Le clan Torima

par Tentenette

Mon Dieu, j'ai mis beaucoup de temps à l'écrire celui là!

Mais vous comprendrez bien vite pourquoi^^.

Merci à tous pour vos gentils commentaires, et spécialement Phyllagea, je tiens à te dire que tu as été l’une de mes sources de motivation pour le terminer, celui-là ! Et merci à Mia_06 également, j’espère que la suite te plaira, même si on ne voit pas vraiment Neji dans ce chapitre sauf pour faire son rabat-joie mode glaçon.

Et sans plus attendre bonne lecture!


Le clan Torima

̶ Bienvenue dans mon petit chez moi, chantonna Tenten en ouvrant la porte de son appartement. C'est pas le grand luxe, mais du moment que y'a une télé, de la bouffe dans le frigo et pas de cafards sous le lit, je considère que c'est un paradis.

Tsuyoi resta muette, la tête basse cachée par son imposante capuche rouge, comme si elle vivait constamment dans une autre dimension. Tenten la conduisit dans la petite chambre d'ami à côté de la sienne et lui montra le placard ou elle pouvait installer ses affaires.

̶ Quand est-ce que je pourrais retourner chez moi ? Demanda Tsuyoi, les premiers mots qu'elle l'avait entendu prononcer depuis plusieurs jours.

̶ Je ne sais pas, répondit-elle honnêtement. Mais en attendant, tu vas rester avec moi.

Elle referma la porte derrière elle, laissant Tsuyoi se reposer, quoiqu'elle doute qu'elle réussisse à ferme l'œil, il était presque quatre heures du matin.

Adossée à la porte de la chambre, Tenten poussa un long soupir. La journée avait été particulièrement pénible.

Quelques jours plus tôt, une équipe de la protection de l'enfance avait débarqué chez les Torima afin de vérifier si le rapport de Sakura était fondé. Des psychologues avaient interrogé la jeune fille ainsi que les autres enfants du clan sur leur mode de vie, et il en est ressorti que Tsuyoi était la seule à être victime de mauvais traitements.

̶ Ces parents sont morts durant la guerre, elle a été élevée par son frère Ashido, expliqua Kakashi en parcourant son rapport. Il est mort il y a un peu plus d'un mois, c'est sans doute lié à son état psychologique.

̶ Son frère…est mort ? Répéta Tenten d'une petite voix.

̶ Apparemment tu n'es pas au courant, Ashido Torima est décédé il y a presque un mois après un coma qui aura duré cinq ans, et en tant que dernier parent vivant, c'est Tsuyoi qui a pris la décision de le débrancher…il y aurait de quoi en rendre fou plus d'un mais elle tient le coup, elle est plus forte qu'elle en a l'air, ça se passera bien pour elle, la rassura Kakashi avec un sourire.

En sortant du bureau, Tenten était plongée dans ses pensées, comment pouvait-elle ignorer que Tsuyoi avait récemment enterré le dernier membre de sa famille ? En y réfléchissant, elle ne savait pratiquement rien de la jeune fille.

Un peu plus loin dans le couloir, Tsuyoi était assise sur un banc en train de l'attendre, et Tenten était persuadée que si personne n'était venu la chercher, elle serait restée dans la même position pendant des heures, où peut-être même des jours.

̶ Un monsieur et une dame vont venir te chercher tout à l'heure, tu vas habiter avec eux pendant un moment, le temps qu'on trouve une meilleure solution.

Silencieuse, Tsuyoi se contenta d'un hochement de tête, comme si son corps ne contenait pas assez d'énergie pour lui permettre de parler. Quelques minutes plus tard un couple pénétra dans la tour du Hokage et se présenta à eux. La quarantaine, souriants, ils avaient « l'air gentil », pensa Tenten, espérant qu'ils n'en aient pas seulement l'air.

̶ C'est mon numéro, expliqua Tenten en notant une série de chiffres sur un morceau de papier qu'elle tendit à la dame, au moindre problème n'hésitez pas à m'appeler.

Docilement, Tsuyoi mit son sac à dos sur ses épaules et suivit le couple vers la sortie. Tenten la regardait s'éloigner, et une multitude de questions affluèrent dans son esprit comme un violent raz-de-marée : au fond que savait-elle réellement de ces gens ? Comment savoir si cette famille d'accueil n'était pas comme les Torima, ou pire ? C'était peut-être des pervers, des dealers ou de trafiquants d'organes ? Et Tsuyoi alors, avait-elle au moins pris le temps de lui demander si cette décision lui convenait, d'ailleurs était-ce la meilleure chose pour elle ?


Le moral dans les chaussettes, Tenten traina son corps mou comme une limace vers l'académie des Genins ou son ancien coéquipier et meilleur ami, Rock Lee était enseignant. Elle était d'une humeur que seul un bol de ramen fumant et les conseils d'un ami pouvaient apaiser. Elle fut déçue de constater qu'il était parti en mission. Ses pas la menèrent ensuite vers le Konoha General Hospital ou Sakura était le chef du service de chirurgie. Un infirmier l'informa que la Kunoichi était au bloc opératoire et y restera surement le reste de la journée.

Tenten soupira, elle passait ce qu'on appelait communément « une journée de merde » mais ça arrivait à tout le monde, il n'y avait pas de quoi dramatiser. Décidée à ne pas se laisser abattre, elle fit quelques courses au supermarché et décida de se préparer un bon diner, chose qu'elle n'avait pas faits depuis des lustres et le résultat s'en fit ressentir :

̶ Merde !

