Vice versa

par Ch0utey

Chapitre 8

Vice versa



-Ah...

Sakura soupira une nouvelle fois. Bon sang, il lui tardait de rentrer à Suna et de dormir pendant trois plombes. Cela faisait elle ne saurait dire combien d'heures qu'elle marchait, aux côtés d'un Yuki semblant ne ressentir aucune fatigue et d'un Ya sautant partout. D'ailleurs, elle se demandait comment il faisait pour grimper sur ces falaises faites de roc. Ils étaient rentrés dans cet sorte de canyon il y a quelques temps, et toujours aucun paysage autre que ces collines rocailleuses. Elle trouvait ce tableau déprimant. En plus, il commençait à faire assez chaud dans ce labyrinthe, et elle s'essuyait nombre de fois le front, dégoulinant de sueur. Elle hurla intérieurement de ne pas pouvoir invoquer Katsuyu, le sol était beaucoup trop cabossé et elle ne pourrait donc pas glisser correctement...

-Yuki-san... dans combien de temps on arrive... souffla t-elle en s'éventant avec sa main.

-...Hum... tout au plus une heure.

-Haaan... râla Sakura, dépitée.

-...

Le brun ricana dans sa barbe, alors que son écureuil atterrit devant lui, après un magnifique plongeon du haut de la crevasse.

-Fumées là-bas, village! fit-il, sautillant sur place.

-De la fumée?... Hum... songea Yuki, caressant la tête de Ya.

-Qu'est-ce que ça signifie?

-Je ne sais pas, mais restons prudent à partir de maintenant... le temps commence à s'assombrir...

Il jeta un coup d'œil au ciel. Ce dernier était d'un gris sombre étrange, et on pouvait de temps en temps voir des sortes de 'voiles' rouges onduler dans l'atmosphère, pour disparaître comme ils étaient venus. Sakura fronça les sourcils en observant ce phénomène. Pour se rassurer, elle attrapa la boussole que Yuki lui avait confié quand ils étaient sortis de sous terre et la porta à ses yeux. Ses paupières s'écarquillèrent, et un frisson désagréable parcourut son échine.

-Yuki-san...

-Hum?

-Je... Je crois qu'il faudrait se dépêcher...

-Que se passe t-il? demanda t-il, voyant le visage troublé de la rosée.

-Regardez...

Il s'avança vers la jeune femme, alors que cette dernière lui tendit la boussole. Le ninja l'attrapa et observa les cadrans. Ses yeux se plissèrent, une expression d'inquiétude se dessinant sur son visage halé.

-... Dépêchons... murmura t-il.

-Oui...

-Ya! Reste avec nous! clama t-il au petit être gigotant à plusieurs mètres devant eux.

Le rongeur s'exécuta et vint se percher sur l'épaule de son maître, qui sortit quelques rouleaux de son sac à dos pour les examiner, tout en accélérant la marche. La rose commençait à angoisser... si ce qu'il se passait dans l'atmosphère était bien ce qu'elle pensait, ils avaient intérêt d'arriver au village dans les plus brefs délais. Sinon...

-Bon... on y est bientôt, regarde! l'interpella Yuki, montrant du doigt devant.

Elle tourna la tête et vit enfin une sortie, et effectivement au loin ils purent distinguer des grosses fumées noires se dégageant de ce qui semblait être une ville. Pourtant, la prochaine cité était censée être plus au Nord...

-Quel peut être ce village? demanda la rose au brun.

-Aucunes idées, il n'est pas répertorié sur la carte... pourtant elle est très récente...

Indécis et réticents, ils décidèrent quand même d'aller se reposer dans cet endroit qui, au premier abord, ne présageait rien de bon...

[...]

Une odeur nauséabonde se dégageant de la bouche d'égout ancrée dans le sol, des poubelles entassées sur le coin d'une vieille bicoque aux fenêtres arrachées et des individus plus qu'étranges peuplant les ruelles sombres. Voilà ce qui fit diminuer encore plus la proximité entre Sakura et Yuki. Non pas par attirance, simplement la rose commençait sérieusement à avoir une trouille monstre de cet endroit. N'allait pas croire que c'était une poule mouillée, loin de là, mais... ce lieu dégageait une drôle d'atmosphère, oppressante, lugubre, effrayante... et le pauvre petit rongeur tremblant, logé dans le gilet de son maître, ne faisait que confirmer cet état de fait.

A peine étaient-ils entrés dans cet espèce de bidonville qu'une pression bizarre s'était insinuée en eux. Même Yuki, pourtant téméraire, n'était pas des plus à l'aise dans cette ville inconnue. Le ciel au dessus d'eux gronda, répandant un vent mystique entre les dédales de rues. Il était comme... dénué de toute température, ni froid, ni chaud, mais pourtant il était violent, comme le fouet du démon frappant cette terre meurtrie.

D'un pas peu rassuré, ils essayèrent de trouver ne serait-ce qu'un endroit potable et dans les normes afin de se ressourcer. Mais apparemment, les services clients étaient des plus basiques dans cet endroit. Non seulement les -supposés- habitants les regardaient de travers -regroupés chacun dans divers petits groupes comme observant leurs prochaines victimes-, mais en plus les «coins tranquilles» ne peuplaient pas les allées au sol sale.

