Prologue: Ma Rencontre Aux Enfers

par Nymphonia

 

 

My Meeting In Hell

        

 

~   Prologue   ~

Ma Rencontre Aux Enfers

 

 

Destinée à mourir dans un effroyable accident de voiture, ne pouvant me dresser contre le tourbillon de la mort, moi, petite fille à peine âgée de six ans, me retrouvais seule sur la route qui me menait jusqu’aux confins des abysses.

Je ressentais cette étrange impression d’être dans un rêve, seulement, une force inconnue m’empêchait de penser plus longtemps et je poursuivais mon chemin sur la route embrasée.

Ce désert amassait cette atmosphère lourde. L’air étouffant pénétrait dans mon organisme par mes narines et irritait ma gorge jusqu’à brûler mes poumons. Je ne souffrais pas, la sensation restait toutefois déplaisante.

Plus tard – je ne sais combien de temps s’était écoulé durant ma cavalcade – j’aperçus des flammes, dans lesquelles se consumaient des âmes, des êtres auparavant humains, comme moi. Eux, n’étaient plus que des poupées de porcelaine fondant sous sa chaleur d’une immense cheminé. Je m’arrêtais, hésitante, bien que je sache que les démons me forceraient à avancer.

Soudain, alors que l’atroce noirceur de l’Enfer m’entourait, je sentis cette chaleur, comparable à une caresse, qui s’enroulait soigneusement autour de ma main. Je portais mon attention sur sa source : un garçon se tenant à mes côtés – son teint blanc, sa chevelure sombre, ses yeux onyx et son masque dur – fixant l’horizon, aurait dû m’effrayer, pourtant je resserrais aussitôt notre poigne et le laissait m’emporter vers la lumière, m’obligeant à faire demi-tour.

Je vis des ombres émerger du feu et venir nous contourner, je sentis leurs griffes traverser ma peau, incapable de me toucher ou de me faire du mal. Je les entendis hurler, je perçus leur rage de ne pas pouvoir me saisir et m’emporter vers les limbes avec eux. Elles voletaient autour de nos deux corps, pareilles à de la fumée noire, leurs expressions de colère se dessinant par moment grâce aux bourrasques de vent que provoquait leur danse. Le jeune homme, silencieux et insondable, dégageait une aura bienfaisante, comme si le fait de lui tenir la main me protégeait.

Je le fixais intensément, curieuse – sans forcément l’être – de connaître cet individu si envoutant, gracieux et magnifique, impassible aux incultes qui tentaient par tous les sorts de nous stopper. Mon esprit de petite fille divaguait, incapable de me poser une quelconque question sur l’apollon. Je crois d’ailleurs qu’il n’y avait rien à demander, quand bien même il aurait été le diable, je n’aurais pas eu peur – mes sentiments étaient affaiblis par l’ambiance cadavéreuse des lieux.

Bientôt, nous traversions une barrière chatoyante. Mes paupières se fermèrent, mon corps devint lourd et, malgré que je n’eu pas sentis la fatigue, je tombais dans un sommeil comateux.

 

J’avais à la fois froid et chaud. Je n’arrivais pas à bouger tandis que ma position était plus qu’inconfortable. Même si je pensais, je remarquais qu’il ne m’était en aucun cas possible de sentir que j’étais en vie car mon anatomie semblait totalement séparée de mon âme. Dans la teneur du sifflement assourdissant qui martelait mes tympans, seuls des murmures étaient lisibles, des voix tremblantes, que je reconnu.

Ce n’était qu’après avoir entendus ma mère réclamer de l’aide à un Dieu en lequel elle n’avait jamais cru, que je compris. Les souvenirs ravagèrent ma mémoire puis, tels des électrochocs, alors que mon cœur avait cessé de battre depuis un long moment, que mes parents pleuraient sur mon enveloppe inerte, je me mis à respirer le plus naturellement possible et m’asseyais, sous les yeux effarées de mon entourage, en demandant :

« Où est-il ? »

 

         J’ouvris les yeux dans l’obscurité de ma chambre.

A nouveau ce songe, semblable chaque nuit. Songe ? Pas vraiment en faite. Parce que tout ceci s’était réellement produit. Bien sûr, à six ans, je ne l’avais sûrement pas perçu de la même manière, quoique, certains sentiments restaient identiques, c’était juste mon vocabulaire qui s’était embellis.

L’accident s’était effectivement produit. J’entendais encore le son strident des freins de la voiture, le klaxon du camionneur arrivant droit en face de nous. Les cris de ma mère et de mon père… et les miens. Ensuite, il y avait eu cet éclair, rayon de lumière ayant fait taire tous ces affreux bruits pour laisser place à un silence flegmatique.

Je me rappelle que nous rentrions de chez ma grand-mère. Nous ne roulions pas vite, le camion en face non plus, par prudence à cause du verglas engendré par la température et le vent glacés. La route où nous circulions était bordée par les bois. Au détour d’un virage, un Tanuki* avait traversé sans crier gare. Un coup de volant nous avait amené en travers, le poids-lourd arriva et…

J’étais soit disant déjà morte dans l’ambulance. Mes parents, eux, n’avaient que des cicatrices et s’étaient évanouies sous le choc de l’accrochage. Moi, mon crâne s’était ouvert contre la portière. A six heures et treize minutes du soir, je me réveillais à l’hôpital, sur la table de la morgue, recouverte d’un drap blanc.

J’avais eu droit à des examens, des questions m’avaient été posées mais rien, rien n’avait prouvé dans mes analyses que j’eu été décédée durant à peu près une heure. Ma mère et mon père n’avaient cessé de remercier je-ne-sais qui pour ma… « résurrection », en m’embrassant et me dorlotant comme si ce moment n’allait pas durer.

On m’avait demandé de raconter ce dont je me rappelais, tout avait été clair dans ma tête, pas une parcelle des faits n’avait été omis. Surtout pas les enfers. Surtout pas lui.

Jugeant, à la fin de mon discourt – irrationnel selon eux – pensant également que j’étais sous le choc, je fus envoyée chez un psychologue, racontant encore et encore l’exact histoire de ce qu’il s’était déroulé là-bas. Finalement, le passage des limbes étaient un « cauchemar ».

« Non ! Lui, il n’était pas un cauchemar ! » avais-je répliqué.

         J’étais donc connue comme étant une miraculée alors que c’était lui mon miracle.

         Maintenant encore, après treize ans, je me souvenais de son visage, de chacun de ses traits, je sentais davantage ses doigts enroulant ma main, le calme et la patience qu’il arborait en m’éloignant de l’endroit infâme, sanctuaire des spectres, qu’était les abîmes.

Il était une partie de moi, il était ma rencontre aux enfers.

 

 

* Sorte de raton-laveur au Japon.