Première nuit

par elane

Première nuit

 

 

La soirée s’est passée dans une atmosphère des plus détendues et chaleureuses. J’ai presque réussi à contrôler ses pulsions qui me poussent de plus en plus aveuglément à la dévorer des yeux, à imaginer passer la main dans ses cheveux, à plonger mes yeux dans les siens.

Naruto a passé toute la soirée à lui poser des questions sur son père et son équipe sept et Yoshiko a répondu de bonne grâce. Elle a toujours eu un talent certain pour envoûter son auditoire avec ses anecdotes farfelues et même Gaï l’a écouté sans l’interrompre ou en rajouter. Elle ne m’a d’ailleurs pas beaucoup épargné dans ses histoires.

Mais plus les secondes s’égrenent inexorablement, plus le désir que j’éprouve me ronge les sangs et s’installe petit à petit dans ma tête détruisant méthodiquement les restes de ma raison.

Puis l’heure avançant, tous prennent congés les uns après les autres nous laissant seuls, face à face.

-          Je pense que je devrais y aller aussi.

Honnêtement, je ne sais pas comment je fais pour sortir cette phrase aussi calmement quand elle me fixe de ses yeux si clairs. Nul ne devrait pas avoir le droit de regarder ainsi les gens avec de tels yeux, totalement déloyal. Depuis cette nuit à l’hôpital, nous n’avons pas parlé. Enfin rien qui ne dépasse un simple bonjour au revoir. Et il faut bien avouer que c’est entièrement de ma faute.

Je m’apprête à sortir quand elle me retient par le bras. Ce simple contact me fait frémir.

-          Je crois qu’on a des choses à se dire, Kakashi.

Je me retourne vers elle. Des choses à se dire… C’est sûr mais pas ce soir. En temps normal, je suis obligé d’utiliser une grande partie de mon énergie pour m’empêcher de m’emparer de ses lèvres qui hypnotisent mon regard. Mais ce soir, je dois mobiliser toute mon attention pour ne pas la plaquer contre le mur et lui arracher ses vêtements. Alors parler…

-          Pas ce soir.

C’est à peu près les seuls mots que je suis capable d’articuler. Je suis déjà en train de prendre mes jambes à mon cou quand je l’entends murmurer.

-          Reste.

 

Une fois rentré chez moi, je tremble de honte et de rage. Ce n’est pas ce que je ressens pour elle qui me fait honte même si la force de mes sentiments et du désir qui dévore mon âme m’effraie. Non, c’est pour ce que j’ai fait cette nuit là, il y a maintenant 8 ans. Je ne pourrais jamais toucher Yoshiko sans lui en avoir parlé. Et elle ne pourra jamais me le pardonner. Je suis maudit. J’ai tellement honte de ce que j’ai fait cette nuit là. Mais ce qui me terrifie le plus c’est que je ne peux y repenser sans avoir les nerfs à fleur de peau et l’adrénaline qui pulse dans mes veines. Le souvenir de cette nuit me trouble encore profondément, cette part sombre de mon être que je n’arrive pas à museler quand elle est si proche de moi grandit un peu plus chaque jour. Et malgré la situation dans laquelle cette terrible erreur me plonge aujourd’hui, je n’arrive pas à la regretter.

Je sens une goutte de sueur froide s’insinuer le long de ma colonne vertébrale. Il me faut une bonne douche froide pour tenter de calmer mes sens. Lorsque l’eau glacée s’écoule, je sais que ces souvenirs vont revenir me hanter. Je les attends autant que je les redoute. Elle ne me pardonnera jamais. Je ferme les yeux en me laissant envahir par la seule chose qui me restera d’elle quand elle saura.

 

Ce jour-là, son maître m’avait averti personnellement du cauchemar que venait de vivre Yoshiko. C’était la première fois qu’elle dirigeait une équipe d’ANBU, c’était l’une de ses premières missions avec son équipe, elle avait enfin abandonné ses désirs suicidaires. Mais de nouveau la mission avait mal tournée. Mal tournée, un doux euphémisme pour dire que tous ses équipiers étaient morts et qu’encore une fois, elle avait été la seule à s’en sortir.

Toute la scène semble se dérouler de nouveau devant mes yeux.

Elle est blessée mais s’est enfuie de l’hôpital. Je n’ai eu aucun mal à la trouver, recroquevillée sur elle-même sur ce terrain où nous nous étions si souvent entraînés enfants. 