-Yuki-san... murmura Sakura. Cette ville... cette ville ne me plaît pas beaucoup...

-Moi non plus, mais c'est le seul endroit où nous pourrons nous reposer. Je pense qu'Iwagakure est encore à au moins trois heures de marche, et notre voyage a déjà duré plus de 6 heures.

-Oui... mais, enfin... cet endroit est malsain...

-Sakura-san... avec ce qui se prépare, nous avons tout intérêt à rester ici quelque temps, tu l'as dit toi-même...

-... Excusez-moi, vous avez raison...

-... Tu peux me tutoyer tu sais, j'ai seulement vingt-cinq ans.

-... Ah?! Vingt-cinq?! s'étonna la fleur.

-... Je parais si vieux que ça... maugréa Yuki dans sa barbe.

-Euh, non, non! Je ne voulais pas dire ça, mais, euh...

-...

Confuse, elle préféra se taire face au regard abattu du brun. Ce garçon lui rappelait drôlement... Shino. Calme, sérieux, droit, mais avec tout de même une certaine rancune. Un fin sourire nostalgique apparut sur son visage, et elle se laissa aller à ses souvenirs...

Un bruit terrifiant la fit sursauter alors que, les yeux affolés, elle remarqua que le ciel était parcouru de rouge, de bleu marine et autres couleurs sombres, tandis qu'une bourrasque de vent s'engouffra entre les baraques branlantes, glaçant son sang.

-Oh merde... souffla t-elle.

-Tu l'as dit... on ferait mieux d'aller aux abris.

Yuki entraîna la rose vers un bâtiment ayant un semblant d'allure, alors que déjà, les gens étranges disparurent dans l'angle de diverses ruelles étroites, comme des ombres s'échappant alors que le soleil se lève...

Ils pénétrèrent dans un vieux motel sur leur gauche, refermant rapidement la porte grinçante aux carreaux ternes derrière eux. Reprenant leurs souffles, ils observèrent les lieux. L'accueil... n'en était pas vraiment un. Un comptoir caché par une couche de poussière aussi épaisse que le poil d'un mammouth était juste devant eux, encadrant un mur jauni et parsemé de toiles d'araignées. La pièce comportait quelques fauteuils troués, des tableaux noircis ne laissant apparaître que des ombres effrayantes, des bougeoirs rouillés accrochés aux murs et deux ouvertures donnant sur ils ne savaient pas vraiment quoi. L'endroit était lugubre, tout comme les rues de cette ville de cauchemar.

-Il y a quelqu'un?! demanda fortement Yuki, en essayant d'empêcher Ya de l'étouffer.

Seul le silence leur répondit, alors que les pas du brun couinèrent sur le plancher. Sakura déglutit légèrement, tout en suivant d'un œil soucieux Yuki. Cette bicoque ressemblait étrangement à sa pire hantise: les films d'horreur. L'atmosphère propice à la pullulation de zombies sortis des entrailles de la terre va savoir comment, aux bruits effrayants non identifiés et au rire démoniaque lointain comme ambiance de fond. Rien que d'y penser... lui donnait une envie effroyable de rire. Décidément, cette ville était déboussolante.

-Oh oh! Y'a quelqu'un ici?! retenta Yuki, regardant par dessus le comptoir.

Une fois de plus, seule une rafale de vent à l'extérieur leur répondit, faisant craquer les poutres plus ou moins solides soutenant la fondation. La fleur de cerisier jeta un coup d'œil dehors et, à travers les vitres sales, elle ne distingua pas grand chose, simplement l'obscurité qui s'était abattue sur la cité encore une fois très rapidement. Ils n'avaient pas dû se tromper, d'abord le ciel, puis la boussole, ensuite le vent anormal... tout les éléments pour...

Un grincement du sol derrière eux les fit sursauter, alors qu'ils se retournèrent précipitamment, Yuki la main sur le manche de son kunai et Sakura prête à dégainer des shurikens. Les bruits de pas, puisque ça en étaient, se rapprochèrent d'eux et bientôt une petite ombre se détacha de la noirceur d'une des deux ouvertures à côté du comptoir.

-Bien le bonjour, chers visiteurs... fit une voix aigüe et à sonorité machiavélique.

Les deux amis se décontractèrent légèrement, mais se crispèrent de nouveau quand l'arrivant apparut enfin à la «lumière» de la pièce. Sakura eut même une grimace bizarre, tellement l'individu devant eux était... bizarre. Ya poussa un petit gémissement, enfouissant sa tête dans le gilet d'un Yuki impassible.

Devant eux se tenait une petite vieille rabougrie, mesurant à peine un mètre vingt. Elle portait des habits allant du gris au noir -parsemés de petits trous de mites-, un chignon attachant ses cheveux gras au dessus de son crâne et avait dans la main un petit balai cassé -à moitié-. Mais, le plus affreux, était sans doute son nez proéminent surmonté d'horribles pustules, une peau ridée, des dents noires, des yeux aussi petits qu'inquiétants et des ongles crochus. Sakura crut être en plein cauchemar, cette femme ressemblant en tout point à une vieille sorcière tout droit sortie de vieux navets horripilants.

-Bonjour madame, répondit le premier son compagnon, s'approchant doucement.

