Chapitre 3: Garantir de la pluie et non du tonnerre

par Nymphonia

 

 

 

 

~   Chapitre 3   ~

Garantir De La Pluie Et Non Du Tonnerre

 

 

         Je me réveillais tôt le matin, avant même que le soleil se lève.

Je ne tremblais pas, je n’avais mal nulle part et pourtant, j’avais envie de hurler à m’en casser les cordes vocales. Les raisons m’étaient inconnues. Je me rappelais clairement avoir rêvé… mais de quoi ?

Etre amnésique était sérieusement un fait irritant. Cela donnait l’impression d’avoir perdu un bout de soi, un bout de sa vie. Cette nuit était, comme toutes les autres, une partie de mon existence et savoir qu’il s’était produit quelque chose sans avoir d’idée précise sur ce que cela aurait pu être me désolait.

         Je préservais encore, au fond de mon cœur, des sensations toutes plus fortes et douloureuses les unes que les autres. Mes membres étaient gourds, affaiblie par une froideur les ayant paralysée pour finalement se liquéfiaient au profit d’une puissante chaleur.

Je soupirais – las de ma faiblesse mentale – et tournais la tête, cherchant du regard mon radio-réveil. Cinq heures trente-une. Je croisais alors mon reflet dans la vitre de l’engin, découvrant mes joues, lesquelles gardaient des esquisses sombres provoquées par une cascade de larmes et mes yeux rougis.

Avais-je songé à un évènement triste ?

         Je ne réfléchissais pas plus longtemps et me levais prestement, bien décidée à me changer les idées et surtout, à ne pas poiroter dans mon lit en attendant que l’heure de me rendre en cours n’arrive. Je m’appliquais donc à avancer dans le rangement des cartons. Hier soir, j’avais été trop ébranlée pour poursuivre cette activité.

         Maintenant, je n’étais plus certaine de l’avoir vu la veille, je ne pouvais cependant pas empêcher mon esprit de croire en ces heures de pur enchantement. Je savais déjà que ma priorité une fois rentrée dans l’académie serait de le chercher. J’étais vraiment accro…

         Le son de sa voix résonnait encore en moi comme étant le plus beau morceau de musique qu’il m’ait été donné d’écouter. Une note grave qui entravait les battements de mon cœur, plus puissant et plus plaisant encore que l’air entrant dans mes poumons. Il était un besoin inéluctable pour mon être tout entier.

         Bientôt, je percevais les premiers rayons de soleil qui perçaient à travers les quelques nuages ayant recouvert la ville du Japon. Je contemplais un moment la lenteur de leur progression dans les cieux. Une lenteur dont j’avais du mal à me détacher d’ailleurs. Ils semblaient presque ennuyés de devoir continuer leur route.

         Moi aussi, parfois, il m’arrivait de ne plus vouloir avancer, j’avais peur de l’avenir, d’être déçu par ce qui m’attendait. Toutefois, je ne cessais pas d’être curieuse et de chercher à lire entre les lignes du destin, à analyser chaque situation comme si elle allait entraîner un phénomène quelconque par la suite. Bien souvent rien ne se produisait – mieux valait ça qu’autre chose de mauvais.

         Enfin, je prenais mon petit-déjeuner. Je n’avais pas vu le temps passer. Je m’étais débarrassée de la plupart des cartons que j’avais entassés dans un coin du salon. La cuisine, la chambre et la salle de bain étaient rangées, ne me restait plus que quelques petites bricoles.

         Fière de moi, j’allais prendre une douche bien chaude puis me rendis en cours. J’étais largement en avance, les rues étaient moins bombées par les gens mais la population restait dense.

         A nouveau, je repensais à hier.

         Avais-je hallucinée ? Etais-je tombée encore plus bas qu’avec mes rêves en fantasmant sur une personne que je n’avais pas réellement vue ni touchée ?

         Voilà que je me mettais à douter de sa présence à lui, alors que j’y avais cru dur comme fer durant treize années.

         Quelle idiote…

         Je trouvais cela bien étrange. Pourquoi fallait-il qu’une fois la réalité devant les yeux je n’y crois plus ? L’être humain était vraiment trop compliqué à comprendre – moi en particulier. Je ne parvenais pas à me contenter de la simplicité de notre seconde rencontre tandis que la première semblait beaucoup plus inimaginable. Les Enfers ! Quoi de plus merveilleux comme lieu pour un rendez-vous ? C’était ironique, évidemment.

