Le rire de Kyubi

par Lord OGM

Une explosion illumina la plaine alors qu'un arbre de glace se dressait vers le ciel, cherchant à emprisonner le Mizulage dans une prison qui se révélerait mortelle. Mei Terumi observa le spectacle avec fascination, admirant la précision de la sculpture et les mouvements de ce champ floral qui semblait doué de vie tant il était réaliste. L'air se raréfia quand un immense cétacé fit son apparition sur le champ de bataille, écrasant tout de part sa stature imposante. Un puissant jet d'eau cingla l'air, fouettant l'atmosphère elle même tant sa taille et sa vitesse défiait toute logique, puis l'enfer se déchaîna. Une lumière brûlante frappa la rétine de la jeune Jounin quand le Démon à forme de tortue ouvrit la gueule, laissant apparaître un faisceau d'énergie qui balaya tout sur son chemin, anéantissant les espoirs et les prouesses des deux ninjas qui avaient osé se dresser sur son chemin.


Le calme revint sur le paysage saccagé qu'avait été autrefois l'île de Kiri, faisant planer un silence pesant alors qu'une douce brise nocturne chassait les derniers fantômes de l'affrontement titanesque. Tout du moins, c'est ce que ressentit Mei en admirant le ciel étoilé, serein et doux par rapport à la violence indescriptible dont venait de faire preuve son Kage pour chasser les impudents qui avaient défié son autorité. Elle ignorait alors que ce n'était que l'aube d'une très longue nuit, un hurlement la déchirant, grave et rauque, porteur de milles menaces. L'affrontement reprit, dans des proportions plus respectables, la jeune femme ne pouvant que distinguer les chocs des épées et des kunaï ainsi que le ballet sans fin des étincelles qui les accompagnaient, aveugle aux expressions concentrées des deux titans qui livraient bataille.


Un autre cri atteint le village, ordre apeuré d'un homme dépassé, puis le Sang fut sur Mei. De l'ombre jaillit une vingtaine d'adversaires, se mouvant avec grâce et célérité. L'air siffla sous les détonations et les lames brillèrent au claire de lune, traçant leurs froides besognes sur les corps, qu'ils soient civils ou militaires. La futur Mizukage se retrouva aux prises avec trois adversaires, ces derniers l'entourant, lui échappant, revenant, la bombardant sous un feu perpétuel de Shuriken, l’abrutissant pour mieux l'égorger. Shinobi-san perça sa garde à plusieurs reprises, marquant son corps de plaies profondes et handicapantes, jouant de sa compassion pour l’empêcher de riposter. Il se cachait derrière des enfants apeurés, les utilisant comme boucliers contre ses techniques destructrices, sapant la confiance que la combattante avait en ses capacités et fragilisant rapidement sa concentration.


La main de Mei se crispa, chiffonnant la note que lui avait envoyé le Hokage, et sa mâchoire se serra sous l'effet de la colère alors qu'elle repensait à ce que cet assassin avait osé lui proposer. La rédhibition sans condition, Mei Terumi devant se constituer prisonnière pendant que ses troupes seraient reconduites à la frontière, sous la garde de l'ANBU.


— Mizukage-sama ? Demanda un de ses conseillers. Que veut le Uchiwa ?


— Il veut qu'on rende les armes, il dit qu'il dispose des moyens de nous anéantir sans mettre en péril la sécurité de Konoha.


— C'est un mensonge, s'outra Ao en repoussant son siège, claquant ses mains sur la table. L'Akatsuki a frappé de plein fouet le village, d'après les rapports de l'équipe de Yamame, il y a eu des centaines voir des milliers de morts... Au vu des événements, affirmer qu'il pourrait repousser notre expédition sans pertes serait une pure fabulation !


— Nous ne reculerons devant rien, tempéra la Mizukage, cachant sa colère derrière une attitude qui se voulait rassurante. Nous attaquerons Konoha dans deux jours, les supplications de son Hokage n'y changeront rien, à moins qu'il ne nous livre de lui même Shinobi-san. S'il nous faut retourner chaque pierre de ce village d'assassin, nous les retournerons, s'il faut éventrer chaque enfants pour obtenir justice, nous le ferons également. Maintenant, sortez, j'ai besoin de réfléchir.


Ses hommes quittèrent la tente en silence, se lançant des regards lourds de sens, chacun partant de sa petite hypothèse sur ce que ressentait actuellement la dirigeante. Mei observa le ciel sans nuage du Pays du Feu, fascinée par ce temps chaud et sec qu'offrait les grandes plaines. Elle avait grandi à Kiri, ne connaissant que la pluie et les orages, bercée par le grondement des vagues, alors se retrouver loin de l'océan la perturbait. Elle se sentait exposée, seule au milieu de ce pays étranger, loin des cours d'eau rassurant de son archipel, loin de la mer déchaînée et des embruns salés.


