Rêves et Serpents

par jainas

Rêves, Regards et Serpents

 

« Mon rêve repose dans le passé. » Sasuke Uchiha

 

 

***

 

 

Comme tout le monde, Sasuke rêvait.

Enfant il avait eut de ces songes simples, clairs, qu’ont les petits quand ils sourient dans leur sommeil. Des rêves lumineux et banals qui s’évanouissaient au réveil.

Parfois le monstre sous le lit le réveillait, et son grand frère venait le consoler, restant assis à ses côtés jusqu'à ce qu’il se rendorme d’un sommeil de plomb. Parfois il tuait tout les méchants ninjas, et sa mère lui souriait, et son père lui ébouriffait les cheveux et disait « Je n’en attendais pas moins de mon fils ».

 

Après le massacre les choses avaient changé.

Durant des mois et des mois il s’était réveillé tremblant de terreur, terrassé par des cauchemars sans nom dans lesquels les yeux d’Itachi le poursuivaient. Les cauchemars s’étaient peu à peu espacé, au fur et a mesure que sa résolution de retrouver son frère aîné et d’arracher son Sharingan de ses orbites s’ancrait en lui, jusqu'à disparaître. Mais après cette nuit là, il n’avait plus jamais rêvé. Et si son sommeil était encore troublé par des songes, il n’en gardait aucun souvenir, rien qu’un frisson désagréable au matin.

 

Depuis qu’il avait rejoint le Son, l’acuité de son Sharingan avait encore augmentée, gagnant en précision, en efficacité. En contrepartie étaient venu des maux de tête douloureux qui se manifestaient quand qu’il utilisait ses yeux intensément trop longtemps – ce qu’il faisait presque chaque jour.

Se souvenant que son père avait souffert des mêmes symptômes, Sasuke avait fini par mettre de côté sa fierté et mentionné les migraines du bout des lèvres à Kabuto. Et celui-ci avait mis au point un remède que le jeune homme prenait quand la douleur dans ses tempes devenait trop forte.

Il avait envisagé la possibilité que le Serpent fasse ajouter une drogue quelconque à ses médecines, parce qu’après tout le rendre dépendant aurait été le meilleur moyen pour s’assurer qu’il ne tente pas de s’évader quand le moment de s’emparer de son corps serait venu…

Bien qu’il doute qu’Orochimaru prenne le risque de se retrouver avec un corps dépendant de quelque drogue que ce soit, il cessait parfois de prendre le médicament par acquis de conscience, juste pour s’assurer que seul les migraines revenaient, ce qui jusque là avait été le cas.

Mais, découvrit-il, il n’y avait pas de remède pour l’autre effet secondaire au développement du Sharingan. Pas de mixture miracle ni de méditation assez profonde, ni d’entraînement suffisamment intense pour les faire disparaître.

 

 

***

 

 

Ils vinrent progressivement.

 

Le Sharingan a la particularité d’enregistrer tous les stimuli visuels. Du simple reflet des feuilles de chêne quand le soleil les frappait de travers, à la couleur exacte du sang tout juste versé, celui qui n’a pas encore commencé à noircir, en passant par cette expression fugitive de surprise qui se peint sur le visage d’un homme lorsque la lame pénètre la chair.

Le Sharingan enregistre tout. Et les cauchemars qu’il donne sont en technicolor.

 

         La première nuit, Sasuke ouvrit les yeux et se retrouva debout au milieu de la rue, juste en dessous du symbole qui marquait l’entrée du quartier Uchiha. La lune pleine déposait sa pâleur argentée sur le paysage, mettant en relief la moindre tuile, la moindre pierre du chemin.

Donnant au sang cette teinte si particulière.

Exactement comme dans ses souvenirs. Sauf que la scène était réelle.

