Chapitre 28

par azerty

Auteur : Sermina (chapitres impairs) Azerty (chapitres pairs)

Beta lectrice : Sermina et Azerty

Genre : Drame

Disclaimer : Non, on ne se fait pas d'argent sur le dos de Masashi Kishimoto, les personnages de Naruto lui appartiennent ainsi.

 

Chapitre 28

 

 

 

L’air lui-même semblait trembler, saturé qu’il l’était de tensions sourdes. Debout là, face à face, les deux silhouettes paraissaient encombrer de leur seule présence toute l’étendu du couloir. Les yeux réduits à de simples fentes rougeâtres, Kyuubi dévisageait ce nouveau contre temps avec une irritation non dissimulée. Devant lui se tenait un ninja de Nokiana qui, à en juger par la cape lourde qui dissimulait son identité, devait être d’un corps spécial. Un genre d’équivalant des ANBU de Konoha peut-être… L’aura de puissance contenue qui le nimbait ne contredisait pas cette théorie. Le renard émit un feulement frustré en pensant qu’en temps normal, une simple pichenette l’aurait débarrassé de ce gêneur. Privé de chakra, l’affaire s’annonçait un brin plus compliquée. Mais loin de se laisser émouvoir pour si peu, le démon repositionna discrètement son poids sur ses jambes, jaugea son équilibre et tendit imperceptiblement ses membres : avec ou sans sa puissance habituelle, il restait un combattant à main nue hors normes, et le corps tout de muscles et de nerfs de son porteur était loin de lui déplaire.

Face à lui, le manteau sur pattes réagit instantanément aux minuscules mouvements de son adversaire. Sauf qu’il ne se mit pas en position de combat. Il ne s’enfuit pas non plus, n’eut aucun mouvement de recul, ne donna pas l’alerte, ne tenta pas d’engager le dialogue, ne dansa pas le frensh-cancan (si si, Kyuubi s’était même attendu à ça : il avait un jour rencontré un ninja qui avait tenté cette méthode pour le déstabiliser. Le démon renard avait eu un morceau de jupon bleu coincé entre les dents pendant deux jours). Loin de tout cela, l’inconnu se contenta de lever ses mains à sa capuche avec toute la lenteur et le calme du monde, et de la rabattre sur sa nuque. Le mouvement du tissu révéla ses traits fins, et libéra ses yeux du voile d’obscurité qui les avait dissimulés.

- TOI !

Le beau visage de Naruto venait de se tordre dans une expression de stupeur et de rage intense, babines retroussées.

- TOI !

Et alors que les mots lui manquaient, étouffés par la colère et l’incompréhension, Kyuubi tentait de toutes ses forces d’attiser encore plus sa rage, afin de ne pas se laisser submerger par une autre émotion, beaucoup moins plaisante, qui grignotait dangereusement les frontières de sa conscience. Car oui, Kyuubi avait peur !

Sans prendre plus la peine de réfléchir, sous peine de se retrouver honteusement pétrifié d’une absurde et indigne terreur, il se jeta sur son ennemi, grognant et claquant des crocs, les yeux brûlants comme jamais. Il n’avait pas fait deux pas qu’il s’arrêta. Qu’il s’effondra.

Il resta à demi conscient juste assez longtemps pour sentir des bras recueillir précieusement son corps alanguie, et pour croiser une dernière fois un regard qu’il haïssait plus que tout au monde.

 

*****

 

Lentement, Ichiro s’acharnait à masser ses tempes lancinantes, se heurtant à chaque mouvement aux trop nombreuses rides de contrariété qui se creusaient sur son front. Vu la tournure que prenaient les évènements, il commençait à douter de conserver l’intégralité de ses facultés mentales jusqu’à la fin de cette affaire. C’est à peine s’il ne se cognait pas déjà la tête contre les murs.

La situation du village, les mensonges à répétitions, les menaces constantes de l’Akatsuki, l’évasion évitée de justesse, ses histoires personnelles qui resurgissaient de nul part, la trahison inattendue d’Akito…

Et voilà qu’on lui retirait son ultime moyen de se calmer les nerfs ! Son précieux allier avait clairement spécifié que d’empailler la tête de Sasuke Uchiwa pour l’exposer au dessus de sa commode reviendrait à mettre une fin radicale à leur fructueuse collaboration. Avec un soupir résigné, le jeune commandant admis qu’il aurait pu s’en douter.

