Une nuit à l'hôpital

par elane

Hôpital de Suna

 

Shikamaru se prend la tête à deux mains. Il aurait préféré être à demi-mourant dans un lit d’hôpital plutôt que d’être assez en forme pour laisser son esprit vivre et revivre cette scène sous ses yeux.

Il avait tout presque tout prévu.

Et ce presque avait tout bouleversé.

Il doit parler à Chance, il se doit de lui expliquer. Il aurait dû anticiper ça ! Le cœur lourd, il se lève du chevet de Temari qui s’agite dans son sommeil. Lorsqu’il l’avait découvert à moitié morte d’épuisement, effondrée par terre, il avait été aussi soulagé de la voir vivante que terrifié de la voir si mal en point. Il avait gardé un œil sur elle pendant tout le trajet du retour mais cela ne l’avait pas empêché de se rendre compte que Chance l’avait délibérément évité.

Cette scène encore et encore.

Il avait compris que l’Akatsuki chercherait un moyen de pression contre Chance et que celui-ci ne serait autre que son équipe. Il avait fait exprès de s’interposer lors de l’échange tout en sachant pertinemment que sa technique de manipulation des ombres serait inefficace contre Yoshiko.

Il savait qu’elle laisserait parler son instinct.

Comme il savait que pour faire croire à l’Akatsuki qu’il était réellement prêt faire sauter toute la ville, il devait se montrer prêt à sacrifier les deux genins.

S’il avait anticipé correctement la réaction de Chance, il avait grandement sous-estimé celle de Deidara. Il s’était montré impatient. Et sa petite mise en scène avait littéralement coûté la vie à Eclat.

Le corps sans vie du jeune genin l’avait paralysé. Mais pas Chance, alors qu’une souffrance qu’il ne peut qu’à peine imaginer devait tempêter dans son esprit, elle avait serré les dents et continuer à agir dans le seul intérêt d’Aigle. Pas une seconde, elle ne s’était laissée submerger par la douleur d’avoir perdu son élève et elle avait fait la seule chose à faire.

Seule l’expérience pouvait expliquer un tel sang froid dans ce genre de situation et Shikamaru se dit qu’il n’est pas pressé d’acquérir un tel recul.

Il n’avait pas anticipé non plus le fait qu’après avoir mis un seul pied dans la chambre secrète des Anima, Sun serait condamnée et que son pouvoir se libérerait. Le test auquel elle avait soumis Eclat et Chance pour savoir s’ils étaient dignes de ce pouvoir lui avait fait comprendre à quel point Chance avait été ébranlée par la mort d’Eclat. Elle n’avait hésité qu’une demi-seconde pour remettre sa vie entre les mains de Sun. Et Eclat avait su faire le bon choix.

Ce test impossible, ils l’avaient réussi.

Et plus il approche de la porte de la chambre de Kakashi que Yoshiko n’avait pas quitté depuis qu’il avait sombré dans un sommeil troublé et plus ses pas ralentissent, sa main tremble et son cœur s’accélère.

Tenter de trouver les mots pour expliquer la situation et la culpabilité qui voile son regard d’une aura terne le paralyse à quelques centimètres de la poignée de la porte quand il sursaute en entendant les mots qui traversent le fin panneau de bois entre Chance, Kakashi et lui.

-          Qu’est-ce qui s’est passé ?!

La voix de Kakashi qui lui parvient est assourdie par l’épaisseur de la porte et l’inquiétude.

-          Je ne suis pas aveugle ! J’ai bien vu la tension qui règne entre Shikamaru et toi, continue Kakashi. Qu’est-ce qu’il s’est passé dans cette Tour ?

Mais de nouveau, les mots du ninja copieur restent sans réponse. Shikamaru décide de ne plus attendre et interrompt ce dialogue à sens unique en poussant la porte. Avec stupeur, il voit Kakashi qui s’est relevé péniblement sur son lit et fixe à visage découvert Chance qui soutient son regard en tremblant de rage. Faisant intrusion dans une intimité où il n’a pas sa place, le jeune Nara se sent comme un enfant qui surprendrait une dispute sérieuse entre ses parents, pris entre deux feux, déplacé, impuissant, inutile et pourtant au centre de tout.