En voulant trop vite sortir le plat du four, elle se brula la main. Résultat des courses : un gratin de pâtes cramés et une brulure au deuxième degré. Elle jeta le tout à la poubelle et passa le reste de la soirée à ruminer sur son sofa en se goinfrant de céréales devant la télé. Peu avant de sombrer dans le sommeil, elle repensa à Tsuyoi, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle aurait pu faire beaucoup plus que de la confier à de parfait étrangers, mais quoi ?

Quelques heures plus tard, la sonnerie stridente de son téléphone la fit sursauter, le paquet de Chokonoha qui était sur ses genoux tomba à terre, rependant une centaine de petits Kunais et Shurikens en chocolat sur le sol.

̶ Super, grogna-t-elle en se mettant difficilement debout.

Elle regarda l'horloge murale en forme de feuille au-dessus du meuble à chaussures : trois heures du matin, qui pouvait bien appeler à cette heure ?

̶ Allooooo ? Répondit-elle dans un long bâillement en se frottant les yeux. Oui, c'est moi…quoi, mais qu'est-ce qui s'est passé ?...J'arrive tout de suite.

Le temps de mettre une veste en jeans sur son pyjama et d'attraper ses clefs, Tenten claqua la porte de son appartement et s'élança dans les rues désertes de Konoha. Une quinzaine de minutes plus tard, elle arriva à l'adresse indiquée, là où habitaient les Irota, la famille d'accueil de Tsuyoi.

̶ Attendez je ne comprends pas, que voulez-vous dire par « on ne peut pas la garder » ?! Demanda Tenten en fronçant les sourcils. Monsieur et madame Irota ainsi que Tenten étaient assis à la table de la cuisine. Quand madame Irota avait téléphoné à Tenten, elle avait déclaré d'une voix affolée qu'il fallait que quelqu'un vienne pour emmener Tsuyoi, et comme les services sociaux ne répondaient pas, ils avaient décidé d'appeler son sensei.

̶ Nous ne savions pas qui appeler…vous savez, Tsuyoi est une gentille fille, très calme, mais nous pensons qu'elle a besoin de l'aide de…spécialistes, expliqua Monsieur Irota d'une voix penaude sans oser croiser le regard de Tenten.

̶ Elle parlait dans une langue étrange et elle criait dans son sommeil. Toute la nuit elle a hurlé comme si le diable la poursuivait, elle fait peur aux enfants et les voisins nous ont dit qu'ils porteront plainte si ça continuait, poursuivit Madame Irota en serrant la main de son mari.

̶ Donc, vous avez décidé de vous débarrasser d'elle pour éviter que vos voisins ne répandent des rumeurs sur vous ? Railla Tenten. Vous êtes conscient qu'il ne s'agit pas d'un chat errant ou d'une machine à laver que vous pouvait rapporter au magasin parce que la couleur ne vous convient pas, c'est une enfant qui a déjà énormément souffert et vous voulez la renvoyer dès la première nuit ?! S'indigna Tenten en haussant la voix.

̶ Nous n'avons pas le choix, répondit Madame Irota en baissant la tête. Nous devons aussi penser à la sécurité de nos autres enfants.

Les Irota avaient l'air vraiment désolés, et c'est peut-être ce qui énerva le plus Tenten, elle ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Sans ajouter un mot, elle quitta rageusement leur cuisine et se dirigea vers le salon où l'attendait Tsuyoi. Son cœur se serra lorsqu'elle vit la petite assise dans la même position que ce matin, on aurait dit une statue, un bibelot posé sur une commode et qui attendait d'être déplacée vers sa prochaine destination, indifférente à son sort.

̶ Viens, allons-nous en, dit-elle d'une voix douce en attrapant son sac à dos.

Tsuyoi sur ses talons, Tenten avançait dans les rues de Konoha d'un pas lent, l'esprit embué par les derniers évènements. Qu'allait-il se passer maintenant ? Est-ce qu'ils réussiront à trouver une nouvelle famille pour Tsuyoi ? Et si c'était le cas, rien ne garantissait que le scénario de ce soir ne se répète pas.


Le lendemain, Neji et Tenten se présentèrent ensemble au bureau du Hokage pour faire leur rapport hebdomadaire sur l'évolution de leur équipe de Genins. Entre les deux, l'ambiance était assez tendue depuis la discussion houleuse qu'ils avaient eue sur le terrain d'entrainement, et les choses n'allaient pas s'arranger après l'annonce de Tenten.

̶ Je me propose comme foyer d'accueil pour Tsuyoi, déclara la Kunoichi devant les mines surprise d'Anko et ennuyée de Kakashi, apparemment, il l'avait senti venir.

̶ Qu'est-ce que je te disais, soupira Kakashi à son assistante, le menton nonchalamment posé sur le dos de sa main.

̶ Quoi ? Il n'en est pas question, trancha la voix glaciale de Neji, s'attirant les regards surpris de tous ceux présents dans le bureau du Hokage.

̶ Je te demande pardon ? S'offusqua Tenten.

̶ Désolé mais ça devient n'importe quoi, poursuivit-il de son ton condescendant. Elle ne peut adopter sa propre élève il y aurait conflit d'intérêts personnels.

̶ Personne ne va adopter personne ! Intervint Tenten. Elle a déjà treize ans, elle restera avec moi juste le temps de prendre son indépendance.

̶ Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples, intervint Anko. Il y a des procédures à respecter, une enquête à mener et…

̶ …et surtout beaucoup, beaucoup…beaucoup de paperasse à remplir, acheva Kakashi dans un soupira à fendre l'âme.