Il lui fallut cependant un effort surhumain pour se redresser et relever les épaules, las mais conscient de l’importance de la tâche qui lui restait à accomplir. La situation avait beau être de plus en plus complexe, elle se présentait tout de même bien mieux que deux jours auparavant. Au moins maintenant pouvait-il contrattaquer. Songeur, il laissa ses pensées dérivées sur le souvenir du moment où ses cartes avaient brusquement changées…

 

*****

 

Délicatement, il resserra sa prise sur le corps endormi entre ses bras. Ses bras. Comme c’était étrange ! Lui qui avait été persuadé de ne plus jamais pouvoir en avoir. Les artisans de chakra de Nokiana, décidément, faisaient des merveilles. Avec toute la douceur du monde, il souleva Naruto, le calant contre sa poitrine. Il ne pouvait pas permettre à Kyuubi de s‘enfuir, pas maintenant, pas comme ça. Le jeune Uzumaki risquait de ne jamais refaire surface dans ce cas, et ça, il ne pouvait pas se le permettre. Et puis, le contrat qu’il avait conclu avec le chef militaire de la région exigeait la présence du démon entre ces murs pour un temps encore.

Aussi différents que soient leurs objectifs, ils avaient tout de suite compris l’incroyable potentiel d’une alliance. Songeur, il envisagea un instant ce qui se serait passé sans cette rencontre providentielle et se rendit bien compte que tout se déroulait désormais mille fois mieux que ce qu‘il avait osé espérer.

Le jeune homme inconscient toujours précieusement calé au creux de ses bras, il tourna les talons et s’enfonça dans les méandres de la tour.

 

 

Flash back

 

Le corps arqué à l’extrême, les yeux révulsés et blancs dans leur orbite, Kyuubi semblait toujours réussir l’exploit de rester à semi conscient alors qu’on venait de lui retirer assez de chakra pour faire exploser les réserves de la ville. D’un geste, Ichiro ordonna l’interruption du processus : l’Akatsuki voulait le démon affaibli, pas mort. Malgré lui, il sentit ses dents grincer : céder à l’immonde chantage de la lune rouge était de loin la chose la plus humiliante qu’il n’ait jamais faite, et il n’osait même pas imaginer la réaction de son jeune subordonné lorsqu’il comprendrait que son précieux bijuu avait été tout bonnement sacrifié.

Sacrifice qui risquait de survenir plus vite que prévu… Il jeta un coup d’œil indécis au corps d’empreint du démon qui reposait désormais avachi sur une chaise, la tête renversée en avant, sans plus donner aucun signe de vie. Une sourde angoisse contracta les entrailles du ninja alors que l’hypothèse de la mort du renard et de toutes ses conséquences désastreuses pour le village effleuraient son esprit. D’un pas rapide, il traversa la salle dans sa direction et empoigna sans ménagement quelques mèches blondes qu’il tira violemment vers le haut, dévoilant son visage. Il n’eu pas le temps d’être soulagé d’y trouver deux yeux grands ouverts qu’il plongea son regard dans ses pupilles. Et là, le monde bascula.

 

Il sut instantanément qu’il était dans un genjutsu, que tout ce qui l’entourait émanait de son seul esprit, mélangé au chakra de son agresseur. Il n’empêche que la désintégration minutieuse de son corps était si réaliste qu’il ne put réprimer un mouvement de reflexe pour rattraper son petit doigt gauche, désagréablement indépendantiste. Focalisé sur son angoissant quoi qu’indolore démembrement, il ne se rendit pas compte que le décor avait changé.