Elle a catégoriquement refusé que je la ramène à l’hôpital alors je l’ai porté jusqu’à chez elle. Inerte, le regard vide, elle s’est laissée faire. Une fois chez elle, je la dépose le plus délicatement possible sur le sofa. Ses vêtements sont en lambeaux et couverts de sang. Je dois voir l’état de ses blessures et j’ai commencé à lui enlever sa tunique. Elle proteste. Ses mots me reviennent encore parfaitement en mémoire.

-          Ce n’est pas mon sang. C’est leur sang. C’est tout ce qu’il me reste d’eux. Ne me l’enlève pas. Pas tout de suite…

Elle ne pleure pas, seul son regard exprime une infinie tristesse. Mais j’insiste :

-          Tu es blessée Yoshiko. Soit tu te laisses faire, soit je t’amène de ce pas à l’hôpital.

Cette simple menace la fait capituler et je déchire les restes de sa tunique, renonçant à essayer de l’enlever autrement. Je constate une profonde blessure qui saigne encore à chacun de ses mouvements et de nombreuses écorchures sans gravités.

Mais à mesure que j’examine ses blessures, je ne peux m’empêcher de sentir monter un trouble que je contrôle difficilement quand je vois se dessiner ses côtes sous cette peau blanche, la douce courbe de ses seins encore emprisonnés sous des bandages poisseux de sang.

-          Il faut que je t’amène tout de suite à l’hôpital. Il n’y a pas de discussion possible Yoshiko, cette blessure est sérieuse.

-          Je t’en prie, non. Demain, mais pas ce soir...

-          Alors il faut au moins nettoyer et panser tes blessures.

Elle acquiesce d’un air absent. Je lui enlève le bas de son uniforme et découvre avec horreur une violente déchirure qui parcourt toute sa jambe. Puis je m’arme de courage et ma main tremble en déroulant un à un ses bandages emplis de sang qui dévoilent doucement ses seins. Je sens cette part sombre de mon être s’emparer de ma tête, de mes pensées et je reste un peu trop longtemps à la contempler. Le désir et l’envie commencent à me faire divaguer.

Je fais un effort surhumain pour me concentrer à nouveau sur ses blessures. Elle est couverte de sang des pieds à la tête. Il n’y a qu’une chose à faire, la passer sous la douche. Je la porte dans mes bras jusque dans la salle de bain. La sentir si fragile dans mes bras me fait tourner la tête et j’ai peur de ce désir qui me noue les entrailles.

Je me débarrasse de mon t-shirt et de mon masque puis l’amène jusque dans la douche en la tenant encore fermement dans mes bras. Elle est presque nue dans mes bras et l’odeur de sa peau mélangée à l’effluve métallique du sang me monte à la tête. Sa peau si douce contre la mienne fait couler un feu violent dans mes veines et ma respiration s’emballe quand je sens ses seins se presser contre mon torse.

Du haut de mes dix-sept ans, je n’en mène pas large car je n’ai encore jamais serré une jeune fille nue dans mes bras. Surtout pas une jeune fille que j’admire et que, même si je ne me l’avoue pas encore, j’aime de toute mon âme.

Je fais volontairement couler de l’eau glacée sur nos deux corps. Elle ne proteste même pas et lève sa tête vers moi. Les gouttes perlent sur ses yeux telle des larmes sinueuses qui fuient le long de ses joues. Je regarde l’eau qui ruisselle sur sa peau en épousant chacune de ses formes avec envie. Tandis que je lutte pour ne pas m’emparer de ses lèvres, elle semble enfin avoir repris un peu conscience. Elle me fixe d’un regard si profond qu’il semble me transpercer.

-          La Mort est une déesse aussi belle que cruelle. Un jour, j’ai croisé son regard et je l’ai effrayé. Depuis elle se venge en m’ignorant et en tuant un à un tous ceux qui me sont proches.

Elle m’agrippe le bras avec une force qui me surprend et l’eau qui coule se teinte un peu plus de rouge. Elle m’oblige à me rapprocher d’elle et à me perdre un peu plus dans le bleu si pur de ses yeux.

-          Alors toi, dit-elle d’une voix si calme qu’elle me fait trembler, plus que quiconque devrait me laisser me vider de mon sang ici même et fuir loin très loin d’ici, très loin de moi.

