Doutes & Discussions (chapitre de transition)

par belnonm

 

Les quatre travailleurs avaient l’estomac dans les talons, ils n’avaient pas ménagé leurs efforts. Ainsi lorsqu’ils entrèrent dans la maison et qu’ils purent humer la délicieuse odeur d’un repas chaud. Ils décidèrent de manger avant tout autre chose, il faut savoir faire honneur à la maitresse de maison qui a réussi à cuisiner un bon repas malgré les temps de disette actuelle. Le repas se passait gaiment, les jeunes genins racontaient leurs premières missions et notamment celle de récupération du chat le plus rapide de tout le pays du feu, teigneux de surcroit ! Ils racontèrent aussi les frasques de Naruto à l’académie où comment il arrivait à faire péter les plombs aux chûnins même les plus patients. Tazuna ne put s’empêcher de rappeler la scène avec Zabusa et où le ninja le plus imprévisible de Konoha avait malencontreusement frappé l’entrejambe de son adversaire.

Le jeune blond se rappelait que la première fois ce repas ne s’était pas aussi bien passé, sa rivalité avec Sasuke avait empêché de savourer le repas et même si Sasuke mettait plus d’ardeur à l’époque que maintenant sa progression était bien plus rapide aujourd’hui. Naruto se fit la réflexion suivante : « Si ça continue, on va tous les exploser à l’examen chûnin. » Tiens quand il y pense, ça été une révélation, tous ces ninjas puissants. Il ne devait pas y avoir beaucoup de session comme celle-là ! Tant de talents réunis en un seul lieu, le bon vieux temps sauf que maintenant ça allait devenir un moment critique, les ennemis aussi seront puissants. Il allait y avoir tant de morts et il ne pourrait pas les éviter… Bordel mais qu’allait-il pouvoir modifier ? Qui allait-il pouvoir sauver ? Finalement, était-ce une bonne chose d’être revenu dans le passé ? Le destin serait-il donc immuable comme le disait Neji autrefois ?

Sans s’en rendre compte, l’expression faciale de Naruto changea pour devenir lasse et triste, c’est alors qu’il fut tiré de ses mornes pensées par le petit Inari :

 

-    ça y est ! T’as enfin compris que t’allais mourir pour t’être dressé devant Gâto ?

-    Crétin ! Je ne mourrai pas avant d’être Hokage !

-    Pfff. Même votre Hokage ne peut rien contre Gâto, vous allez tous mourir ! Vous faites tous ces efforts pour rien ! (Le petit Inari était en larmes et hurlait. Il déversait toute sa peur, sa tristesse et son impuissance sous forme de colère)

-    Tu n’es qu’un pleurnichard ! Je vais te dire si tu crois que rien ne peut changer alors vas-y pleures ! C’est la solution des faibles !

-    NARUTO ! ARRÊTES ! (Sakura n’avait jamais vu son coéquipier comme ça, ce regard si dur, cette voix colérique, elle sentait la colère et le dégoût à travers l’aura du blond)

-    SAKURA ! (Naruto la fit taire d’un regard intense qui ne laissa place à aucune répartie puis repris) Moi, je suis fort car je fais parti de ceux qui forgent leurs destins grâce à une volonté flamboyante ! Je n’abandonne jamais ! Tel est mon nindô ! (c’est sur cette déclaration qu’Inari partit rageur dans sa chambre)

-    Je vous présente mes excuses et celle de mon équipe. J’espère que vous ne lui en tiendrez pas trop rigueur ? (Kakashi-senseï choisissait ses mots avec précaution, tout en jetant un œil à Naruto)

-    Non, ne vous inquiétez pas, vous savez j’ai remarqué que Naruto était très fier alors être traité de faible indirectement par un gamin… Vous savez mon petit-fils n’est pas un mauvais garçon mais son père est mort, enfin ce n’était pas son vrai père mais ils avaient établi cette relation... C’était le héros du village, il l’avait sauvé et protégé, il avait du charisme puis Gâto est arrivé et l’a tué devant tout le monde. Depuis, il a complètement changé…

-    Et alors ?

