Là où on va.

par Syowa

Là où on va

Six ans plus tard.

 

Hiro leva ses mains face à son visage, contemplant avec amertume les rigoles qui s’y étaient creusées. Malgré sa lassitude et ses mauvaises conditions de vie, il se tenait fier et droit. Chaque matin, il prenait le temps de lisser les plis de son unique tunique. Cette dernière ressemblait d’ailleurs plus à un bout tissu qu’on lui aurait fixé sur le dos. Ses cheveux roux commençaient à grisonner au niveau des tempes et ses yeux d’un marron doux témoignaient d’une sagesse sans âge. En le regardant si fier et déterminé, on aurait du mal à croire que cet homme était sur le point d’être exécuté.

C’était pourtant la triste vérité. Il était devenu inutile au maître des lieux. Il avait vécu quatorze ans entre ces murs, dispensant sans relâche son savoir à Naruto, cet enfant destiné à devenir l’Arme Absolue de ses pires ennemis. Il aurait pu mentir, lui enseigner maladroitement ses connaissances pour qu’il ne puisse pas s’en servir par la suite. Mais c’était là que résidait toute la cruauté et l’intelligence de l’homme aux Sharigans. Comment Hiro aurait-il pu condamner son propre petit-fils ?

Hiro savait qu’il avait participé à la création d’un monstre. Mais ce monstre, quoiqu’on en dise, quoiqu’on en fasse, était le fils de sa fille bien-aimée. Il ne pouvait se résoudre à l’ignorer. Il ne pouvait cependant pas nier ses regrets. Il savait que « Drei » serait lâché à l’encontre de la milice rebelle dont faisait partie sa fille. Mais il avait suffisamment fois en elle et en Minato pour croire qu’ils arriveraient à endiguer la puissance de leur enfant.  

Il ferma les yeux et attendit patiemment qu’on vienne le chercher.

Les portes de sa cellule grincèrent. Il connaissait ce murmure métallique par cœur, pourtant, il ne réagit pas. Il attendit que l’un des gardes vienne l’apostropher. Alors seulement, il se releva, le dos bien droit et le port altier. Son garde habituel, pourvu d’un masque animal, vint le prendre par le bras pour le mener jusqu’à son lieu d’exécution. Mais c’est avec stupeur, puis horreur, qu’Hiro reconnut le chemin qui menait jusqu’au bureau de son petit-fils. Il s’arrêta net et tourna des yeux effarés vers son garde.

 

« Vous ne pouvez pas faire ça, s’insurgea-t-il en se libérant sèchement de l’emprise du garde. »

 

Il plissa les yeux, essayant de capter le regard de celui-ci au travers des fentes du masque. Il y vit un éclat vert, preuve indéniable qu’il n’était pas un Uchiwa. Il ne vit cependant nulle trace de compassion ou de remord.

 

« Vous n’avez pas à leur être soumis, chuchota-t-il, tuez-moi ici. 

- Ce sont les ordres, lâcha simplement l’homme d’une voix monocorde et en saisissant le bras du vieil homme avec plus de poigne. »

 

Il le poussa devant-lui sans douceur, tandis que Hiro sentait toutes forces l’abandonner. On lui refusait même une mort digne.

Le garde entra dans la pièce sans frapper, poussant toujours l’Uzumaki devant-lui. Il s’arrêta cependant sur le pas de la porte, laissant à Hiro le loisir de contempler le visage de ceux qui assisteraient à son exécution. Il vit d’abord les cinq gardes qui se trouvaient contre le mur du fond, en position de repos. Puis, les deux autres professeurs de Naruto, près du mur Est,  deux Uchiwa, dont l’un lui enseignait le Taijutsu et l’autre les arts de la guerre. Par ailleurs, ils en profitaient pour lui apprendre l’art de l’obéissance.

