Ambigüité

par Ch0utey

Chapitre 7

Ambigüité


Le ciel, en cette fin de journée, était bien cendré au dessus de la ville protégée de Sunagakure. Un silence de plomb régnait sur la cité, rien, absolument rien ne venait perturber la méditation de la nature. Les quelques personnes encore présentes dans les rues se hâtèrent de rentrer chez elles, emportant leurs achats faits dans la journée ou portant tout contre elles leurs affaires de travail. Même les gardes près des entrées avaient disparus.

Quelques papiers et morceaux de journaux planèrent légèrement au dessus du sol, emportés par la brise étrangement froide qui se répandait à travers les pattés de maisons, pour venir se poser un peu plus loin, à l'angle d'une maison close. La ville devint alors... une ville fantôme. Rien ne bougeait, tout semblait mort. Vu de haut, la métropole était déserte. Mais, dans chaque maisons, dans chaque immeubles, les habitants étaient bien présents, respirant et écoutant avec anxiété le début de ce qu'ils appelaient, ignorant bien des choses sur son origine, «la colère de la nature». Comment cela allait débuter cette fois? Une rafale de vent plus violente que les autres, ou bien un terrifiant coup de tonnerre? Ils ne savaient pas, attendant encore, toujours, que cette nuit s'achève, cette nuit redoutée. Elle venait n'importe quand, la colère de la nature. Quand elle voulait, c'était à sa guise. Et personne ne pouvait l'en empêcher. Elle secouait même la ville, pourtant protégée par ce dôme de chakra. Cette barrière étrange, qui -à son statut actuel- n'empêchait pas les humains de passer à travers elle et, bien que résistante pour empêcher les éclairs de s'abattre sur la cité, laissait malgré tout -un peu- le vent s'insinuer entre ses filets. Et dans ces moments là, la métropole tremblait. Le souffle glacial pénétrait entre les murs, tourbillonnait autour et enfin, d'ignobles tornades remuaient toutes les maisons. Tornades pourtant pas si grosses que ça, puisque jusque là les demeures résistaient. Mais les gens savaient qu'un jour, oui, un jour viendra l'heure où la charpente se brisera, s'écroulant sur les leurs.

Mais pour l'instant, ils ne pensaient pas trop à ça. A travers le feu de leurs cheminées, ils songeaient aux hommes qui venaient de revenir d'ils ne savaient où il y a peu, alors que les cieux s'assombrissaient. Ils stressaient, redoutant que dès demain quelqu'un vienne frapper à leur porte, leur annonçant que l'un de leur proche était mort en héros pour sauver Suna, et tout le tralala habituel qui nous fait plus de mal que de bien. Quelle équipe? Ils ne savaient pas, y réfléchissant tout en buvant une gorgée de leur soupe chaude, préparée avec des légumes cultivés dans les serres de la ville. Où avait-elle était envoyée pour revenir en si piteux état? Ils les avaient vu les corps, les blessés. Du sang. Partout. Leurs visages déformés de douleur, ou de peur, peut-être. Combien étaient-ils? Tout au plus une dizaine, si on ajoute l'équipe de secours dirigée par Eiki. Ce brave Eiki, le courage incarné... Combien déjà?! Une dizaine?! Mais que pensait le gouvernement pour envoyer cette mince poignée de soldat dans un lieu apparemment si... horrible pour qu'ils reviennent dans cet état? Vraiment, les habitants étaient assez confus. Et commençaient à avoir certains doutes quant à l'organisation de Suna. Il faut dire aussi que la situation a changé depuis que...


¤¤¤


-Comment pouvez-vous dire de telles choses...

-C'est simple, ces ninjas savent parfaitement qu'ils mourront un jour ou l'autre. Ils défendent Suna, qu'ils en soient fiers!

-... Vous me dégoûtez monsieur Iraim... vous et vos petites manies de parfait conseiller!

-Je n'ai que faire d'une petite impertinente qui se prend pour plus forte qu'elle ne l'est.

-... vous allez trop loin, Iraim!

-Ah? Et qui va me punir? Vous? Tss, foutaises! Vous n'êtes que la pseudo main droite de Gaara-sama! Je suis son conseiller personnel ma chère, et le fait que vous soyez sa sœur n'a rien à voir avec nos affaires.

-...Hum... vous n'êtes qu'un crétin, et avec tout le respect que je vous dois, dès que j'en aurais l'occasion, vos petites fesses d'hypocrites iront gentiment cramer sur le sable brûlant du désert!

-Kuhuhu... votre sang-froid n'a d'égal que votre faible esprit. C'est navrant, j'en attendais mieux de la sœur de l'ancien démon Shukaku.

-Taisez-vous! Que je ne vous entende plus dire ça, Iraim! Ou je vous préviens...

-Ah? Que me ferez-vous?.

Elle le regarda encore une fois avec toute la haine qu'elle lui portait. Cet homme était l'incarnation de toutes les choses qu'elle haïssaient. Il était grand -une vraie asperge-, des cheveux grisonnants lui retombant sèchement contre les joues, des petits yeux noirs -des yeux de fouines-, et le top du top, un sourire de sadique! En plus, ce crétin était aigri, hypocrite, égoïste et dédaigneux. Manquerait plus qu'il soit macho, là elle pense qu'elle ne résisterait pas à l'envie de le saigner comme un porc sur la place du village -en éloignant les enfants, bien sûr-. Pourquoi Gaara avait eu la bonne idée de prendre cet enfoiré comme conseiller?! Elle ne l'avait jamais compris, et elle ne le comprendrait jamais.

Pour l'instant, elle se tenait devant lui, dans un couloir sombre de l'aile est du bâtiment du Kazekage. La porte de la salle de réunion du conseil fermée, elle avait choppé cet Iraim par le col, lui exprimant plus librement et clairement sa façon de penser que lors de la réunion. Proférer des menaces et jurer devant les plus hauts représentants de Suna n'était pas des plus recommandé, surtout quand on est la sœur du big boss.