-    Naruto !! (Sakura avait aussi bien été choquée par la réplique que par le ton employé)

-    Il connait la vie pauvre, la tristesse, la solitude et alors ? Sasuke et moi, on a connu, on connait et on connaitra pire que lui ! Inari a toujours sa mère et son grand-père, personne ne veut le tuer. Sa vie est un million de fois plus douce que la mienne !

 

C’est sur ces derniers mots qui jetèrent un froid dans la salle que Naruto sorti pour se défouler et évacuer toute cette colère ! Kyûbi devait essayer de profiter de son état pour sortir… encore… Remarque, il n’allait pas lui dire d’abandonner, il serait très mal placé pour dire ça. « JE RÊVE OU IL EST EN TRAIN DE NOUS COMPARER EN SE PRENANT COMME REFERENCE ! J’AURAI TOUT ENTENDU ! »

Dans la maison du vieux charpentier, Sakura avait décidé d’aller se coucher trop épuisée pour attendre le débriefing. Sasuke posait des questions sur le sharingan à Kakashi. Les occupants habituels de la demeure, c’était eux aussi couchés.

Naruto lui avait toujours besoin d’évacuer toute la colère accumulée, cette discussion avec le petit Inari était en fait la goutte d’eau qui fit déborder un vase trop plein et au mauvais moment. Les questions qui se posaient avant d’être interrompues étaient revenues le hanter. Allait-il être assez fort pour changer l’avenir dont il se souvenait ? Il sentit de nouveau une rage folle le submerger, pas dirigée contre Inari mais contre ce qu’il représente à ce moment précis, l’Impuissance face aux événements.

Son discours contre Neji lui semblait creux à ses yeux aujourd’hui. Non ! Abandonner, ce serait briser son nindô ! Il en avait tellement pris plein les dents depuis aussi loin qu’il puisse se souvenir alors ce n’est pas à cause d’un ridicule petit retour dans le passé qu’il allait flancher, non ! Même le renard lui a dit que c’était une occasion inespérée et ça l’est ! Aujourd’hui, il est fort, même très fort ! Peut-être suffisamment pour combattre Orochimaru, ce sale serpent ! C’est lui qui va instiller la tentation du pouvoir facile à Sasuke, c’est lui sa cible prioritaire pour changer l’avenir. Le reste ira très bien comme dans ses souvenirs, il devra juste ne pas rater les moments clefs qui ont permis ce futur… Oui mais… le hasard ? Le strict opposé du destin ? Est-ce que le hasard de cette vie chamboulera ses plans ? Et de nouveau, des doutes s’assaillirent et avec toute sa rage. Décidément, il tournait en rond, un peu comme Kyûbi dans sa cage. « SALE GOSSE ! COMMENT OSE-T-IL SE FOUTRE DE MA GUEULE ? »

Finalement, il décida d’arrêter de réfléchir, ça n’avait jamais été son point fort. Lui, c’était un génie du combat qui réfléchit dans le feu de l’action ! L’adrénaline des combats et des situations désespérées le faisait réagir quasi instinctivement de la meilleure façon, après tout on l’a surnommé le ninja le plus imprévisible de Konoha ! La réflexion à froid, c’est le truc de Shikamaru.