-Eh bien, eh bien... que viennent faire deux touristes... elle jeta un œil discrètement à l'équipement des deux arrivants. Deux touristes... dans ce modeste endroit, en ce temps si terrible? demanda t-elle en s'inclinant légèrement.

-Nous cherchons une chambre pour nous reposer cette nuit, dit calmement Yuki.

-Quoi?! Mais... tenta Sakura.

-Sakura-san. Sois sérieuse, voyons, comment veux-tu continuer notre... visite alors que...

-Oui, mademoiselle, ce jeune homme a tout à fait raison... renchérit la vieille dame d'un ton conspirateur pas du tout discret...

-... Bien... se résigna la fleur.

-Voilà qui est parfait! s'exclama la dame, se dirigeant vers l'arrière du comptoir en posant son balai.

Elle disparut derrière l'accueil pour réapparaître sous les yeux surpris de Sakura. Apparemment, elle venait de grimper sur un tabouret pour atteindre la bonne hauteur...

-Je me nomme Serma Tsukyio, humbles clients...

-Je suis Yuki, et voici Sakura... et Ya, termina t-il en pointant du doigt la boule de poil dans son blouson.

-Hum...

Serma regarda d'un œil mauvais la petite bête, qui lui rendit un regard assassin en hérissant ses poils, rappelant l'habitude des chats. Ses yeux passèrent au noir total, alors que son maître le poussa vers le bas, l'enfonçant contre son torse.

-Nous voulons une chambre, est-ce possible? demanda t-il.

-...Oui, oui, je dois avoir ça...

La mémé se retourna et commença à chercher dans l'espèce de petite étagère poussiéreuse, ou seulement quelques clés étaient en encore à leurs places. Yuki lança un regard à Sakura, lui adressant à travers ses pupilles un message disant clairement «ne t'inquiètes pas». La jeune fille hocha la tête et déjà, la maîtresse d'hôtel leur tendit une petite clé étrangement neuve.

-Voici, chambre quarante-deux, au second étage...

-Merci madame, pour le paiement...?

-Oh... nous verrons ça demain mon petit...

-Bien.

Les deux amis se dirigèrent donc vers l'escalier que leur présentait Serma. Elle alluma des bougies, qui créèrent une sorte de chemin lumineux jusqu'à l'étage. Prudemment, ils s'avancèrent sur les marches, qui -très étonnement- craquèrent sous leur poids.

-Faites attention aux escaliers, ils ne sont plus très jeunes, comme mon vieux dos... leur informa la vieille avec un signe de main.

-Oui... nous ferons attention... répondit Sakura le plus calmement possible.

Après qu'ils aient disparu dans l'ombre de l'étage, la mamie se retourna et reprit son balai, qu'elle commença à balancer de gauche à droite dans le vide. Un petit rire s'échappa de sa bouche, un rire plus que diabolique et mesquin.

-Passez un bon séjour... gnéhéhéhéhé...

Dehors, le ciel gronda de plus belle, des nuages noires commençant à tourbillonner plus rapidement que la normale, des éclairs de couleurs flashant toute la plaine désertique qui entourait la ville. Le temps changeait... l'air se faisait lourd, le vent soufflait et plus aucunes présences humaines n'étaient discernables dans la petite bourgade.

A la fenêtre de sa chambre -une petite pièce avec un lit, une commode et une chaise, le tout dans une ambiance miteuse et nauséabonde-, Sakura regardait avec inquiétude le dehors. C'était vraiment étrange, on aurait dit que... la ville était comme extraite du phénomène se produisant en ce moment même. Les bourrasques de vent les plus violentes ne passaient pas à travers le village, elles passaient bien autour, et seulement quelques maigres brises soufflaient dans la cité. De plus, elle avait aussi remarqué que les nuages les plus chargés n'étaient pas concentrés au dessus des habitations, mais plus à l'extérieur, laissant seulement un ciel gris parcouru de couleurs effrayantes au dessus de leurs têtes.

-Vraiment étrange... murmura t-elle.

-Oui, j'ai aussi remarqué, renchérit Yuki tout en analysant quelques parchemins posés sur le lit.

-Pourquoi... pourquoi l'orage magnétique semble contourner la ville...?


¤¤¤


Une jeune fille blonde, le regard semblant flotter à plusieurs milles de là, s'avança doucement entre les dernières maisons de la ville. Elle était profondément enfoncée dans la métropole, dans un quartier très peu habité, silencieux. Devant elle, les faibles murs pâles et glauques du seul cimetière de la cité la firent s'arrêter, regardant fixement les grilles basses de l'entrée. Un petit air plutôt frais passait entre les maisons, et Suna était paisible, aucuns bruits ne venant briser le silence des lieux. La demoiselle baissa un instant les yeux, les fermant doucement et resta un moment comme ça, les mains pendantes le loin de son corps et des mèches lui cachant le visage.

Elle ne savait même pas pourquoi elle était venue ici. Elle n'avait jamais voulu revenir dans cet endroit depuis des mois, précisément quand...

Serrant des poings, elle se décida à franchir la barrière de son esprit et releva fermement la tête, le regard déterminé. Après tout, peut-être que la personne qu'elle cherchait était ici... et puis cela était une bonne excuse de sa présence dans ce cimetière. Même si elle ne savait pas pourquoi ses pas l'avaient mené ici...