C'est pour ça que, savourant avec délectation les pensées plus que sanglantes lui parcourant l'esprit, elle répondit cette fois-ci d'un ton calme -mais des plus menaçant- en le regardant à moitié à travers ses mèches dorées:

-... Je risquerai de vous faire mal, très mal...

Un coup de tonnerre lugubre retentit dans le silence total, faisant sursauter Iraim qui ne pût s'empêcher de regarder par la seule petite fenêtre présente dans l'allée. Il déglutit, puis se ressaisit et prononça distinctement:

-Hum!

Il tourna raidement les talons tout en balayant une mèche de ses cheveux gênante, puis s'éloigna de la blonde d'un pas stricte et parfait. Ses sandales claquant contre le sol, raisonnant à travers le couloir vide, se stoppèrent lorsqu'un rire plus qu'effrayant raisonna entre les cloisons de pierre. Son petit sourire victorieux s'éteint subitement, et il prononça de sa voix la plus calme et froide:

-Qu'est-ce qui vous fait tant rire, Temari-san?

-Huhuhu... très mal...

-Pardon?

Il se retourna vivement, faisant se froisser ses manches de tunique.

Personne.

Pourtant, ce rire raisonnait dans sa boîte crânienne. Il déglutit.

Très mal...

Sans plus tergiverser il reprit sa marche, toujours cette sensation de malaise en lui.

Très mal...

Il se tourna rapidement, regardant dans tous les angles du couloir.

Personne.

Très mal...

Il pivota encore, la respiration commençant à s'accélérer, des gouttes de sueurs se formant sur le sommet de son crâne. Se calmer, il devait se calmer.

Iraim essuya du revers de sa manche son front, et reparti non sans augmenter l'allure de sa course. L'écho de ses pas dépassant presque les battements affolés de son cœur, il bifurqua à gauche, découvrant l'escalier menant aux quartiers des conseillers et autres personnes importantes.

Apposant sa main sur la petite rampe en bois, il jeta un dernier coup d'œil au couloir, puis disparut dans l'ombre de la porte...

Un fin sourire ornant son visage pâle...


¤¤¤


Temari fulminait intérieurement. Ces imbéciles du Conseil avaient été aussi muets que des carpes quand elle avait demandé des explications à Iraim, sur le pourquoi du comment il avait envoyé des soldats à Amegakure. Ce crétin avait sorti ses immondes phrases toutes faites, déballant toute la gloire et l'honneur de se sacrifier pour Suna... que des conneries! Ces hommes et femmes étaient tous kamikazes sans le savoir! Amegakure... oser envoyer une équipe de dix hommes, qui plus est la meilleure équipe de toute la rébellion, se faire littéralement massacrer à Ame! Soit les conseillers étaient tous gagas, soit ils étaient tous embobinés dans la petite révolution que tentait de créer Iraim. Révolution reposant sur des mesures totalitaires d'ailleurs. Suppression des assemblées, englobage de toute la population en capacité de se battre dans la rébellion et pouvoir ultime au Kazekage. Pff, complètement débile, elle savait que Gaara ne pourrait jamais accepter ça! Bon sang, si seulement il était là... ce petit lèche-botte d'Iraim la fermerait et ne ferrait pas comme si c'était lui le chef... Si seulement il pouvait revenir!

La blonde frappa du poing le mur en passant et continua sa route, descendant toujours ces foutus escaliers en colimaçon qui lui donnaient sérieusement le tournis. Arrivée en bas, elle constata qu'on avait déjà barricadé les entrées, sûrement parce que la nuit était tombée, et que cette nuit... la nature se mettait en colère. Ils avaient appris à anticiper toutes ses réactions, ses habitudes, tout ça avec beaucoup de patiente et beaucoup d'observations intensives. Et maintenant, ils pouvaient savoir quand aura lieu la prochaine tempête, prévenant ainsi toute la population du jour et du moment où les éléments se déchaîneront sur eux... bien qu'ils n'avaient pas grand chose concernant l'origine de ses catastrophes. Comment l'Akatsuki avait-elle fait? Nul ne possède un tel pouvoir, un pouvoir digne des Dieux! Et même si c'était la cas, dans quel but? Ne voulaient-ils pas s'emparer des bijuus? Pourquoi détruire la Terre?

Des questions tournant toujours en boucle dans la tête de Temari. Cela l'agaçait, elle détestait ne pas savoir, et là, en l'occurrence, elle ne savait rien.

Ses pas la menèrent vers l'ouest du bâtiment, vers l'hôpital, puisqu'elle avait totalement oublié Sakura et Hinata durant les dernières heures. Il avait fallu qu'elle réunisse les membres du conseil, qui étaient soit déjà en réunion, soit à l'opposé de la tour à faire la morale aux petits apprentis ninjas de l'école -ou plutôt à les endoctriner-. Cela lui avait déjà prit au moins une demi heure à elle seule, et puis quand tout avait été prêt, cet enflure d'Iraim s'était fait attendre! Bon sang, elle détestait ce type...

Réajustant un de ses minis éventails à sa ceinture, elle traversa la petite cour entourée de deux murs, jetant un coup d'œil au ciel. Il était rouge, rouge sang. Des immenses nuages noirs commençaient à faire leurs apparitions, et des éclairs illuminaient parfois les toits des maisons dans un bruit horrible. Temari sentit aussi le vent glacé frôler sa peau, la faisant frissonner de tout son corps. Il fallait qu'elle se dépêche.

Au pas de course, elle ouvrit grand les portes de l'hôpital, heureusement pour elle ouvertes. Elle s'engouffra dans le bâtiment et ferma la porte, reprenant sa respiration.

La blonde s'appuya légèrement au battant, son souffle court. Ses poumons étaient... froids, elle le sentait à l'air qui s'échappait de sa bouche. Quelle malédiction...