         Je pénétrais dans l’enceinte de l’établissement. Mon regard chercha instinctivement le sien sans même – je crois – y avoir pensé. Seulement Hinata croisa mon chemin.

- J’ai cru que tu ne viendrais pas aujourd’hui.

- Pourquoi croyais-tu cela ? lui demandais-je, surprise.

- Tu es presque en retard Sakura.

         Et comme pour confirmer ces dires, la sonnerie retentit.

- Je ne comprends pas, j’étais en avance pourtant ce matin, je suis partie au moins vingt minutes avant que l’université ouvre ses portes, expliquais-je plus pour moi-même que pour elle. Il ne me faut que dix minutes pour parvenir ici.

         Elle se contenta d’hausser les épaules avant de rentrer en classe.

         Je la suivis à notre bureau en me mordillant le bout du pouce, tentant de ranimer mes souvenirs visuels de cette dernière heure. Je ne m’étais arrêtée nulle part, j’avais marché à la même allure que d’habitude sans faire de pause…

         C’est alors que la route d’hier me revint en mémoire, je l’avais emprunté ce matin aussi. J’avais tellement suivi le cours de mes pensées que je ne m’étais même pas rendu compte de m’être rendu à l’endroit où Sasuke nous avait mené la veille.

         Le pire, c’est que je savais pertinemment pour quelle raison j’y étais passé. C’était pour au moins avoir la certitude de ne pas avoir rêvé de cette ruelle, de m’y être véritablement rendus. Ce qui était le cas, le lieu existait bel et bien. A présent, ne me restait plus qu’à savoir s’il m’avait accompagné hier soir ou pas.

         Les premières heures de cours passèrent rapidement. Je m’étais appliquée à les suivre et à m’y intéresser sans trop de difficulté.

         Durant le temps de repos, j’avais discrètement cherché Sasuke tout en discutant de choses et d’autres avec Hinata.

         J’appris que son père était l’un des sénateurs du pays et qu’il apportait plus d’importance au fruit de son travail plutôt qu’à sa petite famille, sans pour autant la délaisser.

         Je fus étonnée lorsqu’elle m’expliqua que Monsieur Hyuga, de son haut grade, ne cherchait pas à contraindre ses enfants à choisir un métier plus… important pour la société dirons-nous, comme le sien. Elle m’avait tout de suite dit que pour lui, la réussite dans le domaine, quel qu’il soit, restait privilégié.

         J’attaquais, sans le vouloir, un sujet épineux, souhaitant en savoir davantage sur la vie de mon « amie ».

- Et ta mère ? Qu’en pense-t-elle ?

- … Elle n’a pas trop l’occasion de parler en ce moment. Maman est dans le coma depuis huit ans bientôt.

- Oh pardon ! Je ne savais pas, m’excusais-je, coupable d’avoir libéré ma curiosité.

- Ce n’est rien, ne t’en fais pas.

- Et, est-ce qu’un jour elle pourrait…

- Se réveiller ? Il y a très peu de chance. Je continue d’espérer que oui mais les médecins n’y croient quasiment plus, rajouta-t-elle.

- Tu es courageuse, ce n’est pas une situation facile à vivre.

         J’essayais de me mettre à sa place. Un sentiment étrange me traversa, c’était plus une sorte de tourment créé par de la culpabilité qu’une plainte encrée de désespoir. Je pouvais comparer cette sensation de regret à la peur d’avoir fait un faux pas, comme si la malchance qui m’entourait, préférait torturer mon esprit par le biais de mes proches que par moi-même.

         Hinata reprit la parole, un sourire timide étirait les traits fins de son visage.

- L’espoir fait vivre ! Mon frère a plus de mal que moi alors je tente de lui insuffler un peu de bonheur. Pour lui, je n’ai pas le droit de céder.

- Je ne savais pas que tu avais un frère.

- J’ai une petite sœur aussi, elle est assez discrète, même avec nous, je n’arrive pas à savoir comment elle le vit. Et Neji est en fait mon cousin, il a un an de plus que moi. Quand ses parents sont décédés, ma mère a décidé de l’adopter, elle lui a fait oublier ses peines. Je la remplace auprès d’eux. Je les aime tant.