Elle avait la netteté de l’instant présent, il pouvait sentir sur sa peau la chaleur de ce soir là, et l’odeur cuivrée envahissait ses narines comme elle l’avait fait sept ans auparavant…

Et cette nuit là, il regarda Itachi massacrer le Clan une fois de plus, sans pouvoir rien faire. Il regarda mourir ses grands parents, ses cousins et cousines, les jumeaux, a peine âgés de six mois. Il vit tomber ses parents, et contempla dans les yeux du frère qu’il avait chéri la certitude de sa propre mort.

Il se réveilla en sursaut, tremblant de tous ses membres. Il lui fallu une très longue douche et deux heures de taïjutsu forcené pour se sentir suffisamment fatigué pour oser retourner se coucher, et pour se convaincre que la vision n’avait été que cela : un mauvais rêve.

 

Le cauchemar revint plusieurs nuits de suite, le laissant à chaque fois couvert de sueurs froides, et au bout d’une semaine à ce rythme, il commença sérieusement à manquer de sommeil, sa capacité de concentration avait notablement diminuée, et il manqua plusieurs fois de se faire tuer parce qu’il n’avait pas esquivé correctement.

Mais il avait vécu pire lorsqu’il avait été prisonnier du Tsukuyomi d’Itachi, revivant sans fin cette même scène des mois auparavant. Et s’il ne s’était pas laissé briser à l’époque, il ne commencerait certainement pas aujourd’hui.

Il s’entraîna avec plus d’acharnement que jamais, refusant d’accorder une quelconque pensée à sa faiblesse, et les cauchemars du Sharingan se tarirent un temps.

 

 

Orochimaru semblait content des progrès de son élève, et à la grande satisfaction de Sasuke, il estima bientôt qu’il était temps de passer à la vitesse supérieure.

C’est Kabuto qui traça les symboles d’invocation sur le poignet gauche de Sasuke, exactement les même que ceux qui ornaient le bras d’Orochimaru.

L’encre mêlée à son propre sang mordit sa chair comme de l’acide, manquant de réveiller le sceau maudit qui se mit à palpiter furieusement sur la nuque du jeune homme tandis que les virgules noires commençaient à se propager sur sa peau. Les deux brûlures se répondaient de manière intolérable, et il fallu à Sasuke toute sa volonté et sa fierté pour ne pas s’effondrer devant son mentor.

Dès que l’encre fut sèche, le Serpent exigea qu’il forme mes signes d’invocation, et bien qu’épuisé, Sasuke obtempéra. 

Il devait être bien plus drainé qu’il ne le pensait, car il du faire appel au sceau maudit pour achever l’invocation, mais dès le premier essais il parvint à conjurer une longue vipère sinueuse, Nanigui, qui vint se lover contre sa peau et la chaleur du sceau.

Orochimaru ri avec satisfaction, de ce rire malsain qui hérissait tant Sasuke, et il passa sa main morte sur les cheveux du jeune homme qui recula comme s’il s’était brûlé, et lui jeta un  regard qui aurait été menaçant s’il n’avait été aussi épuisé.

 

Cette nuit là les rêves revinrent. Différents, mais bien pires d’une certaine manière.

Il était de retour dans le quartier Uchiha, et une fois de plus il assista impuissant à la destruction de sa vie.

Puis la scène changea.

Il faisait jour à présent, et le quartier Uchiha était désert, comme il l’avait été pendant sept ans.

Sasuke déambula dans les rues délabrées, et soudain, alors qu’il se retournait, Itachi fut là, enveloppé dans la cape de l’Akatsuki, un kunaï sanglant à la main, son masque impassible en place. Il parla de sa voix vide et désintéressée, sans intonation, comme si tout cela n’avait finalement aucune importance.

« Nous nous retrouvons donc à nouveau, mon chère petit frère insensé… Je vois qu’une fois de plus ta haine n’a pas été assez forte, n’est ce pas ?  N’apprendras tu donc jamais ? »

Et, au moment même ou il prononçait ces mots, Sasuke baissa les yeux.

