Infiltrations

par jainas

Infiltrations

 

 

Sasuke n’arrivait pas à dormir.

 

Il se retourna pour la dixième fois en deux minutes, et repoussa les couvertures qui collaient à sa peau, puis, trente secondes plus tard, se retourna de nouveau.

Une fois n’est pas coutume ce n’étaient pas les cauchemars qui le tenaient éveillé, ni même les courbatures vrillant ses muscles malgré les étirements sans fin qu’il pratiquait à la fin de chaque série d’exercices…

Avec un grognement, il se redressa finalement. Le sommeil ne viendrait pas cette nuit.

 

Sans provoquer le moindre craquement des lattes du parquet, il quitta le futon et se redressa dans l’obscurité, sentant la moiteur de la nuit l’envelopper plus efficacement que ne l’aurait fait les draps. En silence il navigua dans l’obscurité de l’appartement qu’il occupait jusqu’à la kitchenette spartiate et se servit un verre de lait à tâtons.

C’était évident. Ca aurait dû me sauter aux yeux, j’aurais dû réaliser.

Et pourtant il n’avait rien vu, alors que tous les indices étaient là. Il n’avait rien vu, rien compris.

Parce que chercher à voir aurait été la preuve que d’une manière ou d’une autre l’Autre lui importait, et ça, il n’avait pas voulu l’admettre –il ne voulait toujours pas d’ailleurs, et quand Sasuke avait arrêté sa volonté sur quelque chose, il fallait un évènement majeur du genre ‘fin du monde’ pour le faire changer d’avis. Mais ça ne modifiait rien au fait qu’il n’avait absolument rien vu venir.

 

Kyuubi. Naruto était le porteur du Kyuubi.

Tout s’expliquait maintenant qu’il avait la pièce manquante.

 Et elle était de taille… -en fait à peu près celle d’une montagne, et au lieu des banals crantages des pièces manquantes normales, elle avait neufs queues qui complétaient parfaitement les trous jusques là incompréhensibles de l’étrange puzzle, tous les faits qui pris seuls ou même ensemble n’avaient eu aucun sens semblaient à présent le narguer:

Les marquages faciaux. L’extraordinaire endurance et les capacités de guérison tout aussi incroyables. Le terrifiant chakra écarlate doté d’une volonté propre qu’il avait attribué à une quelconque faculté génétique transmise par les parents de l’Idiot.

La solitude et les regards mêlés de haine et de peur des villageois qu’aucun gamin, aussi fauteur de trouble soit-il, n’aurait jamais dû pouvoir attirer par sa simple existence.

Et maintenant qu’il y repensait, l’anniversaire de Naruto tombait le jour des commémorations de la mort du Yondaïme, n’est ce pas ?

 

Il avait été aveugle, et cela l’irritait profondément, presque autant que la manière mielleuse et condescendante dont Orochimaru avait laissé échapper l’information. (Non pas qu’il doute une seule seconde que cela n’ait été parfaitement délibéré, évidement…)

Il avait gardé un visage absolument inexpressif, et consenti à la nouvelle l’exact attention qu’il était censé lui accorder : le même intérêt que l’on porte aux informations sur les techniques d’un ennemi potentiel.

D’un air tout à fait neutre, il avait posé des questions précises sur la nature du lien, l’impact que cela avait sur les capacités de Naruto, sur sa force.

Des images du combat à la vallée de la fin lui étaient revenues, éclairées par cette nouvelle lumière.

Les paroles de Naruto. Les siennes.

Je suis plus spécial que toi.

 

Orochimaru lui avait expliqué d’une voix presque chantante ce qu’il savait sur le sceau incroyablement complexe du Yondaïme, sur les précédents jinchûriki, avant de préciser qu’il était très difficile de prédire comment le sceau évoluerait dans le temps, et si la connections de l’Idiot avec le Kyuubi s’amplifierait ou non.

Il avait ensuite soupiré, penché la tête d’une manière que Sasuke n’avait pu définir que comme «prédatrice», et avait ajouté de sa voix sifflante qu’au vu des problèmes que Naruto lui avait déjà posé, il aurait dû l’éliminer la première fois qu’il en avait eu l’occasion.

Il n’avait pas prononcé les mots suivants, mais le sous entendu avait été clair : il souhaitait que Sasuke le fasse la prochaine fois qu’ils se trouveraient face à face.

Il voulait le Mangekyou évidement, et Sasuke était à peu près certain que lui n’aurait pas de meilleur ami à tuer pour l’activer une fois qu’il aurait son corps, quand Itachi serait mort.

C’était un accord muet. Orochimaru apportait à Sasuke le pouvoir, la force de tuer son frère aîné, et en échange, Sasuke lui laissait son corps ensuite. Du moins en théorie.

Il n’avait pas d’idées arrêtées sur l’Après –voir pas d’idées du tout, au-delà de la mort d’Itachi n’existait qu’un brouillard flou sans plus d’ancrage en quoi que ce soit-, mais la perspective d’abandonner son corps au Serpent ne l’enthousiasmait pas outre mesure. Parce que ça aurait bien trop ressemblé à une défaite, et que l’idée seule d’Orochimaru dans son corps lui donnait la nausée ainsi que l’envie furieuse d’enfoncer un Chidori dans la poitrine du Sannin. Et ce n’était certainement pas pour ses beaux yeux (jaunes) qu’il tuerait Nauto. Si Itachi et ses provocations n’avaient pas réussit à le pousser sur ce chemin là, alors ce n’était pas le Légendaire qui y réussirait.