Se redressant, ses yeux pivotèrent vers le droite, et là ce fut le choc.

Du sang... par terre, sur le mur... il y avait du sang!

Bougeant la tête de tous côtés, elle pouvait même voir... une trace de... main, faite avec une substance rouge. Encore du sang. Commençant à paniquer, elle déboula dans le couloir, voyant des brancards laissaient en travers, eux aussi parsemés de liquide rouge. De nombreux papiers trainaient par terre, et les lampes n'avaient pas été éteintes.

-Merde...

Elle traversa l'allée, toujours aucuns bruits dans les environs, seulement les hurlements du tonnerre et les sifflements du vent. Il s'était passé quelque chose, c'était sûr. Quelque chose de grave. La blonde se dirigea vers une partie bien particulière de l'hôpital, guidée par une intuition. Et elle ne se trompait pas. Arrivée devant une grande porte blanche au fin fond de la clinique, elle posa sa main contre la cloison et poussa lentement. Une sorte de bouffée de chaleur l'envahit, tout comme un brouhaha gigantesque contrastant avec le silence mortuaire du reste du bâtiment. Tout le service hospitalier était présent dans la salle, dans l'immense salle immaculée. Des lits étaient disposés un peu partout, et malheureusement pour Temari la plupart étaient occupés.

-Qu...

Des blessés, du sang, des plaintes, des sanglots. La No Sabaku en trembla. Alors comme ça Ikioi était revenue...

-Temari-sama?! l'interpella une jeune femme en blouse blanche.

-Qu'.... qu'est-ce qui s'est passé bon sang... souffla la blonde, les yeux parcourant la pièce.

-Oh, Temari-sama... un vrai désastre... nos hommes... Oh!

La petite brune se mit à sangloter douloureusement, sous l'œil livide de Temari. Ca voulait dire quoi ça? Qu'ils étaient tous morts? Non mais cette fille était folle!

-Eiki! cria t-elle, déboulant entre les allées improvisées.

-Te... Temari-sama?

La blonde accosta le soldat qui était debout au milieu de la pièce, accoudé à une poutre soutenant la bâtisse en regardant les dégâts d'un œil soucieux.

-Eiki, merde, je le savais...

-Veuillez me pardonner Temari-sama, je... je ne faisais que...

-Je sais, tu n'as fait qu'obéir aux ordres après tout! Ordres stupides... mais heureusement pour Ikioi, ton équipe est arrivée à temps!

-... Oui madame, c'est ce qui m'a parut le plus étrange.

-Comment ça?

-Eh bien... pourquoi les ennemis les auraient laissé partir sans tenter de les interroger sur nous?

-... C'est...

-Temari-san!

La blonde, coupée dans sa phrase, se retourna et vit une tignasse brune venir vers elle, tremblante.

-Hinata?!

-Temari-san!

-Est-ce que tu vas bien? Et Sakura?

-Elle... elle est là-bas... fit-elle en pointant du doigt l'autre bout de la salle.

-Bien, je vais aller voir! Eiki, on reparle de ça plus tard!

-Bien...

Les deux amies se dirigèrent vers l'angle gauche de la pièce, Hinata devant, aussi pâle que les murs. Temari avait les dents serrées, ses pas se faisant raides. Bon sang, ces enfoirés allaient voir ce qu'ils allaient voir!

-Aaaaargh!!!

Elle ne tourna pas la tête, sachant pertinemment que ce pauvre gars était en train de souffrir, et elle avait déjà assez vu de personnes se tordre de douleur par le passé... peut-être une de trop aussi...

Chassant encore une fois ses pensées désespérantes, elle arriva enfin devant un petit lit collé au mur où une jeune femme aux cheveux roses semblait dormir.

-Ouf... elle va bien, mais pourquoi...

-Elle... elle a soigné beaucoup de blessés et... elle est tombée de fatigue quand nous nous réfugions tous dans la quarantaine... expliqua Hinata, en s'asseyant sur le lit de la fleur.

-Ah... je vois... Je suis vraiment désolé que vous ayez du v...

La Sabaku No se stoppa. La Hyûga vit les traits d'habitude joyeux et ouverts de la blonde se durcirent, ses sourcils se froncer au maximum et une expression de pure haine se dessiner sur son visage. En suivant l'endroit qu'elle venait de regarder, la brune vit... Ino, assise à même le sol, les genoux remontés contre sa poitrine. Cette dernière regardait Temari depuis un moment, les yeux exprimant un profond désarroi.

-Tem...

-La ferme.

-...

Ino détourna les yeux, impuissante. C'était toujours comme ça... Pourquoi? Qu'avait-elle fait? Elle n'avait pas voulu ce qui était arrivé, même si elle était en partie responsable... Temari la haïssait tellement. Depuis ce putain d'accident...

La blonde se leva, la tête haute mais sans aucunes attitudes hautaines, puis s'en alla voir une autre couchette un peu plus loin.

-Te... Temari-san, qu'est-ce qu'Ino...

-Rien, absolument rien! répondit sèchement la blonde, s'adossant rapidement au mur bras croisés.

-A...Ah...

C'est tout ce qu'Hinata trouva à rajouter. Qu'est-ce qu'elle pouvait dire après tout? Elle voyait bien que quelque chose clochait entre Temari, Shikamaru et Ino, mais quoi? En tout esprit pur qu'il se doit, elle ne pensa même pas à une quelconque histoire de sentiments, et se dépatouilla avec ses idées étranges. Réfléchissant à cent à l'heure, se tortillant les doigts férocement, elle n'entendit pas tout de suite le petit gémissement venant de sa droite.

-Huuum...

La brune sursauta et se tourna vers son amie la rose, qui se massait les tempes avec deux doigts.

-Sakura-chan!

-H... Hinata?

-Est-ce que tu... tu te sens mieux?

-Ouais... ça peut aller, j'ai l'impression d'être passée dans un lave-linge, mais ça va...

