HS : Prologue

par elane

PROLOGUE

 

Les rayons d’or du soleil en plein zénith transpercent sans peine les feuillages touffus de la forêt des trois dragons. Hide un jeune homme aux cheveux noirs lève les yeux, dégageant d’un geste la goutte de sueur qui luit sur sa tempe et contemple avec lassitude ses compagnons de voyage.

Ce voyage vers les terres du pays du Feu semble plus interminable chaque pas. Entre son père, un homme grand et sévère qui avance d’un pas égal en silence et les deux ninjas qui forment leur escorte et qui n’ont pas ouvert la bouche depuis le début de leur voyage, il compte les pas et les secondes qui s’égrènent avec une lenteur insolente.

L’Ennui plombe chacun de ses pas qui l’emmènent toujours un peu plus loin de tout ce qu’il a toujours connu. Les raisons de leur départ précipité de Kumo sont aussi obscures que les vagues explications dont l’avait gratifié son père. Mais elles ne sont  pas si difficiles à concevoir. Les richesses incroyables héritées il y a peu par son père avaient attisé les convoitises et la rivalité de  tous, les proches comme ceux dont il ne connait que vaguement les noms.

En plongeant son regard sur les deux ninjas de Kumo, il se demande un court instant s’ils ne sont pas muets tout simplement. Ils ne communiquent entre eux qu’avec des hochements de tête entendus et des petits mouvements aussi brefs que furtifs des mains. Il ne lui en faut pas plus pour se rendre compte qu’eux aussi préfèreraient être partout ailleurs qu’ici. Protéger deux civils sur le long trajet de Konoha ne devait pas être la mission du siècle.

Son père avait hérité de quoi  les mettre à l’abri toute leur vie plus que confortablement. Et il a toujours été du genre pragmatique et raisonnable, il sait gérer cette nouvelle fortune sans perdre la tête. Le plus grand avantage qu’il retire de toute cette situation est qu’il va pouvoir enfin se consacrer à la seule chose qu’il aime réellement en ce bas monde.

Les arts et surtout la musique.

Il sait que les raisons qui l’ont mené à cet art passionnant n’ont rien de très nobles. Mais il n’en a pas honte, loin de là. Les femmes. Pour une raison qui lui apparait encore aujourd’hui des plus mystérieuses, maîtriser trois notes de musiques vous ouvre leur bras plus facilement que n’importe quelle répartie, de la plus drôle à la plus intelligente. Quel est donc ce langage étrange qui ôte toute raison à la plus raisonnable des femmes ? Pour ne rien gâcher, il sait que peu d’entre elle ne peuvent résister à ses yeux noirs et ses traits fins.

Mais en chemin, il  s’est découvert une véritable passion pour cet art magique, il s’est égaré dans des méandres dont il n’avait même jamais soupçonné l’existence et s’est perdu avec délectation dans un univers  dont la complexité le séduit un peu plus chaque jour.  Car s’il est suffisamment lucide pour savoir qu’il n’a aucun don particulier pour les notes et leurs arrangements, il possède une oreille sûre et distingue sans peine les vrais artistes des gens sans talents.

Soudain un sifflement suivi d’un coup lui coupe la respiration si abruptement qu’il s’effondre, tête baissée. L’air siffle à ses oreilles, ses jambes ne touchent plus terre depuis longtemps. Une poigne de fer l’écrase avec une force contre un corps tendu et il relève difficilement la tête.

A la place qu’il occupait deux seconde plus tôt, les deux ninjas de Kumo gisent à terre, blessés mais vivants. Son cerveau essaye d’assimiler le plus vite possible la situation. Une goutte de sueur froide coule le long de son échine et le fait trembler.

Son père.

Il n’a pas le temps de rassembler ses pensées, leur assaillant fonce sur eux une lame à la main. L’ANBU qui le tient dans ses bras relâche son emprise en empoignant un kunaï et le choc de l’acier le tire de ses pensées. Ils sont à plusieurs mètres au-dessus du sol, debout sur l’écorce d’un arbre gigantesque dans un angle absolument impossible à tenir. Dans un mouvement désespéré, il entoure la taille de l’ANBU de toutes ses forces.

Une femme. Un masque blanc  de félin orné d’une ligne noire élégante. Il n’a pas le temps de s’en étonner et se cramponne vivement alors qu’ils virevoltent d’arbre en arbre et qu’à chaque seconde les kunaï volent un peu trop près et les poings de l’homme qui les poursuit sont proches, beaucoup trop proches.

-          Vert ! Occupes-toi de lui !

Lui.

Transporté comme un paquet encombrant, il change de main sans ménagement. Un bref instant, il regrette d’être passé des bras d’une jeune femme aux cheveux blonds à celui d’un homme, quel qu’il soit. Mais il est forcé d’admettre que n’être plus la proie des lames d’acier et des coups n’est pas pour lui déplaire. Et retrouver la terre ferme sous ses pieds et son père sain et sauf lui arrachent un soupir de soulagement.

Ils sont quatre. La femme aux cheveux blonds qui est aux prises avec un ninja de Kumo. Celui qui le dépose près de son père, un troisième qui soigne les deux ninjas à terre et un quatrième aux cheveux argentés qui s’occupe de leur deuxième adversaire. Un crissement électrique lui parvient aux oreilles et il voit l’ANBU enfoncer sa paume hérissée de milles éclairs bleutés transpercer le cœur de l’homme qui tombe à terre, le regard vide.