J’allais lui dire de taire ses réflexions ridicules mais je n’ai pas pu. J’ai écarté d’un geste lent ses cheveux blonds détrempés qui dissimulaient son visage et l’ai embrassé désespérément, laissant toutes mes pulsions, mon désir brûlant s’exprimer. Surprise, elle m’a laissé faire. Que pouvait-elle faire d’autre, elle ne tenait même pas debout sans mon aide.

Jamais, je ne te laisserai. Je t’aime et te désire avec une telle force que cela me terrifie.

Voilà ce que je voulais lui dire. Au lieu de ça, je l’ai sorti de la douche et porté jusqu’à son lit, incapable plus longtemps de faire taire cette envie qui l’emporte sur ma raison. Le sang, l’eau qui ruissellent sur son corps, ses blessures qui parsèment sa peau blanche, tout cela me fait trembler. J’enfouis ma tête dans son cou, inspirant à pleins poumons cette odeur de fruit sucré et de sang qu’exhale sa peau et murmure à son oreille :

-          Si tu ne me dis pas de partir maintenant, je ne réponds plus de moi…

Elle me regarde et tremble. Elle ouvre la bouche sans prononcer aucun mot. Peut-être n’ais-je rien entendu car je ne voulais rien entendre.

Alors j’ai abandonné le peu de volonté qui maintenait encore un semblant d’ordre dans ma tête et je monte sur le lit après m’être rapidement débarrassé de tout ce tissu qui m’encombre. Le simple contact de sa peau sur la mienne attise une chaleur enivrante qui envahit tout mon corps et je couvre sa peau meurtrie de mes baisers. Je prends ses seins dans mes mains en les massant le plus délicatement possible, pressé par l’urgence de mon désir. Yoshiko gémit et je prie que ce soit de plaisir et non de douleur devant la volonté implacable de ma folie.

Je m’empare à nouveau de ses lèvres. Cette fois je force le passage menant à sa bouche qui cède devant mon empressement fiévreux et en explore chaque recoin sans retenue. Mes mains se perdent dans ses cheveux encore gorgés d’eau et de sang. Ses yeux sont fermés et ses mains restent sagement le long de son corps. Est-elle dégoûtée? Trop blessée pour bouger ? Je me sens tout puissant devant celle qui m’a toujours dominé et j’en tire un plaisir coupable qui m’envoûte autant qu’il me dégoûte.

Je n’en peux plus et retire un peu trop brusquement cet unique bout de tissu qui la couvre encore. Elle tremble encore plus mais même si elle me dit clairement d’arrêter, je ne crois pas que j’en serai capable. J’aventure un doigt dans cette intimité humide et soyeuse qui me rend complètement fou. Puis je me penche sur elle et fais passer doucement ma langue. Mes va et vient d’abord lents puis plus rapides la font vibrer. Elle crispe et écarte un peu plus ses jambes. Chacun de ses gémissements et sa respiration qui s’accélère m’électrisent. Je me sens prêt à exploser sous la pression du feu qui court sous ma peau. J’agrippe de mes mains ses seins sans plus aucune délicatesse, plaque ma bouche sur son ventre si plat et remonte lentement prendre possession de se lèvres frémissantes lorsque je commence à pénétrer en elle. J’essaye d’être le plus délicat possible, mais cette sensation qui s’empare de moi me prend de cours. J’aimerai pouvoir lui dire que je l’aime mais mes lèvres comme ses yeux restent closes. Je ne pensais pas être capable de me perdre encore plus. Mon regard se voile de rouge et je me rends compte que sans le vouloir mon sharingan flamboie dans mon œil gauche.

Et c’est là que je comprends que j’ai un moyen de m’en sortir sans dommage, ni pour elle ni pour moi. Surtout pour moi…

 

J’ai utilisé mon sharingan et je lui ai fait tout oublier de cette nuit qui hante encore mes rêves.

 

Et cette nuit, c’est le même désir qui coule comme un flot de lave en fusion dans mes veines. J’ai peur de cette partie de moi que j’ai toujours appris à maîtriser excepté en sa présence. Jamais elle me pardonnera d’avoir ainsi profité de la situation, d’avoir abusé d’elle alors qu’elle était blessée et perdue dans sa douleur d’avoir perdu ses équipiers.