- Peut-être as-tu besoin d’aide pour me haïr ? Le ramassis du Clan n’était-il pas suffisant ? Aurais tu besoin de plus de motivation ?

         Au sol, juste derrière Itachi, une flaque de sang poisseux s’élargissait, et au centre gisait le corps tordu d’une jeune fille. Ses yeux émeraude étaient révulsés, fixant le vide, et le sang qui jaillissait par saccades de plus en plus faibles du gouffre ouvert dans son cou avait teint de pourpre ses cheveux roses.

Le dragon dans le ventre de Sasuke se débattit désespérément, labourant les entrailles du jeune homme, et il se détourna en tremblant…

Uniquement pour poser les yeux sur un autre corps abandonné un peu plus loin. Celui d’un homme adulte, tombé sur le dos, qui fixait sans le voir le ciel pâle au dessus de lui. Les cheveux gris poisseux de sang qui collaient à sa tempe gauche ne parvenaient pas à masquer le trou béant de son orbite.

La main d’Itachi se posa sur sa joue, froide, si froide… Et son frère lui fit doucement tourner la tête, jusqu’à ce qu’il regarde à nouveau dans le gouffre écarlate de ses yeux.

- Le Sharingan appartient aux Uchiha, n’est ce pas petit frère ?

 

Le cauchemar revint. Toujours le même et toujours différent. Répétitif, millimétré jusqu’au moindre détail mais aussi impossibles à dévier qu’un raz de marée ou qu’une éruption volcanique.

Parfois aux corps de Kakashi et de Sakura s’ajoutaient ceux de Lee, de Neji, d’Ino… De tout ceux qu’i avait connu. Celui de Naruto.

Et parfois tous rejoignaient ceux du Clan en un immense charnier. Et toujours Itachi se tenait au dessus des corps, le fixant de son regard de braise et riant de sa faiblesse…

 

         Une nuit il rêva qu’il combattait Naruto à la vallée de la fin, que tout deux luttaient sous les embruns de la cascade. Mais au lieu de dévier le Chidori au dernier moment, la main de Sasuke s’enfonçait dans la poitrine de l’Idiot. Juste à l’endroit du cœur, et le regard de son ami s’éteignait dans une dernière expression de surprise, comme la flamme d’une bougie que l’on souffle.

Dans le cauchemar il tuait Naruto de ses mains, et se tenait debout au dessus du corps, regardant le sang se diluer lentement dans l’eau en tourbillons graciles...

Mais paradoxalement, cette vision là ne lui fit pas tout à fait aussi mal que les autres. D’une certaine manière elle le réconforta presque, parce que même si la scène avait semblée si réelle, il savait que ce moment ou tout aurait pu basculer, que cet écueil là avait été évité. Que l’Imbécile était toujours bien vivant quelque part. Et très certainement en train de s’acharner à apprendre une technique bien trop compliquée pour lui afin de le ramener par la peau du cou.

C’était probablement tordu, mais ce cauchemar là fut le plus facile à ignorer.

 

***

 

 

 

Si l’on excluait les rêves (et Sasuke le faisait avec une obstination qui lui aurait valu une médaille olympique s’il y avait eut une catégorie ‘entêtement’…), les choses se passaient plutôt bien.

Enfin aussi bien qu’on pouvait l’espérer pour un jeune homme qui avait vu son Clan massacré par son frère aîné, dont le but ultime était de retrouver ledit frère pour lui arracher les yeux, et dont le professeur se révélait être un Saninn dément avec une très nette attirance pour son corps et un goût certain pour les serpents…

Mais bref… si l’on oubliait aussi cet aspect de la situation Les choses se passaient en définitive plutôt bien.

 

Orochimaru l’avait autorisé à partir de nouveau en mission, tant que celles-ci ne quittaient pas le Pays du Riz. C’était pour la plupart du temps des B, mais parfois il leur assignait des A, et les occasions de mettre ses nouvelles techniques à l’épreuve en combat réel étaient pour Sasuke une grande source de satisfaction, même s’il lui fallait pour cela subir la présence de Kabuto.