 

Au final il n’avait rien dit, mais il avait mentalement acquiescé : en toute objectivité les choses auraient été infiniment plus simples sans Naruto. Pour une masse corporelle somme toute peu importante, l’Idiot s’était révélé une source d’ennui proprement intarissable. Sa capacité de nuisance était des kilomètres au dessus de ce qu’elle aurait dû être s’il avait prêté une quelconque attention aux plus basiques lois de la proportionnalité –mais ce n’était pas comme si Naruto s’était jamais préoccupé de respecter quelque loi que ce soit, de toute manière…

 

Avec un soupire silencieux il déposa le verre à présent vide dans l’évier, et toujours sans allumer la lumière s’appuya sur le rebord de la table.

Il avait essayé de méditer plus tôt dans la soirée, en vain. Et il était prêt à parier le kunaï planqué sous son oreiller et celui maintenu par un fin holster sous son short de nuit que s’il tentait de se concentrer sur l’un des parchemins hors d’âge qu’Orochimaru lui avait donné à décoder, il ne se passerait pas cinq minute avant qu’il soit de nouveau distrait. Très probablement par une nuisance orange dotée d’un encombrant passager clandestin, qui viendrait allègrement piétiner et les runes anciennes et sa tranquillité d’esprit.

Pourquoi fallait il que même ici, à des jours de marches de Konoha, ce qu’il avait laissé derrière lui revienne le poursuivre ?

Maudit sois-tu Naruto.

En temps normal il aimait ces recherches intellectuelles. C’était une tache difficile mais concrète. Calmante. Il pouvait passer des heures plongé dans un parchemin poussiéreux, à décrypter une technique oubliée. Mais pas aujourd’hui ; aujourd’hui le sceau maudit commençait à pulser douloureusement sur sa nuque, menaçant d’échapper à son contrôle au fur et à mesure qu’il s’enlisait dans ses pensées et ces sentiments inutiles, alors que son esprit aurait dû être clair et inébranlable, fixé sur Itachi.

 

Sans jamais troubler le silence qui régnait, il attrapa un rouleau de tissu propre sur l’étagère, et entrepris de refaire ses bandages –ceux de la veille étaient raidis de poussière, de sueur et de sang : irrécupérables. Il les avait jeté sans même chercher à les laver.

Quand il eut fini de bander ses chevilles, il passa aux mains, avec une sûreté née de l’habitude. Au moment ou il glissait trois sembon dans les boucles de tissus le long de ses avants bras, un pic de chakra tout proche le tira du mode automatique dans lequel il s’était immergé.

Avant que son cerveau n’ait eu le temps de réagir et qu’il n’identifie la nature de l’énergie, les réflexes conditionnés par dix ans d’entraînement avaient joués, et le sembon disparu dans l’ombre au dessus du réfrigérateur, là d’où venait le chakra intrus.

« ... Je t’ai déjà dis de ne pas apparaître comme ça. Un de ces jours tu te retrouvera avec un losange en forme de kunaï entre les deux yeux, et tu seras bien avancée. »

Le sembon roula sur le toit du réfrigérateur, et tomba sur le sol avec un bruit sec, suivit de près par un long corps sinueux qui atterrit avec souplesse, comme une corde qui touche le sol.

Nanigui eut ce que Sasuke avait fini par identifier comme l’équivalent serpentin d’un haussement d’épaule –une contraction des muscles puissants sous les écailles- et se coula sur la table jusqu’au jeune homme qui avait à présent passé un pantalon large de toile noire et un T-shirt de la même couleur -à col haut évidement.

« Ravi de te voir aussi, Sasuke-kun. »

« Hn. »

« J’ai soif. »

Le jeune homme lui accorda l’ombre d’un Regard Qui Tue et sortit une assiette qu’il remplit de lait avant de la poser sur la table non loin de la vipère, puis il retourna au futon pour récupérer sa poche d’arme qui était posée sur le bord de sa couche, à porté de main.

« Entraînement nocturne ? »

« … »

« Tu sais, vos corps d’humain sont ridiculement fragiles, tu devrais te reposer un peu… Cela fait combien de temps que tu n’as pas eu une nuit complète de sommeil ? »

« Hn. »

« Je n’ai pas envi que mon invocateur passe l’arme à gauche avant que j’ai pu profiter correctement de mon nouveau pacte. »

« … »

« Je vois… Bon, quel est le problème ? Ce n’est pas ton Sharingan, sinon ton chakra serait concentré dans tes yeux… »

« … »

« Tu as le droit de répondre tu sais… »

« Tais toi. »

Nanigui releva la tête de la soucoupe de lait et goûta l’air de sa langue.

Depuis qu’ils avaient signé le contrat, elle s’était invitée une bonne demi douzaine de fois, et Sasuke avait fait appel à elle quatre ou cinq fois de plus.

La vipère était loquace, mais, à la grande surprise de Sasuke, étonnamment perceptive quand à son état d’esprit. Il s’était plusieurs fois surpris à lui faire part de fragments de ses pensées –rien d’important heureusement, il s’était toujours repris à temps-, mais rien que l’impulsion était déstabilisante.

Il s’était habitué à la présence affûté et gouailleuse de la vipère, et peut-être le fait qu’elle ne soit pas un être humain rendait-il plus acceptable le fait de se dévoiler face à elle.