̶ Enfin Kakashi sensei vous êtes le Hokage, le ninja le plus fort, le plus aimé et le plus respecté de tout le village, les gens serait capable de se plier en quatre pour vous faire plaisir, susurra Tenten d'une voix mielleuse.

̶ Bien essayé, mais ce n'est pas la flatterie qui va résoudre tes problèmes.

̶ Très bien, alors je suppose que vous avez déjà une famille d'accueil sous le coude prête à prendre le relai, et avec ce qui s'est passé hier je suis sure que tout un tas de parents vont se bousculer pour l'accueillir, répliqua Tenten en posant ses mains sur le bureau de Kakashi.

Kakashi et Anko échangèrent un regard :

̶ Tu es du genre têtu quand tu veux quelque chose, toi, dit le Hokage en l'éloignant de son bureau d'un geste nonchalant. Cette dernière affichait un sourire sincère et ne put retenir un soupir de soulagement.

̶ Si je comprends bien, vous êtes d'accord avec ça ? Demanda Neji en haussant un sourcil.

̶ Ce n'est pas très courant comme pratique mais je suis à cours de solution, c'est décidé, Tsuyoi restera chez Tenten jusqu'à nouvel ordre.

̶ Bien, si vous permettez je vais me retirer.

Le soulagement de Tenten fut de courte durée, le ton cassant de Neji ne lui disait rien qui vaille, elle savait qu'il était en colère. Elle remercia rapidement Kakashi et sortit en trombe du bureau pour le rattraper.

̶ Neji, attends ! L'appela-t-elle en courant dans le couloir.

̶ Cette fois tu as dépassé les bornes, Tenten, cracha-t-il d'une voix furieuse qu'elle ne lui connaissait pas, ses orbes nacrés dardaient sur elle un regard féroce.

̶ Je ne comprends pas, pourquoi es-tu en colère contre moi ? demanda-t-elle d'une petite voix, l'air hébété par sa soudaine agressivité.

̶ C'est moi qui gère cette équipe, tu n'avais pas à prendre cette décision sans ma permission, déclara le Jonin en pointant sur elle un index accusateur. Tenten roula des yeux, alors c'était ça, il faisait juste sa petite crise d'autorité.

̶ Premièrement cette équipe on la gère ensemble, je ne suis pas sous tes ordres, et deuxièmement, je croyais que tu voulais séparer le personnel du professionnel, répondit-elle simplement.

̶ C'est toi qui mélange les deux justement, ton comportement n'a rien de rationnel.

̶ Rationnel ? Répéta Tenten en s'immobilisant au milieu du couloir. Cette fille vient de perdre sa seule famille et personne n'est au courant, tu trouves ça normal ?

̶ Certaines personnes préfèrent garder leur souffrances pour elles, Tsuyoi n'a peut-être pas envie d'en parler pour l'instant.

Tenten haussa un sourcil. Faire son dépressif et laisser sa douleur le ronger en maudissant le monde entier plutôt que de se confier était la spécialité de Neji, il savait de quoi il parlait, mais elle n'avait pas envie de lui donner raison aujourd'hui.

̶ Quoi qu'il en soit c'est trop tard, elle va venir vivre avec moi pour l'instant et pour le reste…ben, on improvisera au moment voulu.

Avec un rictus condescendant, Neji croisa les bras en toisant sa partenaire.

̶ Si je comprends bien tu n'as aucune idée de ce que tu es en train de faire, tu t'imagines que c'est facile de s'occuper d'un enfant.

̶ Elle a passé l'âge des couches et des biberons Neji, ça ne doit pas être si compliqué ! répliqua Tenten en pressant le pas pour sortir de la tour du Hokage et s'éloigner de son coéquipier qui commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

̶ Et si tu n'étais pas faite pour ça, si au contraire au lieu de l'aider tu ne fais qu'aggraver la situation ?

Tenten s'immobilisa, interloquée par les paroles de Neji. Jusqu'à présent, elle n'y avait jamais vraiment pensé, et si Neji avait raison, si elle n'était pas la personne la plus qualifiée pour s'occuper de Tsuyoi ?

̶ Tu t'imagines que parce que tu as envie de sauver le monde tu peux n'en faire qu'à ta tête mais ça ne marche pas comme ça, si ça t'amuses de jouer les nounous tu n'as qu'à laisser tomber l'équipe onze et te consacrer exclusivement à tes nouvelles activités.

Il la planta là et partit sans ajouter un moment. Choquée et blessée par l'attitude de son partenaire, il lui fallut plusieurs minutes pour réaliser qu'elle était toujours plantée au milieu du couloir de la tour Hokage, Neji l'avait une nouvelle fois laissé tomber.


Soucieuse de ne pas empoisonner sa protégée dès le premier soir, Tenten évita les fourneaux et décida de faire une commande royale chez Ichiraku. Sur la petite table basse du salon, une douzaine de sortes de ramens s'étalaient devant les yeux éberlués de Tsuyoi.

̶ Bon appétit, déclara joyeusement Tenten en rompant ses baguettes. Mets-toi à l'aise, ici chacun fait comme il le sent.

Avec des gestes hésitants, Tsuyoi avala une première bouchée qu'elle mâcha lentement et soudain, elle se mit à manger de plus en plus vite, comme si ça faisait des lustres qu'elle n'avait rien avalé quand brusquement, elle jeta ses baguettes sur la table et se précipita dans la salle de bain. Tenten la poursuivit et la trouva en train de vomir tout le contenu de son estomac dans les toilettes.