-Ah...

Se mettant en position assise, la fleur regarda autour d'elle.

-Hein?

-Elle était où là?

-Qu... Où on est? P... Pourquoi il y a des blessés?!

-Tu te souviens pas? intervint Temari, toujours accoudée au mur.

-Euh... elle eut un frisson. Nom d'un chien, Sa...

-Il... la coupa Hinata, il est là-bas.

Les émeraudes de Sakura pivotèrent vers la gauche, puis elle se leva d'un bond hors du lit et se dirigea à grandes enjambées vers le futon, poussant quelques médecins ou infirmiers au passage.

-Ino! s'exclama t-elle.

La concernée sursauta, plongée dans ses pensées, regardant les yeux clos du jeune homme devant elle. Elle se retourna et sourit tristement à Sakura, qui resta debout devant le lit.

-Ino... comment va t-il?

-Je... il va s'en remettre... Sakura, si tu savais combien je te suis reconnaissante... si tu n'étais pas là... il...

Elle étouffa un sanglot, baissant ses pupilles océans sur la main blanche du ninja, l'englobant entre ses menottes tremblantes. Elle sentit une chaleur se poser sur son épaule, alors qu'elle releva ses yeux humides sur le visage rassurant de son amie.

-Tout va bien alors...

-H...Hum...

Sakura, toujours penchée dessus l'épaule d'Ino, porta son attention sur le brun encore évanoui. Elle ne s'en étonna point, après deux hémorragies et des réparations osseuses poussées, le voir réveillé aurait été digne de la quatrième dimension. Pour l'instant, il avait toujours ce visage calme, peut-être un peu trop neutre, sa peau pâle et ses cheveux noirs...

Elle jeta un coup d'œil à la blonde à côté d'elle, constatant que le regard qu'elle portait sur lui était bien plus qu'un simple regard amical... Il s'en était produit des choses en quelques mois... En tout cas, elle ne savait pas depuis combien de temps le brun était arrivé à Suna, mais elle pensait qu'il avait dû débarquer avant Ino. Tout ça était beaucoup trop rapide pour elle... elle trouvait ça déboussolant!

Alors qu'elle allait dire quelque chose, un cri retentit dans la pièce, attirant tous les regards vers l'entrée de la salle où une jeune femme venait d'entrer en trombe... la peau virant au bleue, les membres tremblants et les yeux injectés de sang. Dès lors, des médecins se précipitèrent vers elle, l'amenant d'office sur un lit inoccupé.

-Eh merde, que fout cette femme là!? cria un infirmier.

-Vite, elle est en hypothermie! Des couvertures!! ordonna un médecin, plus professionnel.

Sakura s'était levée, regardant le déroulement des opérations. Cette femme... elle était presque bleue! C'était horrible...

-Comment...?

-... Cela se produit lorsque la nature se met en colère... sortir dehors devient alors... suicidaire, lui souffla Ino, restait immobile durant son explication.

-En colère...?

La blonde lui fit une brève explication de la situation, en précisant bien que lors de cette chose, l'air dehors se raréfiait et faisait atteindre à Suna des températures dignes des plus hauts sommets montagneux d'autrefois. La rose fut assez déstabilisée, mais se décida à aller secourir cette pauvre femme.

-Pardon, pardon... fit-elle en poussant quelques praticiens autour du lit de l'inconsciente.

Remontant ses manches, elle posa sa main contre la poitrine de la brune, qui était sans cesse parcourue de soubresauts. Ses dents s'entrechoquaient entre elles, ses yeux avaient du mal à rester à leur position initiale et ses pupilles étaient plus que contractées. Sakura se concentra et sentit les battements beaucoup trop lents du cœur de la jeune femme, constatant donc qu'elle était en hypothermie grave, et finit par apposer ses deux mains au dessus du sternum.

-Un médic-nin?! s'étonna l'un des toubibs.

-Oui, c'est elle qui a sauvé Nobu! lui répondit un autre.

-Nobu? Le type transpercé de partout?! Bon sang!

Une rumeur commença à se propager dans toute la salle, renchérit par les témoins qui avaient vu les différents soins qu'avait opéré Sakura il y a peu. Les médic-nin aussi expérimentés étaient devenus rares depuis quelques années, et seulement quelques ninjas pratiquant les jutsus médicaux de bases peuplaient les rangs de l'hôpital.

Une lueur verte scintilla autour des mains de la fleur, signe que le traitement commençait.

Pendant ce temps, Temari s'avança vers une petite vieille qui griffonnait sur un calepin nerveusement, regardant un peu partout autour d'elle:

-Nezui-sensei!

-Temari-san?

-Savez-vous qui est cette femme? demanda t-elle.

-Hum... oui, c'est Inoue Ibichi, la femme de Shio Ibichi, l'un des membres d'Ikioi...

-Rha... c'est pas vrai... fit Temari, passant sa main sur son visage d'un air las.

-Cette femme est imprudente, pour sûr! maugréa la mamie. Mais l'amour qu'elle porte dans son cœur réchauffera son corps... lança, rêveuse, l'infirmière aux cheveux gris.

La blonde de Suna regarda d'un œil suspicieux Nezui, en arquant un sourcil. Cette dernière arborait un petit rictus beaucoup trop malsain aux yeux de Temari...

-... si vous l'dites Nezui-sensei...

-Et vous Temari-san, les am...

-Ah! Avez-vous répertorié les blessés?! la coupa précipitamment la No Sabaku, faisant mine de n'avoir rien entendu.

-... Aaah... soupira Nezui, oui, voici la liste...

-Merci!

Temari attrapa vivement le bout de feuille que lui tendait la mémé et, tout en jetant un coup d'œil à Sakura -qui prenait tout son temps pour réchauffer lentement le corps d'Inoue-, elle alla s'asseoir sur une chaise laissée un peu plus loin. Elle parcourut rapidement la liste, en serrant les dents de temps en temps quand le nom d'une personne qu'elle connaissait passait devant ses yeux. Mais heureusement, il n'y avait apparemment encore aucuns morts.