Yoshiko détourne la tête pour plonger ses yeux d’azur dans ceux de Kakashi et assène ces quelques mots :

-          Nous en parlerons à Konoha, ce n’est ni le lieu, ni le moment !

Shikamaru s’écarte aussi vite qu’il le peut de son passage, regarde la porte claquer et ose à peine se retourner vers Kakashi dont il voit le visage pour la première fois. Résigné, il se met à parler et démontre péniblement, mot après mot, ces mauvais calculs qui avaient coûté bien trop cher.

Après un silence qui semble s’éterniser, Kakashi remet d’un geste machinal son masque et se décide enfin à parler devant Shikamaru qui baisse les yeux.

-          Suis-moi. Je crois qu’une petite explication s’impose.

-          Je...

-          Suis-moi !

Shikamaru baisse la tête et obéit. Kakashi ouvre la fenêtre de sa chambre, le jeune Nara lui emboite le pas et ils parcourent à toute vitesse les toits et trouvent Yoshiko, assise sur le sable, le regard tourné vers l’immensité du désert à la sortie de la ville.

-          Je pensais avoir été claire, Kakashi, dit Chance d’une voix glaciale.

-          Non ! Pas cette fois, pas encore ! Pour une fois tu vas écouter. J’ai parlé à Shikamaru et je comprends maintenant pourquoi tu réagis ainsi.

Yoshiko détourne les yeux et prend une poignée de sable d’un geste rageur.

-          J’ai abandonné la mission, mis Konoha en danger juste pour tenter de sauver Aigle. Le seul qui s’est comporté comme un vrai shinobi dans la Tour, c’est Shikamaru, dit-elle. J’ai moi-même livré Sun à l’Akatsuki !

-          Et cela faisait partie de son plan, dit Kakashi en tentant de reprendre son calme.

Chance se tourne sans comprendre vers Shikamaru qui explique point par point son plan désespéré. La culpabilité qu’il ressent à avoir fait une sanglante erreur dans ses calculs transparaît dans ses mots. Un petit sourire triste apparaît sur les traits tirés de Chance :

-          J’avais raison, le seul qui s’est comporté en vrai shinobi c’est toi, petit génie.

Shikamaru lève les yeux, il ne s’attendait pas à recevoir autre chose que des reproches et de la colère.

-          Mais cela ne change rien aux faits, dit Chance d’une voix pleine d’amertume, j’ai encore fait « n’importe quoi », dit-elle en reprenant avec ironie les termes de Kakashi. Et si c’était à refaire, je le referai sans hésiter. Je n’ai rien à faire à la tête d’une équipe, je n’ai jamais eu l’étoffe d’un capitaine. Je…

-          Tais-toi ! s’énerve Kakashi sous les yeux éberlués de Shikamaru. Tu n’es plus ANBU et ce n’est plus à Danzo que tu dois rendre des comptes mais à Tsunade ! Et c’est justement parce que tu as agis comme tu l’as fait et comme tu l’as toujours fait que tu mérites ta place à la tête de cette équipe et que tu la méritais à Kuro.

Mais le regard que lui lance Chance montre que les mots de Kakashi n’ont en rien changé sa muette résignation. Il s’approche et la force à la regarder dans les yeux :

-          C’est pour cette raison que tu es digne de continuer à porter les idéaux de ton frère et que tu étais un aussi bon capitaine que mon Maître!

Yoshiko se met étouffer des sanglots silencieux et Kakashi la prend dans ses bras pour calmer ses soubresauts. Il se penche sur elle et murmure à ses oreilles :

-          C’est l’une des raisons qui m’ont fait tomber amoureux de toi.

Doucement, Yoshiko se dégage de l’étreinte et fixe Kakashi, suffisamment décontenancée par ces derniers mots pour se sentir désarmée et vulnérable. Pour la première fois depuis que Kakashi la connaît, elle se met à parler de ce qui assombrit son cœur et son esprit, librement. Sa voix est claire, presque mécanique, les mots s’enchaînent sans qu’elle puisse les arrêter.