Heureusement, il n’était pas obligé de faire semblant de travailler en équipe avec le ninja médical, le Serpent estimant qu’une équipe n’était qu’une entrave aux talents de son jeune protégé, ce qui allait parfaitement à Sasuke. Il n’aimait pas Kabuto, mais ce n’était pas vraiment difficile de cacher son déplaisir derrière son habituel masque impassible quand la majorité de sa conversation se résumait par « Hn ».

En fait, la seule personne qu’il côtoyait régulièrement et dont la compagnie pour plus de trois minutes d’affilé ne lui donnait pas envi de l’encastrer dans la surface solide la plus proche était le professeur de Taïjutsu que lui avait assigné le Serpent. L’homme était un ninja aveugle, à l’âge indéfinissable et au long visage inexpressif. Il était froid et efficace, d’une rapidité incroyable, et surtout -ce qui était aux yeux de Sasuke sa plus grande qualité- il ne ressentait pas le besoin d’un bavardage permanent.

Ils s’entraînaient dans un silence qui convenait parfaitement à Sasuke, le professeur n’ouvrant la bouche que pour des conseils, ou plus souvent des critiques acérés. Le ninja se repérait principalement au son, et à son contact le jeune Uchiha dû apprendre à se mouvoir dans un silence quasi-total, sous peine de se voir réduire à l’état d’hématome ambulant. Il détestait cela, évidement, mais cela n’avait fait que le motiver un peu plus, et au bout d’un mois de ce régime il se déplaçait avec la même rapidité et le même silence qu’un serpent se coulant parmi les herbes.

 

***

 

 

 

C’était un fait communément admit : les Uchiha n’étaient pas des gens loquaces.

Plutôt que d’utiliser leur ‘précieuse salive’ (dixit Naruto, juste avant que le poing de Sasuke ne l’envoi inspecter en détail le mur le plus proche) pour communiquer, ils préféraient souvent se contenter d’un ‘Hn…’ équivoque accompagné d’un regard vide.

Ou, s’ils étaient d’humeur à s’exprimer, un ‘Hn…’ équivoque accompagné d’un Regard Explicite…

Mais en vérité, si c’est ainsi que Sasuke se comportait avec tout les autres, tout ceux qu’il tenait obstinément éloignés de lui parce qu’ils n’avaient aucun intérêt, il avait toujours eut du mal à maintenir ses coéquipiers à distance… 

Les Regards n’avaient finalement qu’un effet minimal sur eux… Kakashi semblait toujours en savoir bien plus que ce qu’il était censé, et d’une manière ou d’une autre, Naruto était quasiment le seul à pouvoir provoquer des réactions chez Sasuke, à vraiment pouvoir ouvrir une brèche dans la forteresse… Dieu sait pourquoi, mais il y avait quelque chose chez l’idiot blond qui le poussait à réagir… Naruto était tout le contraire de Sasuke : irritant, bruyant, maladroit, étrangement détesté, hyperactif et définitivement orange…

 Et pourtant, sans réellement le réaliser, c’était de lui qu’il se sentait le plus proche….

Après la mort de ses parents, le jeune Uchiha avait vécu dans un univers de silence et de solitude, entouré de personnes qui louaient son talent, son efficacité, mais ne le voyaient pas vraiment. Et quand l’équipe 7, et plus spécifiquement Naruto avait commencé à se tailler un chemin dans sa direction, il avait fait la seule chose qu’il savait faire : les tenir à distance, parce qu’il avait oublié comment c’était de baisser sa garde, juste d’apprécier la compagnie de quelqu’un.

(Mais de toute manière, il n’appréciait pas leur compagnie... N’est-ce pas ?)  Même si quand elle se mettait en colère et que ses yeux verts étincelaient, qu’elle souriait de ce demi sourire si particulier, elle laissait parfois glisser le masque de jeune fille énamourée qu’elle portait pour attirer son attention, Sakura n’en était pas moins collante et obsédée par lui comme n’importe quelle autre kunoïchi… Donc non, il ne l’appréciait pas.