« … Ce n’est rien. J’ai juste découvert… quelque chose de… surprenant (Ho, bel euphémisme, bravo Sasuke…) sur quelqu’un que je croyais bien connaître. »

« Et ? »

« Et rien. J’aurais dû m’en rendre compte. »

« Ca aurait changé quelque chose ? »

« NON !... Non. Evidement pas. » Il aurait toujours été l’Idiot, et je serais parti quand même.

« Alors ? »

« Si j’avais su, j’aurais… " J’aurais quoi ? "Il suffit. Cette conversation est terminée. »

« Si ça n’aurait rien changé pour toi, est ce que pour Naruto ça aurait changé quelque chose ? »

« Il… » Sasuke s’interrompit et fit face au reptile avec dans les yeux une lueur qui aurait probablement terrifié n’importe qui d’assez censé pour écouter les hurlements d’alerte de son subconscient. « Qu’est ce que tu as dis ? » Contrairement à ce qu’exprimait le feu vacillant au fond de son regard, sa voix était certes dangereuse et tranchante comme la lame d’un katana, mais calme et maîtrisée. « Comment sais-tu cela ? »

« Sss… Tu parles dans ton sommeil lorsque tu fais des cauchemars Sharingan, Sasuke-kun. »

Le jeune homme tressaillit comme si on l’avait giflé, et pâlit sensiblement. Il n’aurait pas été capable de faire l’expression «horrifié» pour sauver sa vie, mais à cet instant, il s’en approchait aussi près qu’il en était capable.

« Quoi ? » Le sembon qu’il avait en main se cassa en deux avec un bruit sec, mais il ne sembla pas le réaliser.

Parler dans son sommeil était un facteur risque terriblement dangereux pour un ninja. Sans compter les faiblesses qu’il pouvait laisser échapper. C’était monter sa vulnérabilité.

Sans avoir l’air de remarquer la tempête qui dansait dans les prunelles sombres du jeune homme, la vipère siffla doucement et continua.

« En fait ce n’est pas exactement parler. Tu restes silencieux, mais tu articules les mots… » Sa langue goûta de nouveau l’air. « Nous les serpents sommes experts à deviner le souffle d’un murmure… »

La main crispée sur le sembon se relâcha et vint se poser à plat sur la table.

« Qu’est ce que je dis d’autre ? »

La voix était toujours aussi composée, mais un peu plus rauque qu’à l’ordinaire.

« Pas grand-chose. Des noms surtout. Itachi. Naruto.»

Le corps de Sasuke était tendu comme un arc, à craquer, le visage perdu derrière les mèches d’ébènes qui tombaient devant ses yeux.

Puis il redressa la tête, et le moment de vulnérabilité passa.

« Bien. Merci de m’avoir prévenu. Le sujet est clôt, je vais m’entraîner. »

 

Avant qu’il n’ait atteint la porte, Nanigui s’était laissé glisser de la table et l’avait rejoint.

« J’ai faim. »

« … Il y a un nid de rats quelque part dans le bâtiment administratif. Fais comme chez toi. »

« Des ratssss ? Nonnonon… C’est teeellement commun. Je veux du lapin. »

« Hn… Hé bien va chasser dans les bois si ça te tente. »

Ils avaient quitté l’immeuble, et se déplaçaient à présent dans les rues désertes du village du Son. Sasuke se mouvait avec la grâce et le silence d’une panthère se fondant parmi les ombres qui buvaient toute forme. Sans coup férir ils passèrent non loin d’un chuunin qui montait la garde et ne se rendit compte de rien, avant d’atteindre un bosquet à l’orée du village.

Nanigui disparu littéralement dans les herbes hautes –un instant elle était là, le suivant plus personne- et après quelques secondes d’hésitation, Sasuke prit la direction de son terrain d’entraînement favori, une petite clairière près d’un amas rocheux bien plus profond dans la forêt.

 

 

***

 

Ce soir là il ne l’atteignit jamais.

La présence quelque part sur sa droite d’une patrouille le força à s’arrêter, puis à prendre discrètement la tangente lorsqu’il s’avéra que les ninjas se dirigeaient plus ou moins dans la direction de son terrain d’entraînement. S’il se souvenait bien des schémas de ronde qu’il avait mis un point d’honneur à mémoriser au tout début de sa présence au Son, ils feraient un arc de cercle, et reviendraient par l’Est.

Avec un froncement de sourcil irrité, il quitta d’un bond la branche sur laquelle il s’était tapis dès qu’ils furent passés –incompétents, pas un seul d’entre eux n’avait fait preuve ne serais-ce que d’un soupçon…

Il ne pourrait pas s’entraîner là bas ce soir –enfin si, il pourrait, mais pas sans les alerter, et il ne se sentait absolument pas d’humeur à justifier sa présence dans les bois à une heure du matin, ni quoi que ce soit du même genre.

 

L’une des premières chose qu’il avait fait en arrivant au Son avait été de reconnaître le terrain. De jour évidement, mais aussi de nuit, afin d’être à même de s’orienter sans problème en cas de besoin.

Aussi son corps prit-il automatiquement le relais pendant qu’il bondissait entre les troncs lisses – un saut, puis un autre, expirer, localiser la patrouille, un saut, inspirer, expirer, localiser la patrouille, un saut, inspirer, expirer, modifier le flux de chakra sur son pied droit qui ripe sur une branche déjà humide de rosé, localiser la patrouille, inspirer, un saut…

Quand la patrouille fut suffisamment loin et qu’il redressa la tête, ses pas l’avaient mené dans une partie de la forêt pourtant proche du village, mais que l’on évitait soigneusement en temps normal.

