Epilogue: Un départ vers la mort

par Nymphonia

 

 

 

 

~   Epilogue   ~

Un Départ Vers La Mort

        

 

Dehors il faisait froid, même dans ma course, mes membres continuaient de vibrer, et mon cœur tambourinait contre ma poitrine. Mes yeux se troublaient peu à peu, comme si le sommeil me prévenait de son entrée et attendait que je cède. Seulement, je poursuivais mon chemin, infatigable tant que je ne serais pas près de ma rencontre aux enfers.

Bientôt, sa silhouette se distingua au loin. Les rues étaient désertes à cette heure de la nuit et personne ne pouvait ressembler à cet être fantastique.

- Sasuke !

Je le rattrapais tandis qu’il se retournait face à moi. Il fondait si bien dans l’obscurité que je crus un instant avoir devant moi un démon. D’ailleurs, c’est ce qu’il était. Un démon. Voilà pourquoi il apparaissait après treize années. Comme un clin d’œil à sa nature.

La porte des Enfers, rien de très séduisant, si ce n’est qu’il avait défié la Mort pour sauver la femme qu’il aimait. Soudainement, je me rendis compte que ce qu’il avait fait pour moi des années auparavant, ne m’était pas uniquement destiné car pour une personne chère en son cœur, il s’était sacrifié. Et pour moi, qu’avait-il fait mise à part me prendre par la main en me faisant faire demi-tour ? Peut-être s’était-il rappelé celle qu’il aimait, peut-être avait-il eu pitié de cette gamine perdue dans les limbes ce jour là. Avait-il seulement pris des risques ?

- Il est tard, tu devrais rentrer te coucher.

- En fait, je voulais te poser une question.

         Il attendit patiemment que je poursuive et n’eut aucune réaction lorsque je lui demandais :

- As-tu réussis à la sauver… cette femme ? Est-elle en vie aujourd’hui ?

         Le vent tourna et il se mit à pleuvoir. Je regardais le ciel sombre et nuageux, persuadée de n’avoir rien vu à la météo qui prédisait un orage. Quand je baissais la tête, son regard était figé sur moi, mélancolique et malheureux. Pendant un instant, je crus qu’il pleurait.

- Non, répondit-il simplement, la voix morne.

         La pluie redoubla et je pris conscience que Sasuke ne pleurerait jamais, les cieux le faisait à sa place. Les larmes me montèrent aux yeux. Il disait probablement la vérité à propos de ses sentiments, parce qu’il semblait incapable de mentir. Toutefois, il se trouvait tout autant incapable de l’oublier elle.

         Je m’éloignais de quelques pas en titubant, les genoux tremblotants.

- Ca fait mal de mourir ? demandais-je d’une toute petite voix.

- Oui, ton âme se consume toute entière, cela prend beaucoup de temps.

         Voilà que j’avais peur. Ce n’était pas tellement l’idée de mourir ou d’être torturée par d’immenses flammes qui me terrifiait, juste la perspective de me dire que finalement, je n’avais été importante aux yeux de personne. Que je serais simplement une âme se perdant dans des flammes parmi tant d’autres au fond de ses pupilles noires et terrifiantes. Qu’on ne me regarderait pas m’en aller. Qu’on ne me pleurerait pas non plus.

- Pourquoi penses-tu cela ? me dit-il doucement. Comptes-tu mourir dans les jours à venir ?

         Il voulu s’approcher et me prendre la main, je le rejetais violement puis reculais aussitôt.

- Tu vas la fermer cette putain de porte, hein ? Tu me l’as dit dans le parc, que tu pouvais me tuer !

- Je ne veux pas te tuer. Je tiendrai le coup jusqu’à la fin, je ne te laisserai pas tomber. Tu vivras, peu importe le nombre de fois où je devrai venir te sauver, je n’abandonnerai jamais.

         C’en fût trop. Je fondis en larmes alors que le ciel avait séché les siennes. Sasuke me prit dans ses bras, amenant une étrange vague de chaleur, et me porta, prenant la direction de mon appartement.

Sûrement avait-il entendu mes pensées. Il savait – tout comme moi dorénavant – que j’avais peur de lui. Au point de ne pas arriver à crier, au point où mon cœur se compressait encore et encore, lentement, près à étouffer. La terreur de ces sentiments qu’il portait à mon égard, de ce qu’il était lui-même : mon départ vers la Mort. C’était si dur de m’imaginer que pendant tout ce temps j’avais peur sans pouvoir m’en douter. Néanmoins, je ne parvenais pas à m’éloigner de lui, à vouloir qu’il disparaisse, même à présent. Après tout, il me l’avait déjà dit : nous étions liés l’un à l’autre. Quoi que je puisse ressentir, il m’était totalement impossible de lui échapper.

         Ma respiration toujours saccadée, je tentais de parler une nouvelle fois, d’assouvir ma curiosité, puisqu’il avait réponse à tout.

- Il y a une fille avec qui je passe mon temps à l’université. Hinata. Pourquoi des spectres apparaissent autour d’elle ?

- Entre tous les ennemis, le plus dangereux est celui dont on est l’ami.

- Tu veux dire que c’est un démon ?

- Pas tout à fait. Les spectres sont le symbole de la Mort.

- Elle va mourir ?

- Pas maintenant. Elle attire la Mort auprès de ceux qui l’entoure. Hinata n’est pas la seule. C’est ce que les humains aiment à appeler la fatalité ou la malchance.

         Dans mon cerveau, le puzzle s’assembla en douceur.