 Et même si Naruto cessait parfois d’être le cancre épuisant pour être simplement un jeune garçon qui connaissait lui aussi la douleur de la solitude, le seul à pouvoir lui arracher sans même qu’il s’en rende compte l’expression la plus proche d’un sourire qu’il était capable de produire, il ne l’appréciait pas non plus… N’est-ce pas ?

 

Pendant un temps il avait réussit à y croire, à ne voir en eux que des équipiers dont il devait supporter l’encombrante présence, des équipiers qu’il n’aimait pas. Puis quand il avait sauvé Naruto au pays des vagues il avait réalisé que ce n’était pas tout à fait le cas. Et parallèlement sa rivalité et sa proximité avec Naruto avaient augmentées, et leurs combats étaient devenus à la fois plus violents et plus confiants, et Sakura laissait tomber le masque plus souvent…

C’était confus et compliqué, même pour lui, et il n’avait su que faire de tous ces sentiments contradictoires et non identifiés… Il avait presque accepté leur présence, accepté que peut être le fait de marcher à leurs côtés ne le rendait pas plus faible…

 Et puis Itachi était réapparu, et la bulle avait explosé. Les choses s’étaient infectées. La rivalité et la jalousie et la peur avaient submergé leur amitié, leur travail d’équipe.

Et il avait réalisé que d’une manière ou d’une autre ça ne pouvait pas continuer comme ça, et les choses étaient devenues encore plus confuses et compliquées si c’était possible, ne lui laissant qu’un point d’ancrage : sa haine pour Itachi et la volonté irréductible de devenir plus fort. Rendant l’invitation d’Orochimaru bien plus séduisante qu’elle ne l’aurait été quelques mois auparavant.

Kakashi avait essayé de le retenir, mais même lui ne pouvait pas comprendre. Il connaissait peut être la douleur de perdre tout ceux auxquels il tenait, mais ce n’était pas vraiment comparable. Il ne vivait pas au milieu des fantômes des siens –ou peut-être que si, mais Sasuke était trop jeune et trop perdu dans sa propre souffrance pour s’en rendre compte-, il ne se réveillait pas chaque matin avec gravé au fond du cœur une litanie de noms commençant tous par ‘Uchiha’.

C’est pour cela qu’il avait fait ce que les Regards n’avaient pas réussit à accomplir, et mis le plus de distance entre lui et l’équipe.

Ce n’était pas seulement une question de vengeance… c’était… ce qu’il fallait faire, parce que quelque part en lui le dragon ne pouvait tout simplement pas survivre comme ça, sans ce but qui était la seule chose qui lui donne la force de se lever le matin.

 Naruto et les autres auraient pu devenir un but, aussi. Mais cette perspective même était terrifiante. C’était trop risqué… Cela signifiait se placer en position de dépendance, et c’était quelque chose qu’il ne pouvais pas se permettre, parce que c’était faire preuve de faiblesse et que pour tuer Itachi il lui fallait devenir fort.

 Parce qu’eux aussi pouvaient mourir, et le laisser seul.

 

 

 

Sasuke avait forgé au long des années tout un arsenal de Silences Explicites et de Regards Lourds De Signification, qui lui épargnaient d’avoir à exprimer à haute voix ses sentiments à des gens dont il n’avait rien à faire sur des sujets qui ne l’intéressaient pas.

Le plus utilisé d’entre eux était le Regard par défaut : ‘Je Suis Un Bloc De Glace Et Vous Pouvez Toujours Essayer De Deviner Ce Que Je Pense’. Il y avait aussi le Regard ‘Mais C’est Pas Vrai Qu’est Ce Que Je Fous Là…’, quand Naruto commençait à se comporter comme un imbécile (c'est-à-dire souvent), que Sakura se pendait à son cou (souvent également), ou que Kakashi-sensei se mettait à ricaner bizarrement en lisant son bouquin porno (un peu plus rarement, mais c’est parce qu’il ne le faisait qu’en présence de son équipe…).