- Je comprends. Ta mère est vraiment une personne formidable.

- C’est toujours ce que j’ai pensé de Maman.

         Je notais au passage avec quel respect et adoration elle l’appelait « maman ». Sans oublier la petite voix infantile avec laquelle elle prononçait ce nom, une preuve qu’Hinata gardait le souvenir de tous les instants passés en compagnie de sa mère et qu’elle voudrait encore l’avoir à ses côtés.

- J’espère moi aussi qu’elle se réveillera, je voudrais la rencontrer un jour.

         Cette phrase clôtura la conversation et nous ne prîmes pas le temps d’en entamer une autre.

         Je repris mes recherches du coin de l’œil pendant que ma voisine dessinait sur la couverture d’un de ses cahiers. Il m’était terriblement ardu de ne pas écouter mon cœur et de ne pas laisser mes pieds courir à travers les couloirs de l’institut en criant son nom.

         Je me concentrais sur les silhouettes qui passaient devant moi afin d’oublier l’objet de mes désirs. Je ne remarquais personne qui pouvait sortir du lot, ces adolescents étaient bien tous pareils et je n’échappais pas à la règle. Loin de là, plus banale que moi, ça n’existait pas !

         Mise à part mes fantasmes portés sur les Enfers et surtout on-sait-qui, je gardais intellectuellement les mêmes envies qu’une fille de mon âge. Je n’étais pas dans la tête des autres, mais j’arrivais à savoir ce dont la plupart souhaitait. L’Amour avec un grand A, si ce n’est plus.

         Je recommençais à penser à Sasuke. Je n’arrivais pas à me détacher de ces illusions. J’étais presque certaine qu’il n’existait pas et que j’avais rêvé de tout cela. Je supposais qu’hier, à la fin des cours, j’étais rentrée tranquillement chez moi et que je m’étais occupée comme je le pouvais. Seulement, il m’était terriblement ardu de me souvenir de quoi que ce soit. Aussi, croire que je devenais dingue au point d’inventer des choses me faisait peur.

         Devrais-je en parler ?… Non, on m’avait pris pour une folle une fois, je ne tenais pas à ce que cela se renouvelle. Bien que, je n’étais plus tout à fait certaine de ma présence d’esprit.

         J’étais déçue, un sentiment qui rendait mon cœur lourd et douloureux. J’aurais pourtant tellement aimé qu’il soit vrai.

Si je ne l’avais jamais vu, peut-être aurais-je grandis normalement, entouré de plein d’amis, avec un homme beau et mûr à mes côtés. Qui sait, je serais probablement morte. C’était une des nombreuses possibilités – à ne pas prendre à la légère cependant.

         La sonnerie retentit. Nous nous levions, moi et Hinata, prête à retourner en classe. Elle me sourit, un sourire éblouissant que je lui rendis avec sûrement moins de conviction.

- Dis-moi, commença la belle brune en gardant ses yeux rivés sur la route devant nous, le jeune homme d’hier, tu m’as dit que tu le connaissais, mais qui était-il ? C’est un peu déplacé de ma part de te le demander mais, tu… tu le regardais d’une drôle de façon.

         Si le sentiment de la honte et mon insociabilité n’avaient pas existé, je l’aurais à coup sûr serré dans mes bras, en criant comme une frappa-dingue qu’elle me sauvait de l’asile. Elle l’avait vu elle-aussi ! Il existait !

         Evidemment, cet élan de joie ne se vit pas sur mon visage – je crois. J’hésitais quand même, car je ne savais pas si j’avais vraiment vu Sasuke ou si mon esprit déjanté l’avait matérialisé sur le visage d’un autre.

         Je réalisais, après quelques secondes de réflexion, qu’elle me regardait, attendant que je lui réponde. Je détournais lentement la tête en gardant une mine indifférente.

- J’ai cru que c’était une personne que je connaissais, mais je me suis sûrement trompée.

- Ah !

         Cette fille était surprenante ! Lorsqu’elle m’avait posé la question, on aurait cru, par ses joues rouges et son regard apeuré, qu’elle allait commettre un acte impardonnable. Et à partir du moment où je lui apporte une réponse, elle prend cet air complètement désintéressé, à la limite de me dire qu’elle n’en a strictement rien à faire.

