Chapitre 32

par azerty

Titre de la fiction : « PDJM »

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent

 

Chapitre 32

 

La vision de son appartement sonnait incroyablement faux, comme si on avait collé une image de papier marché sur des panneaux en deux dimensions mal agencés. Le décor finit de s’enfoncer dans le pathétique quand les contours des objets se mirent carrément à trembler là où une silhouette faisait son apparition.

Naruto fronça douloureusement les sourcils, se forçant à se concentrer malgré l’impitoyable migraine qui pilonnait sa tête. Encore ? Ne le laisserait-il donc jamais en paix ? Finalement, ce gêneur là était encore pire que la gamine ! Il s’apprêtait à renvoyer l’agaçant intrus lorsqu’une impression étrange le stoppa en plein élan, le secouant intégralement. Instantanément, il se recroquevilla sur lui-même, comme si il avait été sur le point de donner une gifle sur une plaie grande ouverte, et que, horrifié, il n’osait plus faire un geste de peur de commettre à nouveau une telle maladresse. Car, devant lui, la personne avait changé du tout au tout. Celle qu’il s’était préparé à éjecter avec une violence réservée à un homme adulte était désormais une fragile fillette.

Fillette… un instant son cœur avait battu plus fort, terrassé par un fol espoir. Mais aussitôt il avait déchanté, et replongé dans une mélancolie cotonneuse. Ce n’était pas la petite peste. Celle là était plus jeune encore, minuscule dans sa robe de laine qui dévoilait ses genoux écorchés.

-Bonjour Naruto.

La voix était fluette, mais incroyablement calme et posée. Apaisante. Dubitatif, le garçon daigna relever les yeux vers elle et lui consacrer un minimum d‘intérêt. Elle n’était pas celui qu’il désirait, ni celle qu’on lui avait retirée. Et pourtant, il ne ressentit aucun besoin de l’expulser hors de son esprit. Peut-être était-il simplement trop las pour ça… Mais non, pas seulement. Elle lui donnait vaguement l’impression d’être une étrangère, et une partie de son esprit demandait le rejet, comme pour une greffe ratée, et pourtant elle ne ressemblait pas vraiment à une intruse. Il était intimement persuadé de la connaître, et de ne vouloir lui faire de mal sous aucun prétexte. Elle faisait, quelque part, un peu partie de lui.

La fillette avait avancé. De sa démarche d’enfant, elle était venue s’assoir en tailleur devant lui, avant de poser sa minuscule main sur sa joue. D’une caresse innocente, elle l’invita à plonger son regard dans le sien et lui offrit un sourire éclatant. Deux fossettes creusaient adorablement ses joues et une autre, plus petite, son menton. Oui, sans l’ombre d’un doute, il la connaissait.

-Il faut que tu te réveilles Naruto. Même que sinon on va mourir.

A nouveau, le jeune homme fronça les sourcilles.

-Tu ne comprends pas, murmura-t-il en déviant le regard.

-Pourtant tu sais.

Ce n’était pas une question. Naruto répondit tout de même que oui.

-Alors tu sais que je sais puis qu’on sait !

Un sourire mi-stupéfait mi-amusé ébranla enfin la mine sombre du ninja. Il fut tenté de se demander ce que s’était encore que cette histoire, mais une part de lui, lui murmura qu’il le savait déjà, et que c’était logique. Engourdi par la migraine, il n’insista pas.

-Dis Naruto, marmonna l’enfant d’une voix boudeuse où perçait la curiosité. Dis, pourquoi que tu ne te réveilles pas ?

-Je suis bien ici, assura-t-il dans un souffle, à peine audible.

Comme pour le contredire, une nouvelle vague de douleur déferla dans son crâne et il grimaça.

-Mais on a pas envie de mourir ! riposta vivement la petite bouille. Si on voulait rester mourir ici, tu ne m’aurais pas créée !

Tiens, c’était peut être bien la petite peste finalement : elle parlait comme elle.

Et pourtant… elle ne lui était pas aussi familière que l’autre enfant. Il réfléchit un instant, fouilla ses souvenirs épars, mais ne l’y trouva pas.

-Comment tu t’appelles ? demanda-t-il finalement, fatigué de chercher en vain.

-Quelle drôle de question !

A l’expression qu’elle prenait, il était clair qu’elle trouvait effectivement ça très amusant.

- On s’appelle Naruto.

Un fantôme de sourire étira les lèvres de l’aîné.

-Je ne me souviens pas d’avoir un jour eu des couettes et des robes en tricot !

La fillette pencha la tête sur le côté, avant de déclarer, curieuse :

-Tu me détestes ? Tu veux me faire disparaître ?

-NON !

Naruto s’était élancé en avant, enlaçant le petit corps frêle de ses bras tremblants, la tête sur son épaule.

-Non, répéta-t-il, dans un murmure.