-          Quand Eclat s’est effondré, les yeux voilés encore posés sur moi, j’ai cru perdre l’esprit. Puis j’ai croisé la peur dans le regard d’Aigle et j’ai fait la seule chose que je pouvais faire. Tout tenter pour la sauver. Je n’ai pas pensé une seule seconde à la mission ni aux conséquences de ce que je m’apprêtais à faire.

-          Mais tu as agis, dit Shikamaru. J’étais paralysé, terrifié par les conséquences de mon erreur. Sans toi, je n’aurais pas repris mes esprits. Quand j’ai vu que tu continuais à te battre pour Aigle, j’ai enfin retrouvé toute ma tête pour mettre à exécution mon plan.

-          Shikamaru a rempli le rôle qu’assumait le Doc, dit Kakashi. Vous étiez à vous deux le cœur et la raison de notre ancienne équipe fonctionnant dans une harmonie souvent détonante mais toujours efficace.

Les trois ninjas de Konoha se laissent tomber sur le sable, fixant la nuit et le désert dans un silence chargé de souvenirs et de nostalgie qui s’étire. Apaisé, l’esprit libéré d’un grand poids Shikamaru prend une grande inspiration en savourant la brise légère qui souffle dans la nuit. Tous les trois, assommés par la fatigue et la tension qui se ruait dans leurs veines il y a une minute encore et qui semble s’évanouir dans le souffle chaud qui les enveloppe d’une douce et tiède étreinte, ils portent leur regard au loin, perdus dans l’horizon.

-          Je n’ai jamais vu un lever de soleil en plein désert, dit rêveusement Shikamaru.

Le rire cristallin de Chance s’élève, Shikamaru et Kakashi se tournent vers elle, surpris.

-          Nous sommes à la Porte Sud, petit génie.

 

 

Naruto fixe avec appréhension Sakura qui passe la main sur le front de Sasuke encore inconscient, les traits tirés par le cauchemar dans lequel le Djinn, sous l’apparence d’Itachi Uchiha l’avait plongé.

Sakura fait un petit mouvement négatif de la tête pour faire comprendre à Naruto que si la fièvre est tombée, l’Uchiha ne s’est pas encore éveillé. Mais son petit sourire le rassure, Sasuke est hors de danger, ils devaient juste être patients.

Sur le seuil de la chambre, Temari avance d’un pas hésitant et prend place à côté des deux co-équipiers de l’Uchiha qui l’observent sans vraiment comprendre la raison de sa présence. La kunoïchi du Sable n’a pas vraiment envie de s’expliquer sur quoi que ce soit mais elle n’allait pas pouvoir tenir bien longtemps dans son mutisme devant les interrogations muettes qu’elle devine dans les yeux de la jeune fille aux cheveux rose et de Naruto.

Temari sait que sans l’Uchiha, elle ne serait pas là. Il avait rebroussé chemin pour venir lui prêter main forte. D’un simple regard qu’elle échange avec Naruto, elle sait qu’il comprend car ils partagent le même sentiment, la même complicité. De même que Sasuke l’avait sauvé d’une mort certaine, il les avait tous trompés avec un genjutsu pour secourir son ami. 

Perdue dans ses réflexions, Temari sursaute quand elle voit Sasuke s’agiter violemment dans son sommeil en marmonnant des mots incompréhensibles. Sakura calme ses soubresauts avec un air résigné. Mais la surprise illumine son visage quand elle voit le jeune Uchiha ouvrir les yeux. L’expression de soulagement qu’affiche Naruto est si criante que Temari a du mal à s’en détacher. Par contre, il est clair qu’il n’y a pas que du soulagement dans le regard de la partenaire de l’Uchiha. La lueur qu’elle a captée dans son regard a été aussi brève qu’intense et n’a échappé qu’à une personne, l’intéressé lui-même.

Sasuke, le visage en sueur tente de se relever, trop faible pour refuser, il accepte l’aide de Sakura. Il garde avec difficulté les yeux ouverts car il sait que les images atroces qui l’ont hanté tant d’années et qui l’ont de nouveau assailli avec une réalité confondante dans cette illusion traitresse ne l’ont pas quitté. Quand il voit le soulagement de ces équipiers, il se rend compte que les noirs souvenirs qui hantent son cœur perdent peu à peu de leur criante réalité devant les sourires de Sakura et Naruto.