         Hinata n’était pas timide, elle s’angoissait pour tout et n’importe quoi c’est tout. Etrangement j’en souris, elle le remarqua et en devins – une fois n’est pas coutume – embarrassée.

- Qu’est-ce… qu’est ce qu’il y a ? demanda-t-elle.

- Rien.

         Nous arrivions devant la porte que je m’apprêtais à tirer, mais une main devança la mienne et attrapa la poignée à ma place. Je suivi le prolongement de son bras afin d’en connaitre le propriétaire.

- Sasuke.

         Je m’égarais je ne sais où – dans les méandres de ses prunelles probablement. Plusieurs fois, je clignais des paupières, attendant le moment de voir apparaitre d’autres traits, différents de ceux si parfait de ma rencontre aux enfers, mais seuls les siens figuraient devant moi.

         Quelle expression ahurie devais-je avoir en ce moment !? Suffisamment stupide pour le faire sourire en tout cas.

- Tu vas être en retard en cours si tu restes plantée là, me réveilla-t-il.

         J’hochais la tête et déguerpis aussi vite que je le pouvais, Hinata à mes trousses. Le cœur battant la chamade, je m’installais sur un bureau.

         Je me dissuadais de l’oublier un instant sinon, à ce rythme-là, je n’allais pas finir la journée. Je respirais fortement, fermant les paupières et sortis les affaires de mon sac.

         Le professeur de biologie arriva, ne prenant même pas la peine de nous saluer et commença directement son cours sur le système nerveux.

         Les schémas qui figuraient sur le tableau me semblèrent tous incompréhensibles, pourtant, l’enseignant expliquait chaque dessin avec minutie. Mais aucun de ces commentaires ne donnèrent de sens aux représentations.

        

         A midi, je fus bien décidée de faire le vide dans ma tête. Comme hier, je prie un plat à emporter, puis allais le déguster dans le parc que j’avais aperçu avant-hier, en arrivant dans ma nouvelle ville.

Je traversais la grande parcelle de pelouse jusqu’à atteindre une petite place éloignée de tous les regards où je pourrais pratiquer des exercices de yoga – activité favorite de ma mère, qui me l’avait malencontreusement refilé (pour faire descendre la pression avant les examens d’entrées de l’université) – qui m’aideraient à me détendre.

A quelques pas de là, je perçue une personne déjà installée sur le banc que j’avais voulu me procurer. Je soupirais, ennuyée, et passais devant elle, allant chercher un autre lieu calme et discret. Je la vis bouger légèrement, soulevant simplement la tête – je devinais que c’était pour savoir qui était présent avec lui.

Bien que j’aspirais partir sans l’ombre de rien, je distinguais tout de même le visage du possesseur de la planche de bois. Sursautant en m’arrêtant prestement, mon repas faillit tomber à terre lorsque je le vis, lui. Il semblait ne pas être surpris, et aussi, de par l’attention qu’il me portait, avoir attendu que je le rejoigne. Je prenais un instant pour m’en persuader.

Timidement, j’allais m’asseoir à ses côtés, plaçant le sac en plastique sur mes genoux en sortant ma collation de midi. Ensuite, j’osais lui adresser un coup d’œil. Me fixant sans la moindre gêne, plus silencieux que jamais, je compris qu’il ne comptait pas entamer la conversation, alors, je commençais mon repas – j’avais faim !

         Durant tout ce temps, il ne me lâchait pas des yeux, je m’en vis mal à l’aise et ne finissait pas ma salade. Sérieusement – du moins, j’essayais – je me tournais vers lui et pinçais les lèvres, comme à mon habitude, attendant qu’il parle.

         Pourtant, idem à la dernière fois, je perdis tous mes repères dès lors où son regard croisa le mien. Ses pupilles étaient « fermées », je ne percevais plus l’horreur de la veille, seule la profondeur noire du néant y était visible.

Maintenant, j’avouais avoir été terrifiée. Pouvoir voir dans ses yeux des corps échoués, prosternés, implorant je ne sais qui de les faire sortir de l’abomination, n’était pas commun à tout le monde. Mais cela restait une mission honorable parce que difficile à respecter. Sasuke devait souffrir de devoir les empêcher de retourner vers la vie.