Nezui avait classé tous les blessés, du moins grave au plus important. Il y avait aussi leurs noms de codes et le nom d'un proche. Temari s'étonna encore une fois, cette mamie était assez étrange, elle connaissait absolument tout... Comment, cela restait un mystère...

Elle arriva vite au dernier prénom en grimaçant un peu: d'après ce qu'elle avait pu constater, Sakura et Hinata le connaissait... ainsi que l'autre blondasse... tout compte fait, un petit rictus apparut sur son visage alors qu'elle relisait une nouvelle fois le surnom du brun:

[...]

... alias: 'Shikkoku' - Proches inconnus -

Nom de code très bien choisi, étant donné qu'elle avait souvent vu ce type habillé en noir... assorti à ses yeux. Il lui semblait que Shikamaru lui avait parlé de lui il y a longtemps... enfin bon, elle ne s'en souvenait plus. Alors qu'elle pliait en deux la petite liste, elle entendit des applaudissements provenant de devant. Elle releva la tête, intriguée, et fut surprise de voir les médecins acclamer Sakura qui était assez gênée, à côté de la couchette ou Inoue -enroulée dans les draps- avait repris une couleur normale.

La No Sabaku se leva et enfourna le morceau de papier dans sa poche, tout en se dirigeant vers la fleur.

-Bien joué Sakura!

-M...Merci Temari-san... fit cette dernière, s'essuyant le front.

Alors que les docteurs s'en allaient à leurs blessés, Temari se pencha au dessus de la jeune femme dans le lit, la jaugeant silencieusement. Apparemment, elle était en train de dormir. Dommage, elle aurait bien aimé lui remonter les bretelles à cette inconsciente. Prendre des risques pour celui qu'on aime hein...

La blonde siffla entre ses dents, se disant que toutes ces histoires étaient des conneries et que si ça continuait, ce soir il y aurait une blondinette en moins dans ce monde... Mais après tout, pourquoi se mettait-elle dans cet état?!

Se secouant la tête, elle demanda à un médecin de surveiller Inoue et, accompagnée de Sakura, elle repartit voir Hinata qui avait un petit sourire pendu aux lèvres.

-Bravo, Sakura-chan!

-Oh, ce n'est rien... répondit la fleur d'un signe de main.

-Si... si c'est beaucoup, elle aurait pu mourir de froid, ainsi... que lui, termina t-elle en regardant en direction d'Ino, qui était toujours au chevet du 'Shikkoku'.

-Hum... qu'allons nous faire maintenant Temari-san?

La question fut tout de suite comprise par la concernée, qui interpréta cette interrogation de manière générale.

-Eh bien... d'abord rester ici toute la nuit, sortir dehors serrait du suicide...

-Ino m'a expliqué...

-Ah... si elle t'a expliqué alors... murmura Temari. Ensuite, enchaîna t-elle d'une voix audible, je vous trouverai un habitat adéquat pour vous deux, je dois bien en avoir quelques uns en réserve... Puis, si tout se passe bien, vous pourrez sûrement commencer des missions, en attendant que l'équipe chargée de ramener Naruto revienne avec... ou sans. Après, eh bien...

Elle regarda à tour de rôle Sakura et Hinata, qui étaient maintenant assises côte à côte, écoutant attentivement ses paroles. Temari se racla la gorge et souffla d'un air mystérieux:

-Après... vous verrez bien...

-Ah... bien... répondit la fleur de cerisier, regardant d'un œil suspicieux le rictus étrange se dessinant sur le visage de la belle du désert. Elle craignait le pire...


¤¤¤


Les premiers rayons du soleil commençant à filtrer à travers les volets, en ce petit matin, ne gâchèrent en rien le nouveau silence installé dans l'hôpital de Suna. La salle de quarantaine était maintenant calme, sans aucuns bruits. Les respirations plus ou moins régulières des personnes présentes nous indiquaient que ces dernières dormaient encore, épuisées d'une soirée chargée. Quelques médecins se réveillaient de temps en temps, auscultant divers patients avant de partir dans les vestiaires du personnel, se faire une mince toilette et se préparer à une autre rude journée.

L'état des membres de l'équipe Ikioi était maintenant stable, avec tout de même des temps de repos variants. Eiki et ses hommes avaient déserté les lieux, de ce fait seuls les blessés et trois jeunes femmes -sans compter Inoue- étaient encore affalés dans leurs lits.

L'une d'elle, blonde de cheveux, commença à grimacer avant d'ouvrir doucement ses grands yeux bleus envoûtants. Se relevant d'un bon, elle jeta un coup d'œil sur le lit à côté d'elle, distinguant une touffe de cheveux rose noyée dans une mer de cheveux bruns aux reflets bleus. Elle bailla largement et balaya la salle du regard, s'arrêtant immédiatement sur un certain brun encore dans le formol.

Ino se leva doucement, replaçant ses mèches dorées convenablement et s'approcha silencieusement du lit convoité. Elle vérifia que tout allait bien, tâtant le pouls et auscultant les pansements sur la poitrine du jeune homme, puis souffla. Il allait bien.

Rassurée, elle retourna sur son lit et s'assit calmement. Soudain, elle vit un petit morceau de papier posé sur le lit de Sakura et, intriguée et curieuse, elle le ramassa et entreprit de le lire:


Hey Sakura, Hinata!

Bon, comme vous êtes plus coupées marmotte qu'autre chose, je vous ai abandonné ici pour aller m'occuper de papiers récemment arrivés. Rejoignez-moi dans le bureau du Kazekage dès que vous pouvez!


Temari.


-Ah... bon, je vais te rendre service, Temari... murmura Ino, pliant la feuille pour le mettre dans sa poche.

