Chapite 30

par azerty

Chapitre 30

 

 

Sharingan. De toute l’histoire shinobi, jamais il n’y avait-il eu une seule autre capacité qui puisse ne serait-ce que rivaliser avec celle-là. Plus il apprenait à maîtriser les siens, plus Sasuke le prouvait. Il n’y avait qu’à voir la facilité avec laquelle il avait pénétrer l’esprit d’Akiko. Pourtant, à peine entré il fut pratiquement expulsé par une vague de haine et de frustration d’autant plus violente qu’il ne s’y attendait pas.

La rage du désespoir.

Ô comme il comprenait ! Personne n’aurait pu mieux comprendre même : ce sentiment là avait dicté toute sa vie, déguisé sous le nom de vengeance. Celui qui se tenait devant lui n’avait peut-être pas retrouvé ses parents dans une mare de sang à l’âge de huit ans, mais à en juger par les émotions atroces qui le torturaient encore, ça ne devait pas être guère mieux. Et voilà qu’il se retrouvait enfermé par un ami proche, même ami qui s’apprêtait à livrer à l’ennemis la seule personne qu’Akiko s’était permis d’aimer depuis des années. Alors oui, sans même savoir ce qu’il avait traversé, Sasuke le comprenait.

Ce qui n’allait pas l’empêcher de le manipuler et de l‘enfoncer.

Méticuleusement, il mit en place l’illusion, sans la moindre hésitation, sans une seule trace de remord.

 

 

XXXXX

 

Dégoulinante de sueur, à dix mètres des flammes immenses, Sakura semblait se donner corps et âme dans la chaîne humaine qui menait les seaux d’eaux sur les lieux de l’incendie. Dans la folie ambiante, personne n’aurait prêté assez d’attention à elle pour douter qu’elle soit une simple habitante tentant désespérément de sauver son village. Fort heureusement pour elle, les ordres concernent un éventuel intrus décrivaient un homme, et rien de ses cheveux roses, de sa silhouette délicate et de sa poitrine généreuse ne semblait ne serait ce que vaguement masculin.

Au bout de plus d‘une demi-heure à jouer les valeureux soldats du feu, elle entendit un officier ordonner à une vingtaine de personnes de traverser le village jusqu’à un autre foyer, où la situation était encore plus inquiétante. Ni une ni deux, elle se glissa dans le groupe et avec eux se rapprocha incognito du centre de la cité. Dès qu’elle le put, elle leur faussa compagnie au détour d’une ruelle pour se fondre dans les ombres.

Ça, s’était fait. Restait le plus difficile.

 

XXXXX

 

 

Sur le papier, la chose s’annonçait on ne peut plus simple, surtout pour un Uchiwa et, qui plus est, un Uchiwa de génie. Il suffisait d’infiltrer les cauchemars de Naruto et de les manipuler pour le ramener à la réalité. Un jeu d’enfant si on connaissait les peurs qui les avaient créé, ce sur quoi Itashi avait une hypothèse très probable.

Sauf que l’esprit du jeune Uzumaki contenait plusieurs parasites, dont le plus poilu risquait de le déchiqueter allégrement s’il avait le malheur de le réveiller. Jamais encore l’aîné Uchiwa ne s’était autant félicité de s’être longuement passionné pour l’origine du sharingan et les techniques premières de son clan : l’hypnose. Ne nécessitant aucun chakra, cette méthode comprenait une sorte de micro-mouvement oculaire qui, au fil des expérimentations, avait permis de développer la technique héréditaire du clan.

La difficulté d’exécution et le peu d’utilisations possibles avaient alors vite rendue l’hypnose totalement obsolète comparée au genjutsu. Plus personne, à sa connaissance, ne l’utilisait. Et par conséquent, plus personne ne se protégeait contre !

Si tôt qu’il l’avait reconnu, Kyûbi avait obligatoirement dressé toutes ses barrières mentales : comment espérer le contraire connaissant sa pénible histoire commune avec les Uchiwa ? Aucune chance que le démon n’oublie la façon dont Madara l’avait utilisé.