Il sanglotait presque lorsqu’il ajouta d’une voix hachée :

-J’ai cru que tu étais morte lorsque le renard t’a attaquée. J’ai eu si mal ! Si mal…

Et tout son être fut ébranlé par de violents frissons.

-Reste…

Doucement, la petite avait passé ses bras menus autours de ses épaules, le consolant calmement.

-Je suis là pour te rassurer, rappela-t-elle … et pour te prévenir.

Il n’avait pas envie d’entendre la suite. Il voulait juste la garder au près de lui, ne pas la perdre. Pas comme l’autre.

-Tu me connais n’est-ce pas ? susura-t-elle. Tu sais que je suis de ton côté, que je ne te ferais aucun mal.

Oui, il savait tout ça. Et il l’aimait, avec une force et une tendresse dont il peinait à se souvenir l’origine. Tout était confus, mélangé.

- Tu me fais confiance ?

Aveuglement, clama une voix au fond de lui.

Le garçon acquiesça sans se décoller de son coup, raffermissant encore son emprise sur l’enfant. Enfant qui laissa entendre une voix d’une profondeur qui contrastait radicalement avec son âge apparent.

-On voulait vivre, n’est-ce pas Naruto ? C’est pour ça que tu m’as crée : pour que même en plein cœur du rêve, une partie de toi puisse te rappeler que tu étais en danger. Parce qu’on risque de mourir, tu le sais, hein ?

Le jeune homme fut pris d’une envie impulsive de tout nier, mais les contestations moururent avant même d’avoir franchit ses lèvres : il était trop fatigué pour se mentir à lui-même.

-Il faut que nous nous réveillions Naruto. Tu es celui qui contrôle ce monde : toi seul te maintiens ici. Tu es libre de reprendre conscience à n’importe quel moment.

-Je… je contrôle vraiment tout ?

-Oui.

-Je me suis enfermée intentionnellement dans ce rêve… et toi, tu n’es là que parce que je suis en danger de mort, et que je ne me laisse pas en paix par instinct de survie ?

-Tu le sais. Fais-moi confiance.

Le regard bleu s’était fait vague, et il acquiesça brièvement.

-Bien… Alors réveillons nous.

Au creux de ses bras, la tête enfouie dans son épaule, la fillette s’accorda un minuscule sourire de triomphe. Et ses yeux, invisibles pour l’autre, se remplirent d’un éclat calculateur. Deux pupilles rouges et noirs y tournaient lentement.

 

 

Lorsque la prétendue fillette se matérialisa dans la grande salle de Kyuubi, une lueur de satisfaction éclairait discrètement son visage : au final, ça avait été relativement facile. Au moment même où Itashi avait compris que « la petite peste » était un mécanisme de défense créé par Naruto, les choses lui étaient apparues avec une netteté déconcertante : le jeune homme avait inconsciemment senti qu’on lui retirait du chakra de force et que sa vie était en danger. Son subconscient avait alors créé une sorte d’avatar, d’ambassadeur chargé de l’exhorter à la prudence. Pour cela, son esprit avait choisi les traits d’une enfant inoffensive, pioché quelque part dans ses souvenirs enfuis. L’Uchiwa avait aussitôt décidé de profiter de la confusion de Naruto pour prendre la place de cette morale inconsciente et de continuer le travail. Face à ce qu’il pensait être une partie de lui-même, le garçon n’avait montré que peu de résistance.

Le hic avait été qu’Itachi n’avait pas la moindre idée d’à quoi pouvait bien ressembler cette enfant, et la simple indication de « petite peste » n’aidait pas vraiment à dresser un portrait-robot. Il avait donc dû improviser…

Il n’eut pas le temps de s’appesantir sur la question. A ses pieds, la silhouette recroquevillée de Naruto émie un minuscule mouvement, et ses paupières tremblèrent légèrement. Lentement, elles finirent même par se lever, dévoilant au monde deux pupilles d’un bleu troublé, cerné de veines rouges. Avec une lenteur infinie, le jeune ninja se retourna sur le dos, fixant d’un air perdu le haut plafond de la salle.

Il n’eut pas le temps d’esquisser un seule geste, pas le moindre mouvement que, dans un rugissement bestial, le monstre était sur lui.

-Non ! Hurlait Kyuubi.

Son énorme gueule à la mâchoire crispée surplombait son hôte, et son haleine putride l’ébouriffa intégralement, secouée par un grognement sourd.

-Tu ne devrais pas être ici ! Crachait la bête. Rendors-toi ! Ton Sasuke va te détester, tout le monde te méprise, tu es bien mieux dans tes rêves !