Lorsque tous les fragments de son anatomie réintégrèrent miraculeusement leur place, il eut la surprise de se retrouver cerné par une lourde nappe de brouillard, qu‘il assimila d‘instinct à celle que le temps laisse sur les souvenirs. Au centre se trouvait une silhouette, simple tache grisâtre dans un nuage blanc. Il dégaina précautionneusement un kunai et la contourna, d’un pas plus léger qu’une caresse. La forme bougeait, mais ne paraissait pas le remarquer ou même réagir à sa présence. Le voile dense et flou se dissipa assez pour laisser apparaître un visage, mais au lieu de frapper, l’arme s‘écoula entre ses doigts pour venir rebondir sur le sol avec un vacarme assourdissant. Pétrifié, Ichiro contemplait, la bouche ouverte, la réincarnation de son premier amour.

Un adolescent lui faisait face, illuminant la brume de son sourire franc et espiègle.

- « Même pas cap d’aller cracher dans les chaussures du Kage et de revenir sans te faire voir ! »

Et il l’avait fait. A treize ans tout juste sonné, il avait escaladé la face nord de la tour du village, avait déjoué la vigilance toute relative d’un garde somnolant, et avait déposé deux magnifiques molars dans les souliers de leur dirigeant. Il trouvait ça absurde, dégoutant et totalement gratuit, mais voila : Akiko lui avait demandé. Il avait donc fait semblant que son orgueil l’empêchait de refuser le défi, alors qu’en vérité, il était simplement ravi que quelqu’un lui accorde autant d’importance.

Il n’avait jamais été très sociable. Du moins, plus depuis le jour où, à cinq ans à peine, il tentait de comprendre cet adulte en uniforme qui lui expliquait pourquoi ses parents disparus en mission ne rentreraient plus à la maison. Après, il avait arrêté de jouer, de rire, et les tentatives répétées des autres enfants pour l’attirer dans leurs gamineries ne lui aveint tirer que d’incroyables crises de colères. Alors, à huit ans, il faisait déjà peur à tout le monde. Ou presque…

- « Peur de toi ? Tu plaisantes ! Ma sœur, quand elle se met en colère, elle, elle fait peur ! Même qu’elle a les yeux qui deviennent tout rouges, et même qu’elle peut me priver de dessert pendant plus d’une semaine ! »

Hypnotisé par la scène qui se rejouait sous ses yeux, Ichiro goûtait sans y croire à une innocence depuis longtemps oubliée et le visage éblouissant de son ami d’enfance  réveillait un sentiment plus profond qui, lui, n’avait pas changé.

- Intéressant.

Dans un sursaut, le ninja dégaina et se retourna vers la source de cette voix, paré à se défendre. Devant lui, tranquillement assis sur un siège invisible, un intrus profitait du spectacle des souvenirs épars. C’était le lanceur du genjutsu, Ichiro en aurait mis sa main au feu.

- Qui êtes-vous ? siffla-t-il, entre les muscles de sa mâchoire contractés au maximum.

L’homme face à lui s’était relevé d’un geste serein, et avait tourné vers lui un regard d’une puissance et d’une profondeur effrayante.

- Savoir qui je suis ne vous aidera pas, s’amusa-t-il. Me dire pourquoi vous avez tenté de faire du mal à Uzumaki Naruto, ça par contre, ça pourrait être une bonne idée : si la raison est bonne, je serais peut-être tenté de vous épargner.

- Et si vous me dites ce que vous voulez au Kyuubi, je serais peut-être tenté, moi, de vous répondre.

- Qui a parlé du renard ? Si c’est lui qui vous intéresse, il y a sûrement moyen de s’arranger, parce que tout ce qui m’importe, à moi, c’est le garçon que vous venez quasiment de tuer.

Ichiro réfléchissait à pleine vitesse, tentant d’évaluer tous les aspects de la situation. Qui que soit cette personne, elle représentait une puissance avec laquelle il fallait compter. Indécis, il baissa un peu sa garde et gaugea l’individu d’un œil soupçonneux.

- Je n’ai pas l’habitude de marchander avec quelqu’un qui se présente dans une illusion et dissimule son identité.

Un minuscule plissement releva un coin des lèvres de son adversaire, dans ce qui devait être un sourire amusé.

- Je suis Itachi Uchiwa, pour vous servir.

