Chapitre 03

par MidieRose93

Chapitre troisième

 

 

 

 

-        Bon sang, mais que se passe-t-il ? tonna la voix de Mogami Haruno.

Sasuke éloigna un instant l’écouteur de son oreille, avant de répondre à son patron sur un ton calme.

-        Je pensais que Saku vous avait déjà tout expliqué. L’hôtel affiche complet. Il ne leur restait que cette suite de libre.

-        Vous ne comptez quand même pas passer la nuit dans la chambre de ma nièce, Uchiwa ?

-        Je ne passerai la nuit dans la chambre de votre nièce, Mogami. Sakura vous a sans doute précisé que je dormirai sur le canapé du salon.

Il sourit et ajouta d’un ton ironique :

-        Ne vous inquiétez pas pour moi, il paraît très confortable…

-        Je me fiche de votre confort ! C’est la réputation de ma nièce qui m’importe. D’ailleurs, pourquoi avez-vous accédé à son caprice de rester ce soir à Mexico ? Vous deviez rentrer directement à Hanawa.

Sasuke jeta un regard vers la fenêtre battue par la pluie et le vent.

-        Écoutez, Mogami, la météo prévoit une tempête pour cette nuit. Sakura craignait de décoller par ce temps. Je n’ai pas jugé utile de l’y contraindre. La tempête aura cessé demain matin. Pourquoi prendre des risques inutiles ?

-        Ouais… N’empêche que je n’aime pas cela.

-        Vous n’aimez pas quoi ?

-        Que vous vous trouviez là, ensemble, dans cet hôtel.

Sasuke poussa un soupir de découragement.

-        D’accord. Je me trouverai une chambre pour la nuit dans un autre hôtel. Vous sentez-vous rassuré ?

-        Tout à fait.

-        Autre chose ?

Mogami Haruno marqua un temps avant de répondre.

-        Oui. Nous avons arrêté un intrus, aujourd’hui. Le nouvel équipement de surveillance électronique dont vous avez suggéré l’installation fait merveille. Sans lui, nous n’aurions jamais vu ce type escalader le mur d’enceinte.

-        Heureux d’apprendre que je vous suis de quelque utilité, remarqua Sasuke d’un ton plaisant. Avez-vous découvert ce qu’il fabriquait là ?

-        Pas encore. À quelle heure arriverez-vous, demain ?

-        Vers midi, je pense. Si vous le souhaitez, j’interrogerai moi-même ce rôdeur et je verrai ce que je peux en tirer.

-        J’aimerais assez découvrir qui se cache derrière tout ça. Cela m’agace de lutter contre un ennemi dont j’ignore l’identité.

-        J’y travaille, Mogami. Si vous ne m’aviez pas envoyé jouer les dames de compagnie, je serais encore à pied d’œuvre.

-        Je sais, je sais. Mais mon autre pilote n’a pas votre expérience. Je voulais m’assurer que Sakura se trouverait en de bonnes mains. Vous étiez l’homme de la situation.

-        Je fais de mon mieux.

-        D’accord, Sasuke. Pardonnez-moi ma nervosité. J’aurais vraiment préféré que ma nièce choisisse un autre moment pour venir ici.

-        Je comprends.

-        Dites à Sakura de m’excuser pour mon comportement, de tout à l’heure.

Amusé, Sasuke sourit.

-        Entendu.

-        Les ennuis s’accumulent, pour moi, depuis quelque temps…

-        Je le lui dirai.

-        Non ! Ne lui dites pas ça ! Pas la peine qu’elle se tracasse pour rien. Demandez-lui simplement d’oublier ma petite saute d’humeur.

-        D’accord.

-        À demain, conclut Mogami avant d’interrompre la communication.

Sasuke remit le combiné en place et secoua la tête, pensif. Puis il décrocha de nouveau pour appeler la réception afin qu’on vienne prendre son pantalon, sa chemise et sa veste. Il lui fallait absolument des vêtements secs avant de se mettre en quête d’une autre chambre pour la nuit.

Il fronça les sourcils en entendant frapper à la porte aussitôt après avoir raccroché. Le service ne pouvait être aussi rapide.

-        Votre dîner, annonça une voix féminine.