C’était là que se trouvait le complexe d’interrogation.

 

En silence il se rapproche de la forme sombre du bâtiment qui se découpait à peine parmi les arbres. Sa curiosité avait été éveillée : c’est là qu’Orochimaru passait le plus clair de son temps lorsqu’il ne dirigeait pas le Son ou qu’il n’était pas occupé à imaginer de nouveaux moyens tordus pour pousser le jeune homme dans ses derniers retranchements…

Il se déplaça pour se rapprocher de l’entrée, tout ses sens en alerte, fouillant l’obscurité à la recherche du garde qu’il savait être là.

L’esquisse d’un plan d’action se formait dans son esprit.

 

Orochimaru était absent du village, cela il en était certain. Son sensei finalisait les détails du ralliement au Son d’un petit clan de guerriers du Pays de la Brume. Sasuke avait assisté à la majorité des négociations, et pu admirer les stupéfiantes qualités politiques du Légendaire : l’homme avait un don extraordinaire pour rallier les minorités autour de lui.

Les Shenlong étaient les gens du voyage de la Brume, leurs capacités physiques leur assuraient des emplois semblables à ceux des ninjas en tant de paix, mais ils étaient unanimement désignées comme la faute de tout les maux lorsque les troubles revenaient –lesdits troubles étant cette fois ci principalement le fait des agissement d’Orochimaru et de la tentative pour renverser Konoha, soit dit en passant…

Le Sannin leur avait ouvert les portes du Son, leur promettant la liberté et le même respect que celui dû à n’importe quel ninja en échange de leurs services.

Il était leur sauveur, et ils se battraient pour lui plus fanatiquement que n’importe qui d’autre.

Sasuke avait observé les négociations avec fascination, notant pour un éventuel usage ultérieur la manière qu’Orochimaru avait d’imposer sa présence en un regard, son habileté à trouver et actionner les leviers des gens, et en quelques mots d’en faire des pions consentants pour son échiquier grandeur nature.

On pouvait dire ce qu’on voulait –et il y avait effectivement beaucoup à dire-, mais Orochimaru était un putain de meneur d’homme, doté d’un charisme à déplacer les montagnes.

Pour la conclusion des négociations toutefois, le Serpent était parti seul, et Kabuto était dieu sait ou en mission spéciale –Sasuke avait réalisé quelques mois auparavant qu’on ne se méfiait jamais assez de Kabuto, et depuis il essayait de toujours savoir ou il se trouvait. C’était difficile, l’homme était plus insaisissable et plus élusif qu’un courant d’air.

 

Tapit dans l’ombre, le jeune homme repéra l’homme de garde au bout d’une minute d’observation attentive de l’entrée et de ses environs : il était immobile le long du mur, presque fondu à la pierre.

Sans crier victoire, Sasuke continua à scruter les alentours, le couvert des arbres, pendant de très longues minutes, jusqu’à ce qu’un léger froissement dans les feuilles d’un arbre et l’acuité de son Sharingan ne lui révèlent la position du second garde, quasiment invisible parmi les feuillages.

Ce n’était pas une quelconque procédure standard, mais son instinct l’avait taraudé de manière presque physique, et un double piège comme celui-ci était tout à fait dans le style d’Orochimaru. Typique, vraiment.

 

« Ne me dis pas que tu vas le faire… »

La seule chose qui retint Sasuke de bondir de surprise et de dégringoler de sa branche fut ses réflexes.

Et puis aussi le fait qu’un Uchiha ne dégringolait pas de surprise, point. (Règle 37, alinéa 4b). C’était juste… non.

Au lieu de quoi il se raidit et jeta un regard en coin à la zone d’obscurité dans laquelle Nanigui avait brusquement fait son apparition, tête en bas, pendant d’une branche plus haute. Sa présence était froide et dangereuse. La présence de la prédatrice qu’elle était, et même s'il ne la craignait pas, Sasuke se sentit tout à coup tout à fait reconnaissant du fait qu'elle soit son alliée plutôt que son ennemi.

« Silence, rampante », maugréa t’il en agrémentant le grognement d'un regard torve.

« Ssss… Pour ce que j’en dit… C’est une mauvaise idée. Même toi tu devrais le savoir, serpenteau. Orochimaru-sama n’apprécierait pas du tout. »

« Oh, tu t’inquiètes pour moi ? Comme c’est touchant… »

« Tsh… A ton aise. Mais tu vas forcément le regretter. »

Et sans plus argumenter, la vipère se replia sur elle-même et remonta dans l’obscurité où elle disparu.

 

 

Jusque là la décision de Sasuke n’avait pas vraiment été arrêtée entre céder à la dangereuse impulsion qui l’attirait vers le bâtiment et la perspective d’aller s’entraîner ailleurs.

Nanigui avait raison : c’était non seulement risqué, mais aussi stupide, parce que si le Sannin l’apprenait, il serait furieux, et alors il n’osait même pas imaginer quels châtiments Orochimaru imaginerait pour lui…

Mais d’autre part il n’avait jamais laissé sa peur de qui que ce soit paralyser ses décisions, et il ne commencerait pas aujourd’hui.