Elle se pencha au dessus des deux jeunes endormies et, avec toute la douceur du monde, leur hurla aux oreilles:

-REVEILLEZ-VOUS BANDE DE MARMOTTES!!!

Les concernées sursautèrent et se redressèrent immédiatement, les yeux exorbités et les cheveux en bataille. Sakura faillit tomber du lit, tandis qu'Hinata devint aussi rouge qu'une tomate restée trop longtemps au soleil.

-Ahahah, vous devriez voir la tête que vous faites!! rigola à plein poumon Ino.

-Qu... Gu... Quoi?! Qu'est-ce qui s'passe?!

-Ahahahahahah!!!

-In... Ino?

-AHAHAHAH!!

-... Très drôle... grommela Sakura, ayant compris pourquoi son amie était dans cet état.

Après s'être remises du choc émotionnel, les deux amies purent enfin reprendre une posture correcte. Ino, après leur avoir précisé que les médecins allaient sûrement amener les blessés dans des chambres -et qu'elles n'avaient pas à s'en faire-, leur donna le mot de Temari. Elles décidèrent d'aller au bureau du Kazekage dès maintenant, afin de ne pas trop faire patienter la Sabaku No.

-Ino, tu ne viens pas? demanda Sakura en voyant que son amie ne bougeait pas.

-Non, je dois rester ici! Je travaille! lui répondit-elle avec un petit sourire. Mais ne t'inquiètes pas, dès qu'on peut, on s'organise une soirée rien que nous trois dans mon appart'!

-Et comment!

Sakura serra dans ses bras la blonde, avant de se diriger vers la sortie avec Hinata, qui fit un petit signe de main à Ino.

-Et surveille le bien! lança Sakura à Ino en montrant un lit particulier.

Les deux amies sortirent donc, traversant les allées de l'hôpital en croisant de temps en temps des infirmiers ou des patients matinaux, puis elles purent enfin respirer à plein poumon l'air de dehors. Devant l'entrée de l'hôpital visible pour tous, faisant face à l'une des rues adjacentes à la principale, elles eurent l'opportunité d'observer les environs.

Le ciel avait pris une teinte orangée, et de gros cumulonimbus sombres commençaient à disparaître de leur champ de vision. Le village avait l'air calme, aucun dégâts majeurs à signaler. Quelques tonneaux près d'un bar étaient renversés, des papiers étaient éparpillés autour d'un kiosque, un haut vent s'était décroché d'elles ne savaient où et quelques tuiles étaient tombées du toit de certaines des plus vieilles maisons.

Tout en marchant, les deux jeunes femmes plongèrent dans leurs pensées. La veille avait été une journée mouvementée, ça c'était sûr. Tant de choses s'étaient passées, et tout ça sans qu'elles ne le réalise vraiment... Bien que ce soit Sakura la plus gâtée, du point de vue d'Hinata. Elle aussi aimerait retrouver ses plus proches amis... Shino, Kiba... d'ailleurs, avec toute cette agitation, elle n'avait pas eu l'occasion de le revoir... pourtant il était à Suna! Il faudrait qu'elle pense à demander à Temari... si elle lui en donnait l'occasion. De toute manière, elle le reverra. Et Naruto aussi elle le reverra. Et Shino. Elle allait revoir tout le monde, non, elle voulait revoir tout le monde. Et elle avait appris à ne jamais se décourager, oui, elle l'avait appris...

Les lève-tôt commencèrent à sortir de chez eux, regardant avec prudence si rien n'avait été abimé durant la nuit. Les deux amies continuèrent leur route pour enfin arriver devant l'imposant édifice administratif. Elles entrèrent, saluant quelques personnes par politesse et montèrent au second étage, où elles frappèrent à l'une des portes.

-Entrez!

Elles s'exécutèrent et pénétrèrent dans la pièce en refermant la porte. Devant elles se tenait Temari, debout devant le petit hublot, lisant une feuille entre ses doigts tandis qu'assise sur la chaise du Kazekage, Hanabira rangeait à toute allure des dossiers.

-Ah, vous voilà! s'exclama la blonde en posant le papier sur le bureau.

-Bonjour Temari-san... dirent simultanément les concernées.

-Bon, j'espère que vous êtes prêtes, on a du boulot pour vous!

-Ah?

-Hum... nous avons reçu ce rapport d'une équipe d'espionnage située à la frontière du pays de la terre. D'étranges choses se produisent ces temps-ci...

-C'est-à-dire?

-Eh bien, disons qu'un espèce d'«héros» anonyme se débarrasse des divers ripouilles peuplant ces terres, et fait passer nombreux civils jusqu'à un de nos postes de ralliement situé près de la frontière.

-Mais... alors où est le problème?

-Le problème? Oh, il n'y en a pas spécialement... mais nous voulons connaître l'identité de ce type qui se trimballe à sa guise en faisant passer nos soldats pour des incapables, alors que monsieur sauve des trentaines de civils chaque jour!

-Ah... je vois...

-Donc, Sakura tu partiras le plus tôt possible avec deux autres de nos ninjas.

-Quoi? Mais et Hina...

-Hinata, tu nous seras d'une aide précieuse dans les serres! Nous avons besoin d'une pommade très difficile à fabriquer, et d'après ce que je sais, tu es très douée pour ce genre de chose.

-Ah... oui, dit Hinata, anxieuse.

-Bon, eh bien, c'est parfait! Des objections?!

Sakura et Hinata se regardèrent, visiblement paumées. Le regard remplis de pêche et d'entrain de Temari pesant sur leurs têtes, elles acquiescèrent donc. Après tout, tant qu'à être au service de Suna, pourquoi attendre des lustres? Sakura serai sûrement de retour d'ici quatre jours pour le -possible- retour de Naruto, et Hinata était déjà sur place. Non, il n'y avait pas tellement de contre-arguments à cela...