Elle franchit le portail grinçant, franchissant ainsi la seule porte la séparant de cet endroit inquiétant et empli de tristesse. C'est vrai, pourquoi ce genre de lieu nous coupait toutes envies de rires? Pourquoi, dans l'instant où vous franchissait la limite, toutes pensées joyeuses s'envolent de votre cerveau, ne dégageant que des ondes négatives bourrées de désespoir?

Elle n'en savait rien, et c'est pour cette raison qu'elle haïssait plus que tout les nécropoles.

Elle commença à marcher, doucement, regardant un peu toutes les tombes peuplant ces lieux funestes. Beaucoup trop de gens morts, énormément trop... Des familles brisées, des amis disparus, des liens arrachés... pourquoi les humains devaient-ils vivre pour souffrir autant? C'était cruel... Comment l'Akatsuki avait-elle pu, aussi maléfique soit-elle, faire une telle chose? Si elle tenait le responsable de tout ça sous la main, Dieu ou pas, elle le massacrerait sans aucune pitié. Personne n'a encore vu la véritable étendue de sa haine, personne, même pas... l'autre.

Déambulant toujours dans les allées caillouteuses, son cœur se mit à battre d'un coup plus fort dans sa poitrine, comme redoutant la destination de sa propriétaire. Arrivée au milieu de l'ossuaire, elle s'arrêta à nouveau. Devant elle, une immense stèle faite de granite noir se dressait, fière, imposante, immobile. Des innombrables gravures étaient visibles dessus, toutes des noms de personnes décédées au combat. Enfin, au combat... soit disparues, soit mortes.

Elle soupira puis ses yeux se portèrent vers la gauche. Elle se figea un instant en distinguant une ombre debout, devant une tombe bien garnie de fleurs, tombe pas si étrangère que ça pour elle.

-Qu'est-ce qu'il...

Elle se mit en marche rapidement mais silencieusement, fixant toujours l'individu qui semblait plongé dans ses pensées. Arrivée à quelques mètres, elle s'arrêta vivement, les yeux écarquillés. Que faisait-il ici? Sans qu'elle ne s'en rende compte, une colère enfouie en elle ressurgit, assez étrange. Elle avait envie de l'insulter, là, maintenant, de lui cracher à la figure toutes les horreurs qu'elle pourrai...

Lui, il semblait ne pas l'avoir remarqué, le visage bas et ses yeux plissés au maximum, fixant la sépulture devant lui. Ses mains étaient comme d'habitude dans les poches de son gilet cette fois noir, et quelques mèches rebelles flottaient lentement au gré de la douce brise passant à travers le cimetière.

Et la blonde derrière lui ne put s'empêcher de baisser les yeux vers les inscriptions ornant le mausolée face à lui. Une expression grave s'abattit sur son visage, une boule se formant dans sa gorge. Elle ne devait pas se laisser aller aux sentiments... pas maintenant, pas encore. C'est pour cela que, se reprenant, sa voix ne fut qu'amertume et froideur à travers les tombes des défunts:

-Tu es venu te repentir?

La phrase fut comme un électrochoc pour le brun, qui sursauta légèrement avant de jeter un coup d'œil à la jeune femme. Elle se tenait droite, ferme et il remarqua simplement qu'elle le fusillait du regard. Il ne répondit rien, reprenant sa pose initiale, le visage neutre.

-Je t'ai cherché partout imbécile, je te signale que les problèmes ne vont pas se régler tout seuls!

-...

Réprimant une envie de meurtre, elle souffla et tourna la tête à droite, regardant les maisons encore visibles depuis là où ils se trouvaient.

-C'était... mon deuxième échec...

Elle tressaillit, reportant son attention sur le jeune homme proche d'elle. L'observant une nouvelle fois, elle remarqua qu'il avait fermé les yeux et semblait extrêmement pensif.

-C'est la seule famille qu'il me restait... la seule... pardonne moi, Temari...

Il tourna les talons et prit une nouvelle allée, laissant la Sabaku No seule, devant cette tombe qu'elle n'osait même pas regarder une fois de plus, troublée.

Le brun avait une sorte de poids sur le cœur, et ses yeux le piquaient atrocement. Il était... faible. Lâche. Il ne faisait pas face à ses erreurs, encore une fois. Il savait que c'était sa faute ce qui s'était passé. Il en était conscient. Il avait dû faire un choix ce jour-là, et il avait opté pour sauver la seule personne le raccrochant fortement à tous ces liens qu'il avait perdu, qu'on lui avait arraché durant la catastrophe. Il n'avait pas envisagé la possibilité d'une embuscade par les ennemis. Il s'était fait avoir comme un bleu, préférant se dépêcher au détriment d'un plan plus élaboré.

Mais ce qui était fait était fait. C'est pour cela que, bifurquant dans un autre chemin de sable, il arriva devant une autre pierre tombale, posée entre deux autres gros cailloux taillés.

-Salut...

Il reprit sa position de 'méditation', fermant légèrement les yeux, essayant peut-être de trouver une présence réconfortante parmi tous les esprits peuplant ce cimetière.