Il détestait cette part de lui-même qui se tétanisait, le souffle court, lorsque son professeur relevait la tête de ses livres, et que soudain ce n’était plus l’érudit passionné mais le tueur sans inhibition aucune qui le fixait. Il haïssait cette seconde durant laquelle il était incapable de réagir, comme l’enfant prit dans le regard du serpent, dans les yeux rouges d’Itachi, avant que sa volonté ne reprenne le dessus et qu’il ne retrouve son contrôle.

 Ces moments étaient brefs, et Sasuke les enfouissait rageusement au plus profond de lui-même, sous les souvenirs inutiles qui ne voulaient pas disparaître, sous la fierté, sous la haine oblitérante du dragon.

 

En silence il inspira lentement, retint son souffle en comptant sept battements de cœur, puis expira. Il répéta l’exercice apaisant plusieurs fois, jusqu’à ce que le dragon soit rendormi et la brûlure sur sa nuque apaisée.

Bien.

De toute manière il ne se ferait pas prendre, et quand bien même, ce serait simplement la preuve que ses capacités d’infiltration n’étaient pas encore suffisantes –et dans ce cas, tout châtiment serait mérité.

 

En trente secondes il fut au dessus de la seconde sentinelle, les doigts verrouillés dans les sceaux d’un très léger genjutsu, suffisamment faible pour que le garde ne se rende compte de rien, avant de se laisser tomber, les yeux dans ceux de l’homme.

Ajouté au genjutsu, le pouvoir hypnotique de son Sharingan était suffisant pour le plonger dans un sommeil éveillé au moins cinq bonnes minutes –c'est-à-dire quatre de plus que ce qu’il lui faudrait pour passer la première sentinelle et entrer, si tout se passait bien. Il faudrait au moins une bonne explosion pour sortir l’homme de sa torpeur tant que l’hypnotisme ne se dissipe naturellement, ne lui laissant que la vague impression d’avoir somnolé.

 

Douze secondes.

 Il relança le genjutsu, cette fois ci sur l’autre, et dès que l’homme eut tourné la tête il ancra son regard dans le sien.

Vingt quatre secondes.

 L’expression du ninja se brouilla, et il s’affaissa contre le mur tandis que Sasuke franchissait la dangereuse zone de pleine vue en évitant les parchemins explosifs disséminés sur le sol.

Trente cinq secondes.

Le champs de mine passé, il se plaça face à la porte, et reproduisit le long enchaînement de sceaux que Kabuto avait effectué la première fois qu’il était venu dans le bâtiment. Il n’avait pas activé son Sharingan, et le ninja médical n’avait sans doute pas cru qu’il pourrait se souvenir de la série complète. Il avait eu tors.

C’est quitte ou double. Si les codes ont été changés…

Mais la porte bascula silencieusement sur ses gons, et il se glissa par l’ouverture étroite avec un soupire de soulagement.

Cinquante trois secondes.

Il était dedans.

 

***

 

 

Au début il se déplaça facilement, ouvrant puis refermant avec une relative aisance les sceaux complexes qui barraient le passage et qui auraient carbonisé –ou noyé, ou simplement balayé- n’importe qui si mal désactivés.

Puis il parvint à l’embranchement ou Kabuto avait pris à droite pour les mener dans le secteur «interrogation».

Là il hésita un instant, accroupis dans les ombres fluctuantes projetées par les torches au feu violacé. Il n’y avait rien qui l’intéresse dans la section interrogation, mais il était à peu près sûr que quelque part dans le bâtiment se trouvait la tanière –le mot était juste- d’Orochimaru.

Il n’était pas certain de ce qu’il y trouverait, mais quitte à s’introduire, autant le faire jusqu’au bout, et dans les règles de l’art.

Et avec un peu de chance tomber sur la bibliothèque bourrée de parchemins hors d’âges décrivant des jutsu tout aussi anciens (et probablement aussi puissant qu’ils étaient oubliés) qu’il était certain de découvrir tôt ou tard.

Et puis il était peut-être bien un peu curieux de savoir ce que faisait Orochimaru des nuits sans fin qu’il passait bouclé dans le bâtiment.

 

Il avait entendu les rumeurs bien sûr, les gardes qui murmuraient entre eux lorsqu’ils se croyaient hors de portée des oreilles indiscrètes. Mais comme tout ouï-dire les récits étaient vagues, imprécis et très certainement très exagérés. Et de toute manière il n’avait jamais eu une confiance illimitée dans les Réseaux de Commérage, alors que ce soit celui du Son plutôt que celui de la Feuille ne changeait pas grand-chose à son point de vue.

 

***

 

Le sceau qui lui barrait le passage s’étalait sur le sol comme une énorme pieuvre d’encre noire aux signes ésotériques.

Quatre points tout autour du cercle, d’où partaient les tentacules principaux, et un cinquième au centre, auquel étaient connectées toutes les lignes de symboles. La lumière des torches ne parvenait pas à apporter la moindre texture à l’obscurité du sceau. C’était comme si les symboles existaient en négatif dans le sol, semblables à un trou noir dont on ne devine la présence que par l’absence de lumière et la distorsion créée.

Prudemment Sasuke ramassa une pierre dans le mortier mal dégrossi du mur et la lança par-dessus le sceau.

La flamme de la torche qui se consumait plus loin dans le couloir vacilla brièvement, et soudain il y eut un flash aveuglant de lumière, une sorte de détonation, et quand il rouvrit les yeux la pierre était retombée à ses pieds. Mais quand il se pencha pour la ramasser, elle se décomposa entre ses doigts, ne laissant qu’une fine poussière brune.