Enfin, il croisa le regard sanguin du maître des lieux. Il contempla avec dégoût l’éternelle jeunesse qui façonnait ses traits. Enfin, il posa les yeux sur Naruto, qui se tenait bien droit au côté de son « maître ». L’enfant avait bien grandi. Son corps autrefois famélique s’était paré de muscles fins et affutés. Sa chevelure blonde, qui le rendait si semblable à son père, étaient coupés avec une rigueur militaire. Enfin, ses yeux bleus, autrefois innocent, ne reflétait à présent plus rien.

Drei observa son premier et plus intime professeur, impassible. Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais n’osait pas formuler ses questions, que ce soit dans sa tête ou à voix haute. Il avait depuis longtemps compris qu’il n’avait pas le droit à la parole. Et que même ses pensées les plus intimes pouvaient être révélées.

Hiro fut emmené au centre de la pièce, à deux mètre à peine du maître et de son petit-fils. D’une claque sèche et précise dans le creux des genoux, on le força à s’agenouiller. Le garde s’inclina à son tour avant de se diriger vers les autres gardes.

Madara sourit au vieil homme. Hiro Uzumaki avait été un brillant ennemi qu’il avait mis longtemps à briser. Il savourait avec une délectation orgasmique de le voir ainsi, soumis. Il s’avança, posa deux doigts sous le menton de l’homme pour le forcer à lever sa tête vers ses yeux pourpre. Il voulait que l’Uzumaki voie son sourire, contemple sa victoire écrasante. Quand il vit la détermination du roux flancher, il recula d’un pas et sortit un Kunaï de sa poche arrière. Les yeux toujours plongés dans ceux de l’homme en sursis, il tendit la lame à l’adolescent, qui s’en saisit sans la moindre hésitation. Le sourire de Madara s’agrandit quand il vit l’horreur croître d’avantage dans les yeux de l’homme à terre.

Enfin, il dit : 

 

« Drei, tue-le. »

 

L’enfant frémit. Son dos se crispa comme à chaque fois qu’il était appelé ainsi. Un sentiment de révolte vint le titiller. Pouvait-il tuer le seul homme qui le considérait comme un être humain ? Oui. N’était-ce pas un ordre ? Chaque ordre n’était-il pas absolu ? Il avança d’un pas, plongeant son regard céruléen dans celui, chaleureux, de son vis-à-vis. Ce dernier hocha lentement la tête. Il ne lui rendrait pas la tâche plus difficile en se débattant.

Dans un dernier regain de fierté, Hiro se mit dans une position solennelle et posa le dos de ses mains sur ses genoux. Il ferma les yeux et chuchota, si bas que seul Naruto put l’entendre : 

 

« N’oublie jamais ce que je t’ai dit, Naruto. Ils existent vraiment. »

 

L’enfant ouvrit la bouche, mais il sentit le regard de son maître peser sur sa nuque. Alors, il se plaça derrière le vieil homme, tira légèrement sa tête en arrière pour exposer son cou et, avec la précision d’un geste mainte fois répété, il lui trancha la gorge. La fière silhouette s’écroula sur elle-même, tandis qu’il livrait ses derniers instants dans un silence funèbre.

 

« Bien, lâcha Madara en tendant la main pour récupérer son arme. »

 

Il sortit de la pièce suivi d’un des professeurs pendant que sept gardes se chargeaient d’emporter la dépouille. Les quatre gardes restant se mirent à leur place habituelle, de chaque côté de la porte. L’autre professeur s’installa au bureau et attendit que Drei vienne s’asseoir à son tour, ce qui ne tarda pas. La journée reprit un tournant ordinaire, comme si rien ne s’était passé. Pourtant, sans qu’il ne puisse s’en empêcher, Naruto posait de temps en temps un regard songeur sur la flaque rougeâtre qui maculait le sol.

