommeil, il s’était plusieurs fois égaré dans le monde des souvenirs. C’est là qu’il l’avait retrouvée. Enfin, pas la petite peste elle-même : elle, elle était l’incarnation d’une partie de son esprit qu’il avait séparé de lui-même pour pouvoir croire éperdument à son rêve tout en restant indirectement conscient des dangers qui le menaçaient. Cette part de lui était morte sous les crocs de Kyuubi, et ne reviendrait jamais, le condamnant à savoir que son monde parfait était faux, ou à errer perdu dans son propre esprit, à la lisière de la folie. Pour avoir testé la deuxième option juste après la mort de la petite, il préférait, au final, rester conscient.

Il avait, donc, retrouvé la trace de cette fillette, ou plus exactement de celle dont il s’était inspiré pour la créer.

- « Citron vert ou framboise-ananas ? ».

De quand datait ce souvenir ? Il ne savait plus exactement. Il devait avoir quatre ans, peut-être cinq, âge dont on ne garde que quelques bribes brumeuses, inaccessibles au fin fond de sa mémoire. Mais maintenant, il se souvenait.

L’enfant devait avoir trois ans de plus que lui, et elle lui paressait d’autant plus immense qu’elle se tenait droite et souriante alors que lui était prostré et recroquevillé. Il avait levé vers elle ses yeux embués de larmes, interrogatifs. Aussitôt, un paquet de bonbons acidulés se matérialisa sous son nez.

- « Citron vert ou framboise-ananas ? Je t’aurais bien proposé fraise, mais c’est moi qui les ai tous mangés ! »

Le regard de profonde incompréhension du garçon se posa à nouveau sur le paquet, dont il eut du mal à comprendre pourquoi elle le lui présentait. Il savait ce que c’était bien sûr : les autres enfants en apportaient toujours à l’académie, et se les échangeaient en souriant, ravis. Mais personne ne lui en proposait jamais à lui…

L’académie. Le cœur de son problème. Il y était entré cette année, heureux de côtoyer enfin les autres enfants. Mais ils ne l’aimaient pas. Personne ne l’aimait. Pourquoi ? Il ne savait pas, mais c’était comme ça. Peut-être avait-il fait quelque chose de mal ?

Le soir, lorsque tous les parents revenaient chercher leurs enfants, ils lui lançaient des regards furieux, comme s’il polluait leur atmosphère et celle de leur précieuse progéniture. Et alors que les grandes personnes s’en allaient une par une, avec des petits pleins les bras et des regards de mépris pour lui. Il finissait toujours par se retrouver tout seul, pitoyablement accroché à sa balançoire dans la lumière qui déclinait.

Et il avait couru. Pleuré. Crié. Pour finalement venir s’effondrer dans un coin perdu du village, loin, très loin de l’académie.

- « Ma maman ben elle dit que ce sont des médicaments magiques : qu’il suffit d’en mettre un sous la langue et que tous les soucis disparaissent ! »

Intrigué, le jeune Uzumaki avait plongé sa petite main dans le sal tendu pour en retirer une gélule verte fluo. Il s’était alors dépêché de la fourrer dans sa bouche, à toutes vitesses, histoire que l’autre enfant ne puisse plus changer d’avis.

- « Bien ! s’écria la petite, ravie. Maintenant il ne reste plus que le méchant bobo ! »

Et de fait, Naruto s’était salement égratigné au front en tombant quelques minutes plus tôt, les yeux trop embués de larmes pour voir où il mettait les pieds. Fière de pourvoir jouer à l’infirmière et à la grande personne, la gamine s’était alors penchée sur son cadet, un sparadrap multicolore à la main. Elle s’appliqua, avec toute la douceur du monde, à le déposer artistiquement de travers sur la petite plaie.

Ce jour-là, pendant un peu moins d’une heure, Naruto avait touché du doigt ce que ça pouvait faire d’avoir une petite maman.

 

 

Il le savait désormais : il avait inconsciemment pioché dans le réconfort et la sécurité qui émanaient de ce petit souvenir pour créer un personnage fiable, inoffensif, lucide et rassurant afin de le tenir informé des dangers qui le guettaient.