Totalement dépassée par la situation, elle se précipita pour appeler la seule personne capable de l'aider. Une demi-heure plus tard, Sakura débarquait chez Tenten avec sa tenue de médecin :

̶ Désolée d'avoir autant tardé, l'opération a duré plus longtemps que prévu, expliqua Sakura en retirant son sac pour s'accroupir à coté de lit ou été allongée Tsuyoi. Que s'est-il passé ?

̶ Je…je ne sais pas, balbutia Tenten, nous étions en train de manger et d'un seul coup elle a quitté la table en courant pour se précipiter dans les toilettes et depuis, elle n'a pas arrêté de vomir, raconta-t-elle d'une voix anxieuse. Je ne pense pas que ce soit à cause de la nourriture vue que j'en ai mangé également.

Sakura effectua un rapide examen tout en continuant à poser des questions à Tenten. Elle prit la tension de Tsuyoi, écouta ses battements cardiaques et palpa son estomac. Elle retira ensuite son stéthoscope et entraina Tenten hors de la chambre pour pouvoir lui parler.

̶ C'est à cause de la malnutrition. Son estomac n'a pas l'habitude de recevoir autant de nourriture d'un coup et quand elle a mangé trop vite il a tout rejeté, expliqua Sakura. Je ne prescris pas de médicament mais elle doit reprendre une alimentation normale graduellement et bien s'hydrater.

Tenten se laissa tomber sur le canapé le plus proche, les jambes flageolantes. Avec le recul, elle s'aperçut que sa réaction était démesurée, elle qui était d'ordinaire très calme même en situation de crise, elle eut du mal à comprendre ce qui lui avait pris :

̶ Merci beaucoup Sakura, sur le moment j'ai un peu… paniquée, avoua-t-elle en se grattant l'arrière de la tête, l'air penaud. Je crois que j'ai eu peur d'avoir fait quelque chose de mal.

̶ Ne t'inquiète pas, la rassura Sakura en rangeant son matériel. S'il y a quoique ce soit que je puisse faire, n'hésite surtout pas à m'appeler.

Une fois Sakura partie, Tenten posa une couverture sur Tsuyoi et quitta la chambre pour débarrasser la table du salon. N'ayant pas particulièrement sommeil, elle décida de s'installer devant un film en attendant que Morphée daigne lui rendre visite.

Soudain, un cri perçant déchira le silence de la nuit. Tenten bondit sur ses jambes, elle sortit un Kunai qu'elle gardait toujours attaché à son mollet, et se mit en position défensive. Un autre cri retentit et Tenten reconnut immédiatement la voix de Tsuyoi, elle se précipita dans la chambre de la jeune fille et la trouva assise sur son lit, ses cheveux blonds défaits et le regard fou, exorbité de terreur, elle fixait un point invisible sur le mur et hurlait de toutes ses forces comme si la mort se tenait debout face à elle.

̶ Tsuyoi ! Qu'est-ce que tu as ! Cria Tenten. Elle voulait secouer la jeune fille par les bras pour la faire réagir mais dès qu'elle la toucha Tsuyoi commença à se débattre dans tous les sens, à donner des coups de poings et des coups de pieds en parlant dans une langue qu'elle ne connaissait pas. Tenten resserra son emprise pour tenter de la maîtriser, et se prit un violent coup de poing en plein œil.

̶ Tsuyoi, calme-toi, c'est moi, Tenten !

La crise durait depuis bientôt dix minutes quand soudain, les muscles de Tsuyoi se relâchèrent, et elle se rendormit dans les bras de Tenten, comme s'il ne s'était rien passé. Pétrifiée, le souffle court, Tenten mis plusieurs secondes à réagir : que s'est-il passé ? Est-ce que c'était un cauchemar, ou autre chose ?

Elle replaça Tsuyoi dans son lit et la recouvrit, mais décida de rester dans la chambre de la jeune fille pour s'assurer que tout allait bien. Elle s'installa dans le fauteuil qui faisait l'angle de la chambre et observa la jeune Genin dans son sommeil. En la voyant ainsi, paisiblement endormie sur le ventre, sa cascade de cheveux blonds étalés en soleil autour d'elle, qui pourrait imaginer ce que cet enfant était en train de vivre ? Devait-elle appeler Sakura pour lui demander conseil ? Un rapide coup d'œil à l'horloge murale l'en dissuada, inutile de la déranger si tard, demain elle irait la voir à l'hôpital. Mais lorsque la deuxième crise se déclencha à deux heures du matin, elle se résigna à contacter son amie.

̶ Je suis vraiment désolée Sakura mais je ne savais plus quoi faire, s'excusa Tenten en ouvrant la porte à son amie. Elle avait mis un simple manteau sur son pyjama et ses yeux étaient à moitié fermés.

̶ Pas de problème, je suis d'astreinte de toute façon, explique-moi plutôt la situation.

Lorsqu'elles entrèrent dans la chambre, elles trouvèrent Tsuyoi assise sur le lit, les yeux grands ouverts et les larmes roulants sur ses joues, elles prononçaient des paroles incompréhensibles. Sakura s'assit à côté d'elle et sortit une petite lampe de sa trousse médicale.

̶ Depuis combien de temps est-elle comme ça ? Demanda-t-elle en inspectant ses pupilles.

̶ Quinze minutes environs, la première crise à durée seulement dix minutes, relata Tenten en mordant l'ongle de son pouce. Alors, qu'est-ce qu'elle a ?

Sakura posa une main sur le front de Tsuyoi, elle haletait bruyamment et ses vêtements étaient trempés de sueur.

̶ Il faut la rafraîchir, va me chercher un gant et de l'eau, pendant ce temps je vais changer ses vêtements, ou sont-ils ?