Le fameux Vert a déjà rejoint la femme et leur ennemi ne peut faire face bien longtemps à leurs attaques coordonnées. La femme disparaît dans un éclair et se glisse dans l’ombre de leur adversaire tandis que Vert se matérialise devant lui et lui assène un coup phénoménal qui le plie littéralement en deux, une boule tourbillonnante bleutée le transperce de part en part.

Les trois ANBUs se posent devant celui qui s’occupe des ninjas à terre et la femme l’interroge sur leur état.

-          Si on les laisse, ils ne passeront pas la nuit.

La jeune ANBU blonde étouffe un juron qui aurait fait rougir plus d’un homme.

-          On abandonne la mission, lâche-t-elle rageusement.

-          Chance, Je peux m’en occuper seul. Continuez sans moi.

-           Non, on est trop près de Kumo et il a déjà trop d’avance. Les ordres sont de l’intercepter avant qu’il n’arrive à Kumo.

-          Bien.

Puis elle se dirige vers l’argenté. Même sans pouvoir voir son visage, il devine la colère déformer ses traits. Et lorsqu’elle lui décoche un coup impressionnant qui l’envoie à terre, non seulement il ne fait rien pour l’éviter mais il se remet difficilement sur ses jambes, son masque à terre, il lève ses yeux, un œil noir et un œil rouge sang vers elle avec la même rage.

-          La prochaine fois que tu me refais un coup pareil Kakashi, je …

Les deux autres ANBUs se retournent vers eux dans un souffle, sans voix. La colère lui avait fait perdre ses mots et elle avait utilisé son véritable nom sans y penser.

-          Ça, ce n’était pas le plan, dit-il avec une colère froide.

-          C’était le plan B, intervient l’ANBU penché sur les blessés.

-          Plan B ? C’est quoi cette histoire ?

La voix de l’argenté. Elle est faible mais la colère qu’il perçoit dans ses mots est toujours là.

-          Tu l’as très bien compris tout seul, répond avec un ton résigné la voix du Doc.

-          Sortir à découvert dans cette position, c’était du suicide ! s’exclame Kakashi.

Elle avance les poings serrés.

-          C’était le seul moyen, le seul et tu le sais très bien Neige. Ton intervention, contre les ordres nous a coûté la mission !

Hide voit sans comprendre  la colère se dissiper comme un souffle dans le regard de Neige pour un voile sombre.

-          Tu n’as pas changée.

Ces simples mots installent un silence lourd de sens entre les quatre ANBUs. Ils semblent enfin se rendre compte de la présence des deux civils. En quelques mots, ils s’assurent qu’ils vont bien et qu’ils les accompagneront à Konoha demain et se chargeront des blessés.

Hide commence doucement à se rendre compte que son père et lui venaient d’échapper de peu à la mort. Le sentiment de fragilité et de sa propre faiblesse lorsqu’il jette un œil sur les deux ninjas mal en point le prend à la gorge et il se lève les jambes tremblantes pour s’éloigner. Ne plus les voir, être seul ne serait-ce qu’un instant.

Sous les grands arbres, son regard est attiré par un reflet mordoré qui capte les rayons du soleil dans un prisme étonnant. Avec précaution, il écarte les feuillages denses qui le dissimulent et le prend dans sa main. Un instrument de musique étrange qu’il ne connaît pas, perdu dans l’immensité verte. Intrigué, il distingue une petite fente sur le côté et cinq petits trous discrets dans cet étrange bulbe clair. Sans réfléchir, il place ses doigts et prend l’objet dans sa paume, prêt à l’essayer pour voir quelles sonorités peuvent bien en sortir.

-          Vous êtes blessé ?

Surpris, il se retourne vers la jeune femme blonde et range bien vite l’instrument dans sa poche. Il se sent flatté par son ton préoccupé et son air soucieux et lorsqu’elle lui prend son bras entaillé, il  perd tous ses moyens devant ses gestes précis et son attention troublante.

-          Je demanderais au Doc de vous examiner. Ne vous inquiétez pas, nous allons vous amener tous sains et saufs à Konoha le plus tôt possible.

D’un geste, elle lui fait signe de le suivre et mécaniquement il avance vers le camp improvisé dressé par les ANBUs. Le silence  inconfortable ne fait pas long feu face à l’énergie et l’attitude comique de Vert qui supervise les derniers détails du camp.

-          On passe une nuit ici, on a pas prévu de s’installer deux semaines Vert !

Le Doc qui examine d’un air attentif son bras relève la tête en étouffant un petit rire en écoutant la réplique de Chance et l’air contrit de son équipier. A vrai dire, le seul à rester en retrait est Neige, ce qui semble ne troubler personne.

Le père d’Hide, un homme d’ordinaire froid et réservé se laisse doucement porter par l’atmosphère que dégage cette singulière équipe.

De la même façon qu’il évalue à l’oreille le rythme d’une chanson, il prend la mesure de cette équipe où tous prennent leur place sans fausse note. Et cette harmonie simple et sans artifice s’articule autour d’une seule personne.

Chance.

C’est la première fois que quelqu’un me sauve la vie, pense Hide.

Et en détaillant le masque blanc de l’ANBU dont il n’avait même pas vu le visage, en repensant qu’il s’était retrouvé pressé contre ce corps aux courbes parfaites, en suivant du regard les cheveux blonds indomptables…

Il se dit que c’est la première fois qu’il tombe amoureux.