         Une seule conversation me revient à l’esprit, l’unique que nous ayons eu d’ailleurs : sa famille. Qu’avait-il pu arriver pour que sa mère soit dans le coma ? Qu’est-ce que cela pouvait représenter pour qu’elle n’en soit point touchée ? Son étrange comportement, ces sous-entendu dans sa voix trop poli et trop sage, sa timidité maladive, trop brusquement remplacée par un air hautain. Bien sûr qu’Hinata cachait son jeu !

         Je me souvins clairement de sa réplique. Les phrases s’emboitèrent à merveille :

« Elle n’a pas trop l’occasion de parler en ce moment… Se réveiller ? Il y a très peu de chance... Ma mère a décidé de l’adopter, elle lui a fait oublier ses peines… Je la remplace auprès d’eux. »

         Un lien se forma alors avec la vidéo de Mademoiselle Yuuhi. Les paroles du vieux et de l’enfant semblaient être des signes pour me dévoiler la vérité.

« L’espoir fait vivre ! Je les aime tant » avait-elle dit.

         Néanmoins mon esprit préoccupé n’avait su me mettre en garde.

         Alors, serait-elle responsable ? Aurait-elle été jalouse de sa mère pour vouloir l’éradiquer et prendre sa place ? Récupérer tout cette Amour ? Savait-elle qu’elle était possédée ? S’en servait-elle pour parvenir à ses fins ?

         Sasuke claqua la langue, confirmant ma pensée. Ma curiosité s’effaça immédiatement, je ne souhaitais pas en connaitre davantage.

Je restais silencieuse, humant son parfum délicieux. La porte était grande ouverte et il entra dans l’appartement en prenant soin de la refermer derrière nous, puis il pénétra dans ma chambre pour me déposer sur le lit. Les mots n’arrivaient pas à sortir. Je l’observais tandis qu’à travers ses pupilles, l’Enfer se reflétait parfaitement. Perdue et épuisée, je souhaitais qu’on en finisse.

- Je t’aime, chuchota-t-il, sa voix se mêlant au calme de la pièce.

         Ainsi, son Amour Authentique devint également le mien. Je crochetais sa nuque et mélangea ma haine, ma peur et mon amour dans un baiser unique, bien à nous. Un baiser de Mort.

Sa bouche est sanctuaire,

La plus sacrée des prières,

S’alanguir est pour moi,

Le pire des effrois, c’est froid.

Sa bouche est sanctuaire,

Le plus sacré des mystères,

Il est l’ange pour moi,

Je lui dis tout bas :

- Si tu savais combien je te hais.

- L’amour et la haine sont plus proches que tu ne le crois.

         Nous ne parlions plus, laissions libre cours à nos sens. Je voulais lui dire non et en même temps lui crier oui, mais finalement je compris qu’il n’y avait rien à déclarer.

         Ses mains glissèrent au creux de mes reins, m’allongeant sur le matelas déjà chaud, près à nous accueillir. Ses doigts longèrent ma colonne vertébrale tandis que les miens entouraient ses joues puis son cou, longeant ses épaules, ses bras, frôlant son torse… Ses lèvres ne se détachaient pas des miennes, se caressant l’une et l’autre alors que nos langues se savouraient dans une danse sensuelle. Je frissonnais au frottement de sa paume contre ma cuisse, comprenant l’intensité de son désir et la magnificence qu’allait être ce moment.

         Nos vêtements tombèrent peu à peu au sol. Sasuke me serrait contre lui, embrassant ma peau nue, s’attardant sur les contours de ma gorge. La lune éclairait bien assez la pièce pour que je puisse voir ses traits. Il avait fermé les paupières en léchant un de mes seins, mordillant mes tétons durcis, vibrant au son de ma respiration heurtée. Je souris et soupirais de plaisir. Je ne pouvais plus le voir comme un monstre, pas ce soir, je n’avais plus la moindre peur. Il était Sasuke, le resplendissant Sasuke. Tendre, aimant et invraisemblablement humain.

         Je retombais sur les coussins pour qu’il s’allonge sur moi, entre mes jambes, je constatais son plaisir grandir. C’était excitant et à la fois apaisant de le sentir contre moi, dans mes bras. La peur était toujours présente, mais bien caché au fond de mon cœur. Seul le désir de le découvrir en moi persistait.

Au fur et à mesure de nos vas et viens, tandis que nous étions en parfaite harmonie, que je ne parvenais à me concentrer que sur notre étreinte, l’enfer se dessina autour de nous. Des nuages de fumées noirs nous encerclaient, flottant autour de nos deux corps enlacés, le feu et la braise murmuraient un air de musique crépitant. Pourtant, malgré l’angoisse des lieux, je ne voyais que lui. Après tout, j’étais liée à Sasuke, lui à moi et l’Enfer nous appelé sans cesse.

 

 

 

~   6 ans plus tard   ~

 

Mon destin était tout tracé, dés lors de mes six ans j’étais vouée à un avenir funeste. Depuis ce jour, chaque nuit dans mon sommeil, il venait me cherchait et je pénétrais dans l’haut-delà avec lui à mes côtés, me tenant par la main. J’aurais dû avoir peur, seulement, cette perspective faisait mon bonheur.

- Bonjour, je suis Sakura, ta psychologue. Et toi, comment t’appelles-tu ?

- Keito, Madame.

- Keito, tes parents disent que tu as rêvé de quelque chose de terrifiant une nuit et que tu n’arrêtes pas d’en parler. Peux-tu me dire ce que c’était ?

- Oui, j’étais en Enfer Madame. Et tu es venue me sauver.

 

FIN