̶ Dans le placard, à ta droite.

Une fois revenue dans la chambre avec la bassine d'eau fraîche, Tenten trouva Sakura au chevet de Tsuyoi, une seringue à la main :

̶ Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-elle en trempant une serviette dans l'eau.

̶ Un léger sédatif, ça lui permettra de dormir, répondit Sakura en injectant le produit dans le bras de Tsuyoi.

̶ Un sédatif, pourquoi faire ? S'étonna-t-elle.

Sakura termina son injection et prit la serviette des mains de Tenten pour l'appliquer sur le front de Tsuyoi. Elle répéta le geste plusieurs fois en vérifiant par intermittence le pouls de la jeune fille. Pendant ce temps, Tenten observa la scène en faisant les cent pas dans la chambre, rester ainsi dans l'ignorance et sans rien pouvoir faire lui était insupportable.

̶ Elle s'est endormie, finit par déclarer Sakura en se relevant. Elle rangea son matériel et remit sa veste avant de quitter la chambre, Tenten sur ses talons.

̶ Allez Sakura, ne me fait pas attendre plus longtemps, qu'est-ce qu'elle a ?

̶ Des terreurs nocturnes. Il s'agit d'un trouble du sommeil assez rare, c'est un peu comme un cauchemar sauf qu'à son réveil, le sujet ne se souvient de rien, expliqua-t-elle en mettant ses chaussures.

̶ Et…et d'où ça vient ? Comment ça se traite, au juste ? Questionna Tenten à qui ce terme ne disait absolument rien.

̶ Il existe plusieurs facteurs déclencheurs, le stress dans la majorité des cas où un changement majeur dans la vie de l'enfant. Quant au traitement, il n'y en a pas, quand les crises surviennent il ne faut surtout pas la réveiller, essaye de la calmer et évite d'avoir l'air perturbé si elle se réveille toute seule. Si les crises persistent, je te prescrirai un léger somnifère à lui donner pour rétablir son cycle de sommeil. Je te conseille également de l'emmener consulter un psychologue…tiens, c'est le numéro d'une collègue, elle est très bien.

Sakura tendit une carte professionnelle à Tenten, elle la prit des deux mains et la regarda sans la lire, submergée par le flux important d'informations que venait de lui donner Sakura, comment allait-elle faire pour se souvenir de tout ça ? Devant la mine éberluée de son amie, la ninja médecin retira ses chaussures et décida de rester un moment avec elle.

̶ Je ne sais pas toi, mais moi j'aurais bien envi d'une tasse de thé, tu m'invites ?

Tenten la conduisit à la cuisine ou Sakura prit le relai. Assise dans un coin, la maîtresse d'armes continuait de regarder la carte du psychologue d'un air perdue, Sakura préparait le thé en lui jetant des regards de temps à autres :

̶ Tout va bien ? S'enquit-elle.

̶ Je viens juste de réaliser à quel point j'ai été stupide, répondit-elle en pensant à sa conversation avec Neji. Ce matin j'ai dit à Neji que ça ne devait pas être si compliqué de s'occuper d'un enfant.

Sakura éclata de rire en posant une tasse de thé devant son amie.

̶ Désolée de te décevoir mais tu te trompes complètement. Et le pire c'est que ça ne s'arrange pas avec l'âge, en ce moment quand je m'adresse à Sarada j'ai l'impression de parler une autre langue, et dire qu'elle entre à peine dans l'adolescence, se lamenta Sakura, ce qui arracha un petit sourire à Tenten. Et alors Neji, il a répondu quoi ?

̶ Que je n'étais peut-être pas faite pour m'occuper d'un enfant…qui sait, il a peut-être raison.

̶ Tu veux que je te confie un secret ? Ça va bientôt faire dix ans que j'improvise avec Sarada et à chaque problème, j'ai l'impression d'être la pire mère du monde, je déprime pendant trois jours et ça repart, la vie continue. Aucun parent digne de ce nom ne te dira qu'il était prêt à élever un enfant, on essaye juste de faire de notre mieux, parfois on assure, d'autre fois on se plante et on essaye de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Mais si tu veux éviter de te retrouver à l'asile retiens bien que le mot clé dans cette phrase est « essayer ».

Les deux amies éclatèrent d'un rire complice. C'est alors que Tenten réalisa la chance qu'elle avait de pouvoir compter sur une amie comme Sakura. Si une dizaine d'années plutôt, on lui avait dit qu'elle deviendrait amie avec rose-bonbon, la groupie number one de Sasuke Uchiha, elle lui aurait ri au nez avant de lui balancer un Kunai. Mais le temps passe, les gens changent et Tenten était la première à reconnaître les efforts qu'avait accomplis la Kunoichi pour passer du statut de figurante pleurnicheuse à celui de ninja à part entière. Mais c'était suite au mariage de Naruto et Hinata qu'elles s'étaient rapprochées, se découvrant nombre de points communs, notamment leur célibat ainsi que leur attrait pour les hommes égocentriques et émotionnellement attardés.

De son coté, Sakura savait à quel point il était difficile d'élever seule un enfant. Elle savait aussi que Tenten n'avait pas fini d'en baver mais à quoi bon lui faire peur à l'avance, elle semblait suffisamment inquiète comme ça :

̶ Etre fait ou non pour quelque chose est secondaire, moi ce que je vois c'est que tu es la seule personne à réellement te préoccuper de cette petite. Aies confiance, je suis sure que tout se passera bien, la rassura Sakura en posant une main sur la sienne.

Devant l'heure tardive, Sakura ne tarda pas à prendre congés. En refermant la porte derrière son amie Tenten repensa à ses paroles, et elle devait bien avouer qu'elle n'était pas aussi confiante.


Malheureusement, les jours qui suivirent donnèrent raison à Tenten.

Depuis quinze jours, elle enchaînait presque chaque soir les nuits blanches. Les terreurs nocturnes de Tsuyoi étaient de plus en plus fréquentes, et le manque de sommeil la rendait particulièrement irritable et agressive.

Ce jour-là, elle avait été chargée par le Hokage de superviser le transport et le stockage d'un convoi d'armes ninjas à travers le village. Elle accomplissait sa mission quand soudain, son téléphone sonna :

̶ Tenten à l'appareil…oui, je suis son tuteur…quoi ?! D'accord, j'arrive dès que possible.

Le convoi n'en était encore qu'à la moitié du chemin lorsque le poste de police de Konoha contacta Tenten pour la prévenir qu'une bagarre avait éclaté, et que Tsuyoi en était la principale responsable. Bien sûr, la Kunoichi n'avait pas le droit de quitter son poste avant la fin de la mission, mais son esprit était tellement accaparé par Tsuyoi qu'elle accumula les bourdes : elle se trompa dans le compte des armes, ce qui l'obligea à refaire trois fois le calcul, oublia de signer le bon de livraison et fût contrainte de revenir à l'entrepôts de stockage où elle avait oublié ses clefs et son portable.

Il était près de huit heures du soir lorsqu'elle arriva au poste de police de Konoha, une main sur son point de côté après avoir traversé le village en courant comme une dératée. Tsuyoi l'y attendait en compagnie d'un policier, elle tapait du pied sur le sol à un rythme frénétique comme si elle était sur le poing du lui arracher la tête.

̶ Qu'est-ce qui s'est passé ? Interrogea Tenten, à bout de souffle.

̶ Votre fille a déclenché une bagarre en plein centre-ville cette après-midi.

̶ C'est pas vrai ! Objecta violemment Tsuyoi en se mettant debout. C'est l'autre gros con qui a commencé !

̶ Tsuyoi, c'est quoi ce langage ?!

̶ Elle s'est battu avec des enfants civils, a cassé le nez de l'un d'entre eux et plusieurs cotes à un autre, poursuivit le policier.

Tenten ouvrit la bouche en se tournant vers sa protégée, l'air abasourdie.

̶ Attendez, c'est pas ce qui s'est passé…

̶ Oh mais j'espère bien que tu vas me fournir des explications, jeune fille ! Répliqua Tenten d'un air sévère.

̶ La caution a déjà été réglée, signez ces documents et vous pourrez repartir, expliqua le policer en lui tendant plusieurs papiers et un stylo.

̶ Réglée, par qui ?

Brusquement, Tsuyoi posa un genou au sol et se prosterna en baissant la tête. Un homme d'un certain âge se présenta à eux, entouré de deux gardes du corps cagoulés et vêtus de noir. L'homme avait une main dans le dos et l'autre posé sur son impressionnant embonpoint, l'air parfaitement décontracté alors que tout le monde s'inclinait sur son passage comme s'il s'agissait du propriétaire des lieux. Il avait de longs cheveux gris, une barbe de même couleur et des petits yeux perçants mordorés, semblables à ceux de Tsuyoi. Il portait un kimono noir marqué du même blason que celui sur les vêtements de la jeune fille, trois griffes de faucon dorées.

̶ Alors c'est vous, la fameuse Tenten, dit-il en passant sur elle son regard de rapace, un sourire malaisant étirait ses lèvres. Je suis le Drachma, le chef du clan Torima, c'est un plaisir de faire votre connaissance.

̶ Plaisir non partagé, rétorqua Tenten d'une voix cassante.

L'homme éclata d'un rire gras, son estomac rebondit ressortait sous son kimono.

̶ Comme vous sembliez avoir mieux à faire que de vous occuper de Tsuyoi, la police a pris la liberté de me contacter pour régler sa caution.

Tenten ricana.

̶ Je trouve ça très drôle venant d'une personne accusée de violences et de mauvais traitement.

̶ Je crains que tout ceci ne soit un malentendu, dit le chef de clan en balayant ses dernières paroles d'un geste de la main. Ce que vous, gens de Konoha, considérez comme de la maltraitance sont des méthodes d'entrainement ancestrales qui servent à développer la résistance mentale et psychique de nos ninjas.

̶ Et les coups de fouets et les brûlures, ça fait aussi partie de l'entrainement ? Interrogea-t-elle d'une voix ou pointait l'impatience, ce qui arracha un sourire à l'homme. Mais ce que je voudrais vraiment savoir, seigneur Drachma, c'est pourquoi tout le monde s'acharne à ignorer le fait que Tsuyoi est une fille ?

Dès qu'elle eut prononcé le dernier mot, le visage du Drachma s'assombrit et il perdit immédiatement son sourire.

̶ Lorsque le clan Torima s'est installé au village de Konoha, nous avons signé un accord avec l'Hokage qui protège nos traditions et qui empêche toute ingérence dans nos affaires privées. Je suis passé outre le fait qu'à cause de vous, des étrangers ont osé pénétrer dans ma maison, interroger ma famille et entacher la réputation de notre clan avec de fausses accusations, mais n'abusez pas de ma patience, vous ne savez pas à qui vous avez affaire, l'avertit-il d'une voix grave, les mains jointes sur le pommeau de sa canne.