Je me hais avec une force que je ne contrôle pas…

 

On frappe à ma porte. En pleine nuit, ce doit être important. De toute façon, je suis prêt à accepter n’importe quelle mission tordue qui m’obligerait à penser à autre chose qu’à elle, ne serait-ce que pour cinq minutes. J’enfile rapidement un pantalon, un t-shirt et mon masque et ouvre la porte.

-          Yoshiko

 

Elle se tient devant mon porche, la colère irradiant de tout son être.

-          Tu m’invites à entrer ou tu préfères avoir cette discussion sur le pallier.

Honnêtement je préfère pas…

-          Si si bien sûr, entre.

Elle entre et sa simple présence envahit tout l’espace.

-          Tu pourrais me dire pourquoi tu m’évites ?

-          Je ne t’évite pas…

Même moi, je n’aurais pas été convaincu par le ton de ma propre voix.

-          Alors tu m’expliques ce que tu ne comprends pas dans le simple mot « reste ».

Yoshiko se tient beaucoup trop prêt de moi à mon goût et je sens sa volonté faiblir. Je ne sais que répondre devant ce regard si clair.

-          Pourtant la première fois, tu l’avais bien compris ce simple mot.

-          La première fois…

-          Laisse tomber, dit-elle en tournant les talons.

-          Attends, Yoshiko ! Dis-je en la rattrapant par l’épaule.

Une lueur d’affolement que je n’ai pas si souvent vu chez Yoshiko brille dans ses yeux lorsque je l’empêche de sortir et la force à me faire face. Elle recule d’un pas et se heurte à la porte entrouverte.  

-          Tu pensais vraiment que tu pouvais m’enlever un tel souvenir aussi facilement, dit-elle en détournant les yeux. Tout m’est revenu par brides. J’ai commencé à avoir des visions terriblement réalistes, des rêves éveillés d’une intensité qui me faisaient trembler. C’était effrayant et en même temps terriblement excitant… Je croyais être devenue folle. Et un jour, j’ai compris que tout était réel.

Je dévisage Yoshiko avec stupeur.

-          Tu aurais du me haïr…

-          Je l’ai fait, un temps. Puis j’ai préféré croire que tu avais juste assouvi le fantasme de n’importe quel gamin de dix-sept ans pas très regardant sur ce qui pouvait lui tomber sous la main.

-          Pas du tout ! Absolument pas !  J’avais honte de moi, tellement honte.

-          C’est bien ce que je craignais… Ca m’arrangeait dans un sens de faire comme si rien n’était jamais arrivé. J’ai préféré fuir, la réalité et Konoha

-          Non, tu ne comprends pas. J’avais honte d’avoir abusé de la situation, de m’être imposé à la seule femme qui ait jamais compté dans ma vie. Je t’ai forcé la main cette nuit-là, je n’avais écouté que mes envies, j’étais devenu complètement fou.

-          Pourtant, tu m’avais demandé si je voulais que tu partes et je t’ai répondu.

-          Je n’ai jamais entendu ta réponse.

-          Reste, c’est ce que je t’ai dit cette nuit-là, dit-elle en baissant la tête.

Je souris. Reste, c’est ce qu’elle m’avait dit lors de leur première rencontre, c’est ce qu’elle m’avait dit ce soir. Peut-être la plus grande déclaration qu’elle me fera jamais, en tout cas la plus sincère. J’effleure du bout des doigts sa joue et tourne doucement son visage vers moi :

-          Tu te souviens du premier jour où tu as posé tes yeux dans les miens, ce jour-là, quand tu m’as demandé de fermer les yeux, je n’avais pas peur que tu m’embrasses… J’avais peur que tu ne le fasses pas.

Yoshiko plonge ses yeux dans les miens :

-          Ferme les yeux.

Garder les yeux clos quand je sens mon masque glisser et sa main qui caresse doucement ma peau est un supplice délicieux. Elle se rapproche et attarde ses doigts sur mes lèvres. Son odeur envahit mes sens et ses lèvres effleurent les miennes timidement avant de m’embrasser d’un baiser qui me coupe le souffle. Elle libère beaucoup trop tôt mes lèvres et j’ouvre les yeux. Le désir qui palpite dans ses yeux aussi intense que celui qui doit briller dans mon regard m’hypnotise un instant et je glisse ma main derrière elle pour refermer la porte dans son dos :

-          Reste.