Oups…

Le sceau central était intact, mais la terre autour de l’un des points était désagrégée, un peu brûlée autour d’un autre et apparemment durcie autour du troisième.

Le dernier point ne montrait aucune modification visible.

Ok… Je crois que je vois.

C’était un sceau à quatre points, chacun relié à un élément –l’eau ? Oui, là, une infiltration au pied du mur, c’était suffisant pour alimenter le sceau. L’air, facile, de même que la terre. Et le feu était fournit par les torches qui brûlaient de loin en loin de leur feu à la couleur peu naturelle.

Ce qui signifiait que le sceau central… oui, ça devait être ça…

Sasuke fixa un long moment la pieuvre d'encre, mais celle-ci se contenta de rester noire et immobile, sans même le défier silencieusement. Elle était juste là…

Finalement il se mit à modeler lentement son chakra et commença avec hésitation une longue série de sceaux, espérant avec ferveur ne pas se tromper –ou sinon Itachi n’aurait plus qu’à se laisser mourir de vieillesse.

Rat, cochon, rat-cheval-singe, chien, serpent… Il s'interrompit un instant, passant fébrilement en revue tout ce qu'il savait et devinait des sceaux élémentaires et de leur structure. Dans celui-ci quatre signes servaient de pilier, et les autres s'entremêlaient autour… Mais les sceaux précédents d'Orochimaru avaient eu une construction différente de celle à laquelle on aurait pu normalement s'attendre, un sceau supplémentaire qui modifiait légèrement l'équilibre. C'était certainement la même chose ici. Alors… peut-être que… oui, chèvre. Chèvre, cheval, singe… Et pour finir, rat, serpent et de nouveau… chèvre.

Ses doigts étaient crispés de tension lorsqu'il forma le dernier signe et qu'il mordit son pouce, faisant couler le sang. Et avec une prière silencieuse il plaqua sa main au centre du sceau…

 

 

Il était encore vivant, réalisa t'il avec une pointe de fierté et beaucoup de soulagement. Ce n'était pas encore cette fois qu'Itachi aurait le loisir de finir sa vie en glissant dans une salle de bain trop humide plutôt que tué par son petit frère.

 

 

Lorsque sa main entra en contact avec le sceau, il ne se passa rien.

Ce qui était somme toute une bonne chose si on considérait que l'autre alternative était probablement la mort par hydro-carbono-aero-éléctrocution.

Avec un mouvement souple, il se releva et franchi la pieuvre désormais inoffensive, avant de refermer le passage de la même manière qu'il l'avait ouvert.

Avec un sentiment de jubilation expectative, il s'engagea dans le nouveau couloir qui descendait en pente douce vers les profondeurs du bâtiment. Toutes ses préoccupations étaient momentanément oubliées, et Naruto comme Itachi était repoussé au plus profond de sa conscience.

Il eut à désactiver quelques pièges supplémentaires, mais rien du niveau du sceau-pieuvre.

Puis il arriva aux laboratoires, et s'il lui était resté le moindre doute quand à la santé mentale d'Orochimaru, ceux-ci ne se seraient pas attardés beaucoup plus longtemps.

Le Sannin était complètement génial.

Et complètement fou.

 

Les salles plongées dans la pénombre s'étiraient en enfilade, et seules les torches étranges au feu sans fin donnaient aux choses un semblant d'existence, sortant les choses de l'ombre et leur donnant un contour vacillant.

Il y avait d'immenses plans de travail couverts d'objets ésotériques à l'usage obscur, et des parchemins de notes à l'écriture nette et serrée, codés dans des langues qu'il ne connaissait pas. Il y avait des tables de dissection munies de fers, aux bords creusés de rigoles pour évacuer le sang, et sur les étagères se dressant le long des murs, des dizaines de pots de formol minutieusement ordonnés selon un classement qui lui échappait, et qui contenaient ce qui avait indubitablement été des êtres vivants.

Et sur certains morceaux de peau, pour peu de regarder attentivement, on pouvait apercevoir le fantôme de traces noires ressemblant terriblement à des marques de sceau maudit.

 

Après avoir sommairement examiné la première salle, Sasuke décida rapidement que ce n'était pas là qu'il trouverait ce qu'il cherchait, et il s'engagea dans les pièces suivantes. Orochimaru avait certainement un bureau ou une bibliothèque, un endroit plus accueillant quelque part.

 

Ladite bibliothèque ne fut finalement pas si difficile à trouver.

La quantité et la puissance des parchemins qu'elle abritait créaient une véritable distorsion d'énergie, et lorsqu'il fit coulisser la porte, le chakra qui engluait l'air lui fit l'effet d'un coup de poing dans la cage thoracique.

C'était comme pénétrer tout entier dans une piscine, une piscine qui aurait été remplie non pas d'eau mais de chakra brut, une enivrante promesse de puissance. Sa peau le picotait, chargée d'électricité comme à l'approche d'une tempête.

Les parchemins étaient stockés en piles le long des murs, et sur l'unique parois non utilisée, surplombant une simple table de travail, étaient accrochées des tapisseries et des rouleaux de cérémonie de tout âge et de toute provenance, qui décrivaient -pour autant que Sasuke puisse en juger- diverses légendes et rituels de puissance.

Prenant soin de ne rien déranger et de tout remettre dans la position exacte ou il l'avait trouvé, le jeune homme commença à examiner les parchemins.