La deuxième fillette, celle qui s’était infiltré en lui juste avant qu’il décide de se réveiller, ça, c’était une autre histoire. Dans les méandres de confusion où il se trouvait lors de son apparition, il s’était dit qu’elle était de lui sans l’être vraiment. Maintenant, il s’avait qu’elle lui était familière mais ne faisait pas partie de ses souvenirs. Et à voir la réaction du Kyuubi lorsqu’il l’avait vue, c’est chez lui que l’intrus était venu la piocher.

L’intrus… Itashi ? Impossible : il avait lui-même vu son cadavre, aux côtés de Sasuke, tout comme son sang qui maculait les mains de ce dernier. Mais qu’importe ? Qui qu’il soit, il était partie, et comble de merveilles : Naruto ne sentait plus peser sur lui la menace de cette chose qui avait retenu et aspiré son chakra. Il ne risquait plus rien. Il pouvait rêver jusqu’à la fin des temps.

Les doigts emmêlés dans les boucles rebelles du petit garçon, il pencha la tête en arrière pour venir voler un baiser à son amant.

 

***

 

Quinze secondes. Si Itashi avait tourné au coin du couloir quinze secondes plus tôt, il serait tombé nez à nez avec son frère cadet. Au lieu de ça, il s’enfonça en vain dans les méandres des sous-sols. Il n’hésita pas un seul instant sur le chemin à prendre : Ichiro ne l’avait mené qu’une seule fois au centre du labyrinthe, mais pour un porteur de sharingan, autant lui dessiner un plan détaillé dans la cervelle.

Il ne mit qu’une dizaine de minute à rallier le cœur de l’édifice, et fut attristé par cette constatation : tous les pièges si minutieusement préparés étaient réduits à néant, et l’Akatsuki ne mettrait pas plus de temps que lui à atteindre son but. Il continuait de s’inquiéter à ce sujet lorsqu’il franchit la dernière intersection, débouchant sur la salle principale.

Il avait compté y trouver son frère, et jouer sur l’effet de surprise et sur le choc qu’il aurait en constatant sa soudaine résurrection pour le convaincre de s’enfuir temporairement, histoire de pouvoir discuter en sécurité. Ils auraient alors trouvé un plan pour sauver Naruto, avant d’abandonner ce traître d’Ichiro à son sort, l’Akatsuki sur les bras.

Sauf que voilà : à moins que son frère ne se soit teint les cheveux en rose et fait poser des implants mammaires, ce n’était définitivement pas lui qui tentait de forcer le dernier piège…

 

***

 

En tant que chef d’opération jusqu’à l’arrivé de Tobi, Konan avait pris en main la situation, distribuant ses ordres d’un ton sec. Elle avait envoyé ses deux coéquipiers couvrir la périphérie du village, au cas où l’Uchiwa se serait déjà emparé du Kyuubi et tente de s’enfuir. Elle s’était laissée la tâche la plus ardue : traquer le jeune impudent dans les entrailles de la ville. Malgré son air imperturbable, elle avait douté un instant de sa compétence pour cette mission : elle n’avait aucun don particulier en détection de chakra, et même si ses papiers s’étaient révélés d’une aide indiscutable pour marquer son passage dans le labyrinthe de couloirs, traçant un fil d’Arine d’origami, cela ne lui permettait pas pour autant de mettre la main sur le fuyard.

Pourtant, au bout d’un quart d’heure seulement, l’air tout entier vibrait d’une telle concentration de chakra démoniaque qu’elle n’eut plus aucun doute : Sasuke n’avait pas pu se perdre, et il devait d’ores et déjà se trouver auprès du démon. En quelques foulées rapides, elle franchit la faible distance qui la séparait encore d’eux.

La salle était surchargée d’énergie, au point que tout ce qui s’y trouvait avait pris une couleur orange : les murs, les étranges inscriptions sur les parois…, le corps inerte du jinchuuriki, et les deux silhouettes qui se trouvaient là, se dévisageant avec stupeur. La première, une jeune femme qui lui était étrangère, semblait piégée derrière un mur d’énergie. Était-ce elle, la fameuse personne indispensable au village, retenue en otage ?  Mais c’est la seconde qui attira son regard, enveloppée d’une cape épaisse qui dissimulait ses traits.

« Sasuke Uchiwa », conclut-elle, tant cet homme, par la saveur de son énergie, la dignité de sa posture, les contours harmonieux de sa silhouette lui rappelaient son ancien coéquipier. Et pour cause ! C’était lui. Mais ça, elle ne l’envisagea même pas.

Instantanément, elle prit une position de combat, attirant sur elle les yeux des deux autres.

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer.