Chapitre 1: Là. Il était là.

par Nymphonia

 

 

~   Chapitre 1   ~

Là. Il était là.

 

 

Aujourd’hui, je faisais mon entrée dans l’académie de Tokyo, la plus prestigieuse du Japon. Après avoir terminée mes études du secondaire, deux ans auparavant, je m’étais attaquée à un an de classe préparatoire afin d’être au top pour le concours d’entrée de l’université Keiõ. Je fus l’une des premières à être acceptée dans la faculté, une grande fierté pour moi et toute ma famille

J’avais décidé de me ranger dans l’éducation, ou plus particulièrement, la pédagogie – à croire que les nombreux psychologues que j’avais vus petite finirent par me contaminer. Fille unique, je n’avais pas eu l’occasion de m’occuper de jeunes enfants jusqu’au jour où mes parents, lasses de me voir passer mon temps devant l’ordinateur ou en ville en compagnie de mes copines, m’imposèrent d’aller travailler. C’est comme cela que je me retrouvais à garder des « mômes » - je les appelais de cette manière à l’époque.

Ce fût lors de l’un des nombreux soirs, qui aurait dû être aussi ennuyeux que les précédents puisque le petit était déjà couché, que j’avais découvert ma vocation.

J’avais apporté de quoi bosser sur ma dissertation, plongée dans un silence de mort. Plus tard, de faibles sons m’étaient parvenus en direction de la chambre de l’enfant – la maison n’était pas grande. Devant la porte, des sanglots me parvenaient et j’étais entrée sans faire de bruit.

Le garçon, le visage enfoui dans son oreiller, tremblait de tous ses membres en pleurant d’autant plus fort que tout à l’heure. Ayant perçus la lumière du couloir, lorsque j’avais ouvert sa porte, il avait abandonné sa retenue. Je l’avais obligé à me regarder et l’avais pris dans mes bras. Une fois son chagrin passé, je l’écoutais me parler du décès de son chien, le mois dernier, qu’il avait mal vécu – pour un enfant, l’animal est un ami précieux auquel il s’attache vite – et ses parents n’avaient pas prêté une grande attention à la perte du molosse, alors l’angelot s’était efforcé d’oublier, chose difficile pour lui.

Le laisser s’exprimer en trouvant les bons mots pour le réconforter avait été plutôt simple, contrairement à ce que j’avais pu penser au départ de mon nouvel – et premier – emploi. J’avais même fais un « rapport » au père et à la mère à leur retour. Ceux-ci m’avaient remercié en promettant d’en rediscuter avec leur fils.

Dorénavant, je pouvais voir mon futur professionnel, il était d’ores et déjà tracé, je créerai mon propre cabinet de pédopsychiatre, le meilleur du pays – je l’espère – j’écrirai un livre aussi, je verrai suivant les prévisions. Tracer, ou presque, à vrai dire, on ne sait pas se que nous réserve le destin… L'avenir a toujours été un lieu commode pour y mettre ses songes*.

Une fois avoir longuement émergeait de mes souvenirs dans mon lit, je décidais de me lever. Durant une seconde, je fus quelque peu désorientée par ce changement de décor, du moins, pas celui dont je m’étais attendu. J’avais déménagé, ma chambre n’était pas celle à laquelle je pensais avant de poser les pieds au sol. Je me trouvais dorénavant dans mon petit appartement trois pièces : le salon avec la cuisine, la salle de bain et ma chambre. J’y avais passé ma première nuit et mon arrivé d’hier, dans l’après-midi, ne m’avait pas encore permis de ranger tous les cartons.

Avant, j’habitais à Osaka avec mes parents, l’une des principales villes du Japon. Après avoir réussis le concours d’entrée de l’université, il avait été décidé que je m’achète un logement à Tokyo – prendre le train tous les jours ne m’avait pas inspiré. Je ne m’y étais rendu qu’une fois, enfant, l’endroit m’était totalement inconnu. La visite du centre-ville serait mon projet pour ce week-end.

Je sortais de ma chambre et fouillais dans quelques cartons, cherchant les shampoings, serviettes et gants de toilette, je prenais également de quoi m’habiller puis buvais un grand verre d’eau – penser à s’hydrater est très important – avant d’aller prendre une douche.

Pendant que je me déshabillais, je fixais mon reflet dans le miroir collé au mur. J’avais l’apparence d’une fille venant de se réveiller, bien sûr. Mes grands yeux verts étaient assombris, comme si le manque de lumière de cette nuit les empêchait de luire. Je découvrais la marque des draps froissés sur ma joue gauche, ma peau blanche était rougie à certains endroits et mes cheveux étaient emmêlés.

Ma tignasse demeurait rose. Ce serait mentir que de dire qu’elle était de ma couleur naturel, je ne prendrais personne pour un imbécile. En fait, cela remontait à ma période de rébellion, il y a quatre ans. Dut à l’influence des mangas, les adolescents – moi y comprit – avaient créé une nouvelle mode : leur ressembler. Des vêtements jusqu’à la coiffure et donc la couleur.

J’étais brune d’origine, ce qui s’accordait mal avec mon teint beaucoup trop blanc, et j’avais décidé, durant cette transition, de me teindre en rose. Plus tard en ayant muri, j’avais tenté d’autres nuances, sans revenir au brun, le châtain me rendait horrible, le blond trop idiote, ou plutôt, je ressemblais à l’une de ces pétasses new-yorkaises qui couche tous les soirs en compagnie d’un nouveau mec alors non-merci, et le roux… voilà.

Finalement, le rose me sciait à ravir. En plus, sur moi, il ne choquait pas, enfin, par rapport aux crinières bleues, vertes, violettes et j’en passe des jeunes de nos jours, on ne peut pas dire que ça soit choquant.

Délaissant mes délires d’autrefois quelques minutes, je me concentrais sur l’eau chaude qui coulait le long de mon corps, même si la sensation était apaisante,  la baignoire de la maison me manquait. Je repensais aux cris de ma mère me demandant ce que je prenais le matin au petit-déjeuner – j’étais incapable de manger deux fois la même chose – et de mon père qui me pressait pour se laver à son tour avant de partir au travail.

J’allais me sentir bien seule…

 

Au bout d’une demi-heure, je quittais mes locaux, fraichement habillée d’un jean délavé et d’un débardeur à fines bretelles. Quelle joie de ne plus avoir ce foutu costume de lycéenne ! Enfin, je sortis de l’immeuble, mon sac de cours sur l’épaule droite, prête à affronter l’université Keiõ.

Je n’avais jamais vécu ça avant, changer du tout au tout. Partir pour une nouvelle école, chercher de nouveaux amis – trouver de nouveaux ennemis aussi – c’était frustrant. J’étais généralement amicale de nature, mon visage était avenant alors les autres venaient bien souvent d’eux-mêmes vers moi. Mais, à présent, je doutais de ma complaisance.

Les écouteurs dans les oreilles, je marchais tranquillement en direction de mon institut. Les gens semblaient tous se presser autour de moi, marchant d’un pas rapide, téléphone portable dans une main, mallette dans l’autre. Je me mis à accélérer le pas, psychologiquement hâté par la foule.

Petit à petit, tandis que j’arrivais près de l’académie, plusieurs jeunes de mon âge apparurent dans mon champ de vision. Filles et garçons, seuls ou accompagnés, à vélo ou à pied, se dirigeaient dans une direction commune à la mienne. Je les reluquais tour à tour. Des adolescents de mon genre, simples et aux airs un tantinet stressés. Certains étaient plus vieux que moi, dans la classe supérieur probablement ou bien, ils avaient fait un an de plus en préparatoire afin de réussir leur concours.

Bref, peut importe ; je la voyais, devant moi, l’université. Cette année était probablement celle que j’attendais le plus, le rythme était nettement moins soutenu que celui des études secondaires. J’allais enfin pouvoir souffler – sans baisser ma garde, évidemment. Je voulais absolument réussir.

Je traversais l’entrée et pénétrais sur une route large, bordé par de grands arbres qui piétinaient la pelouse, un tapis vert et soyeux portant les bancs de bois sombre. L’exacte représentation de la photo du site.

Je me rapprochais du bâtiment en brique rouge, visible depuis la rangé de conifères. Les portes étaient grandes ouvertes, prêtes à accueillir les étudiants. Je suivais les autres à l’intérieur, la luminosité était éclatante, tant de fenêtres laissaient entrer les rayons du soleil ! Les couloirs étaient encore plus nombreux et des escaliers en face de nous permettaient d’accéder aux étages supérieurs. A tous les coups j’allais me perdre…

Je fus coupée dans ma contemplation par le directeur qui commençait les présentations des professeurs l’entourant et de l’académie. J’écoutais attentivement son discours, pour faire bonne figure, mais également par respect envers lui. Il détailla les facultés, le règlement, les sanctions et pour finir, ce qu’il attendait de nous durant notre cycle. Ensuite, il énonça chacun de nos noms un à un, pour nous répartir dans les classes. Lorsque le mien fût prononcé, je rejoignis mes camarades.

Mon professeur principal était une jeune femme brune, jeune et élancée, habillé d’un tailleur noir. La tête haute, elle nous mena dans notre salle – je m’efforçais de mémoriser le trajet. En classe, je m’installais prêt de la fenêtre, à côté d’une brunette qui me gratifia d’un sourire timide dès que je croisai ses yeux nacrés, je le lui retournais.

Mon groupe était composé de vingt-trois élèves. Deux jeunes hommes plutôt mignons en faisaient partie, un troisième un peu plus potelé les côtoyait.

- Bonjour à tous, je suis Mademoiselle Yuuhi Kurenai. Je serais votre professeure principale cette année et vous donnerai les cours de pédagogie et de Sciences médicaux sociales.

         La pédagogie, mon cours favoris. Je me concentrais sur les programmes de ces deux matières, les imprimant dans un coin de ma tête tandis que ma voisine les notait soigneusement sur une feuille de classeur d’une écriture fluide et rapide.

         L’enseignante était assise sur le rebord de son bureau, les jambes croisaient. Je supposais qu’elle ne se trouvait pas dans l’établissement depuis très longtemps. Son attitude enjouait et souriant était la preuve qu’elle aimait son métier et qu’elle languissait d’appliquer ce qu’elle avait appris.

         Le reste de la matinée se poursuivit ainsi. Les instituteurs passaient les uns après les autres, expliquant leur programme et leur mode de travail. Contrairement à la première, ils affichaient des mines ennuyées qui démontraient leur réticence à devoir décrire tout cela aux élèves toutes les années.

         Lorsque midi arriva, je rangeais mes affaires dans mon sac, prête à rentrer chez moi afin d’aller manger. Je prendrais un repas préparé en chemin, je n’avais pas encore eu le temps d’aller faire les courses.

Tout en réfléchissant, je ramassais le stylo que ma voisine avait fait tomber en fermant sa trousse trop petite pour tout ce qu’elle contenait et le lui tendait.

- Merci, me dit-elle d’une petite voix. Euh… Je me présente, Hinata Hyuga.

- Haruno Sakura, ravie de faire ta connaissance, lui répondis-je avec allégresse. Alors, toi aussi tu veux travailler dans l’éducation ? Que veux-tu faire ?

- Je ne sais pas trop encore. Peut-être éducatrice. Et toi ?

- Pédopsychiatre. D’ailleurs, ça ne t’ennuierais pas de me prêter tes notes sur le programme de Mademoiselle Yuuhi ? J’ai été moins consciencieuse que toi, m’excusais-je tout en quittant la salle de classe en sa compagnie.

- Aucun problème. Tu vis à Tokyo ? Je ne t’y aie jamais vu.

- Je viens d’arriver, j’ai un petit appartement dans la rue Hichimaru.

- Où habitais-tu ?

- A Osaka, j’ai déménagé pour aller dans cette université. Je ne connais absolument pas, ricanais-je.

- Je te ferais visiter si tu veux ?

- Ah oui ! Ce weekend, tu pourrais ?

- Sans soucis.

Elle semblait plus jeune que moi – je ne disais pas cela à cause de sa taille – plus timide également. Ses longs cheveux bruns parsemés de fines mèches bleutées volaient derrière son dos au rythme de ses pas. Cette vision me rappela les spectres en Enfer. J’arrivais presque à voir leurs épouvantables visages dans sa chevelure soyeuse. Durant un court moment, des doigts noirâtres tentèrent de me prendre au piège.

Je m’efforçais de retourner à la réalité et remarquais que ma camarade nous menait tout droit vers la sortie, je la suivais dans les couloirs en toute confiance.

- L’endroit ne t’a pas l’air inconnu, déclarais-je.

- J’ai visité les lieux de fond en comble avec mon école l’année dernière.

- Quel âge as-tu au juste ?

- Bientôt dix-huit ans. Je n’ai pas fait de classe préparatoire si c’est ce auquel tu pensais.

- D’accord, c’est justement ce que je me demandais.

         Elle sourit à nouveau puis tourna la tête en regardant devant elle, je fis de même et nous traversions l’académie en silence. Je regardais les nombreux étudiants, les garçons surtout, je l’avoue.

         Les dernières années avaient quitté leur veste ou détaché les premiers boutons de leur chemise tandis que les plus jeunes gardaient des tenues impeccables, souhaitant donner une meilleure impression de leur personne.

         En sortant de l’enceinte du bâtiment, sur la route, j’apercevais notre professeure principale monter dans une voiture avec l’un de mes enseignants, le plus importun de tous en outre. Monsieur Sarutobi Asuma.

- Je vais par là. A cette après-midi, s’exprima Hinata, me sortant de mes rêveries.

- A plus tard.

Je partais aussitôt à son opposé pour m’éloigner dans la grande rue en face du porche de l’école, celle que j’avais emprunté tout à l’heure en partant de chez moi. J’y avais repéré quelques marchants, je trouverais bien de quoi déjeuner.

Je prenais un bentô kiku, comportant différentes sortes de nouilles, de nigiris et de salade. Un plat suffisant pour un être comme moi qui ne disposait pas d’un énorme appétit.

J’errais au milieu de la ville, dégustant mon repas et finissais par rentrer chez moi. Je jetais un coup d’œil dans ma boîte aux lettres en pénétrant dans l’immeuble, action futile puisque je venais d’emménager, une habitude que j’avais gardé d’Osaka probablement.

Dans mon appartement, je commençais à déballer mes cartons, consciente que je n’allais pas terminer en une heure et que je devrais m’y remettre ce soir. J’eu tout de même le temps de sortir mes vêtements afin de les placer dans l’armoire.

         Je retournais à l’université, d’un pas plus lent et reposé que celui de ce matin. Je n’aimais pas me presser, j’estimais que la vie pouvait évoluer dans le calme et la sérénité. Ma rencontre aux enfers n’avait pas été pressée alors que le néant se propageait autour de nous.

Depuis lui, j’avais changé et mûri trop vite aux yeux de mon entourage, mon goût prononcé pour la solitude devait provenir de là. A l’école je me retrouvais souvent seule, les autres enfants ne me plaisaient pas – moi non plus je n’étais pas appréciée – je ne jouais pas et ne parlais pas énormément, à moins que ce soit eux, qui aient eu un excès de paroles inutiles…

C’était comique. Gamine, je ne supportais pas les gens de mon âge pour qu’à présent, je souhaite les aider. Quoique, j’en avais vu de toutes les couleurs, les adultes m’avaient traité « de petite dérangée » il y a treize ans. Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques**, mais personne ne s’était gêné à l’époque. Mon imagination était à leurs yeux malveillante et provocante, c’est tout juste s’il n’avait pas fallu me mettre dans un asile – j’y avais échappé de justesse en cessant toutes discussions sur le sujet.

J’étais tellement plongée dans mon monde intérieur que je ne me rendis pas compte de la soudaine arrivée d’Hinata. Elle m’appelait de son inimitable, doux et subjuguant murmure.

- Sakura, tu te sens mal ?

- Non, désolée de t’avoir inquiété. Quand je suis dans mes pensées, j’ai toujours du mal à en sortir, m’expliquais-je.

         Elle se contenta d’opiner, nous ne nous connaissions pas assez pour nous confier l’une à l’autre. Je n’étais pas sûr de devenir amie avec elle de toute façon.

Ce n’était pas que l’humanité n’était pas suffisamment bien pour moi, simplement que je ne me sentais pas faire partie d’elle. La relation que je gardais avec la société restait ambigüe. J’avais beau y mettre du cœur, je ne parvenais pas à m’attacher.

Parfois, il m’arrivait de me demander si l’air toxique des enfers ne m’avait pas, en quelque sorte, détaché de l’univers mortel. Mon âme restait encore et resterait toujours désunie de mon corps. Je m’amusais souvent à comparer ma situation… morphologique, à celle d’un bouton sur une chemise qui ne pendrait au tissu du vêtement que par un unique morceau de fil. J’étais pratiquement capable de sentir le lien, l’attache qui obligeait mes deux éléments à se côtoyer.

Une fois de plus, je prenais conscience de l’environnement « réel » dans lequel je baignais. Nous nous étions assises sur l’un des nombreux bancs de l’allée centrale de l’université, observant les étudiants rejoindre l’institution.

J’entendis Hinata prononcer un début de phrase mais la suite ne me parvint pas. Quelqu’un m’appelait…

« Sakura… »

Mon cerveau avait cessé de fonctionner, mon enveloppe refusait d’effectuer le moindre mouvement. Je ne pensais plus, ne ressentais plus rien, ni mentalement, ni physiquement.

Mes yeux restaient ouverts, mes paupières ne percevaient plus le besoin de se fermer. Ma respiration s’était étanchée. Je n’entendais plus rien, seul mon pouls, ralentissant peu à peu, pouvait être perçus par mon ouïe. Ma vue, quant à elle, était obstruée par de la fumée noire : les démons des abysses.

Le mince fil qui reliait ma partie corporelle et immatérielle en un être entier, quelques secondes auparavant, avait cédé pour de bon, il était resté agrippé fermement à mon corps.

Je pouvais dorénavant apercevoir les flammes au fond du décor – un brasier de fantômes criards, tentant de faire cesser la douleur et la terreur qui les consumaient. La terre déserte, asséchée malgré les larmes qui furent versées sur ce terrain vague. L’atmosphère incandescente, irrespirable, empoisonnée par la mort et l’odeur nauséabonde du sang qui peignait le sol.

J’étais incapable de réfléchir, d’avoir peur, de me sentir ébranlée ni même angoissée, parce que, et simplement pour cette raison, par-delà les flammes, par-delà les visages difformes de haine des larbins de Satan, dans cet Enfer insalubre, Il était avec moi. Ma rencontre aux enfers.

Je ne pouvais pas le voir. Mais je le sentais, là, derrière moi, son buste contre mon dos, sa joue contre la mienne, ses mains entourant ma taille. Il avait rétrécis – non, c’était plutôt moi qui avait grandis depuis mes six ans – en restant plus imposant que moi, sa chaleur était idem à celle de mes souvenirs. J’étais persuadée que son visage, lui aussi, était intact, je devinais son regard noir fixant les spectres en face de nous, les narguant avec indifférence.

Je voulais le voir. La réalité était toujours plus appréciable que le rêve ou la pensée. Alors, je me retournais.

Ce fût comme si j’étais sortie des eaux troubles, la pression dans mes tympans disparus et je pouvais à nouveau entendre la voix d’Hinata. Mes yeux s’ouvrirent en grands, le brouillard de mes pupilles se dissipa enfin, l’air devint chaste et mes poumons purent enfin s’en imprégner.

J’étais de retour à la réalité. Toutefois, je poursuivais ma rotation. Trop lentement…

Ce besoin absolue que j’avais de me rappeler de lui, de le rêver encore et encore. Cette volupté était tellement intense qu’il me hantait jour et nuit depuis notre rencontre. Nos âmes étaient liées entre elles et nos mains à jamais enlacées.

Je me rappelais avoir demandé :

« Où est-il ? »

         Là. Il était là. En ce moment, devant moi.

         Je me rappelais avoir crié :

« Non ! Lui, il n’était pas un cauchemar ! »

Il était tout. Mon Humanité, ma Vie, ma Mort, mon Passé, mon Avenir… C’était lui. Je n’avais pas besoin de respirer tant qu’il était présent, je n’avais pas besoin de voir le reste du monde tant que ses traits apparaissaient devant moi.

Je pouvais le voir. Je le revoyais enfin. Nous étions bel et bien vivant lui et moi, dans l’académie, entourait de personnes tout à fait normales, même si tout était chimérique. Je le fixais aussi intensément que lui. Mes doigts, inconsciemment, se tendirent dans sa direction, je voulais le toucher.

Sa voix m’avait appelé, et moi, je lui répondais…

- Sasuke…

 

 

* Citation d’Anatole France, Les opinions de Jérômes Coignard.

** Citation de J.Joubert