 

 

 

Sasuke se redressa légèrement quand son frère, Itachi, passa devant-lui au côté de leur père, Fugaku, le quatrième Hokage de Konoha. Les deux hommes imposaient un silence pesant à la faction de vingt shinobis à laquelle Sasuke appartenait. Il s’agissait d’une unité spéciale, composée uniquement des Uchiwa les plus talentueux. Ses membres étaient choisis minutieusement par l’Ancien. L’unité était sous les ordres d’Itachi Uchiwa, génie de sa génération. Sasuke n’en était qu’un membre de plus, si on pouvait dire.

Ils venaient de rentrer d’une mission éprouvante. À la base, ils étaient juste partis en reconnaissance dans le Nord du Pays afin de confirmer l’existence d’une base rebelle. Ils n’auraient pas su mieux la confirmer.

En effet, ils étaient tombés sur l’une de leur sentinelle, qui, avant d’être exécutée, avait donné l’alerte. Il n’en fallut pas plus pour rameuter toute une bande de ces chiens galeux de rebelles, parmi lesquels s’était trouvé Kakashi Hatake, digne fils du puissant Sakumo Hatake. Même si leur troupe n’avait pas essuyé de pertes, ils s’étaient échappés de justesse. La honte se lisait sur leur visage, sagement baissés vers le sol. Bien sûr, ce n’était pas Itachi qu’on jugerait responsable de cette erreur, mais l’équipe en charge de cette zone. Celle de Sasuke, donc.

Fugaku revint sur ses pas et leur fit face. Son visage sévère renvoyait à celui d’Itachi, qui s’était placé un pas en retrait. Tout le monde le disait de toute façon. Itachi avait hérité de la rigueur de leur père et Sasuke de la douceur de leur mère.

L’Hokage se racla la gorge :

 

« Equipe Bêta, avancez-vous. »

 

Tandis qu’il disait ces mots, son regard se posa avec dureté sur Sasuke qui s’avança péniblement. Il ne regardait pas les autres membres, sa colère n’avait d’yeux que pour son fils. Ce fils, se dit Sasuke, qui échoue tout le temps. Itachi observa son frère avec une pointe de tristesse. Il savait à quel point chaque affront de ce genre brisait un peu plus Sasuke dans son ego.

Sasuke regarda brièvement ses trois autres coéquipiers. Il ne se sentait pas spécialement lié à eux et leur sort lui importait peu. En fait, il leur en voulait. Il avait l’impression que s’il avait été dans une autre équipe, peu importe laquelle, il n’aurait pas été dans cette situation. Et à présent, il devait encaisser la responsabilité de ses actes et le déshonneur que cela impliquait.

 

« Equipe Bêta, reprit Fugaku, pour avoir mis la réussite de la mission en danger, vous serez suspendu pendant une semaine complète. Durant cette semaine, il est en votre devoir de réfléchir en la gravité de vos actes. Si tel incident venait à se reproduire, des sanctions immédiates et définitives seront prises. »

 

Pas une seule fois il n’avait dévié son regard des yeux charbonneux de son plus jeune fils. Fugaku aimait ses fils de la même manière. Mais il ne supportait pas de voir Sasuke se morfondre dans l’ombre de son aîné. Il voyait bien que son fils cadet avait déjà lâcher prise, décidé qu’il ne pourrait jamais surpasser Itachi. Pourtant, les signes ne trompaient pas : le Sharingan de Sasuke était semblable à celui de l’Ancien.

Fugaku jeta un dernier coup d’œil à son fils cadet avant de tourner les talons. Itachi avança d’un pas et invita sa faction à disposer.

Mais Sasuke ne bougea pas. La nuque arquée vers l’avant et les poings serrés, il essayait de ravaler la brûlure cuisante de son échec. Ses joues empourprées et son apparente fragilité eurent raison de la réserve d’Itachi qui s’avança vers son petit frère. Avec un naturel qu’ils avaient presque tous les deux oublié, il passa son bras autour des épaules de son frère et tira un coup sec vers le bas.