Tenten eut un sourire en coin en soutenant son regard. Grace à de longues heures de recherches passées à la bibliothèque de Konoha, elle avait trouvé un moyen légal de contourner cet accord :

̶ Sachez tout d'abord qu'il existe des cas ou cet accord n'est plus valide, comme lorsque l'intégrité physique ou psychologique d'un individu est menacée, expliqua-t-elle avec un petit sourire victorieux. Et sachez aussi une chose, je ne permettrai pas que quiconque fasse du mal à mon élève, personne dans votre maison ne lèvera plus jamais la main sur Tsuyoi, rétorqua Tenten sur le même ton en serrant les poings, le regard féroce.

Le Drachma éclata d'un rire gras et méprisant.

̶̶ J'admire votre dévouement, même si tous vos efforts sont parfaitement inutiles, rétorqua-t-il d'un air amusé. Souvenez-vous bien de ces paroles, si ce n'est pas vous qui m'amènerez Tsuyoi, ce sera lui qui viendra à moi, tôt ou tard.

Et sur un dernier regard lancé à Tsuyoi, toujours inclinée, il passa à coté de Tenten en ricanant.

̶ Va te noyer dans ta graisse, gros con ! marmonna-t-elle en le regardant s'éloigner.

Le policier haussa un sourcil, l'air de dire « je sais maintenant d'où cette gamine tient ce vocabulaire ». Tenten lui lança un regard noir avant d'entraîner Tsuyoi avec elle :

̶ Allez viens, on rentre.


̶ Mais qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ?! Demanda Tenten en poussant la porte de son appartement.

̶ Je vous ai déjà dit que ce n'était pas ma faute. Il y avait ces trois garçons qui racketté un gamin dans un coin, je pouvais tout de même le laisser se faire agresser ! Hurla Tsuyoi.

̶ Je suis d'accord mais il existe d'autres méthodes que la violence, réprimanda Tenten en croisant les bras d'un air sévère. En plus ce n'était que des civils, un ninja digne de ce nom ne s'attaque pas à plus faible que lui.

̶ J'en étais sure, vous ne me croyez pas, c'est ça ?! s'exclama Tsuyoi en serrant les dents.

̶ Bien sûr que je te crois, soupira Tenten d'une voix plus douce. Je sais que tu ne ferais jamais de mal à quelqu'un délibérément.

Tsuyoi leva sur elle un regard suspicieux, et Tenten put voir qu'elle était blessée à l'arcade sourcilière.

̶ Il faut nettoyer cette blessure, dit-elle en se rapprochant de la jeune fille. Elle repoussa la main de Tenten et s'enfuit en direction de sa chambre en criant « je peux me débrouiller seule ! ».

La maîtresse d'armes soupira « ah, les ados… ».

Il était tard et comme elle n'avait ni faim ni sommeil, elle entreprit de faire un peu de rangement. Entre les entraînements, les missions du Hokage et Tsuyoi, Tenten n'avait plus une seule minute à elle, et son intérieur avait fini par ressembler à une garçonnière.

Elle passait le balai à l'angle du meuble à télé quand elle perçut un bruissement de feuille dans l'arbre près de la fenêtre. Sans se retourner, elle jeta un Kunai qui percuta le tronc d'arbre dans un bruit sourd, faisant voler les oiseaux qui s'y trouvait.

̶ Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle d'une voix grave. Les mains en l'air, une silhouette sortit de l'ombre, un clone de Tenten se tenait derrière elle en pointant dans son dos un Kunai.

C'était une femme entièrement vêtue de noir et portant une cagoule. Elle retira l'étoffe, révélant un beau visage à l'expression neutre, elle ne devait pas avoir plus de vingt ans.

̶ Je suis venue vous mettre en garde. Si vous ne rendez pas Tsuyoi au clan Torima, vous allez vous attirer de gros ennuis à toutes les deux.

̶ Je repose la question, qui êtes-vous ? Redemanda Tenten tandis que son clone appuyait un peu plus le kunai dans le dos de la femme.

̶ Je me nomme Shana et j'étais la fiancée du frère de Tsuyoi.

Tenten haussa les sourcils, que lui voulait-elle ? Et pouvait-elle réellement la croire.

̶ Puisque vous êtes là, vous pourrez peut-être m'expliquer ce repère de sociopathe qui vous sert de maison, quel genre de monstre pourrait faire ça à un enfant ?

̶ Le genre qui considère qu'une femme ninja possédant l'œil du faucon soit le pire affront qu'on puisse faire au clan Torima.

̶ Je…je ne comprends pas, balbutia Tenten en faisant disparaître son clone.

̶ Justement, si vous voulez comprendre, vous devez d'abord connaitre l'histoire de notre clan. Avons, nous vivions dans les montagnes du pays des démons, nos conditions de vie étaient très rudes, si bien que seuls les plus forts arrivaient à survivre. De ce fait, nos ninjas étaient réputés comme étant les plus puissants du pays des démons grâce notamment à notre Dojutsu, l'œil du faucon, et petit à petit, notre clan a su asseoir sa réputation. Cependant, il y a un revers à la médaille. Les Torima, qui ne valorisent que la puissance et la force brute ont relégué leurs femmes au rang de servante. Nous sommes nées et passeront le reste de nos vies à enfanter et servir, sans autre option ou possibilité de changer notre destin. Pour eux, une femme est indigne d'apprendre les techniques ninjas, voilà pourquoi ont dit que chez les Torima il n'y a ni homme ni femme, seulement des guerriers ou des esclaves.

Tenten resta muette. Le machisme était monnaie courante dans le monde des shinobis et les femmes ont toujours dû redoubler d'effort pour se faire respecter dans ce milieu impitoyable, mais elle avait du mal à croire qu'une telle injustice existait encore à l'époque moderne.