L'enfant se tordit dans une pirouette étrange et Kubikiribôchô apparut dans le champ de vision de la combattante, le mouvement leste ne lui laissant pas le temps de réagir. La lame s'enfonça profondément dans son épaule, ne ratant sa gorge que d'un cheveu. C'est en raclant contre l'os de sa clavicule que l'épée se retira, lui arrachant un cri de douleur et de détresse alors que le monde se troublait.


Mei-sama ! Ao s'étrangla avant de s'interposer, luttant désespérément pour repousser le déserteur de Konoha.


Le Jounin, membre des forces de spéciales de Kiri, avait été un ami et un frère d'arme pour la jeune prodige, l'accompagnant et la guidant par devers les crises et les rébellions. Lui apprenant le calme et la patience, lui intiment la discrétion et l’obéissance face à la folie de Yagura, lui faisant attendre le bon moment pour révéler son vrai potentiel. Cet homme qu'elle admirait, se jeta à corps perdu dans un combat qu'il ne pouvait gagner. Ao portait pull rayé et un bandeau sur l’œil, il se retrouva face à un ouragan, Shinobi-san ne restant jamais statique, tourbillonnant sur lui même et emportant dans son sillage l'épée de Zabuza, un véritable hachoir qui grava dans l'esprit de Mei Terumi l'image d'un bouché. Alors que l'inconscience resserrait ses griffes sur la combattante, elle ne put s’empêcher de penser qu'elle avait échoué face à de simples clones.


Mei se retira dans la petite pièce attenante à la salle de réunion, celle où on avait installé un lit et le nécessaire pour qu'elle puisse faire sa toilette. Ses ninjas dormaient dans de petites tentes voir sur le sol en fonction de leurs préférences, mais en tant que Kage, elle recevait une attention dont on ne lui avait jamais fait montre quand elle était Jounin. La Mizukage retira sa veste, dévoilant une robe de combat bleue, ses longs cheveux cascadaient sur son épaule gauche, camouflant l'une des nombreuses cicatrices que Naruto avait laissé sur son corps. Elle les repoussa et laissa ses doigts fins filer sur la marque rosâtre, tirée et déchirée, sensible au touché, elle courrait de son omoplate jusqu'à la base de son sein, dévorant sa chaire et avalisant son être.


Les vertiges prirent Mei quand elle reprit conscience, groggy et fatiguée, étendue sur le sol dur des souterrains de Kiri. Le grognement qui s'échappa de ses lèvres quand elle se releva attira l'attention d'Ao qui surveillait les portes du complexe, il encourageait les réfugiés à se dépêcher pour échapper au massacre qui régnait à la surface.


Bon retour parmi nous, Mei-sama, lui sourit-il en lui tendant un verre d'eau, afin de faire passer le goût immonde des anti-douleurs qu'on lui avait administré. J'ai bien cru qu'on allait y passer tous les deux, ce type est un monstre.


C'est le nouveau déserteur de Konoha, qu'est-ce qui va pas avec ce village pour qu'il produise de telles machines de guerre ? Bordel, ils sont sensés tenir à la paix plus que quiconque sur ce foutu continent, et il sorte des connards de rang S tous les dix ans...


Les ninjas ne sont pas fait pour vivre en paix, sinon on serait des gentils fleuristes ou des restaurateurs, et on se livrerait juste la guerre de qui aurait le plus beau bouquet de l'année. A coté de ça, on a préféré le chemin des armes, celui de la douleur et de l'horreur... Il faut se dire que ce sont nos choix qui ont conduit ce gamin là où il en est aujourd'hui, un bouché qui massacre notre village.


Ne me dis pas que tu cherches à excuser ses actes, cracha-t-elle en serrant les points, prête à lui remettre les idées en place.


Je ne l'excuse pas, soupira Ao en indiquant la direction à prendre pour l’abri le plus proche à une petite fillette blonde. Je dis juste que je le comprends, et que je me sens en partie responsable de la tournure que prenne les événements de ce soir.


Elle ne fit que grogner pour lui répondre, elle n'avait pas le cœur de se lancer dans un débat sur qui était à l'origine de quoi, ou de chercher des excuses à l'enfant qui venait de la massacrer purement et simplement. Elle caressa le bandage que l'on avait installé sur son épaule, cherchant à sonder la gravité de la blessure et tenta de bouger le bras, sans succès. Elle ne pourrait plus combattre dans cette bataille, incapable de concentrer son chakra et déséquilibrée par le fardeau que représentait désormais ce membre inerte.