Son cœur tambourinait avec excitation, et il dû faire appel à toute sa rationalité pour résister à son impulsion première, impulsion qui aurait été de s'assoire à même le sol pour dévorer chacun des rouleaux l'un après l'autre, et de ne plus jamais ressortir de ce saint des saint.

Au lieu de quoi il se contenta d'ouvrir un peu au hasard les parchemins qui lui semblaient intéressants, et de les scanner avec son Sharingan sans chercher à les comprendre ni à les analyser. Juste enregistrer les caractères et leur forme, et les stocker dans un coin de sa mémoire pour retranscription et usage ultérieur.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

Au bout de quelques heures de "lecture" intensive, il avait consulté une bonne trentaine de rouleaux, dont un qui traitait, lui semblait-il, des Démons à Queue.

Il ajouta un post-it mental indiquant de commencer par celui là quand il examinerait les informations récoltées, et ne quitta la pièce qu'à contrecoeur, parce qu'il savait que s'il s'attardait plus il risquait de se laisser prendre par sa tache, et le temps finirait par lui manquer. Il fallait qu'il soit sortit avant le matin.

 

Il poursuivit donc son exploration des souterrains, allant de salle en salle à la lumière des torches.

Il tourna un peu en rond avant de découvrir d'autres salles d'expérimentation, visiblement plus souvent utilisées que les précédentes, si les traces sombres qui persistaient dans les rigoles d'évacuation du sol étaient une preuve.

 

La pièce suivante était une cellule.

Et elle était occupée.

 

***

Sasuke s'approcha sans bruit, et jeta un regard à l'étroite salle spartiate enclose par des barreaux épais comme l'avant-bras et gravés de sceaux renforçants.

Il y avait une femme, enchaînée au mur, roulée en position fœtale sur un bas flanc qui n'avait de couche que le nom.

Plus loin, hors de sa portée, un bébé de quelques mois reposait d'un sommeil visiblement agité dans un berceau de fortune.

Sasuke n'avait fait aucun bruit, mais la jeune femme se redressa soudain avec un gémissement terrifié. Son regard se posa sur la silhouette immobile du jeune homme, et d'un geste instinctif et futile elle se plaqua dans le coin le plus éloigné.

"Non, non, je vous en supplie, je n'ai rien fait- Nous n'avons rien fait… Je vous en supplie, s'il vous plait, ne prenez pas mon bébé, ne lui faites pas de mal…"

Sasuke avança d'un pas, se plaçant dans la lumière, et la logorrhée traumatique s'interrompit un instant quand elle se figea.

- Non, non…Tu n'es pas l'un d'eux. Tu n'es qu'un enfant… Que fais tu là? Sauves toi gamin, sauves toi avant qu'ils ne reviennent. Sauves toi, sauves toi…"
Elle se balançait d'avant en arrière, et le mouvement révéla une cicatrice hideuse, récente, qui passait entre ses seins et descendait le long de son abdomen. La plaie avait été recousue, mais sans grandes précautions, et des croûtes purulentes s'étaient formées autour des chaires inflammées. Tout autour de la blessure les veines apparaissaient plus sombre, là ou le sang infecté commençait à se répandre dans son corps.

Sa peau était tendue et cireuse, maladive. Elle était mourante.

L'enfant aussi, probablement, réalisa t'il. Sa formation physiologie en compagnie de Kabuto n'avait pas inclus l'interrogation de nourrissons, mais il était à peu près certain qu'aucun bébé n'aurait dû être aussi décharné, aussi fiévreux.

Et aucun bébé n'aurait dû porter gravé sur la nuque un sceau maudit.

 

         Ses poings se contractèrent quand il ramena son regard sur la femme, l'examinant plus précisément, sans pudeur. Mis à part les traces d'intervention, son corps ne portait pas de cicatrice ancienne, mais gardait encore l'empreinte de rondeurs toutes féminines. Sasuke sentit ses joues s'échauffer sensiblement, mais ne détourna pas le regard de sa recherche.

Ses mains étaient petites, faibles. Exemptes de toute trace des cals liés au maniement des armes. Elle n'avait probablement jamais même ne serait-ce que tenu un kunaï de toute sa vie. C'était une civile.

En lui le dragon hurla son indignation, se débattant pour sortir.

Il avait vu des morts, des mourants, sans doute plus que n'importe quel autre genin de son âge. Il en avait achevé certains, sans se soucier du fait qu'ils soient hors d'état de nuire. C'était les ordres, la mission. C'était la vie d'un ninja, et ils savaient à quoi s'attendre.

Mais Orochimaru s'attaquait aux civils, ceux-là même qu'un ninja était censé défendre. Des gens normaux, mêlés à un monde qui n'était pas le leur, dans lequel ils se retrouvaient piégés, parce qu'ils n'avaient pas la capacité physique de se défendre, de tenter quoi que ce soit. Pas même celle de choisir leur propre mort.

Il exhala doucement, chassant de son corps la rage incontrôlable du dragon en même temps que l'air. La femme avait interrompu sa litanie choquée, et l'observait d'un air à la fois terrifié et chargé d'espoir.

 "Vous… vous en êtes un aussi n'est ce pas ? Quand… Quand je pense que je vous disais de vous sauver, que peut-être-…" Sa voix s'étrangla dans sa gorge, et des larmes silencieuses se mirent à couler. Sasuke n'avait pas bougé d'un pas, et se contentait de la toiser de son indéchiffrable regard d'onyx. "Mon fils… il est innocent, ce n'est qu'un bébé, il ne mérite pas ça… ils-"

Avant qu'elle n'ait fini sa phrase, et bien avant que son cerveau n'ait enregistré le mouvement, Sasuke était dans la cellule, agenouillé face à elle, le visage à la hauteur du sien.