Il venait toutes les semaines ici, se recueillir sur la tombe de ceux qui avaient compté pour lui. Il ne savait pas en quoi cela pourrait le 'soulager', mais il venait quand même. Il espérait peut-être se faire pardonner de toutes les erreurs qu'il avait pu commettre, lui et ses deux-cent de QI. A quoi bon être intelligent si on était incapable de se servir de nos neurones en cas de situations de crises? Il s'était laissé submerger par l'émotion, ce jour-là. Voilà pourquoi ils l'avaient perdu...

Regardant encore une fois les inscriptions taillées dans la roche, il soupira avec nostalgie.

L'homme enterré sous ce caillou lui manquait. Enfin, même s'il n'était pas physiquement dessous cette pierre. Disparu. Voilà ce qui était inscrit à jamais dans le roc. Pour lui, ce n'était en aucun cas une source d'espoir. Il était mort. Il l'avait su quand il lui avait dit de partir. Il l'avait su quand il l'avait vu entrer dans cette maison en feu. Il l'avait su quand la charpente s'était effondrée. Mais ce jour-ci, ce n'était pas sa faute. La débandade dans la ville était telle qu'il s'était fait littéralement embarquer avec tout l'amassi de population terrorisé. Et s'en avait été fini. Il avait compris que tout était fini pour sa vie. Son père était parti sauver le peu de gens encore en vie parmi les décombres, avec le vent, la pluie, les éclairs, les tornades... il avait disparu. Sa mère avait disparu aussi, sûrement était-elle dans le grand marché quand la grande falaise des Hokage s'était effondrée. Les visages figés dans la pierre étaient tombés, vaincus par une force inhumaine. Les ninjas étaient impuissants, tentant de secourir un maximum de civils. Mais sans les instructions de Tsunade, disparue elle aussi mystérieusement avant, tout n'était que fouillis et précipitation... Ce jour là, Konoha fut anéantie.

Shikamaru avala douloureusement sa salive, une spirale de peine remontant de son ventre.

-Tu sais... murmura t-il. Tu sais... tu me manques...

Portant sa main à son front, il remarqua que des sillons humides coulaient de ses yeux. Quelle fatalité...

D'un geste lent, il essuya cette traînée de tristesse tout en redessinant une nouvelle fois les lettres sculptées devant lui... il s'abaissa, posa sa main contre la paroi froide et, d'un mouvement ample, il caressa une dernière fois le nom de son ami...

-A plus... Chôji... murmura-t-il.

Sans un regard de plus, il s'en alla en vu de la sortie, se disant qu'une certaine Temari devait l'attendre de pied ferme devant le cimetière. Il était déjà passé voir ses «parents» et quelques anciens collègues... il avait donc dépensé pas mal d'énergie. Et la perspective de la journée qui l'attendait ne l'enchantait guère. Encore du boulot... S'il était d'humeur plus joyeuse, il aurait prononcé un imperceptible «galère», mais en ce temps morose, il ne put que soupirer.

Il dépassa une sorte de grande plaque posée au début de l'allée, puis reprit le chemin qu'il avait emprunté il y quelque temps. Il quittait ainsi la partie du cimetière nommée:

« Ici repose Konoha.»


¤¤¤


Cela faisait une heure déjà qu'il était dans cette chambre, des papiers disposés un peu partout sur le vieux lit. Yuki, en pleine concentration, étudiait attentivement divers plans plus ou moins récents, essayant de déterminer quelle était cette ville étrange. Son écureuil était couché tout prêt de lui, relevant la tête de temps en temps pour vérifier que tout allait bien.

Sakura quant à elle était toujours devant la fenêtre, regardant soucieusement l'extérieur. Depuis déjà plusieurs minutes des tourbillons se formaient entre les nuages, et des éclairs s'abattaient sur le sol à quelques kilomètres de la cité, ou tout de même des tremblements inquiétants se faisaient ressentir. Le bruit déchirant de la foudre sonnait très mal à ses oreilles, et à chaque coups de tonnerre son visage se crispait. Elle détestait ce genre de bruits... Tournant sa tête vers le brun posé sur le lit, elle resta comme ça un moment, pensant à tout et à rien. En fait, elle était vraiment contente. Sai était vivant. Ino était vivante. Hinata était vivante. Naruto était -sûrement- vivant. Shikamaru, Temari, et elle ne savait combien encore elle pourrai retrouver. Toutes ces années de solitude et de souffrance avaient encore plus renforcé son caractère, bien qu'avec toutes ces émotions, elle n'ai pas eu le temps de s'affirmer correctement, même si elle ressentait tout de même une grande fierté d'avoir pu sauver toutes ces vies. Si seulement elle avait eu cette force d'esprit et ce sang-froid lors du grand changement il y a cinq ans... elle aurait pu sauver sa mère, plutôt que de paniquer en voulant être partout à la fois, pour au final ne sauver personne. Heureusement que Naruto était là. C'est grâce à lui qu'elle avait réussi à quitter le brasier qu'était devenue Konoha. Et, triste destin, elle l'avait à nouveau perdu alors que les survivants tentaient de fuir par la forêt, sous des pluies diluviennes et un vent d'apocalypse. A partir de là, elle ne se souvient pas de grand chose, juste des coups de tonnerre et des cris. Elle s'était réveillée quelques heures plus tard, seule, au milieu d'un grand rien, seulement accompagnée de quelques corps inertes d'habitants. Tout le monde avait disparu, elle était seule. Trop seule. Dès lors, elle s'était jurée de les retrouver, tous, sans exceptions. Et pour ça, elle devait devenir plus forte, plus courageuse...