Ca me rappel quelque chose que m'avait dit Kakashi Hatake il y a des années, je me me souviens plus de ces mots exacts, mais dans l'ensemble ça racontait : « Il existe en ce monde des enfants qui sont bien plus forts que moi... » Ça me blesse de donner raison à un ninja de Konoha, mais je suis obligé aujourd'hui de reconnaître qu'il n'avait pas tord. Ce gosse, Shinobi-san, il a tenu face à Yagura-sama, lui a échappé et maintenant il est en train de détruire notre village, comme si nous n'étions que des insectes qu'il peut écraser du pied.


Attends que Yagura lui retombe dessus, il fera moins son malin, il a pas gagné son combat contre le Kage, sinon il ne serait pas venu à Kiri... Il a peur, il est terrorisé à l'idée de se battre contre notre Mizukage, alors il se retourne face à plus faible que lui pour tenter de se cacher. On n'est pas face à un génie ou quelque chose du genre Ao, on est face à un lâche qui n'a pas le courage de se battre contre Yagura.


Si j'étais à sa place, je ferais pareil, je ne peux pas lui cracher dessus pour ça...


La conversation prit une nouvelle fois fin, les deux adultes attendant dans un silence tendu alors que de nombreux cris de détresse de faisaient entendre au dehors. Une fille d'une dizaine d'année se présenta devant l'entrée du souterrains, observant l'obscurité avec frayeur avant de faire un pas, bousculée par un adulte terrorisé. Mei admira pendant un bref instant les deux nattes qui retenaient les cheveux de la gamine, s'attardant sur ses magnifiques yeux bleues.


J'ai déjà vu cette môme, bordel ! S’énerva Ao avant de se retourner et de partir en courant vers l'abri.


Infiltration échouée ? Demanda-t-elle d'une toute petite voix en regardant la Jounin, cherchant son avis.


C'est quand une odeur de brûlée se fit sentir, que Mei comprit ce qui se passait, le petit ange qui se tenait devant elle commençant à sourire. Il murmura un petit « Au revoir » et tout explosa.


La robe bleue que portait la Mizukage glissa sur le sol quand elle eut fini de délasser son corset, révélant son ventre gravement brûlé et ses bras déchirés, elle n'avait réchappé à l'explosion du clone Kamikaze que par miracle. Mei avait été plongée dans le coma pendant plusieurs semaines, les rares médecins ayant survécu à la destruction de l'hôpital rivalisant de prouesses pour garder en elle l'étincelle de la vie. C'est à son réveil qu'on lui avait proposé la place de Mizukage, charge qu'elle avait accepté avec appréhension et honneur, se jurant d'apporter la vengeance à son village pour cette nuit de cauchemars que lui avait fait vivre Naruto.


Malgré son corps brûlé et marqué par les attaques de Shinobi-san, elle se savait chanceuse, Ao n'ayant pas réussi à rejoindre la salle dans laquelle s'entassait plusieurs centaines de civils apeurés. C'est son compagnon qui avait procédé lui même à l'identification de chacun des corps, qui avait prononcé ses excuses à chaque survivants, qui avaient rencontré les familles des victimes, s'obligeant à souffrir pour tenter de faire amende honorable. Pour Ao, l'échec avait eu un goût de cendre lors de l'attaque du déserteur, un goût de désespoir et d'impuissance, il n'avait pas tenu rigueur à Konoha des actes d'un de ces enfants perdus. Mais maintenant que la nouvelle se répandait de part le monde, qu'Itachi Uchiwa et Shinobi-san n'avait été que des infiltrés, que le village caché du Pays du Feu les avait utilisé pour faire régner sa politique en dehors de ses frontières, une colère sans nom l'habitait. Et elle était commune à tous les citadins du Pays de l'Eau, commune à tous ceux qui avait connu l'attaque du Bouché de Kiri.