D'une main il bloqua sans peine le faible mouvement de recul instinctif, la laissant se débattre vainement. Il regrettait déjà ce qu'il était en train de faire.

Il avait ce pour quoi il était venu, tout le reste n'était qu'un énorme risque supplémentaire et inutile, martelait avec frénésie la partie analytique de son cerveau.

Pars, pars maintenant, le reste ne te concerne pas. Tu n'as pas quitté Konoha pour échouer maintenant. LAISSE LA ET VA T'EN !

Mais son ton resta neutre et bas, presque un murmure tandis qu'il se penchait et couvrait la bouche de la femme de sa main libre, coupant court aux gémissements de bête prise au piège.

"Ecoutez moi attentivement..." Elle se tétanisa, le regard capturé par le sien autant que par son timbre inflexible. "Je ne peux pas vous faire sortir, c'est matériellement impossible. Et vous avez besoin de soins que personne ici ne vous prodiguera.

Quand à votre enfant, je suis navré, mais il va mourir." La femme eut un hoquet étouffé mais ne bougea pas. "Dans son état il n'a aucune chance de survivre au sceau, et même si c'était le cas… Faites moi confiance, avec ce qu'Orochimaru lui infligera, vous préféreriez qu'il soit mort.

Vous avez compris ce que je viens de vous dire ?"

Elle hocha silencieusement la tête.

- Je ne peux pas vous faire sortir, mais je peux vous accorder une mort sans douleur, à vous et à votre fils, plutôt que la torture qu'Orochimaru vous fera subir."

Son regard s'écarquilla, et elle se remit à trembler. Un éclat de rire hystérique semblable à un sanglot lui échappa.

Crise de nerf. Elle était en train de craquer.

- Ecoutez moi, ce que je vous offre, c'est la possibilité de choisir la manière dont vous aller mourir. C'est le seul et unique choix qui vous reste, décider de votre mort."

Sur ces mots il la relâcha, et fit quelques pas en arrière dans la pénombre grisâtre de la cellule, attendant qu'elle se calme.

C'était une civile, se souvint-il, l'idée immédiate de sa propre mort lui était probablement aussi étrangère qu'un couteau à un serpent. Comprenait-elle la valeur que ce qu'il lui proposait ?

PARS !

Les spasmes se calmèrent, mais elle pleurait toujours quand elle releva la tête vers lui. Ses yeux étaient gris très clair, remarqua t'il comme une arrière pensée.

"O.Oui."

Sa voix ne tremblait presque pas.

-Mon… Mon fils d'abord s'il vous plait…

Est-ce que… je peux le tenir une dernière fois ?"

Sasuke ne répondit rien, mais la seconde suivante il était auprès du berceau.

Il saisit l'enfant avec maladresse et le ramena auprès de la femme. Il était brûlant, et Sasuke ressentit la chaleur rémanente contre ses paumes même après l'avoir abandonné à l'enlacement convulsif de sa mère.

Elle pleurait silencieusement lorsqu'elle lui rendit finalement le petit corps, et Sasuke plaça deux doigts au creux du cou minuscule, peu sûr de la force à employer s'il ne voulait pas laisser de trace.

 

Il compta silencieusement jusqu'à cinq, puis relâcha la pression. L'enfant ne respirait plus lorsqu'il le recoucha dans le berceau.

Ensuite il revint près de la femme qui sanglotait faiblement, prise dans une douleur au-delà des mots. Elle hocha légèrement la tête, et lorsque les doigts du jeune homme trouvèrent appuie sur son cou, il cru entendre monter un souffle, un dernier mot déjà étouffé.

"Merci."

 

 

***

 

 

Il retraversa le complexe en mode automatique, relevant méthodiquement les jutsu de protection au fur et à mesure de son passage.

Il n'avait laissé aucune trace de sa présence, et pour déceler les causes de la mort, il faudrait une autopsie très poussée que Kabuto ne se donnerait sans doute pas la peine de pratiquer.

Après tout, que représentaient un ou deux 'dommages collatéraux' pour Orochimaru ?

 

Il n'avait pas tant peur d'être découvert –après tout qu'est ce que le Serpent pouvait lui faire de plus que ce qu'il avait déjà souffert?- que d'être mis en face de la stupidité et de l'inutilité fondamentale de son geste.

A sa manière déviante, Orochimaru serait sans doute ravi de l'habileté dont il avait fait preuve pour pénétrer dans le laboratoire, mais les mises à mort… Elles n'entraient dans aucune logique que le Serpent approuvât, ou même appréhende. Pas plus qu'elles ne trouvaient place dans les schémas de réaction que Sasuke s'autorisait. Il ne comprenait pas non plus.

En arrivant au niveau de l'entrée, il avait classé et enfermé les évènements de la nuit dans le dossier mental intitulé "Réactions bizarres dues à la Fatigue et au Manque de Sommeil", (l'explication se tenait, si on considérait que cela faisait maintenant plus de quatre jours qu'il n'était pas parvenu à dormir plus que cinq heures d'affilé…) et scellé l'ouverture en posant une grosse pierre dessus.

 

Mais tout cela n'aurait pas la moindre importance s'il se faisait prendre en sortant.