Les Raisons d'une Disparition

par Asawari

Chapitre 2 : Les Raisons d’une Disparition

 

« -Il y a vingt ans, une mission de classe A a été attribué à mon père par le Hokage de l’époque, le Yondaime. Il devait, avec un autre Juunin, escorter six des membres d’une riche famille du village caché de la Brume, jusqu’au dit-village. Cette famille avait déjà été par le passé la cible d’attaques de ninjas cupides, ce qui expliquait le rang de la mission. Le début de la mission se passa bien, tranquillement. Il y eut bien quelques attaques, mais elles venaient de simples brigands, ou au mieux de ninjas aux capacités peu élevées. La distance séparant Konoha de Kiri se réduisait à vitesse grand V.

 

            Mais cette calme avancée ne dura pas. Peu avant la frontière entre le Pays du Feu et le Pays de l’Eau, un épais brouillard s’abattit soudainement. Mon père et son coéquipier furent surpris par ce phénomène anormal. Mon père chercha à dissiper le brouillard, mais il ne pouvait pas utiliser de Jutsu sans craindre de blesser ceux qu’ils devaient protéger. Il entendait bien quelques bruits étouffés, mais il n’arrivait pas à percer l’épaisseur de la brume. Cependant, son camarade semblait pouvoir y arriver, et lui dit immédiatement ce qu’il voyait. Ou plutôt ce qu’il ne voyait pas. La phrase qu’il lui a dite à ce moment-là, est restée dans la mémoire de mon père.

«-Kino, ils ont disparus ! »

 

            A peine son coéquipier avait-il prononcé ces mots que le brouillard disparut, d’un coup, comme par magie. Ils étaient seuls. Ils regardèrent partout autour d’eux, sans rien voir. L’autre ninja affirma à mon père qu’ils n’étaient pas dans un rayon de dix kilomètres.

            Désemparés, ils se mirent malgré tout à la poursuite de la famille dont ils devaient assurer la protection. Ils finirent par trouver une piste, et ils eurent la confirmation de ce qu’ils pressentaient : la famille avait de toute évidence été forcé de suivre un groupe de ninjas, de niveau chuunins au moins. Il y avait les empreintes de quatre personnes en plus des civils. Un peu plus loin sur la gauche, à l’écart, on pouvait voir les empreintes d’une autre personne, mais ils n’y prêtèrent pas attention.

 

            Quand ils furent situés à quelques kilomètres seulement de leurs cibles, le coéquipier de mon père lui annonça qu’il y avait bien quatre ninjas, pour encadrer les six membres de la famille. La « troupe » s’était apparemment arrêtée pour la nuit, qui commençait à tomber. De toute évidence, ils ne pensaient pas être suivis. A première vue, ils n’avaient pas maltraité leurs otages. Cependant, ceux-ci semblaient terrorisés. Soudain, l’un d’eux, un homme de vingt-cinq ans environ, tenta de partir en courant. Il n’avait pas fait dix mètres qu’un des ninjas lui lançait un kunaï, derrière le genou. Le jeune homme s’étala par terre de tout son long, en criant de douleur. C’est à ce moment-là que mon père et l’autre shinobi décidèrent d’attaquer, après s’être discrètement rapprochés. Ils n’eurent aucun mal à se défaire des quatre ninjas, qui étaient loin de leur niveau. Ils se tournèrent vers ceux qu’ils devaient protéger, s’apprêtant à prendre la parole, lorsqu’un épais brouillard, semblable à celui qu’ils avaient vu un peu plus tôt dans la journée, fit son apparition. Mais cette fois, ils étaient prêts. Pendant que son coéquipier lui montrait où se trouvait l’auteur du jutsu, mon père composait quelques signes, jetant un de ses jutsus,  « Futon : Daitoppa », dans la direction indiquée. Un  courant d’air d’une grande puissance dissipa le brouillard sur son passage, dévoilant une femme aux cheveux d’ébène, portant un masque de lionne sur le visage. Elle avait pris la plus jeune fille de la riche famille de Kiri sur son épaule. Quand elle vu que son justu avait été annulé, elle partit à toute vitesse en direction de la forêt, située non loin de là. Son coéquipier restant avec le reste de la famille pour les protéger d’une éventuelle nouvelle attaque, mon père s’élança à la poursuite de la dernière des assaillants