 

« Allons ! On te donne une semaine de congés et t’arrives encore à faire la tête ? S’exclama-t-il en lui ébouriffant les cheveux. »

 

Sasuke sentit les coins de ses lèvres frémir, prêt à esquisser un sourire qui pardonnerait tout. Néanmoins, ses lèvres retombèrent. Ils n’étaient plus enfants. La gravité de leur dispute n’était plus la même et n’avait pas le même impact.

D’un coup de coude vicieusement placé, il se libéra et fit face à son frère qui se massait les côtes avec une grimace douloureuse. Ce dernier fut stupéfait de remarquer une nouvelle fois à quel point son petit-frère était semblable à l’Ancien. Ils avaient les mêmes traits lisses et les mêmes yeux, que leurs Sharingans soient activés ou non. Il regretta que l’Ancien n’ait pas encore formulé le désir de voir son frère, cela aurait sans doute aidé ce dernier à comprendre pourquoi on avait tant d’attentes de lui.

Sasuke quant à lui ne put voir que la ressemblance frappante entre Itachi et leur père et n’y vit qu’un nouvel échec.

 

« Qu’est qu’y a ? poursuivit Itachi sur un ton léger. T’es fâché ? »

 

Il lui mit une légère chiquenaude entre les sourcils, faisant mine de ne pas voir son air maussade.

 

« Arrête de faire comme si c’était pas grave ! Aboya le cadet, à bout de nerf. 

- Mais ce n’est pas grave, Sasuke, soupira l’aîné. Tu as quatorze ans, c’est déjà un exploit que tu sois ici.

- Tu avais treize ans quand tu devenu chef de l’escouade, rugit l’autre, exaspéré. 

- On évolue tous d’une manière différente. Personne ne te demande de faire comme moi.

- Non. Bien sûr. Pourquoi on me le demanderait alors que tout le monde sait que j’en suis incapable ? »

 

Itachi ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à ajouter. Il savait que c’était faux, bien sûr, mais comment pouvait-il rassurer son frère quand il devait taire plusieurs secrets ?

 

« Tu sais que c’est faux, murmura-t-il, dépité. »

 

Mais Sasuke ne l’écoutait déjà plus. Il jeta un dernier regard douloureux vers son frère avant de se diriger vers le domaine des Uchiwa.  

Il passa dans le quartier commerçant, ne prêtant qu’un coup d’œil distrait aux illuminations et façades colorés des échoppes. Il devait avouer qu’il aimait cette partie du village. Que ce soit aux premières ou aux dernières heures du jour, il y avait toujours un flot incessant de villageois. Des odeurs vanillées de la boulangerie venaient se mêler à celles piquantes du fromagers, sans que personne ne trouve cela désagréable. Des troubadours étaient dispersés un peu partout et le son d’une guitare s’accordait à celui d’un Koto, comme si ces deux instruments, pourtant si différents, s’étaient toujours attendu. Un joyeux brouhaha venait parfaire le temps, tant et si bien que Sasuke se sentait englober par une douce chaleur humaine qui le réconforta, un tant soit peu. Il ignora les quelques silences qui suivaient son passage, les regards qui s’attardait sur l’éventail qui marquait le dos de son t-shirt noir. Il n’en avait que faire. Il y était habitué.

Il savait que son clan était craint par sa puissance mais aussi exécré pour sa rude domination. Mais aucun de ces gens ne savaient quels sacrifices un Uchiwa devait faire pour atteindre ce pouvoir. Sasuke avait appris à aimer plus que de raison, à chérir chaque instant, tout en sachant que, inévitablement, on lui enlèverait tout cette amour pour le transformer en une rage froide et calculatrice. Car tel était le secret de son clan. Leur pouvoir résidait dans leur façon d’aimer et de haïr sans limite, d’une passion autodestructrice. Ce clan maudit ne pouvait assouvir sa soif de pouvoir qu’en sa propre souffrance.