En levant les yeux, il est par contre surpris et contrarié de voir Temari. Il n’a pas envie de voir étaler devant ses équipiers la folie qu’il a faite en lui portant secours. Rassurée par le fait qu’il se soit enfin réveillée, Temari comprend d’un coup d’œil que Sasuke ne souhaite pas qu’elle ouvre la bouche. En s’apprêtant à sortir, elle ne peut s’empêcher de dire :

-          Ce que tu as fait cette nuit, je ne l’oublierai pas Uchiha.

Si Sakura est encore perplexe devant le ton de cette phrase qui sonne presque plus comme un reproche qu’un remerciement, Naruto a très bien compris.

 

Aigle et Océan ne lâchent pas des yeux Eclat qui dort paisiblement dans son lit d’hôpital. Océan avait écouté sans broncher ni trembler le récit d’Aigle mais ses yeux clairs avaient viré au noir tourmenté d’un océan déchainé. Quand il avait vu Eclat en pleurs dans les bras de son Maître et les larmes silencieuses d’Aigle, il n’avait compris qu’une chose.

Il s’était passé quelque chose de grave, très grave dans la Tour.

A chaque mot d’Aigle, il prenait toute la mesure de l’horreur de la situation. Eclat et Aigle avaient été pris en otage et l’Akatsuki avait froidement assassiné Eclat sous les yeux de son équipière et de son Maître impuissante. Il n’ose imaginer la scène.

Eclat, la gorge tranchée, effondré sur le sable.

Le choix, ce test cruel auquel elle les avait soumis Sun le faisait trembler. Aigle est encore choquée par l’attitude de leur Maître qui n’avait pas hésité un quart de seconde avant d’offrir sa vie sans une once de regret pour celle d’Eclat.

Sans arriver à l’exprimer, être prêt à un tel sacrifice de façon aussi désespérée, pour son élève, l’angoisse pour des raisons qu’il ne comprend pas vraiment. D’un seul coup d’œil, il sait que le même malaise traverse l’esprit d’Aigle.

Mais il n’y a pas que ça. Les dernières paroles d’Eclat rapportées par Sun, les derniers mots criant d’une vérité amère et désolée qui sont restés gravés dans la mémoire d’Aigle les inquiètent tous les deux encore plus.

« Moi je n’ai rien ni personne. Je ne suis rien. Je suis seul »

Comment Eclat, ce jeune garçon toujours énergique, toujours partant pour les entraîner dans les pires bêtises, un partenaire qu’ils avaient tous les deux appris à apprécier et à reconnaître à sa juste valeur pouvait camoufler un tel désespoir sous une apparence toujours des plus joyeuses et insouciantes ?

Un instant, Aigle se dit qu’il s’était lui aussi forgé un masque. Le sien dissimulait sa douleur et sa détresse face à un homme contre lequel elle était impuissante. Celui d’Eclat trompait leur regard en cachant sa solitude et la souffrance qui en découlait aux yeux de tous. Voilà comment il avait su percer aussi rapidement la carapace sous laquelle elle se retranchait si souvent, qu’il avait su si aisément ouvrir une brèche pour découvrir la jeune fille effrayée qui se tenait derrière ses remparts bien fragiles.

Aigle et Océan dans un même élan posent une main sur le lit de leur équipier. Eclat, perdu dans le monde des songes ne se rend compte de rien et ils se disent qu’ils feraient de leur mieux pour que plus jamais il ne se sente seul au point de penser qu’il n’est rien.

 

 

L’ANBU observe la nuit claire que l’astre lunaire illumine de sa douce présence. Assise sur l’apique de la falaise qui surplombe le Village du Sable et ouvre sur le désert baigné par les éclats de la voute étoilée, Lune observe ce spectacle apaisant avec soulagement.