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            Malgré le poids de son otage, la kunoichi progressait vite, aussi vite que mon père qui ne parvenait pas à la rattraper, en dépit de tout ses efforts. Ils s’engouffrèrent dans la forêt, mais ni les troncs des arbres, ni leurs racines, ne semblaient gêner la femme ninja, qui gardait toujours son avance sur mon père. Il vit alors qu’ils allaient arriver devant un immense lac. « Elle s’est piégée toute seule » pensa-t-il. C’est alors qu’une fois à proximité du lac, il remarqua les signes que la femme était en train de composer. Il fut surpris du nombre de mudras1 nécessaires à l’exécution de cette technique. Il ne comprit que lorsqu’il vu une gigantesque figure sortir de l’eau : « Suiryuudan, le Dragon Aqueux ! ». Il eut à peine le temps de sauter qu’une énorme masse d’eau s’abattait à l’endroit où mon père se trouvait il y a quelque secondes seulement.

 

            Ils se regardèrent encore pendant quelques instants. Quand mon père sortit un kunaï, son adversaire l’imita, et montra du doigt la jeune fille qui reposait toujours sur son épaule, comme pour lui rappeler qu’elle avait l’avantage. Mon père sourit et lança son kunaï avec force, en direction de la jeune otage, à la grande surprise de son adversaire, qui était trop perturbé pour esquisser le moindre mouvement, et ne fit que regarder l’arme blanche s’enfoncer dans le crâne de la fille se trouvant sur son épaule. La kunoichi parut désorienté devant cet acte incompréhensible, et surtout à cause du sourire narquois qu’affichait mon père. Elle ne comprit que lorsque la fille qui se trouvait jusque là sur son épaule se transforma, dans un nuage du fumée, en tronc d’arbre. Pendant qu’elle regardait, ébahi, le résultat de la technique de permutation, mon père se lança à sa rencontre, donnant un coup de point violent, qui eut pour unique résultat de fissurer le masque en terre cuite que portait la jeune femme. La protection se retrouva en morceaux, ceux-ci tombant peu à peu devant les pieds de la kunoichi, révélant en même temps un des plus beaux visages qui soit. Mon père s’arrêta net, contemplant le plus beau visage qui soit. Ses yeux étaient d’un bleu pur, son visage était digne d’un ange, ses lèvres menues ne semblaient qu’attendre un baiser. Tout en elle était beau, désirable, magnifique. Ils restèrent un moment à se regarder, sans esquisser le moindre geste. La femme semblait tout autant déboussolée que mon père. Ce fut cependant lui qui prit la parole le premier :

« Vous êtes si belle… Qui êtes vous, un ange ? » Murmura-t-il.   

La femme éclata d’un rire cristallin.

« Non, tout juste une kunoichi de Taki no Kuni, le pays de la cascade. Toi, je ne te demande pas qui tu es, Kino Ashida. »

Une fois de plus, elle ria franchement, devant l’air désemparé de mon père, qui se demandait comment, « sacrebleu », cette femme pouvait le connaître, lui qui ne l’avait jamais, Ô grand jamais, vu ou même aperçu.

« Tu te demande comment je te connais ? Dis-merci à Kunoichi Actuelle, qui t’as classé dans les dix meilleurs partis de Konoha »

La jeune femme n’en pouvait plus de rire. Elle s’esclaffait, devant la mine désabusée de Kino, qui maugréait intérieurement devant cette stupide revue, qui lui avait déjà valu bien des torts au moment de la sortie du fameux « classement ». Il se reprit cependant, décidant de rentrer dans le jeu de son « adversaire », en adoptant le tutoiement qu’utilisait cette dernière.