-Sakura...

Elle sursauta, prise en flagrant délit dans ses pensées, et remarqua que Yuki la regardait la tête penchée sur le côté.

-Hum?!

-Sakura... est-ce que ça va?

-Euh... oui oui, j'étais juste...

Une secousse violente propulsa les deux amis en avant, et la vitre de la chambre se fissura. Affolée, Sakura se releva difficilement, touchant de ses doigts son front ou une bosse venait d'apparaître, surmontée d'une faible coupure. Elle venait de se cogner violemment contre la boiserie de ce satané lit!

Elle jeta un coup d'œil au maître ninja et vit qu'il se relevait aussi, Ya lui sautant sur l'épaule, les oreilles baissées.

-Tout... va bien... demanda t-elle encore assommée.

-Ouais... qu'est-ce que c'était bordel...

-Je ne sais pas... mais c'était tout prêt d'ici, et cela m'étonnerait... aie... que cela soit la foudre...

-Ca ressemble plus à...

-...une explosion! termina Sakura.

Sans plus tergiverser, ils prirent rapidement leurs affaires pour se précipiter en bas, où ils ne remarquèrent pas que la vieille Serma avait disparu...

Une fois dehors, ils purent enfin voir la source de ce tremblement. Un nuage de fumée s'élevait à quelques rues d'eux, et au vu de la couleur que reflétait le ciel, c'était bien une déflagration. Ils se mirent donc, au pas de course, en route vers cette étrange explosion, non sans surveiller le ciel et les spirales dangereuses se formant à la surface des cumulonimbus.

En route, ils virent plusieurs groupes de personnes se diriger rapidement vers l'endroit, en jurant et en sortant des armes telles des sabres mal forgés et des kunais cabossés. Des brigands, sûrement... cela voulait dire que celui -ou celle- qui avait provoqué cette explosion n'était pas du côté des 'méchants', mais plutôt du 'bien'.

-Yuki-san... tu crois que ça pourrait être celui qu'on cherche?! demanda Sakura.

-Hum... peut-être.

Arrivés à l'intersection de deux rues, ils virent enfin les dégâts. Toute une partie de la ville avait littéralement disparu, et un immense cratère fumant était présent à la place, parsemé de décombres en tous genres. Des flammes brûlaient dans les maisons restées un minimum intactes tout autour, et d'autres détonations leur parvint d'un peu plus loin.

-Mon Dieu... que s'est-il passé ici... souffla Sakura, regardant assez choquée les gravats.

-Je pencherais pour une petite lâché de massacreurs de vilains pas beaux, répondit le plus sérieusement Yuki, le regard éclairé par les braises.

-Tu as sans dou... Hein?! fit soudain la rose, réalisant les propos de son coéquipier, propos plus qu'étranges venant de sa part, d'ailleurs...

-Laisse tomber, il faut aller voir et chercher la personne qui provoque ce raffut... Je propose de nous séparer en deux groupes: moi et Ya, nous allons aller vers là-bas... fit-il en montrant la gauche de leur position, et toi, Sakura, tu iras droit devant. Je pense que tu es assez forte pour te débrouiller, je me trompe?

-Hum! Évidemment, ce n'est pas deux ou trois fripouilles qui me feront peur! J'ai connu pire...

-Bien... Bon, évites de trop te faire remarquer... on m'a informé que tu n'es pas du genre «discrète»... murmura t-il d'un œil suspicieux.

-Hey! Ça veut dire quoi ça?! répliqua t-elle, offusquée.

-Euh... rien rien! On se rejoint ici d'ici une heure! s'empressa t-il de dire, tout en s'en allant.

Elle le regarda partir en trottinant, avec une veine sur la tempe. Elle? Pas discrète? Il allait voir!

D'un pas rapide, elle se dépêcha à contourner le grand cratère, non sans rester vigilante. D'autres 'ninjas' se précipitaient à différents endroits, criant des «il est là-bas!» ou «par ici!», du coup, il lui était difficile de se concentrer sur une présence de chakra. Malgré tout, plissant un peu les yeux, elle distingua une puissante aura provenant de droit devant elle. Son visage s'assombrit. Elle n'avait encore jamais vu ce type d'énergie, c'était... assez... étrange, on va dire. Elle ne saurait dire pourquoi, mais ce chakra... lui rappelait quelque chose, mais impossible de savoir quoi. Elle commençait à croire fortement que ce type était leur «héros», au vu des dégâts. C'était plus que plausible, après tout c'était pas la saison des sauveurs d'univers. Ou bien un groupe de ninjas alliés... va savoir.

Sans y prendre non plus cent ans, se disant qu'elle aurai les réponses à ses questions dans pas longtemps, elle accourut à grandes enjambées entre les ruines des vieilles bicoques, la lueur du feu se reflétant dans ses yeux émeraudes, ceux-ci remplis d'une étincelle inconnue. Des rugissements lugubres lui parvint de l'extérieur, et des bruits de métal se froissant retentirent à ses oreilles, lui informant que l'orage magnétique battait son plein autour du village. Heureusement que cette cité n'avait pas l'air enrichie en fer ou autres métaux, sinon elle aurait eu de quoi s'inquiéter plus. D'ailleurs, ce trou paumé était plus qu'énigmatique...