Mei se secoua pour reprendre ses esprits et finit de se déshabiller, ne prêtant plus attention aux multiples traces qui marbraient son corps autrefois parfait. Shinobi-san ayant été le premier adversaire réussissant à la blessé et le dernier depuis lors, c'est sur la peau pure de la Mizukage qu'il avait gravé sa peur, et cela, elle ne pourrait jamais l'oublier. Elle passa prestement un pyjama et se coucha, incapable de s'endormir dans la chaleur sèche du Pays du Feu, elle qui était habituée à la fraîcheur du littorale, mais elle veilla, écoutant les bruits et analysant le chakra qui entourait le camp, attentive à la moindre présence hostile. Ce ne serait que le lendemain que viendraient les combats...


oOo


Naruto s'enfonça dans la méditation, plus profondément qu'il ne l'avait jamais fait. Atteignant les limites de sa conscience, là où la pensé prenait forme et se retrouva subitement dans un couloir faiblement éclairé, de l'eau stagnante perçant le tissus de ses chaussettes et mordant sa peau. Le bruit régulier de l'écoulement de multiples gouttes rythma sa marche alors qu'il allait toujours plus avant dans l'inconscience, s'approchant lentement du fond de son être, là où était enfermé le Démon Renard à Neuf Queues.


C'est confiant qu'il traversa l'obscure tunnel qui le guiderait vers son Sacrifice, ne prêtant pas d'attention à l'humidité ambiante qui s'infiltrait son esprit, son entière concentration dirigée vers la présence qui tentait de l'écraser. Il ne cessa sa marche qu'en arrivant devant une imposante porte, faite de fer forgé et verrouillé par un sceau de papier, derrière ses multiples barreaux la lumière semblait disparaître, ne laissant place qu'au vide. Le souffle régulier qui en échappait ainsi que l'impression de puissance qui y était lié ne concordait cependant pas avec cette impression qu'offrait ce spectacle éphémère. L'eau se mua en vaguelette quand un impressionnant tremblement de terre secoua la pièce, Kyubi se levant paresseusement pour s'approcher de son visiteur.


— Heureux fut le jour où ton prédécesseur se vida de ton sang sur mes griffes, salua-t-il doucement, les yeux encore fermés et se délectant à l'avance de cette conversation tant attendue. Que veux-tu vermisseau ?


— Ta puissance.


Les dents blanches du Renard resplendirent dans l'obscurité quand un rire le secoua, la bave luisant à la commissure de ses lèvres qui s'étiraient en une expression sadique. Ses yeux s'ouvrirent, vermeils vifs et braqués sur Naruto, le détaillant de ce regard carmin en proie à la folie.


— Quel en sera le prix ? Interrogea la divinité, incapable de contenir la joie malsaine qui l'habitait.


— Un grand feu, répondit calmement l'Uzumaki qui s'était longuement interrogé sur la façon de repousser l'armée de Kiri.


Un silence glacial s'installa alors que le Démon entortillait ses queues, réfléchissant à ce qu'était venu lui proposer son hôte. Il s'approcha lentement de la grille, son museau venant frotter contre elle alors que sa gueule se plaçait de biais, son œil immense se retrouvant face à Naruto. Le ninja ne détourna pas le regard, plongeant le sien dans l'orbite écarlate et cramoisie de la créature, subissant le jugement du Monstre sans se départir de son assurance.


— La plaine de Hondo sera le théâtre de cette bataille... Souffla le Renard alors qu'il se déplaçait dans les souvenirs du garçon, analysant les informations qu'avait amassé son Jinchuriki. Un peu moins de sept cents combattants, tous ivres de vengeances, volontaires et entraînés dans le seul but de te tuer.


Kyubi se retira, libérant Naruto de son envoûtement et se dressa de tout sa hauteur, ses oreilles venant frôler le plafond invisible de la cage. Il fit trembler le corps entier de son hôte par son rire jubilatoire, insufflant en lui une rage de vaincre qu'il n'avait jamais connu. D'un mouvement de ses queues, il renvoya l'Uzumaki à la surface, le reconnectant avec le monde par la force, face au soleil couchant de Konoha, installé sur la tête du Yondaime.


Mikoto Uchiwa lui secouait l'épaule pour le réveiller, elle se recula quand elle remarqua que l'ancien déserteur était de retour. Elle était effrayée, elle avait sentit, par son bref contact avec l'enfant, la force et les sentiments du Démon Renard qui s'était éveillé en lui.


— Le Hokage est aux portes du village, il vous attend pour partir à Hondo.


C'est avec une voix qui n'était pas tout à fait la sienne que Naruto répondit :


— Donnez nous une étincelle et on en fera un brasier.


En cet instant, Mikoto regretta d'avoir commencé à apprendre le Japonais à ce ninja. A chaque début de cours, il revenait plus instruit, plus mûr, elle sentait croître en cet homme une impression de danger qui ne la quittait plus quand elle le côtoyait. Elle ne perçut pas le sourire imperceptible du Jinchuriki, reliquat de sa rencontre avec le Démon quand il se jeta dans le vide, impatient de se rendre au combat.