Sa main meurtrie et sa jambe encore trop abimée la font grimacer de douleur une seconde mais elle avait surtout besoin du réconfort d’une vieille amie qui semble lui adresser un sourire du ciel et son cœur délaisse une partie de tous ces troubles qui l’encombrent. Tant de choses avaient bouleversées sa vie en si peu de jours que Lune se sent plus perdue que jamais. Elle passe sa main sur ses joues, surprise de ce rendre compte qu’elle était sortie de l’hôpital sans son masque. Les pâles rayons de la lune passent sur son visage et ses yeux brillent d’une lueur éclatante.

Tous les évènements de ces derniers jours lui reviennent en mémoire et son cœur se serre violemment. En si peu de temps, elle avait enfreint tous les interdits qui régissaient sa vie depuis toujours. Elle s’était montrée à découvert, s’était emportée, montrée vulnérable, avait livré sans concession toute son histoire, s’était précipitée sans même réfléchir dans quelques actions insensées. La façon dont elle s’est interposée entre le Djinn et Nyah, la façon dont elle avait raconté son histoire et partagé ses pouvoirs avec Celn,

Celn. Un seul de ses gestes pouvait lui faire perdre son sang-froid, un seul de ses regards pouvait lui faire détourner nerveusement les yeux. Et cette simple constatation suffit à la rendre perplexe, cette ultime vérité accélère les battements de son cœur et lui donne pour la première fois de sa vie l’impression de vivre sa vie et non plus de la subir.

Des bruits de pas.

Nyah… Décidemment cette femme est surprenante. Lentement, avec des gestes mesurés, elle avance vers elle et s’assoit à ses côtés.

-          Comment…

-          C’était l’endroit préféré de votre ancêtre, un lieu où la lune pouvait lui parler et lui apporter réconfort et conseils quand son esprit était troublé.

-          En quelque jour, vous en connaissez plus sur moi que tous ceux qui ont jamais croisé mon chemin.

Nyah affiche un petit sourire et jette un œil discret par-dessus son épaule où une ombre se déplace furtivement.

-          J’ai un présent pour vous, dit Nyah, un objet qui vous revient de droit.

Lune se tourne vers Nyah sans comprendre. Elle tient dans ses mains comme un trésor un petit paquet qu’elle lui tend doucement. Lune le prend avec autant de précaution que s’il pouvait lui exploser dans les mains. C’était bien la première fois de sa vie qu’on lui offrait quoi que ce soit et elle ne savait trop comment l’accepter.

-          Qui me revient de droit ? répète-t-elle en examinant d’un air suspicieux le paquet qu’elle tient dans sa main.

-          Lorsque vous vous êtes évanouie dans le palais des possibles et du chaos, le Djinn m’a parlé et m’a donné ceci pour vous.

Lune lâche le paquet avec dégoût et Nyah le récupère avant qu’il ne tombe :

-          Ecoutez ce que j’ai à vous dire avant de le refuser, dit Nyah d’une voix autoritaire.

-          Je ne veux rien qui provienne de cette chose !

-          Ce jour-là, il vous a testé, rien d’autre. Il voulait savoir laquelle de vos deux moitiés l’emportait, le Djinn ou l’humain. En refusant son offre et en prenant ma défense, il a eu sa réponse et c’est pour cette raison qu’il m’a donné ceci, pour vous.

Nyah ouvre le paquet pour en sortir un pendentif accroché à une petite chaine d’argent en forme de croissant qui luit de la même lueur que les yeux de Lune dans la nuit. Nyah prend doucement sa main et pose le pendentif dans sa paume. A son contact, sa main se met à trembler puis pendant un battement de cœur, le monde semble s’arrêter de tourner et sa vision s’obscurcit. Le cœur au bord des lèvres, elle relève la tête difficilement puis tout redevient normal ou presque. D’un geste, elle prend la chaîne du bout des doigts, évitant tout contact avec le pendentif aux lueurs changeante sous le regard de la lune.

-          Qu’est-ce que…

-          Ce pendentif vous permet de contrôler ce pouvoir qui coule dans vos veines. Vous avez fait votre choix et il souhaite vous donner la possibilité de l’assumer.