Bifurquant sur la gauche, s'éloignant des échos de pas et de cris, elle se retrouva dans une allée silencieuse, noire. L'ambiance de 'bataille' s'estompa d'un coup, un air sinistre se répandant à travers la ruelle. Elle eut un léger malaise, voyant le décor danser devant ses yeux, n'entendant bizarrement plus rien du leitmotiv joué au cœur de la ville. Comme au ralenti, elle tendit son bras de façon à s'appuyer contre le mur, mais en un instant une sorte de décharge d'énergie déferla à travers la rue, puis une gigantesque explosion explosa littéralement tout le côté droit du sentier, envoyant Sakura valdinguer à plusieurs mètres, sonnée. Elle eut du mal à ouvrir les yeux, son crâne donnant l'impression d'être parcouru par une fanfare atroce aux instruments mal accordés.

-Bordel... maugréa t-elle, les rétines parcourues de points blancs désagréables.

Elle se releva difficilement, sentant tout autour d'elle une chaleur anormale et une énergie intense, même apeurante. Elle essaya de réajuster sa vue, étant comme dans un brouillard total, et elle avait la sensation que sa tête allait exploser.

Après s'être accoudée à ce qui lui semblait être un reste de mur, elle posa sa main contre son front et une lueur verte apparue, soulageant sa douleur en quelques secondes.

Sakura soupira, ses maux venaient de s'envoler. Courageusement, elle ouvrit alors lentement les yeux qu'elle avait fermé lors des soins, et se paralysa devant le spectacle s'offrant à elle.

Ce qu'elle vit en premier fût l'état chaotique de l'ensemble de la ville. La plupart des maisons étaient effondrées, du feu sortant par les fenêtres de celles encore debout, de la fumée aussi noire que du charbon s'élevait à divers endroits de la bourgade et une odeur de cramé régnait en maître. Mais, comparé à ce qu'elle avait devant les yeux, à quelques mètres d'elle, tout ceci était seulement un joli spectacle de danses folkloriques. Les yeux écarquillés, figés, injectés de petite veines, son cerveau ne réagissait plus du tout. Elle était immobile, incapable de bouger, un bras contre la rambarde de bois et l'autre pendant le long de son corps. Des fourmis s'emparèrent de ses membres, commençant à trembler violemment alors que, devant elle, une immense concentration de puissance destructrice lui barrait la route. Brillante d'une aura orange et noire, une sorte de gigantesque bras de feu et de chakra venait de traverser les deux murs encadrant la rue, s'encastrant dans plusieurs autres demeures qui s'étaient pulvérisées sous le choc. Une fumée s'échappant de tout le long du membre inconnu, des petites bulles étranges se concentrèrent en son milieu, faisant se contracter la main d'énergie lugubre, qui apparemment resserrait son emprise sur quelque chose.

La lèvre inférieure de Sakura se mit à vibrer, ses pupilles toujours aussi étroitement ouvertes, regardant avec stupéfaction cette chose... elle connaissait ce chakra... oui, elle s'en souvenait maintenant...

Elle se redressa, figée au milieu des débris de l'allée, attendant peut-être une réponse au tumulte de questions qu'elle se posait. Elle sursauta lorsque, mêlé au déferlement de l'orage au loin, la main enflammée poussa comme un rugissement rauque, disparaissant petit à petit pour au final s'évaporer dans un nuage blanc.

Et alors, sortant du brasier, brillant sous l'embrasement du bois, elle vit apparaître une silhouette. Haute, droite, fière, dégageant une telle force qu'elle-même, inconsciemment, voûta un peu le dos, essayant de sa main de se protéger de la clarté que dégageait cet être...


¤¤¤


Elle vérifia encore une fois le contenu du tube à essai «n°4», regardant attentivement si la dose d'herbes était en bonne quantité, puis plongea une mixture verdâtre dedans pour ensuite prélever un petit échantillon du mélange. Elle plaça la solution dans un petit frigo mit à disposition dans le laboratoire, puis s'essuya le front. Ce début de journée avait été chargé, non seulement le toit de la serre leur était tombé dessus, mais en plus des plantes carnivores en avait après son derrière... vraiment, sa malchance était revenue comme la civilisation... Bref, elle plaça une mèche rebelle derrière son oreille et jeta un regard circulaire à la pièce, tout en vidant presque l'air de ses poumons. La salle était typique des labo de recherches, immaculée et exhalant une odeur de souffre. Deux grands établis formaient un L sur le côté, remplis de divers instruments nécessaire à la recherche, et de nombreuses étagères étaient présentes, toutes pleines de plantes ou autre produits chimiques. Hinata se tourna vers une jeune femme penchée devant la table, qui était -semble t-il- en pleine concentration.

-Hanabira-san... où en es-tu? demanda t-elle en s'approchant de la brune.

-Oh... et bien j'avance... euh...

-Hum?