Sasuke arrangea un peu son peignoir et alla ouvrir. Une femme de chambre pénétra dans le salon en poussant devant elle une table à roulettes dressée pour deux personnes. Sasuke sourit en apercevant, dans un vase en cristal, un bouquet de roses rouges trônant au milieu des plats. Il gratifia la jeune femme d’un pourboire et ferma la porte derrière elle.

Le dîner paraissait excellent. D’autant plus que Sasuke était affamé. Remerciant intérieurement Sakura pour sa prévoyance, il s’apprêtait à s’asseoir pour l’attendre lorsque la porte de la salle de bains s’ouvrit sur la jeune femme… laquelle était vêtue d’un pyjama de soie rose.

-        J’espère que cela ne vous dérange pas si je… En fait, je n’avais pas très envie de me rhabiller, alors je me suis mise directement en tenue pour dormir.

Impressionné, Sasuke haussa les sourcils. Elle était vraiment adorable avec ses cheveux roses défaits qui tombaient en lourdes volutes sur ses épaules. À présent, elle ressemblait tout à fait à la photo qui hantait ses rêves.

-        Vous devriez toujours porter vos cheveux comme ça, s’entendit-il déclarer, surpris lui-même de sa hardiesse. Cela vous va à ravir.

Le rougissement de Sakura s’accentua, et Sasuke se reprocha d’avoir, par sa remarque, mis la jeune femme dans l’embarras. Pour détendre l’atmosphère, il avança la table vers le milieu de la pièce et rapprocha deux chaises.

-        Ne vous préoccuper pas de votre tenue. Dînons, puis vous irez au lit.

Ils s’apprêtaient à s’asseoir lorsque, de nouveau, on frappa à la porte.

-        J’arrive ! lança Sasuke.

Cette fois, il s’agissait bien de la femme de chambre qui venait chercher les vêtements à nettoyer. Sasuke les lui remit avec un pourboire.

-        Merci de faire vite. Il me les faut dès que possible.

La jeune femme opina avec un sourire charmeur avant de refermer la porte, et Sasuke revint s’asseoir à la table.

Sakura garda les yeux fixés sur lui tandis qu’il prenait place, puis son regard s’arrêta sur le bouquet de roses rouges posé au milieu de la table. Ses joues prirent aussitôt la même couleur que celle des fleurs.

-        Je me demande ce que ces femmes de chambre ont pensé en nous voyant dans cette tenue, si tôt dans la soirée.

Sasuke sourit.

-        Elles nous auront sans doute pris pour des jeunes mariés en voyage de noces.

Il vit alors Sakura plonger le nez dans son assiette pour cacher son trouble.

-        Vous vous souciez vraiment de l’opinion du personnel de cet hôtel ? s’étonna-t-il.

-        Mon oncle s’inquiétait de nous voir partager la même chambre…, répondit Sakura sans lever les yeux.

-        Oui, il me l’a dit. Aussitôt que j’aurais récupérée mes vêtements, j’irai m’installer dans un autre hôtel.

Sakura leva brusquement les yeux.

-        Mais c’est trop bête !

Se rendant compte que sa réaction pouvait être mal interprétée, elle se reprit :

-        Je veux dire qu’il y a suffisamment de place pour deux dans cette suite. Si cela ne vous dérange pas de dormir sur le sofa… Les inquiétudes de mon oncle me semblent tout à fait ridicules.

-        Croyez-vous ? demanda Sasuke en plantant son regard dans celui de la jeune femme.

Elle prit son verre empli d’eau et le vida d’un trait.

-        Bien sûr ! Il n’y a aucune raison de penser que…

Elle s’interrompit tout à coup, comme si elle doutait d’elle-même.

Cette naïveté attendrit Sasuke malgré lui.

-        Quel âge avez-vous, Saku ?

-        Pourquoi me demandez-vous cela ?

-        Ou bien vous ne connaissez rien des hommes… ou bien vous ignorez à quel point vous êtes désirable.

De saisissement, Sakura laissa tomber sa fourchette sur son assiette.

-        Vous vous moquez de moi !

Sasuke se figea, interloqué. Il ne s’était pas attendu à une telle réaction.

-        Pas le moins du monde, répondit-il enfin.

Tandis qu’ils commençaient leur repas, il observait sa compagne à la dérobée.

-        Avez-vous connu beaucoup d’hommes ? demanda-t-il soudain à brûle-pourpoint.

À sa grande surprise, Sakura ne fit aucune difficulté pour répondre à cette question, pourtant bien indiscrète.