-Mais, qui sont les ninjas m'accompagnant? demanda Sakura, après avoir pris en main le détail de la mission.

-Ce sont de très bons guerriers, ils forment le duo appelé Ikkini. Tu risques d'être surprise... la renseigna Hanabira, le nez plongé dans ses dossiers.

-Ah...

Les deux jeunes kunoichis de Konoha restèrent quelques minutes dans le bureau, se renseignant encore sur divers sujets concernant leurs missions.

Hinata allait devoir créer une lotion contre une maladie qui commençait à inquiéter quelques médecins, étant donné qu'elle était apparemment contagieuse et pouvait entraîner de fortes fièvres. Vu les effectifs déjà au minimum, avoir des personnes inactives même temporairement dans la ville n'était pas acceptable. La brune allait donc se rendre dans les serres, récupérer des plantes et autres ingrédients pour ensuite partir dans les laboratoires avec Hanabira, qui était elle aussi qualifiée côté herbes médicinales.

Sakura, quant à elle... devait suivre Ikkini. Génial, avec ça elle était avancée. Mais bon, elle pourrait toujours bombarder de questions les deux membres du tandem, qu'elle espérait sympathiques.

Une fois prête, la fleur décida de partir immédiatement pour ne pas perdre de temps, du moment que ses deux accompagnateurs le pouvaient. Temari lui confia quelques armes, dont des shurikens et des kunais, que la rose fut ravie de retrouver.

Sakura et la No Sabaku prirent congé des deux autres jeunes femmes, puis la blonde mena la fleur à l'entrée du village.

-Bon... Tu n'as pas à t'inquiéter, commença Temari. Vous ne passerez pas par le pays de la pluie, mais vous longerez les plaines du territoire à côté. Ces provinces ne sont pas trop occupées, étant donné qu'aucunes ressources ne s'y cachent.

-Bien.

-Ah, et je me mets à la recherche d'un appartement pour toi et Hina dès que je peux...

-D'accord, merci beaucoup Temari-san pour tout ce que tu fais pour nous!

-De rien, c'est normal... donc... voilà. Tes deux coéquipiers ne devraient pas tarder à...

Une rafale de vent non identifiée la coupa dans sa phrase, alors qu'un nuage de poussière se créa devant les deux jeunes femmes. Une ombre apparut entre les grains de sable, une grosse ombre, sous le regard éberlué de Sakura. Temari râla et marmonna un «'sont chiants!» quand enfin le calme revint. Les derniers morceaux de minéraux tombèrent sur le sol, et Sakura découvrit enfin les deux ninjas qui allaient l'accompagner... enfin, plutôt un ninja et...

-Oh... fit-elle en imitant les poissons.

-Ah... souffla Temari, s'époussetant sa tunique.

-Bonjour Temari-sama! salua l'homme apparut.

-Bonjoul Temali-sama! renchérit la 'chose' posée sur son épaule, en roulant les r.

-Rha, vous êtes chiants avec vos arrivées rocambolesques! s'exclama la blonde.

-Pardonnez-nous, Temari-sama, mais Ya est très joueur... déclara calmement l'humain, en caressant le poil de Ya.

-Mouais... euh, Sakura, je te présente Yuki et Ya, Yuki et Ya, je vous présente votre coéquipière pour cette mission, Sakura! dit solennellement Temari en montrant chaque individus concernés.

-Ah... Ah, bon... bonjour! répondit Sakura, encore un peu surprise.

-Bonjour.

-Ya!

-Bon beh voilà, je vais vous laisser moi, j'ai une tonne de choses à faire, et pas des plus marrantes... comme allez réveiller l'autre flemmard... marmonna t-elle en faisant un signe de main aux ninjas.

-Au revoir Temari-sama.

-A plus, et bonne chance pour cette mission! Revenez entiers ou j'irais moi-même vous chercher en enfer! tonna t-elle en s'éloignant dans la rue.

Yuki la regarda partir, le regard toujours calme et immobile devant une Sakura figée en mode: «Ah quoi?». Cette dernière, bien qu'habituée à voir des choses bizarres depuis quelques jours, était émerveillée devant la petite chose qui se trémoussait sur les deux épaules du grand homme. A première vue, elle dirait... un écureuil. Il avait un corps plutôt long et souple, des petites pattes cachées sous une fourrure soyeuse marron. De fines dents dépassaient de sa bouche, et son adorable museau gigotait dans tous les sens, alerte à la moindre odeurs. Une longue queue brune, barrée d'une ligne blanche, se secouait et s'enroulait doucement autour du cou du propriétaire de l'animal, et une sorte de mince gilet sombre lui entourait le haut du corps, avec quelques poches renfermant elle ne savait quoi. Ses petits yeux viraient du noir au blanc alors qu'il la regardait, -elle aurait juré- avec un petit sourire malicieux.

Elle cligna des paupières et détailla l'homme qui lui paraissait normal. Il avait une tenue sobre, un gilet vert kaki et un pantalon large de ninjas, le bandeau du sable attaché autour de son bras. Ses cheveux en bataille noirs dépassaient d'une sorte de bob noir aussi, et le petit écureuil posait de temps en temps ses pattes habiles dessus, se perchant sur sa tête.

L'ensemble donnait un tableau plutôt humoristique, une aura de paix et de nature se dégageant des deux individus.

Reprenant ses esprits, elle réalisa que l'homme allait lui dire quelque chose:

-Eh bien... Temari-sama nous a déjà présenté... tu dois être étonnée par Ya, non?

-Hum... à vrai dire, oui...

-C'est normal. C'est un animal ninja, tout comme les chiens. Sauf que lui c'est un écureuil... dit un peu maladroitement Yuki, tripotant la truffe de Ya.

-Ah... je vois.

-Bien... dans ce cas, je te propose d'y aller, non?

-Oui, bien sûr!