La chaleur et la gaieté du quartier commerçant laissa place aux murs gris et lépreux du quartier résidentiel le plus malfamé de Konoha. Paradoxalement, ce quartier se trouvait juste à côté du riche et noble domaine des Uchiwa. Sans doute car personne ne voulait habiter près de ceux-ci. Non, maintenant qu’il y réfléchissait, ce n’était pas si paradoxal. La plupart des maisons affichaient des fenêtres brisées derrière lesquels de tristes individus se pelotonnaient autour d’une gazinière. On lui jetait des regards en coin, plein de dégoût. Les plus vaillants crachaient derrière-lui avant de déguerpir. Mais Sasuke n’en avait cure. Il se forçait à passer par cette partie de la ville alors qu’il aurait très bien plus l’éviter. Il voulait affronter l’abominable hégémonie de son clan.

 

 

 

Neji retourna sa cuillère en bois dans sa soupe, plus occupé à écouter le tintement liquide que par l’idée de manger. À vrai dire, il n’avait pas faim. Il avait envie de retourner s’entraîner et non rester assis sur cette chaise à attendre que le temps passe. Cependant, à peine eut-il formulé l’idée de planter son repas là qu’il croisa le regard de Kushina Uzumaki. Cette dernière, comme à son habitude, le surveillait. En fait, elle surveillait tout le monde. Elle avait trouvé en la petite trouve rebelle qu’était « Aozora » la famille qui lui avait été arrachée.

Quatorze ans auparavant, les Uchiwa lui avaient pris son enfant qui venait de naître et son père, qui serait forcé de lui enseigner le savoir des Uzumaki. Ses yeux avaient perdus de leur éclat ce jour-là, mais elle avait décidé à remonter la pente, promettant qu’elle retrouverait ce fils déchu. Elle avait dès lors décidé d’être la mère de toutes les âmes perdues qui constituaient Aozora, et Neji n’était pas des moindres.

Il était jeune mais son visage était déjà marqué par la même amertume que ses aînés. Le fier et puissant clan Hyûga avait énormément souffert de la froide et récurrente domination du clan Uchiwa. Après avoir longuement voué leur existence à Konoha, leur détermination s’était craquelée quand leurs droits avaient commencés à diminuer. Quand, finalement, la politique de l’exclusion devint clair – les postes haut-placés furent réservés aux membres du clan maudit, de mêmes des habitations de prédilection et des missions en territoire extérieur – ils menèrent une courte et incisive rébellion. Le peuple, trop terrifié par l’Immortel, refusa cependant de les supporter et ils furent répudiés, repoussés au-delà des frontières du Pays du Feu. D’abord errants, perdus loin de leur fondement, ils finirent par trouver du soutien auprès d’un autre clan déchu : celui des Uzumaki. Ces derniers, à cause de leur filiation et leur allégeance aux Senju, avaient vu leurs terres décimées et mises à sac. Cependant, portant en eux une froide vengeance, ils créèrent le mouvement Aozora et aiguisèrent leurs armes pendant des années.

Ils furent rapidement rejoints par les Sarutobi et Aburame ainsi que quelques figures emblématiques telles que Minato Namikaze, Jiraya et Sakumo Hatake. Et enfin, avec une émotion indéniable, ils accueillirent les deux derniers Senju, Tsunade et Nawaki. Leur coalition devint telle qu’ils ne prirent plus la peine de se cacher aux yeux des Uchiwa, qui, se complaisant dans leur arrogance, ne leur accordèrent pas plus de crédit, les laissant vagabonder à la lisière de leurs frontières, tant qu’ils n’y empiétaient pas. C’est ainsi que leur nom se répandit à travers champs et qu’ils furent rejoints par nombres de ninja ayant eux-mêmes souffert des injustices de leur pays. Ainsi Aozora fut pas seulement une arme pointée vers les Uchiwa, mais contre la péninsule Shinobi toute entière.