Les minuscules tressaillements dans les yeux de son adversaire, ça par contre, il n’y avait pas prêté attention. Ce talant ne pouvait faire guère plus qu’endormir l’adversaire, purement et simplement. Dans le cas présent, où il allait devoir jongler avec la conscience de Naruto à quelques centimètres de la bête endormie, cela s’annonçait certes un peu léger.

C’est donc d’un pas sourd qu’il pénétra dans la largue salle, séparée d’une grille grande ouverte et uniquement meublée d’une immense touffe de poil. La fourrure se soulevait délicatement au rythme de sa respiration endormie. Lentement, Itashi le contourna pour s’approcher de la forme recroquevillée, vaguement humaine, étendue près de lui.

Il allait saisir le jeune ninja par le menton pour accéder à ses yeux lorsqu’un brusque mouvement de patte le fit se replier en arrière, en position de défense. Pourtant, son visage froid ne resta figé dans la concentration que quelques secondes, suite à quoi il se décomposa petit à petit, laissant place à une expression de surprise absolument indigne d’un Uchiwa.

Allongé sur le dos, les pattes parcourues de tremblements, les yeux s’agitant derrière ses paupières closes, Kyûbi rêvait. Toute aura de haine oubliée, plongé dans un monde connu de lui seul, c’est tout juste s’il ne ressemblait pas à un petit chaton! A supposer bien sûr qu’un chaton puisse peser plusieurs tonnes et posséder neuf queues capables chacune de vous arracher les dents dans une simple caresse.

Et, dans un souffle tiède qui ébouriffa l’Uchiwa de la tête aux pieds, il haletait  un nom qui signifiait neige.

 

XXXXX

 

Trouver les points faibles d’Akiko n’avait pas été un problème : Sasuke n’avait eut qu’à repenser aux siens. Sans le moindre doute possible, son nouvel « allié » était psychiquement abîmé, bien plus que ce qu’il avait imaginé à l’extérieur. C’était comme une fragilité, cette faiblesse qui frôlait la folie et le désespoir, et que Sasuke connaissait trop bien.

Il se trouvait une raison de vivre et s’y consacrait de façon obsessionnelle pour penser enfin à autre chose que l’énorme gouffre qui s’était ouvert sous ses pieds. Penser à autre chose qu’à la certitude d’avoir tout perdu.

 

Malheureusement pour Akiko, son obsession était incompatible avec celle de l’Uchiwa.

 

Quatre minutes. Il ne fallut que quatre minutes au cadet Uchiwa pour briser le reste de raison de son pion. Quelques illusions de genjutsu particulièrement torturées avaient obligé le jeune ninja à se retrancher instinctivement sur son seul point t’attache : Kyûbi. Il en arriva à un point où il été si désespérément obnubilé par le démon que Sasuke n’eut qu’à lui susurrer des idées sensées le sauver pour que l’autre se les approprie et se jette corps et âme dans la réalisation de ses plans.

 

XXXXX

 

Les paupières mi-closes, Itashi contemplait le désastre. Mais qu’est-ce qui avait bien pu se produire ici ?

Tout s’était passé comme prévu, et c’est sans le moindre mal qu’il avait réussi à infiltrer les cauchemars de Naruto. Tout ce qu’il avait à y faire désormais, c’était les transformer en rêves, mais des rêves si réalistes que le jeune homme y croirait sans réserve. D’autant plus que ces visions là seraient complètement indépendantes de lui : le subconscient est toujours ce qui génère les songes, et toute personne endormie sait donc inconsciemment que rien de ce qu’il voit n’est réel, même s’il est souvent loin de l’admettre. Or si c’est Itashi qui devenait la source des songes, l’esprit de sa victime n’aurait plus aucune raison de se croire endormi. Et si le subconscient pensait être réveillé, alors il se réveillerait, tout simplement. Et pourvue que la fausse réalité proposée par Itashi s’apparente assez à ses souhaits cachés, Naruto n’aurait plus aucune raison de vouloir se cacher dans son propre esprit et se laisserai ramener à la surface sans résistance.

Bien sûr, une fois tiré des rêves, le jeune Uzumaki allait avoir une désagréable surprise, mais on lui aurait déjà retiré le pendentif et il serait saint et sauf, aussi mécontent soit il.

Enfin ça, c’était le plan.