- Non. Pendant mes études, je n’ai fréquenté que des pensionnats de jeunes filles. Aujourd’hui, je suis maîtresse d’école. Mais je n’ai guère de collègues masculins.

-        Pas de fiancé ?

Elle répondit d’un signe négatif de la tête.

-        Pourquoi pas ? insista Sasuke.

-        Peu de garçons m’ont courtisée. Et ceux qui l’ont fait ne m’intéressaient pas. D’ailleurs, ma famille me surveillait de près, au Japon. En fait, je n’étais pas autorisée à sortir seule, le soir, avec un homme.

-        Ne me dites pas que vous aviez un chaperon ?

-        Presque, répondit Sakura en souriant. La vérité, c’est que j’ai toujours rêvé de revenir au Mexique. Je savais que si je tombais amoureuse au Japon, je ne retournerais jamais dans mon pays pour y vivre.

-        Vous avez vécu une existence bien austère. Je comprends maintenant pourquoi vous ne savez pas combien vous êtes belle.

Comme Sakura rougissait de nouveau, Sasuke s’excusa aussitôt.

-        Pardonnez-moi. Je ne voulais pas vous embarrasser.

Elle sourit, cette fois, et dissimula un bâillement derrière sa serviette.

-        Si vous avez fini de manger, proposa Sasuke, pourquoi ne pas vous coucher ? Vous paraissez épuisée.

-        Ce ne serait pas très poli de ma part…

-        Oubliez les convenances entre nous. J’attendrai ici qu’on me rapporte mes vêtements, puis je m’éclipserai. Je viendrai vous chercher demain matin de bonne heure. Qu’en pensez-vous ?

Ils se levèrent tous les deux de table, et Sakura tendit la main à Sasuke.

-        Merci pour votre gentillesse. Vous vous êtes montré très patient avec moi, aujourd’hui.

Sasuke saisit la main délicate de Sakura puis, sans y prendre garde, il la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser.

-        Faites de beaux rêves, princesse, murmura-t-il.

Sasuke vit les beaux yeux verts de Sakura se brouiller. La jeune femme tourna vivement les talons pour se réfugier dans sa chambre, en refermant la porte derrière elle.

Il s’approcha alors de la fenêtre, songeur, et observa un instant la pluie qui continuait à tomber sur Mexico, avec toutefois une moindre intensité.

Épuisé, il jeta un regard au sofa tentateur. Pourquoi ne pas faire un petit somme en attendant qu’on lui rapporte ses vêtements ?

Lorsque la femme de chambre revint avec ses vêtements propres, moins d’une heure après, il était déjà dans les bras de Morphée.

 

 

***

 

 

Sakura se glissa dans les draps et soupira d’aise. Quel plaisir de pouvoir enfin s’étendre, après avoir passé d’interminables heures attachée dans le siège inconfortable d’un avion ! Elle posa avec volupté la tête sur l’oreiller, s’attendant à sombrer aussitôt dans le sommeil.

Au lieu de cela, de confuses pensées continuèrent à se bousculer dans son esprit. Elle songea d’abord à son oncle, qu’elle s’était attendue à retrouver quelques heures plus tôt. Puis elle revit sa rencontre avec Sasuke Uchiwa.

Pourquoi Mogami n’était-il pas venu l’accueillir en personne à l’aéroport ? Elle était si impatiente de le revoir. Et maintenant, elle devrait attendre une journée de plus. Comment réagirait-il à ses projets ? Apprécierait-il la surprise qu’elle lui réservait ? Elle avait prétendu ne venir à Hanawa qu’en visite, alors qu’elle avait la ferme intention d’y rester. Le Mexique demeurait sa patrie. Pendant toutes ses années d’exil, au Japon, elle avait toujours su qu’elle y retournerait un jour. Son rêve était d’ouvrir une école dans l’un des villages de montagnes qui se trouvaient à proximité de Mogami.

Mais elle n’avait pas osé en parler avec son oncle. Depuis quelques mois, en effet, il ne semblait plus guère favorable à son retour près de lui, à la maison. Pourquoi ?

À présent, pourtant, elle se trouvait là, au Mexique, et elle était bien décidée à montrer à Mogami qu’elle n’était plus la petite fille impulsive d’autrefois.