À dire vrai, Neji ne portait pas beaucoup d’intérêt aux objectif d’Aozora, qu’il voyait plus comme des idéaux utopiques et irréalisables. Ce qui l’intéressait, c’était de donner un sens à cette marque qu’il portait sur le front et qu’il s’appliquait à cacher à l’aide d’un bandeau noir. Car, bien qu’ils ne soient plus implantés à Konoha, le Clan Hyuuga n’avait pas abandonné ses anciennes traditions. Membres de la Bunke, destiné à protéger les membres de la Soke, Neji ne comprenait pas pourquoi il était jugé comme moindre. Ils avaient tous été honnis par Konoha, alors pourquoi la branche secondaire était-elle toujours considérée comment inférieur ? N’étaient-ils pas tous sur le même pied d’égalité à présent ? N’était-il pas aussi fort, voire plus fort, qu’Hanabi ? Son père n’était-il pas aussi talentueux que son oncle ? Comment pouvait-il accepté d’être considéré comme inférieur à Hinata ? Ne devraient-ils pas simplement marcher dans la même direction, pour le même but, à présent ? Il ne supportait pas que toute l’injustice de son existence se base sur un ordre de naissance.

C’est ainsi qu’une part de lui, qu’il n’avouerait jamais, attisait l’espoir de prouver sa valeur en renversant le pouvoir des Uchiwa. Et peut-être ainsi pourrait-il abolir le système qui régissait la famille Hyûga depuis des lustres. Qui a parlé d’idéaux utopiques ?

Dans un soupir, il porta sa cuillère, chargée d’une soupe à l’oignon amère, et promena son regard sur les autres gens qui l’entouraient. Après que leur base ait été découverte par les forces de Konoha, ils avaient été obligés d’en chercher une autre. Cela faisait à présent une semaine qu’ils se dirigeaient vers le Pays de la Foudre dans l’espoir de trouver une grotte parmi ses montagnes. Grotte, par ailleurs, qui serait capable d’accueillir leur nombre de plus en plus conséquent.

Son regard croisa finalement celui d’Hiashi. L’homme semblait l’avoir contemplé depuis un certain temps car il remarqua avec un temps de retard que Neji lui avait retourné son regard. Digne, le dirigeant de la branche principale ne cilla pas. Neji détourna le regard, non sans avoir croisé celui de son père, solennellement assis derrière son frère.

S’en fut trop pour Neji qui repoussa son bol, le tendant à une jeune enfant du clan Uzumaki. Sans un regard pour Kushina, il s’éloigna du campement, et comme il l’avait fait à de nombreuses reprises, s’appliqua à répéter les mouvements du Juken, de plus en plus vite.

 

 

 

« Encore ! L’admonestera le Maître. »

 

Drei recula d’un pas. Il ne se sentait pas fatigué, mais un sentiment inconnu commençait à le tirailler. La frustration, comme beaucoup d’autre chose, était quelque chose qu’il n’avait jamais goûté auparavant. Il était habitué à vaincre, sans la moindre difficulté. Mais le Maître n’avait pas ployé une seule fois à ses assauts. Certes, il savait que le Maître était puissant, tout comme il l’avait tout de suite su pour la Bête. En fait, Drei ne comprenait juste pas ce que le Maître attendait de lui.

 

« Utilise-la, astreignit l’homme. »

 

Cette fois, Drei comprit immédiatement. Utiliser la Bête ? Était-ce seulement possible ? Il la sentait au fond de lui, écoutant et observant tout ce qui l’entourait. Elle rongeait son frein tandis que l’homme qu’elle haïssait le plus se trouvait à quelques mètres d’elle. Sa rage était telle qu’elle aurait pu balayer la volonté de son hôte. Mais le sceau était trop puissant et ne lui permettait pas de faire grand-chose. Elle ne pouvait même pas communiquer avec l’enfant, à moins qu’il ne vienne lui-même à elle. Alors Kurama se bornait à attendre. Lorsque l’homme – méprisable, honni, pitoyable, cruel – demanda à l’enfant de l’utiliser, elle sentit le parfum de la victoire. Elle ne s’attendait cependant pas à ce qui allait celui tomber dessus.