Lune prend de nouveau le pendentif dans sa main et pose son regard sur Nyah, le souffle coupé. Pour la première fois de sa vie, elle peut lever les yeux sur quelqu’un sans voir les différentes voies qui grandissent dans son ombre, sans se projeter sur les différents choix qui influenceront sans vie. Un instant, elle se sent démunie devant cette simple vision. Tremblante, elle vacille et manque de perdre l’équilibre et de tomber de la falaise lorsqu’une main la rattrape de justesse.

-          Lune !

Tentant de reprendre ses esprits, les doigts crispés sur le pendentif, elle lève son regard sur Celn qui la pousse sur le rebord de la falaise. Elle lève les yeux sur lui, surprise et se sent encore trop faible pour le repousser comme son instinct la pousse à le faire. Mais Celn la pose sur le rebord du précipice et une fois assuré qu’elle a repris son équilibre s’assoit à ses côtés sans un mot.

Nyah, rassurée, se relève et s’éloigne doucement avant de lancer à Celn :

-          Je compte sur vous pour nous la ramener en un seul morceau.

Celn acquiesce d’un hochement de tête sans détourner la tête du ciel.

-          L’hôpital est un vrai champ de bataille, tout le monde te cherche.

-          Alors tu as suivi Nyah.

-          Ne m’insulte pas ! J’ai été ton partenaire pendant suffisamment longtemps pour connaître tes petites habitudes.

Lune se tourne vers lui, surprise. Et pour la première fois, elle pose son regard sur Celn sans ses pouvoirs de gardiens. Et il n’y a aucune voies, pas de choix impossibles ni d’embranchements compliqués dans son ombre, juste un jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux sombres qui contemple la nuit, prêt à affronter l’inconnu avec ses propres armes.  Celn se tourne alors vers elle avec un regard désarmant et Lune détourne nerveusement les yeux.

-          Ces derniers jours ont été particulièrement éprouvants, dit Lune.

-          Eprouvants, c’est pas exactement le mot que j’emploierai, rétorque Celn.

-          Tu te moques de moi !

-          Je ne me permettrais pas, dit Celn en esquissant un sourire insolent. Ces derniers jours ont été peut-être éprouvants mais ils ont été aussi particulièrement instructifs. J’avais des doutes, je l’avoue, quand nous avons fait équipe. Mais en avoir la confirmation de visu c’est autre chose.

-          Tu savais ?

-          Que tu étais un gardien, je m’en doutais. Et si on ne m’avait pas imposé cette mission d’infiltration, je n’aurai pas mis longtemps à le prouver.

Lune lève les yeux sur Celn avec étonnement. Elle avait toujours cru que comme tous ses anciens co-équipiers, Celn avait cherché désespérément un moyen de ne plus travailler avec elle.

La jeune femme resserre un peu plus son emprise sur le pendentif. En voyant Celn perdu dans la contemplation de la lune elle retient sans trop savoir comment l’envie de prendre ses jambes à son cou.

-          On ferait bien de rentrer, si on reste là plus longtemps, les infirmières qui te cherchent partout vont finir par vraiment s’inquiéter, dit Celn en souriant pour dissiper sa gêne.

D’un geste, il force doucement Lune qui n’ose refuser son aide à prendre appui sur lui et prend la direction de l’hôpital.

 

 

L’infirmière en chef, alarmée par le rapport successifs de son personnel passe de chambre en chambre et constate d’un air de plus en plus consterné que plus elle ouvre de portes et plus elle trouve soit des chambres vides soit surpeuplées. Ces ninjas de Konoha n’avaient décidément aucun respect pour les règles qui régissent un hôpital ! Même Temari la propre sœur du Kazekage était sortie de sa chambre malgré le fait qu’elle ne tenait presque pas debout. Le ninja au sharingan, son amie et le jeune stratège de Konoha avaient littéralement déserté leur chambre pour Dieu sait où et Celn et Lune avaient disparu ! Même la civile de Konoha, une ancienne compatriote, avait déserté. Par contre les chambres du jeune Eclat et de l’Uchiha étaient plus que pleines et ces instructions sur les heures de visites avaient été toutes déboutés sans une once d’arguments !

C’est plus un hôpital, pense-t-elle outrée, c’est une auberge !