Qu’avait-il bien pu se passer dans l’esprit de Naruto pour faire de tels dégâts ? Devant lui, le cauchemar était de loin le plus déstructuré qu’il n’ait jamais vu. Plusieurs décors s’y succédaient sans aucune transition, avec des tressautements de téléviseur mal réglé, et des silhouettes fantomatiques y jouaient des scènes incompatibles simultanément. Il distingua un instant son frère, rayonnant au bras de Sakura, puis son cadavre abandonné sur le sol, alors qu’un démon renard lui dévorait les entrailles et, juste à côté, une forme vague dont on ne voyait que les yeux rouges à virgules, d’une effrayante netteté, et qui dardait sur lui un regard dégoulinant de mépris et de dégoût. Où qu’il pose les yeux, c’était encore et toujours Sasuke.

Estomaqué par cette anarchie totale, l’aîné Uchiwa tenta du bout des doigts d’attraper un cauchemar, mais celui se désintégra avant même qu’il ait pu l’effleurer. Il ne resta alors plus qu’une immensité blanche, sans sol ni plafond, qui engloutissait une minuscule tâche blonde recroquevillée, et secouée de sanglots.

-Naruto ?

Ce prénom avait à peine franchit ses lèvres qu’Itashi se gifla mentalement : le plan ne prévoyait pas qu’il révèle sa présence à son « patient ». Instantanément, le jeune homme releva la tête en sursaut, et fixa sur lui des yeux rougis et perdus. L’Uchiwa avait bien tord de s’inquiéter de sa bourde : aussitôt qu’il l’aperçu, Naruto émit un soupir de déception et rabaissa sa tête, se désintéressant de lui. Progressivement, les parcelles de cauchemars se matérialisèrent à nouveau.

Itashi commençait très subtilement à paniquer : il n’y avait plus rien dans l’esprit de son hôte d’assez concret et d’assez réaliste pour qu’il arrive à s’en saisir, quelque soit la force de ses sharingans. Et quand bien même il aurait réussi à manipuler un de ces rêves, ils étaient trop instables et trop surréalistes pour qu’il parvienne un seul instant à y faire adhérer un subconscient.

- J’ai cru que tu étais la petite peste.

La voix de Naruto était lasse, monocorde et lointaine, et survenait après un tel silence que son interlocuteur ne saisit pas toute de suite qu’elle lui été adressée. Et par-dessus tout, il n’en comprit pas plus le sens.

- Qui est-elle ? Tenta-t-il pourtant. La petite peste…

- Je ne sais plus… Il lui est arrivé quelque chose de grave je crois, alors elle n’est plus là. Parce qu’elle été amoureuse de Sasuke.

- Sakura ? Tu été jaloux d’elle, alors tu lui as fais du mal en rêve et tu t’en veux ?

- Non non, la petite peste, répondit le blond d‘une voix de plus en plus distante. Celle qui n’obéissait pas. Le renard l’a tuée.

Et dans un frisson d’horreur, l’Uchiwa comprit tout. Mais ce n’était pas possible : Kyuubi n’était pas assez fou pour amputer l’esprit de Naruto… n’est-ce pas ? Il pria de toutes ses forces pour se tromper et se précipita vers le plus jeune, le saisissant au menton.

- Regarde-moi Naruto, concentre-toi sur moi. Par pitié, essais de te reprendre : je suis là pour t’aider, tu dois absolument sortir d’ici.

Un maigre sourire étira les lèvres pêches.

- C’est-ce que la petite peste disait aussi.

Et, après un incroyable effort de réflexion, il déclara :

- Si tu es comme elle, tu veux me prendre mon bonheur. Et si tu es comme elle, je peux t’en empêcher, je sais comment faire.

Il avait à peine fini sa phrase qu’Itashi fut expulsé en arrière, avec une force telle qu’il perdit l’équilibre et s’étala sur le sol de la salle. Dans la réalité.

Il se redressa d’un mouvement fluide avant d’enfuir son visage dans une de ses mains. C’était une catastrophe, purement et simplement. Il ignorait quelle partie du subconscient de Naruto avait été dévorée, toujours est-il qu’il ne réagirait pas au plan initial. A l’heure actuelle, Itashi était tout bonnement incapable de le réveiller, alors même que tous leurs plans ne reposaient que sur cela.

Il fallait trouver une solution.

Et vite !