Il y avait le Regard ‘Bas Les Pattes’, réservé à son fan club (bon sang, même au Son ces fichus Kunoïchi ne le lâchait pas… il devrait y avoir une loi contre ça…), et aussi le Regard ‘Je Commence A Me Faire Vraiment Chier’, celui ‘J’ai Failli Attendre…’.

Il y avait celui ‘Je Crois Bien Que Je Suis Heureux Mais Plutôt Mourir Que De l’Admettre’, quand il gisait épuisé aux côtés de Naruto après un entraînement, quand ils passaient une soirée au restaurant et que ses coéquipiers se chamaillaient vaguement sous la surveillance amusé de leur sensei… Toutes ces fois où il se sentait bien, protégé…

 Ce Regard là ne lui était d’aucune utilité ici...

Il y avait aussi le très efficace ‘Regard De La Mort Qui Tue’ (dosage savant entre le ‘Bas les Pattes’ et le ‘J’Espère Que Tu As Une Assurance Vie’), et sans grande surprise celui là se retrouva vite en passe d’être usé a force de l’utiliser.

Il était idéal pour garder les intrus à distance, tout les ninjas curieux se demandant ce qu’un Uchiha faisait aux côtés d’Orochimaru, ou tout simplement pour imposer le silence ou sa volonté à un interlocuteur peu coopératif.

 

Mais, réalisa-t-il rapidement, les serpents semblaient immunisés au Regard De La Mort Qui Tue.

Peut-être parce qu’eux même avait des yeux jaunes fendus de pupilles hypnotiques, ou peut-être était-ce tout simplement un truc de serpents, mais le fait était que le Regard Qui Tue les laissait complètement indifférents. Et pourtant ce n’était pas faute d’essayer…

 

Après son premier essai avec Nanigui, Sasuke avait invoqué pas mal d’autres serpents, certains beaucoup plus grands que la vipère gris-bleue (qui mesurait pourtant déjà cinq ou six bons mètres de long), d’autres plus petits, mais tous s’étaient révélés aussi difficiles à manier les uns que les autres. Les reptiles avaient un furieux sens de l’indépendance, et la plupart du temps il fallait les cajoler ou les menacer pour en obtenir quoi que ce soit d’eux - les deux en alternance ne marchait pas si mal que ça, mais Sasuke digérait déjà mal d’avoir à solliciter leur aide, alors quasiment les supplier...  De plus, dès qu’ils faisaient plus de deux mètres, les rampants exigeaient des sacrifices ! Et humains en plus…

 

L’exception notable était Nanigui.

 

La première fois que la vipère s’était matérialisée à ses côtés sans qu’il ne l’invoque, il était en train de prendre sa douche.

Bien qu’intérieurement son premier réflexe ait été de sauter en glapissant sur la première serviette venue, il l’a fixée froidement, sans sembler se soucier le moins du monde du monde de son habillement –ou plus exactement de son état de non habillement.

« Il ne me semble pas t’avoir invoqué… », a-t-il sifflé sur un ton ‘période glaciaire’ à l’adresse du reptile qui s’était lové confortablement sur son tas de linge sale.

Pendant qu’il récupérait une serviette avec le plus de dignité possible et un regard à faire geler les enfers, Nanigui avait relevé sa longue tête triangulaire et émis l’équivalent serpentin d’un rire amusé.

Etrangement, son rire n’était en rien semblable à celui d’Orochimaru, ce en quoi Sasuke fut plutôt reconnaissant. C’était un son doux et mouillé, un peu chuintant mais qui en même temps contenait une bonne dose d’ironie.

« Ssssss… Les Serpents aussssi savent se servir de leur chakra, Sssasuke-kun… »

Tout en s’habillant, le jeune homme foudroya la vipère du regard.