L’enfant apparut devant elle, toujours aussi chétif, vide et muet. Elle roula son regard torve vers lui et gloussa :

 

« Aurais-tu besoin de moi ? »

 

L’humain la contempla longuement. C’était la première fois qu’il ressentait de l’appréhension. Qu’il doutait des ordres du Maître. Mais ceux-ci étaient absolus, alors il arrêta simplement de penser. Une semaine avant sa mort, Hiro lui avait appris un dernier sceau. Pendant cet ultime apprentissage, Hiro lui avait parlé de la Bête ouvertement. Lui avait clairement expliqué que le Maître lui demanderait tôt ou tard d’avoir recours à ce sceau, aussi cruel et inhumain soit-il. Le sceau était bien pire que restreindre les mouvements du monstre ; il l’affaiblirait considérablement, la rendrait aveugle et sourde à tout ce qui était hors de sa prison. Le sceau se nourrirait de son Chakra démoniaque et le transmettrait directement à Drei.

Il ferma les yeux. Ce n’est pas comme s’il savait ce qui était bien ou mal de toute façon. Pourquoi devrait-il ressentir un quelconque sentiment à l’idée de faire quelque chose à cette monstrueuse créature ?

Il s’assit à quelques mètres de la Bête, en position du lotus, et enchaîna une suite complexe de sceau. Le renard recula et se tapit dans le fond de la pièce. Elle avait appris à craindre la puissance de l’enfant, surtout quand il était appuyé par l’Uchiwa. Elle comprenait lentement que tout n’allait pas comme elle l’avait espéré.

Quand il eut fini, il déroula un long parchemin, se mordit l’index jusqu’à ce que son sang y perle et commença à dessiner une suite compliquée d’arabesques et de kanji. Cela fait, il fit le signe du serpent. Son sang vira au bleu et un air froid se mit à souffler dans la pièce confinée. Plaquant sa main droite sur la feuille, il lâcha dans un souffle :

 

« FuînjutsuNoroi. »

 

Kurama aplatit ses oreilles en arrière. Les chaînes qui le retenaient initialement se brisèrent en une myriade d’éclats violets. Le renard n’eut cependant pas le temps de profiter de ce semblant de liberté.

Une vive lumière blanche inonda la pièce et les murs furent repoussés, créant un vaste espace de vide. Les murs prirent une teinte plus pâle, presque translucide et surtout plus propre. Une force invisible – et indicible – vint plaquer la Bête contre le sol et dans un craquement titanesque, un pilier fut planté dans chacun de ses membres et de ses queues. Les colonnes, qui étaient d’un noir opaque, se mirent à luire du Chakra pourpre du renard. Ce dernier poussa une longue plainte, pleine de fureur mais surtout de douleur.

Drei n’avait pas bougé. Ses mains tremblantes étaient toujours posées sur le parchemin. Il sentait la puissance de la bête couler dans ses veines. Une force inextricable l’envahissait. Il se sentait capable de tout. Mais pourtant, il ne ressentit aucune joie. Un goût amer s’était répandu dans sa gorge tandis qu’il ressentait tout ce que la Bête éprouvait, comme à travers une vitre trop fine. Il sentait sa douleur, sa frustration, son amertume, son incompréhension, ses regrets, son profond sentiment d’injustice, mais surtout sa profonde tristesse mêlée de lassitude. La Bête en avait marre. Elle n’aspirait plus qu’au repos éternel, qui mettrait, peut-être, fin à ses tourments. C’est ainsi que Drei comprit que la Bête était en fait bien plus humaine que lui.

Cette conclusion ne le surprit cependant pas autant que la larme, unique et solitaire, qui coula le long de sa joue.