La Hyûga jeta un œil à l'activité de la brune, et une goutte de sueur coula sur sa tempe. La potion que concoctait Hana dans son tube n'avait rien de... d'une potion... c'était plutôt coupé entre de la soupe de potiron et du jus de chaussette. Hinata sourit timidement à son amie, qui la regardait avec des yeux de cocker.

-Euh... c'est pas mal... dit-elle le plus gentiment possible.

-Ah oui?!

-Oui... mais tu devrais peut-être mettre ça ici...

Elle attrapa une tige de plante jaune, puis tout en la coupant en deux, elle versa un liquide bleuâtre dans la mixture d'Hana, qui observait attentivement les mouvements d'Hinata. Cette dernière pratiquait son activité avec souplesse et précision, le visage sérieux et concentré. Elle adorait faire ce genre de chose, depuis sa tendre enfance elle mijotait toutes sortes de remèdes avec une grande facilité, bien que très peu reconnue par sa famille.

Une fumée violette s'échappa du tube devant elles, puis des bulles commencèrent à se former dans la potion. Hinata sourit, son opération avait fonctionné, et peut-être que le travail d'Hanabira n'était pas perdu.

-Voilà... ça devrait aller, mais évite de remettre trop de thymus... fit-elle.

-Ah... D'accord... Whaou, Hinata-san, tu es trop forte! s'exclama t-elle les yeux brillants.

-Mer... merci, mais ce n'est rien!

-Si, t'es trop douée! Moi je suis trop maladroite... maugréa l'assistante du Kazekage.

-Mais non, tu pe...

Un brouhaha venant de dehors la coupa dans sa phrase, et le temps qu'il fallait pour le dire, Hana se précipita vers le seule fenêtre de la pièce, qui donnait sur la rue principale. Un sourire de trois mètres de long apparut sur son visage, et elle sauta sur Hinata en criant:

-Ils sont là! Ils sont revenus, c'est génial!

Et sans donner le temps à la Hyûga de réagir, elle balança son tablier sur la table et se précipita vers la sortie en courant.

Hinata resta perplexe au milieu de la pièce, se demandant qu'est-ce qui pouvait bien mettre la brune dans cet état d'excitation. Elle alla donc près de la fenêtre puis jeta un coup d'œil dehors.

Ses yeux s'écarquillèrent et elle se figea. Le temps que son cerveau reçoive l'information, elle se mit à trembler anormalement, les rétines toujours ancrées sur le groupe arrivant joyeusement dans la grande avenue. Déjà, de nombreux villageois les entourèrent en clamant des félicitations ou en posant nombreuses questions aux ninjas de Suna sur l'étrange individu les accompagnant. Des mèches d'or se secouant sur sa tête, des yeux aussi bleus que la mer, un sourire aussi éclatant que le tonnerre suffit à Hinata pour se sentir mal.

Non... pas déjà, elle n'était pas encore prête mentalement pour ça...

-N... Na...

Et, comme une marionnette de bois, elle pivota et partie en direction de la sortie, des perles de liquide lacrymal menaçant de s'écouler sur ses joues de porcelaine. Son cœur battait tellement fort qu'elle avait l'impression qu'il allait s'échapper de sa cage thoracique, bien que son cerveau ai du mal à fonctionner correctement. Ne remarquant pas les infirmiers se préparant à ausculter les nouveaux arrivants, elle poussa lentement les portes de l'hôpital et fut gênée un instant pour la clarté du dehors. Elle chercha du regard son but, puis vit enfin l'attroupement au centre de la place. Prenant son courage à deux mains, elle s'avança vers l'avenue et, poussant quelque passants, arriva enfin devant la troupe de ninja.

Son corps se stoppa et ses pupilles s'agrandirent, laissant aux larmes l'opportunité de rouler sur sa peau doucement, alors que son myocarde rata un battement. Elle porta sa main à sa bouche, pétrifiée face au garçon devant elle. Sa carrure musclé mais fine, sa peau halée, ses cheveux dorés, ses yeux... ces yeux...

Elle avait dû devenir aussi rouge qu'un gyrophare puisque, dans sa semi-conscience, elle vit l'homme s'approcher d'elle, légèrement paumé au milieu de la foule. Son regard azur croisa celui blanc d'Hinata, et tout deux se figèrent.

-Na... Na...


¤¤¤


Sakura s'avança légèrement, portée par la douce chaleur des flammes consumant les derniers débris de maisons. Elle s'approchait lentement de la personne encore debout, postée sur un amas de décombres plus haut que les autres, des étincelles rougeoyantes l'entourant. Ses yeux aussi rouges que le flamboiement de la braise, des cheveux de lumière assombris par le feu se balançant devant son visage, une posture aussi sublime que celle d'un Dieu, un halo de puissance et de rage se dégageant de lui firent croire à la fleur qu'elle se trouvait en plein rêve. Des larmes brillantes à la clarté des combustions coulèrent sur ses joues un peu salies par la cendre, et elle tituba face à l'homme au regard fixe.

Arrivée juste à quelques mètres en dessous de lui, elle laissa échapper un sanglot, ce qui fit tourner la tête du puissant guerrier qui perdit alors toute impassibilité. Il regarda avec des yeux perdus la jeune femme, ses yeux verts scintillants se plongeant dans les siens, et son muscle de vie sauta une pulsation lorsqu'il entendit le murmure de cette dernière:

-Na... Na...