« Oh, vraiment ? Si vous pouviez vous auto-invoquer librement, je pense que Manda serait actuellement en train de faire une razzia dans le village histoire de reconstituer son stock de ninjas pour le goûter… »

Nanigui pencha la tête et le fixa de son regard fendu. Un regard étrangement expressif pour un serpent, presque amusé, songea Sasuke, mais ce fichu reptile n’aurait pas pu choisir un autre moment pour venir lui faire part de ses considérations sur le chakra des serpents ?

Bon, OK, peut-être qu’il appréciait un peu Nanigui, la vipère avait un espèce d’humour grinçant qu’il trouvait vaguement rafraîchissant, et c’était de loin le serpent qui lui donnait le moins de mal quand il l’invoquait… Mais bordel ce n’était pas une raison pour s’invoquer pendant qu’il prenait sa douche !

Il était fatigué, ses tempes bourdonnaient douloureusement et sa patience s’annonçait encore plus courte que d’habitude.

 

« En effet Sassssuke-kun, tu as tout as fait raison, c’est une technique… restreinte. Je ne peux m’invoquer qu’auprès de sseux qui sont liés à nous par le pacte de sang… et sous… sssertaines conditions. »

Sasuke s’agenouilla lentement sur son futon, et la vipère vint se placer face à lui, dressée de manière à ce que sa tête soit à la hauteur du jeune homme, qui ne pu s’empêcher de trouver la scène un peu… surréel.

Mais ce n’était certainement pas ce qui l’empêcherait de garder la main haute sur cette conversation. Nanigui était peut être différent des autres serpents, mais il –ou elle ? - n’en restait pas moins aféodée à Orochimaru… C'est-à-dire à manier avec la plus grande méfiance.

« C'est-à-dire moi et Orochimaru-sama n’est-ce pas ? »

« Effectivement… »

« Hn… Et que fais tu là ?»

A cette question, Sasuke su qu’il avait mis dans le mille, parce que Nanigui hésita longuement avant de répondre.

« Je suis venu te proposer un pacte, Sasssuke-kun. »

« Un pacte, vraiment ?  Et pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? »

La vipère ri à nouveau…

« Sshhh… vraiment, Sasuke-kun, ne t’a-t-on jamais appris à faire preuve de diplomatie ? »

Le regard du jeune homme révéla qu’il connaissait parfaitement les règles d’élémentaires de la courtoisie, et qu’elle pouvait bien être jetées aux orties pour tout ce qu’il en avait à faire. Il entendait clairement rester au contrôle de l’entretient.

- Aaa… Bien… Je ne l’ai pas fait plus tôt parce que c’est un pacte important pour moi, et que je voulais être sûre de le conclure avec toi.

« … Que veux tu dire… Tu n’as pas lié ce pacte avec Orochimaru ? »

Sasuke avait l’air un tout petit peu surpris, et son expression s’assombrie encore quand la vipère sembla décider qu’il était temps de changer de position et vint se lover contre lui. La voix du jeune homme prit un accent menaçant.

« Nanigui, descend de là… »

« Hmmm… Vous les humains réagissez bizarrement… Je ne peux pas réguler ma température corporelle gamin, et il fait plutôt froid dans ton appartement… Arrête de gigoter et laisse moi me réchauffer, c’est bien la moindre des choses que tu puisse faire. »

Sasuke se débattit instinctivement un instant, il n’était pas du tout habitué à voir son espace personnel envahi comme cela… En fait, pour être honnête, la dernière fois qu’il avait été en contact physique prolongé avec quelqu’un pour une raison autre qu’essayer de s’entretuer remontait probablement à avant le massacre. Et la sensation était terrifiante.