̶ Dans ce cas, comment se fait-il que Tsuyoi soit devenue Genin ? Demanda Tenten après avoir repris ses esprits.

̶ Grâce à son frère, répondit Shana et soudain, ses traits s'adoucir et un triste sourire naquit sur ses lèvres alors que les souvenirs affluaient dans sa tête. Ashido a toujours été différent des autres. Comme les garçons devaient fournir plus d'effort que les filles, ils avaient par conséquent plus de nourriture et chaque soir, il venait en cachette dans le pavillon des femmes pour partager avec moi son diner. Il prenait soin des plus jeunes garçons durant les entraînements et n'a jamais manqué de respect à aucune femme. Mais ce qui le caractérisait le plus, c'était qu'il refusait de suivre aveuglément les règles du clan, il considérait que nos lois étaient barbares et dégradantes, et il a jurait que jamais ses filles, ni aucune autre femme de sa génération n'aurait plus à subir cela car il était décidé à changer les règles pour elles. Quand les parents d'Ashido sont morts, Tsuyoi n'était qu'un nourrisson, et elle portait déjà dans ses pupilles d'or le pouvoir de l'œil du faucon. Alors Ashido a monté un plan. Il fit passer Tsuyoi pour un garçon, et lui donna ce prénom en espérant que sa force puisse libérer le clan du poids de ces traditions. Il l'a entraîné, lui a appris à se battre et elle a très vite surpassé tous les garçons de son âge.

Mais Tsuyoi grandissait, et il devenait de plus en plus difficile de cacher sa réelle nature, les anciens finirent par découvrir la supercherie, et il arriva ce qui arrive à tout ce qui ose se dresser contre les lois du clan. Il a été humilié et battu à mort en place public, sous les yeux de tous les membres du clan. Je ne pouvais rien faire d'autre à part regarder, et espérer que la mort ne l'emporte le plus vite possible pour lui éviter de souffrir…mais au dernier moment, le Drachma décida de ne pas le tuer, non pas pour l'épargner, mais pour que son sort serve de leçon à tous ceux qui oseraient en faire de même, il resta dans le coma pendant cinq ans.

Shana gardait un visage impénétrable, mais ces yeux brillaient d'une colère et d'un ressentiment qui devait lui dévorer le cœur depuis des années. Tenten avait du mal à imaginer ce qu'elle avait pu ressentir à ce moment-là : voir l'amour de sa vie se faire lentement tuer sous yeux sans rien pouvoir faire que regarder. Un frisson glacial parcourut le corps de Tenten, et elle serra ses bras autour d'elle pour se maîtriser.

̶ Pourquoi…pourquoi est-ce que vous ne vous révoltez pas ? Pourquoi les femmes acceptent-elles tout ça sans protester ni rien dire ?! Cracha Tenten avec colère.

Shana éclata d'un rire sans joie.

̶ Vous ne comprenez rien à ce que je suis en train de vous dire. Ces gens sont puissants et fermement décidés à garder leur privilège et si vous osez vous opposer à eux, vous n'en tirerez que de la souffrance, expliqua-t-elle en tournant le dos à Tenten. Elle souleva son haut, révélant de longues traces de brûlures blanchâtres, de coups de fouets, des coupures et de nombreuses plaies, certaines plus anciennes que d'autres. L'estomac de Tenten se retourna à la vue de ce spectacle.

̶ Leur cible à présent est Tsuyoi, poursuivit-elle en lui faisant de nouveau face. Pour l'instant très peu de gens sont au courant que c'est une fille, et si ça venait à se savoir nul doute qu'ils réclameront sa tête.

̶ C'est ce que veut le Drachma, conclut Tenten d'une voix sombre. En la poussant à bout pendant les entraînements, ils veulent la pousser à révéler son secret pour pouvoir l'éliminer…enfoiré !

̶ Mais il y a quelque chose qu'il n'avait pas prévu : vous.

̶ Moi ? Répéta Tenten, l'air surprise.

̶ En défendant Tsuyoi, vous avez fait les deux choses qu'il déteste par-dessus tout : déranger ses plans et défier son autorité, attendez-vous à de lourdes représailles.

̶ Bien, c'est ce que nous allons voir.

Shana remit son masque et s'apprêtait à quitter l'appartement. Au dernier moment, elle se retourna vers Tenten et l'observa longuement d'un regard impénétrable avant de lui demander :

̶ Pourquoi faites-vous tout cela pour Tsuyoi ? Après tout vous n'êtes que son sensei.

Tenten sourit, tous se demandaient pourquoi elle voulait lui venir en aide, mais la vrai question qui se posait était pourquoi personne ne l'avait encore fait.

̶ Ce qui importe n'est pas qui je suis, mais ce que je peux faire pour elle.

Shana ne répondit pas, elle lui fit un signe de tête et disparu dans les rues de Konoha, laissant Tenten seule plantée au milieu de son salon avec ces pensées.

̶ A nous deux, seigneur Drachma.


Je crois que ce sera incontestablement le chapitre le plus difficile (pour ne pas dire chiant) à écrire de toute la fic.

J'ai vraiment eu du mal à le finir celui-là, il y avait tellement d'idées et de choses que je voulais y mettre que j'ai fini par le couper en deux, finalement l'histoire de Tsuyoi s'étale sur un mini-arc de trois chapitres, le prochain signant la fin de l'arc et surtout, le grand retour des moments NejiTen qui ont été un peu négligé pour les besoin de l'intrigue.

Voilà, voilàààà, dites-moi ce que vous en avez pensé, et bonne lecture, à la prochaine.