- Je n’ai aucune pitié pour eux. Les voir pleurer de terreur ne fait que me réjouir, précisa-t-il.

         Pouvait-il lire dans mes pensées ? Il ferma les paupières, se détournant de moi.

- Nous sommes liés toi et moi, expliqua-t-il.

- Comment ça ?

- Je t’ai enlevé aux enfers et t’ai rendu à la vie, il y a treize ans. De ce fait, tu es restée dans l’embrasure de la porte, entre la vie et la mort. Ton âme est en moi parce que je suis la porte. C’est moi qui déciderais quand je la fermerais sur toi.

- Je… je ne saisis pas, bégayais-je, hébétée.

- Je peux te tuer d’un instant à l’autre.

         Je m’arrêtais de respirer sous le choc de la nouvelle et ne parvins pas à retrouver mon souffle jusqu’à ce qu’il reprenne la parole.

- Ton corps et ton âme, je peux les séparer à jamais. Dans ce cas, tu te retrouveras au milieu des âmes que tu as vu hier soir, à travers mes prunelles. Toi aussi, tu crieras, toi aussi tu pleureras et toi aussi, comme tous les autres, tu seras terrifiée. Et puis, lorsque ton esprit sera entièrement consumé par les flammes des abîmes, alors tu partiras.

         Perdue, j’avais du mal à donner un sens à chacun de ses mots. Je m’étonnais encore de réussir à réfléchir à tout cela sous la pression du charme de Sasuke.

- Alors, pourquoi m’as-tu emmené hors des enfers ? demandais-je ensuite.

- Parce que… je t’aime.

         Je perçue l’hésitation qu’il avait eu à prononcer ses trois mots – lui-même cherchait à s’en assurer je crois.

         Malgré cela, je sentais qu’il me disait la vérité, or, je voyais néanmoins qu’il le regrettait amèrement. Peut-être, que l’amour était un signe de faiblesse pour un être… comme lui, devant maintenir ouvert le passage entre le monde des vivants et celui des morts. Après tout, il venait de me le dire. Aucune pitié, aucun regret, aucune peur, seulement du plaisir.

- Mais… tu es…

         Par quoi terminer ma phrase ? Je ne savais pas et ne connaissais encore moins les raisons qui m’avaient poussé à dire ce qu’il était. Il me l’avait avoué déjà, pourquoi vouloir le répéter ? Ne le croyais-je pas ?

- Hun… Par ma faute, tu pénètres bien trop souvent dans les abysses. Et si les spectres te capturent, je ne pourrais pas sauver ton âme.

- Pourtant, je me souviens bien, ils n’arrivaient pas à nous toucher lorsque tu m’as pris la main. Leur enveloppe de fumée passait à travers moi, lui rappelais-je.

- Crois-moi, je fais tout pour te protéger d’eux, uniquement tant que je peux être avec toi au moment où tu poses un pied dans les limbes. Seulement, ces démons-là ne sont que des gardiens, je ne pourrais rien contre l’Enfer tout entier.

         J’arrivais à comprendre que j’étais constamment menacé par la Mort, depuis treize ans au moins, sans jamais m’en être rendu compte. Je me doutais également que si Sasuke ne ressentait pas un minimum de sentiment pour moi, mon âme serait sûrement en train de souffrir le martyre en compagnie de fantômes malsains, prêt à tout pour me voir faire partie de leur bande. A part ça, je vivais en toute sécurité.

         Mon compagnon se leva puis m’invita à en faire de même en me tendant la main. Je la lui pris. Sa peau au contact de la mienne brûla presque mon épiderme, exactement comme hier.

- Je suis comme le toit : je garantis de la pluie et non du tonnerre, acheva- t-il.

         Nous nous rendîmes ensemble aux portes de l’université. Le trajet passa à une allure impressionnante, je n’avais encore pas réussis à me concentrer sur un autre visage que le sien. Au travers des rues du Japon, il n’y avait que lui et moi.

Et même si cela semblait irréaliste, même si tout n’était qu’un rêve ou que j’étais tombée aux confins de la folie pure, je souhaitais sincèrement ne jamais en sortir. Peu m’importait de devoir être une âme démente entourée de tant d’autres à l’intérieur de son sanctuaire brûlant, car je savais qu’il ne verrait que moi.