Après s’être bien pris la tête, il décida de s’entrainer pour évacuer toute cette frustration. Il vérifia qu’il n’y avait personne aux alentours puis utilisa des clones pour sécuriser la zone qu’il avait choisie pour se défouler. La première chose qu’il décida d’améliorer fut sa maitrise du vent, personne ne devait savoir quel niveau il avait réussi à atteindre. Il se concentra et essaya de parfaire sa technique originale, enfin il la supposait originale. « Si ça se trouve, je ne fais que réinventer des techniques existantes… Bref, au boulot ! FUTON : LE SOUFFLE DESTRUCTEUR » Il concentra du chakra et de l’air dans ses poumons, puis les associa et expulsa le tout en changeant la nature du chakra. Le souffle créé entailla les arbres sur son passage sans pour autant les couper ou les lacérer profondément. Le ninja n’était pas satisfait de sa performance, il est vrai que ce souffle n’avait rien de destructeur et la zone touchée n’était pas assez précise. L’idée est pourtant simple mais il faut néanmoins avouer que même la technique de base de feu qu’utilise à cette époque Sasuke, nécessite des mûdras. Que c’est dur d’être autodidacte, il observa les dégâts plus attentivement. Au centre de sa technique, les dégâts étaient assez correctes mais il se rendit compte que plus il s’éloignait de l’axe de son souffle, plus l’efficacité chutait. Rien d’anormal ou de dérangeant en soit, le seul problème est que la zone inefficace était beaucoup plus importante que la zone où le jutsu se révélait utile. Bref, il gaspillait énormément de puissance. Décidément, il allait finir par croire que c’était sa spécialité, il était bon pour s’entrainer avec les deux autres à la maitrise du chakra. Qu’est-ce que cela pouvait se révéler frustrant, Naruto passa alors le reste de la nuit à vider ses réserves de chakra, il était tellement pris par sa technique qu’il ne remarqua pas que ses clones s’étaient annulés.

Quelques instants plus tard, lui-même tomba de fatigue et tomba dans un sommeil récupérateur où de doux rêves l’attendaient comme la fois où avec Konohamaru, ils se firent prendre par Anko dans le bain des femmes, qu’est-ce qu’ils avaient pris mais ça valait le coup. Ces rêves faisaient un bien fou à Naruto, une personne passant par là aurait été attendrie par cet enfant d’une douzaine d’années arborant un sourire chaleureux et innocent. Seul son bandeau frontal trahissait le fait qu’il soit ninja et que par conséquent son innocence devait avoir disparu.

Et justement à l’aube, une jeune personne de l’âge de notre héros s’approcha de notre ninja endormi. Cette personne avait de magnifiques cheveux noirs encadrant un visage angélique et serein, elle était habillée d’un yukata de belle facture avec des motifs de fleur. Arrivée à 2 mètres du blond, elle fut complètement stupéfaite par l’expression qu’affichait le jeune ninja. Comment une personne de sa condition pouvait-elle arborer une telle pureté ? Elle voulu se rapprocher encore mais cette proximité réveilla le jeune jinchuriki :

 

-    qui va là ? (interrogea-t-il les yeux encore fermés)

-    Oh ! Je vous ai réveillé, je vous prie de m’excuser.

-    « MOINS FORT ! Y’EN A QUI ESSAIE DE DORMIR ! AH, C’EST VRAI… PERSONNE NE PEUT M’ENTENDRE, MAUDIT YONDAÏME !! »

-    Humm… Pas grave, de toute façon il fait jour, il va falloir que je rentre avant de me faire sermonner sérieusement.

-    Mais que faisiez-vous ici ? Ne me dîtes pas que vous avez passé la nuit dehors ?

-    Bah je crois bien que si, mais vous que faîtes vous ici, mademoiselle ?

-    Je suis venu cueillir des plantes médicinales. Mais toi ?

-    Je m’entrainais… (Soudain, Naruto ouvrit les yeux et regarda la personne plus en détail et se figea de stupeur)

-    … Un problème ?

-    … Non… aucun, je ne suis juste pas encore totalement réveillé, j’ai du trop m’entrainer.

 

En fait, Naruto ne s’était pas préparé à une telle rencontre surtout au réveil. Ses souvenirs l’auraient-ils trahi ? Il n’aurait jamais du le rencontrer ici et maintenant ! Il n’était pas prêt, il ne savait pas quoi faire ! Le tuer maintenant afin de simplifier la tâche à son équipe sur le pont et qui sait, peut-être cela entrainera le départ de Zabusa ? Non, ça serait même l’inverse, il entrera dans une colère noire. Mais que faire ?! Suivre les événements ou foncer dans le tas en espérant que tous se passe bien, tout le monde avait beau le traiter de baka, son instinct était plus fiable que certaines réflexions de ninjas plus expérimentés. Mais là… C’est totalement différent, qui s’est retrouvé dans sa situation ? Personne à sa connaissance. Une idée lui traversa l’esprit soudainement pendant qu’il regardait son interlocuteur :

 

-    Mais pourquoi vous êtes vous tant entrainé ?