 

*****

 

Lorsqu’il l’avait plongé dans une illusion des années auparavant, pendant leur dernière rencontre avant sa mort, Itachi avait fait ce « cadeau » à Naruto. Cependant il ne s’était jamais attendu à ce que tout cela aille aussi loin. Il savait que ce garçon tenait sincèrement à son frère, et que la pureté de ses idéaux et la force inhabituelle de sa volonté pourraient peut-être réussir là où lui avait échoué : protéger Sasuke et le rendre heureux. Il savait qu’il allait mourir : il l’avait lui-même programmé. Il avait donc tout mis en place pour que le jeune Uzumaki, lui, survive à tout prix. C’est pour ça qu’il lui avait donné le reflet.

Si le clan Uchiwa existait toujours, on l’aurait exécuté pour avoir utilisé cette technique interdite. Ils tenaient tous trop à leur exclusivité sur le sharingan pour ne pas condamner à mort qui offrait le reflet de ses yeux à un étranger. Car c’est-ce qu’il avait fait : quelque par au fond des pupilles de Naruto, il avait gravé son mezoku, accompagné d’assez de chakra Uchiwa pour le déclencher en cas de danger de mort imminent.

Il ne savait pas, par contre, que cela reviendrait à encrer une partie de sa propre âme et de sa conscience dans l’esprit du garçon. Il avait été plus surpris encore en se retrouvant colocataire de deux autres fragments de chakra piégés dans cette tête blonde depuis près de seize ans. Ainsi avait-il put discuter en tête à tête avec le quatrième Hokage et s’amuser du caractère explosif de sa femme qui, une fois renseignés sur la raison de sa présence dans ces lieux, l’avaient accueilli à bras ouverts. C’était presque surréaliste, toutes ces âmes que ce petit abritait dans son cerveau sans même s’en rendre compte…

Tous trois savaient pertinemment que tout retour dans la conscience de Naruto épuiserait le chakra qui les retenait dans ce monde. Ils attendaient juste leur tour de pouvoir soutenir le garçon, et disparaître ensuite sans laisser de trace.

Sauf qu’Itachi s’était vu offrir un nouveau sursis : lorsqu’il avait rencontré Ichiro, au fond de son esprit, et que ce dernier avait expliqué la situation, Itachi avait clairement reconnu un des plans en construction lorsqu’il était encore membre de l’Akatsuki. Bien qu’il soit mort avant l’achèvement des préparatifs, il en connaissait assez sur les intentions de ses anciens camarades pour faire radicalement pencher la balance du côté de Nokiana, en échange de quoi Ichiro s’engageait à protéger Naruto des attaques de la lune rouge et de le ramener saint et sauf sous la protection de Konoha. C’est alors que son nouvel associé lui avait proposé un autre accord. Alléché par la perspective de disposer d’un détenteur du sharingan le temps des combats, Ichiro avait proposé de le présenter à un artisan de chakra qui synthétisait des corps humains. Biologiquement parlant, ils fonctionnaient parfaitement, mais leur créateur n’était jamais parvenu à insuffler la vie ; ils restaient pour l’instant de simples poupées de chairs inutilisables. Il serait certainement ravi de disposer d’un esprit capable de se projeter de lui-même dans un corps pour pousser plus loin ses expériences, en échange de quoi, en cas de réussite, le corps serait gracieusement offert à son nouveau propriétaire : Itachi. Une heure plus tard, l’expérience se solda par un franc succès, au plus grand plaisir de l’artisan qui faisait avancer ses recherches, du chef militaire qui se découvrait un nouvel allier en capacité de combattre et de l’Uchiwa, qui retrouvait contre tout espoir une existence propre. L’artiste avait même réussi, au prix de quelques heures de travail supplémentaire, à lui rendre ses traits d’origine !

La seule incertitude était de la durée de vie du corps synthétique : ce petit jeu d’apprenti sorcier pouvait s’interrompre d’une seconde à l’autre tant l’expérience était bancale et réalisée dans l’urgence. Mais toujours est-il que pour l’instant elle fonctionnait, et c’était bien plus que ce qu’Itachi avait osé espérer.

Songeur, il jeta un nouveau regard au jeune homme endormi dans ses bras. Rien n’était encore gagné, et il restait beaucoup à faire s’il voulait protéger le bien aimé de son frère.

Et encore : s’il parvenait à tenir jusque là.