Les nouveaux coéquipiers sortirent de la ville par la grande porte, puis après avoir donné l'autorisation de sortie -préparée par Hanabira- aux gardes, ils purent s'éloigner un peu des murs imposants.

-Euh... allons-nous emprunter une invocation? demanda Sakura.

-... Non, nous emprunterons Ya!

-Hein?

Le brun ricana légèrement, alors qu'il murmura quelques mots à l'écureuil qui se hissa jusqu'au sol -avec la jambe de son maître- et vint se positionner devant lui. Yuki sortit d'une de ses poches une petite pilule qu'il lança à Ya, ce dernier l'attrapant souplement pour l'avaler d'un trait.

Et là, sous les yeux admiratifs de Sakura, le petit et mignon animal se transforma en une gigantesque bête, atteignant au moins deux mètres au garrot.

-Whaou...

-Oui, Ya n'est pas un écureuil normal...

Yuki s'avança vers son ami et lui fit un signe de main, qui eu pour effet de le faire briller un instant, avant qu'une auréole luisante ne se forme autour de son corps.

-Viens! dit Yuki à Sakura en passant sa main à travers la barrière.

-...

La rose s'avança à côté du brun, et l'imita. Sa main glissa sur la surface lumineuse, puis elle enfonça son bras d'un coup sec pour se retrouver à l'intérieur du dôme aux côtés du rongeurs, qui fermaient les yeux avec une expression d'impatience. Elle comprit que cette fameuse protection était formée de chakra alors que Yuki la rejoint bien vite, lui indiquant la tête de l'écureuil.

-Allez, grimpe, je vais t'aider!

-Eh, maaiiiis!!

Sans qu'elle ne comprenne comment, elle se retrouva propulsée sur le dos de Ya, qui venait de s'abaisser à leur hauteur. Elle fut rejointe par le brun qui arborait un petit sourire.

-En route Ya!

-Ya parti!!! s'exclama l'écureuil.

Et, c'est comme ça qu'elle se retrouva chevauchant sur le dos d'une créature énorme, accrochée à mort aux poils de la bête, voyant au dessus de ses yeux la barrière de chakra racler le sous-sol et mouler le sable, les enfonçant de plus en plus sous terre... Ca promettait...


¤¤¤


Un ch'tit peu plus loin, à l'hôpital de Suna...

-Non mais j'vous jure... grommela une femme empotée, armée d'un balai brosse.

Elle repassa une nouvelle fois sous la petite table remise à sa place depuis peu, ayant été virée la veille pour cause «d'urgence».

Urgence... Urgence! Et après c'est moi qui nettoie! pensa nerveusement la femme de ménage.

Elle nettoya encore une fois à coup de balayette dessous une armoire, enlevant un amas de poussière mélangée avec des papiers et stylos en tous genres. Elle ramassa rapidement le tout pour le plonger dans sa petite poubelle mobile, et jeta un coup d'œil à la pièce. Le sol brillait, les murs étaient aussi blancs que neige, les lits restant étaient propres et alignés...

-Par-fait! s'exclama t-elle avec un sourire fier. Il fait un peu chaud ici...hum!

Sans y réfléchir plus, elle s'avança vivement vers une petite fenêtre cachée derrière un rideau de fer puis l'ouvrit en grand, faisant entrer un air frais qui ébouriffa ses cheveux bouclés.

-Aaaah... soupira t-elle d'aise.

Elle jeta un coup d'œil à l'extérieur, distinguant des quartiers peu fréquentés de Suna, et aussi, au loin sur la droite, le cimetière... beaucoup trop grand pour elle. Elle soupira, repensant à son défunt mari, mort lors de leur déplacement de Takigakure à la ville protégée du désert... Pauvre homme...

La dame s'essuya à son tablier blanc, attrapa le manche de sa table roulante en faisant s'entrechoquer divers ustensiles utiles à son métier, puis ouvrit les portes de la quarantaine. Un courant se créa alors entre l'air arrivant de dehors et l'air venant de l'intérieur. Elle ne s'en préoccupa guère, posant une cale en bois sous la porte pour la bloquer.

Puis, non sans jeter un dernier coup d'œil à son excellent travail, elle fit rouler son petit caddie et s'en alla vers des contrées encore sales et poussiéreuses, armée de son balai destructeur...

Dans la salle récemment abandonnée à son triste sort, la température commençait légèrement à descendre, ce qui n'était pas plus désagréable -vu l'odeur de renfermé-. Tout brillait de mille feux, et empêchait même les insectes résistants de s'infiltrer par la fenêtre, tellement la lueur que dégageait le parterre était aveuglante -vue d'un certain angle-. Mais, aussi loin qu'avait été la maniaquerie et le perfectionnisme de la femme de ménage, un petit morceau de papier osa s'élever dans les airs, porté par le vent s'engouffrant entre les murs. L'air porta la feuille un peu plus loin, juste devant la table en fer blanc, puis la coinça sauvagement dessous son pied rigide. Le pauvre concentré de fibres cellulosiques végétales eut beau se débattre contre la puissance de la brise rafraîchissante, il resta coincé sous la base de métal. Vaincu, il se laissa ouvrir par le vent, qui s'amusait à faire battre la partie repliée encore libre de mouvement. La plaquant au sol, il décida de se calmer et de laisser du répits à la pauvre petite chose. Et, il se trouve que sur ce bout de feuille étaient inscrites quelques notes, notamment des noms et autres informations -apparemment classés dans va savoir quel ordre-. En attendant son heure de passer à la corbeille, le papier recyclable exposa au reste du monde ses inscriptions une dernière fois, vibrant à l'attente de sa mort...


[...]

    _Shio Ibichi, alias: 'Kijou' - femme: Inoue Ibichi -

    _Anake Sota, alias: 'Tsubomi' - mari: Suishi Sota -

    _ Iriko Nobu, alias: 'Matsuba' - mère: Maraka Iriko -

    _Sai, alias: 'Shikkoku' - proches inconnus -