Les anneaux de Nanigui étaient lisses et satinés, coulants comme de la soie, et le poids de son long corps sinueux sur ses épaules était étrangement réconfortant, malgré le fait qu’il déclenchait dans la tête de Sasuke toute une série de signaux d’alertes dans la plus pure tradition ninja

Les muscles tendus comme des cordes, prêt à se dégager au premier signe de duplicité, il resta immobile tandis que la vipère s’installait confortablement.

« Alors ? »

« Non, je ne l’ai pas conclu avec Orochimaru… Et ce n’est pas le genre de pacte qui l’intéresserait de toute manière… »

« Ksss… Si tu daignais être un peu plus explicite… »

Nanigui redressa la tête le long de l’épaule du jeune homme, jusqu’à ce qu’ils soient nez à nez et siffla doucement, visiblement amusée.

« Surveille tes manières Sasuke-kun, tu n’es qu’un serpenteau et je peux encore changer d’avis… »

« ... »

« C’est un pacte d’invocation, entre toi et moi. Tu peux faire appel à moi spécifiquement n’importe quand, et je ne demanderais aucun sacrifice d’aucune sorte. »

Sasuke renifla et eut soudain l’air très méfiant – c'est-à-dire encore plus méfiant que d’habitude.

« Si tu me dis qu’il n’y a aucune contrepartie je ne te croirais pas. »

Nanigui parvint à avoir l’air offensé.

« Shh… évidement qu’il y a une contrepartie gamin… En échange je peux m’invoquer auprès de toi quand je veux. »

Le jeune homme resta un instant silencieux.

« Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? »

Sasuke sembla un instant peser la question.

« Pourquoi t’invoquer dans notre monde?  Et pourquoi veux tu te lier à moi et non à Orochimaru ? »

« Hum… la dimension d’origine des serpents n’est pas vraiment un endroit très accueillant… C’est agréable de pouvoir venir se réchauffer les écailles ici de temps en temps, et puis vous avez des casses croûtes assez intéressants… »

Sentant le regard de Sasuke fixé sur elle avec cette intensité silencieuse semblable à la morsure du feu qui le caractérisait, la vipère ricana de nouveau.

- Non, non, ne t’y méprend pas... Je ne me nourris pas d’humains… Ils ont un goût exécrable…

« Je n’en n’ai rien à faire. »

« Shhh… Mais tu n’aimes pas cela… je vois ton regard quand Orochimaru fait des sacrifices aux autres… Enfin bref… Ton monde est agréable, et j’aime avoir de la compagnie bipède. Quand à t’avoir choisit… Hé bien tu as de la chance, je t’aime bien. »

« ... »

« Et puis… Tu me rappelles quelqu’un. » Nanigui hésita à nouveau, avant de continuer d’une voix à la prononciation lente et liquide, presque réflective. « C’était un grand ninja, et un ami… Orochimaru n’est pas un bon partenaire… L’autre… il a été le tout premier à nous invoquer… et… d’une certaine manière tu lui ressembles beaucoup. »

 

Sasuke resta un temps silencieux, assimilant les informations, et parce qu’il ne savait pas vraiment comment réagir à ce qu’il ressentait confusément comme un aveu important.

Visiblement Nanigui n’appréciait pas plus Orochimaru que lui, et la perspective de pouvoir faire appel à elle n’importe quand sans avoir à se soucier d’être obéit était plutôt intéressante. A chaque fois qu’il avait combattu aux côtés de la vipère, il avait apprécié sa force et sa rapidité de réaction. Contrairement à ses semblables, Nanigui semblait se servir de son cerveau lors des combats, sans se contenter de foncer droit devant et de tuer le plus de monde possible.

 

« Y’a-t-il un moyen de rompre le pacte ? »

« Oui, il te suffirait de détruire le parchemin, et je ne pourrais plus venir. »

« … OK. J’accepte. »

« Aaa ? »

« Mais à une condition. Si tu t’invoques et que je te demande de repartir parce que ce n’est pas le moment, tu le fais. » 

« Shhh… Bien, mais pas deux fois de suite.»

« … Ca semble acceptable. »

« Vendu. »