Du haut de ses quinze mètres de muscles et de crocs, le démon renard paniquait. Comment ? Pourquoi ? Il se souvenait d’avoir plongé ses yeux dans ceux, ô combien haïssables, d’un Uchiwa, puis plus rien. Et voilà qu’il se réveillait avec la désagréable surprise de trouver son hôte à deux doigts de reprendre le contrôle. Inacceptable ! Comment est-ce cela avait-il pu se produire ? Naruto avait pourtant été affaibli par la mort d’un fragment de son inconscient…

C’est cette pensée qui lui fit remarquer la présence de la petite silhouette intruse au coin de son champ de vision. Alors comme ça il s’en était inventé une autre ? Kyuubi laissa échapper un éclat de rire, résolut à remédier radicalement à ce petit détail. Le poil hérissé, tous crocs dehors, il fondit sur sa proie. L’enfant ne bougea pas, imperturbable. Elle poussa même le vice jusqu’à tendre les bras vers lui, un sourire aux lèvres.

-Peluche ! s’écria-t-elle du haut de ses cinq ans.

Quelque chose, dans le cœur de kyuubi, fit un salto arrière. En une fraction de seconde, tous ses muscles se contractèrent et il stoppa sa course à quelques centimètres seulement de la fillette, la tête rabattue à son niveau, ses yeux écarquillés plongés dans les minuscules pupilles noisette. Ce visage…

La voix qui monta de sa gorge à ce moment-là tenait plus du miaulement, surchargée d’émotions et d’un espoir désespéré.

-Yuki…

-Kyu ! répondit le moucheron, en posant sa toute petite main sur le museau humide du monstre.

La seconde d’après, une incroyable déflagration de chakra propulsait la montagne de fourrure à l’autre bout de la salle. Le renard atterrit lourdement derrière les épaisses grilles, qui se refermèrent sur lui. L’instant d’après, un homme adulte à la longue chevelure noir avait replacé l’enfant. Ses pupilles écarlates tournaient à une vitesse effrayante dans son regard moqueur alors qu’il celait sommairement la porte.

 

Le démon eu besoin de quelques secondes pour réaliser ce qui venait de se passer. Après quoi, il se précipita de tout son poids contre les barreaux de sa cage, déchirant l’air de ses griffes et vomissant des insultes avec une haine qui dépassait l’entendement humain. Quelques larmes de rage brillaient dans ses yeux carmin.

 

Trouver « Yuki » avait été un jeu d’enfant pour Itachi. Il s’était introduit dans les songes de Kyuubi, les avait étudiés et en avait retiré l’image d’une enfant qui lui avait permis de contourner la vigilance de Naruto. Ce dernier partageait inconsciemment les rêves de son démon, et confus comme il l’était, il ne remarquerait sûrement pas que ce souvenir-là n’était pas le sien. Et à voir la manière dont Kyuubi idolâtrait cette enfant dans son sommeil, le sentiment d’amour et de confiance aurait assez déteint sur le blond pour qu’il se laisse convaincre sans trop de méfiance. Mieux : si le démon se réveillait, il ne manquerait pas de baisser les armes devant sa précieuse petite fille, et Itashi saurait en profiter. Tout, vraiment, s’était passé à merveille. Restait maintenant à ramener Naruto à la réalité.

 

 

-Non.

La réponse avait été d’une clarté surprenante. Etonné, Itachi dévisagea son « patient » sans comprendre.

-Non, je ne te suis pas. Je suis à la surface maintenant : c’est-ce qu’il fallait me tirer d‘affaire, n’est-ce pas ? Tu t’es fait passer pour elle pour que je sois au moins à moitié éveillé : c’est fait. Et puisque tu veux me sauver, fait toi plaisir. Mais moi je reste là, et grâce à toi, plus personne ne viendra m’empêcher de rêver !

Et avec un sourire espiègle, le blond se volatilisa. C’est ainsi qu’Itachi, aussi fin qu’il s’était cru, su qu’à aucun moment il n’avait manipulé l’Uzumaki autant qu’il l’avait cru.

Il ne put réprimer une moue amusée. Ce n’était pas drôle pourtant : le bienaimé de son frère demeurait inconscient de son plein gré, irraisonnable. Mais le plan du jeune homme l’avait trop pris de cours pour qu’il se scandalise. Et puis, après tout, Naruto avait effectivement trop bien compris la situation : il s’était laissé entraîner vers la conscience juste assez pour qu’Itachi le débarrasse de Kyuubi et du pendentif, après quoi il avait pleinement profité de son pouvoir sur son propre esprit pour se replonger dans ses rêves, sans prêter le moindre intérêt à l’endroit où il se trouvait ni à la présence surprenante de l’aîné Uchiwa. Et, au final, c’est Naruto qui s’était servi de lui plus que l’inverse.

Et puis, quand bien même la situation était toujours préoccupante, l’objectif était accompli : debout devant le corps tout aussi inconscient de Naruto, Itachi contempla le bijou inoffensif qui reposait désormais au creux de sa main.