-    Je dois devenir fort, très fort… (le regard de Naruto partit dans le vague en pensant à sa vie passée et celle qui l’attend, décidément c’est trop dur de maitriser ses émotions au réveil)

-    Vous avez pourtant l’air très fort, pourquoi voulez-vous devenir encore plus fort ?

-    Bonne question…

-    Vous savez, être fort n’est pas qu’une question de force, il faut aussi avoir un but.

-    Mon but…

-    Par exemple, pour pouvoir réaliser un rêve, vous comprenez ?

-    Oui, au fait, inutile de me vouvoyer nous avons le même âge, sinon es-tu forte ?

-    J’espère car dans le cas contraire je serai inutile à la personne que je veux aider.

-    Ton rêve est de réaliser les rêves d’un autre ? Tu n’as pas de rêve propre ?

-    Aider une personne chère à son cœur est une source de bonheur grandiose.

-    Un être cher, hein ?... Excuse-moi mais comment t’appelles-tu ?

-    Haku et je suis un garçon comme toi, tu sais.

 

Alors, les derniers espoirs de Naruto s’envolèrent. C’était bien lui, sa mémoire avait vu juste. Il s’agissait bel et bien de son ennemi mais que faisait-il ici ? À ce moment de l’histoire ? Il n’était pas prêt… comme pourrait-il tuer de sang froid une personne qu’il respectait, une personne qui ne veut pas le tuer. Cet être qu’il associait à la pureté de la neige. Non, il ne pourrait maintenant, il avait besoin de se préparer psychologiquement avant d’accomplir un tel acte qu’il ne se pardonnerait jamais.

 

-    Pardon, c’est juste que ton physique est trompeur.

-    Tu me trouves beau ?

-    Pour être totalement franc, oui mais ne va rien t’imaginer. Sinon, je m’appelle Naruto et j’aimerai savoir jusqu’où es-tu prêt à aller pour cette personne ?

-    Jusqu’à lui donner ma vie sans hésiter, mais ma plus grande peur n’est pas de mourir mais d’être inutile à cette personne.

-    Si jamais tu devenais inutile ou que cette personne mourrai, que ferai-tu ?

-    Je crois que je choisirai la mort.

-    Alors tu es faible… (le ton de Naruto n’était pas provocateur, juste las et triste. Il se rappelait bien qu’Haku après avoir été vaincu, ne voulait plus vivre)

-    Peut-être… mais on dit que ce qui rends fort est aussi parfois notre plus grande faiblesse… (le ton d’Haku était lui aussi très lointain) Tu sais il est mon unique raison de vivre, je lui dois tout et il m’a tant donné. Bon, excuses-moi mais je dois y aller. Au revoir.

-    Je comprends, au revoir… (Haku s’éloigna du blond et une fois assez loin, ce dernier ajouta) et à très bientôt…

 

Naruto avait murmuré ces derniers mots pour lui, tout en laissant filtrer une larme. Mais ce qu’il ne savait pas c’est que Haku avait malgré tout entendu ces paroles et y répondit muettement tout en laissant lui aussi échapper une larme. Ces deux larmes avaient la même origine, elles exprimaient la même douleur, la même peine, la même impuissance face au destin qui allait les pousser à se battre dans un combat qui mènerai obligatoirement à la mort de l’un des deux. Cette détresse de Naruto était si intense qu’elle réveilla Kyûbi, ce dernier ne tarda guère à comprendre ce qui s’était passé. Au moment où il allait replonger en léthargie, il entendit une pensée de Naruto elle était pleine d’amertume, de sagesse et de lassitude. Le vieux renard acquiesça cependant à ces quelques mots dont peu d’êtres étaient capables de prendre la pleine mesure. Le bijuu se dit que son réceptacle avait bien grandi et qu’il finirait presque par avoir un certain respect pour lui. Il n’aurait jamais cru l’entendre dire un jour ces quelques mots :

 

« On a beau dire mais l’ignorance est parfois un bien inestimable. »