« Si tu me connais si bien, peut-être aurais-tu l’obligeance de me dire ton nom… »

La femme sembla reprendre son sérieux, et déclara s’appeler Emi Matsuda. »

 

Sawari s’arrêta un instant, sourit comme à l’évocation de quelque souvenir joyeux, puis reprit le cours de son récit :

« La scène devait être étrange pour un observateur quelconque. Les deux ninjas, qui semblaient prêt à s’entretuer quelques instants auparavant, étaient immobiles, chacun attendant le prochain mouvement, ou la prochaine prise de parole de l’autre. Mon père n’arrivait pas à décrocher son regard des yeux d’Emi ; il n’avait qu’une envie, c’était de s’y plonger.  Il réussit quand même, au prix d’un  effort certain, à reprendre la parole :

«- Pourquoi avez-vous tenté d’enlever cette famille ? »

Emi le dévisagea, comme si elle voulait le jauger ; puis elle répondit à sa question :

« -Pour la même raison que vous avez voulu la protéger, toi et ton coéquipier. Je ne pense pas que ce soit par pure charité, ou gentillesse, comme vous voulez, n’est-ce pas ? Non, vous avez agi par la même raison que moi, parce que les hautes instances de votre village vous l’ont demandé. »

Mon père fut désagréablement surpris par le ton cynique que venait d’employer Emi. Celle-ci ne semblait guère plus à l’aise cependant… Mon père décida de rebondir sur ce qu’elle venait de dire.

« -Pourquoi les dirigeants du village de la Cascade vous ont-ils demandé d’enlever cette famille ?

- Pour quelle raison, à votre avis ? Mon pays traverse une grave crise économique ces dernier temps. Tous les moyens sont bons, à leurs yeux, pour remplir les caisses du pays… Et les leurs, par la même occasion » ajouta la jeune femme dans un murmure.

« -Tout ça n’a pas l’air de t’enchanter. Pourquoi ne quittes-tu pas ton village ?

   -Pour aller où ? Je n’ai pas de famille, pas  de véritable ami. »

Les deux Shinobis se turent quelques instants, le temps pour Kino de choisir avec soin chacun de ses mots.

« -Ca va te paraître étrange mais… Je veux bien t’accompagner. Je sais, je t’ai suivi jusqu’ici avec l’intention de te mettre hors d’état de nuire, mais… Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe. Je ne peux pas te regarder sans me sentir ailleurs, sans être incroyablement heureux. Je ne sais rien de ton histoire, de ce que tu as vécu, mais tu me donnes envie d’explorer tout ça. Même si il me faut quitter Konoha pour cela. »

Emi parut totalement prise à dépourvu, et elle ne sut d’abord quoi dire, préférant regarder ses pieds. Puis, au bout d’un moment, elle releva la tête.

« Je ne sais pas pourquoi, mais je suis prête à te suivre. Tu… m’inspires beaucoup également, sans que je sache pourquoi… » Murmura-t-elle.           

 

            Et ils partirent ensemble, sans se retourner, marchant côte à côte. Ca peut paraître stupide, mais une simple rencontre les avait tout deux fait renoncer à une vie qui était la leur depuis leur naissance. Ils s’installèrent dans des montagnes, pas loin du pays de la foudre, dans un coin isolé.  Tout deux considérés comme Nukkenins, ils s’en moquaient pourtant éperdument… Je pense que j’ai pas besoin de vous faire un dessin pour la suite. Maison, famille, et tout le tralala… », conclut le jeune homme d’un air un peu triste. « Si vous avez des questions… »

« Je n’en ai qu’une je pense. Qui était le coéquipier de ton père ? »

Une nouvelle fois, l’adolescent eut un sourire un peu triste.

« Mon père n’a jamais voulu me le dire. Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi…  Peut-être la honte d’avoir abandonné un coéquipier en mission. Pourtant, mon père s’est débrouillé après pour avoir la confirmation que la mission avait bien été menée jusqu’au bout. »

Tsunade assimila ce que Sawari venait de lui dire, puis reprit la parole : 

« Merci, Sawari. Je n’avais jamais compris son départ, et cette explication est importante pour moi. »

Le jeune homme hocha la tête, garda un instant le silence, puis reprit :

« Je pense que vous voulez maintenant savoir ce qui s’est passé depuis ces vingt ans, et surtout, les évènements d’il y a trois jours… »