Ses pensées peu à peu se ralentissaient et se brouillaient. Et de nouveau, l’image de Sasuke Uchiwa s’imposait à son esprit. Cet homme… l’intriguait. Plus qu’aucun autre auparavant. La force qui se dégageait de lui l’impressionnait. À son côté, elle sentait battre son cœur plus fort que jamais. Que possédait-il donc de si particulier ?

Sans doute était-il tout simplement le premier homme qui la rendait à ce point consciente de sa féminité…

En tout cas, elle brûlait de le connaître mieux. Puisqu’il travaillait pour son oncle, cela se révélerait facile.

Sakura poussa un dernier soupir, puis s’abandonna au sommeil, un sourire sur les lèvres.

 

 

***

 

 

Sasuke se réveilla en sursaut. Par la fenêtre, une faible lumière se répandait dans la pièce. Il se leva et regarda sa montre. Six heures du matin.

Sans tarder, il se rendit dans la salle de bains pour une rapide toilette, puis enfila les vêtements propres que la femme de chambre avait déposés la veille sur une chaise, pendant qu’il dormait. Il se raserait plus tard.

Une fois habillé, il s’approcha de la porte de la chambre et frappa doucement. N’obtenant pas de réponse, il ouvrit et entra.

Sakura reposait en travers du lit, allongée sur le ventre. Sa tête était enfouie dans l’oreiller, et ses cheveux roses se répandaient magnifiquement autour d’elle. Le drap avait glissé, découvrant le contour d’une hanche que la veste retroussée du pyjama voilait à peine.

À la vue de ce tendre tableau, un désir soudain assaillit Sasuke.

Préférant ne pas présumer de ses forces, il battit avec prudence en retraite vers le salon et ferma la porte derrière lui.

Peu importe. Il l’appellerait d’en bas par téléphone. D’ailleurs, Sakura n’était pas censée savoir qu’il avait passé la nuit… avec elle.

Il remit le sofa en ordre, et quitta la pièce.

 

 

***

 

 

Lorsque Sakura sortit de l’ascenseur, une demi-heure plus tard, pour rejoindre Sasuke, elle n’eut aucun mal à le repérer parmi les autres clients déjà nombreux qui, malgré l’heure matinale, se pressaient dans le hall de l’hôtel. Le regard de la jeune femme fut aussitôt attiré par sa stature élancée, alors qu’il se tenait près du bureau de la réception.

Était-ce l’impression de force tranquille qui se dégageait de ce corps superbement musclé qui retenait ainsi l’attention ? Sakura n’aurait su le dire. Mais elle remarqua que d’autres femmes, comme elle, étaient sensibles au charme de celui qui, pour quelques heures encore, lui servirait de chevalier servant.

-        Bonjour ! lança-t-elle d’un ton qui se voulait détacher. Vous semblez frais et dispos, ce matin. Avez-vous rencontré quelque difficulté à trouver une chambre, hier soir ?

Sasuke lui décocha un sourire enjôleur.

-        Aucune, répondit-il très honnêtement. Et vous ? Avez-vous bien dormi ?

Il la prit par le bras et l’entraîna vers la salle de restaurant.

-        Je le suppose, puisque j’ai presque fait le tour du cadran sans même m’en rendre compte.

Après une nuit de sommeil réparateur, en effet, la beauté de Sakura rayonnait de façon plus éclatante encore que la veille, et Sasuke avait du mal à se concentrer sur ce qu’elle disait. Dès qu’il l’avait vue sortir de l’ascenseur, quelques instants plus tôt, il avait compris que ses problèmes ne faisaient que commencer.

Si son chemisier de soie blanche et son tailleur noir ne constituaient en rien une tenue provocante, ils soulignaient cependant harmonieusement les courbes gracieuses de ce corps dont Sasuke avait rêvé une bonne partie de la nuit. Oui, se dit-il, il conviendrait de garder son sang-froid en présence de cette créature, d’autant plus dangereuse qu’elle paraissait inoffensive.

Lorsqu’ils se furent installés à une table et que le garçon eut pris leur commande, Sasuke orienta la conversation vers un sujet neutre.

-        J’imagine que vous brûler d’impatience à l’idée de retrouver votre oncle.

-        Oui, avoua Sakura avec un soupir. Mais pas à celle de décoller de nouveau. Les petits avions m’ont toujours plus effrayée que les gros.

Sasuke esquissa un sourire.

-        Ne faites-vous pas confiance au pilote ?

Les yeux de Sakura s’arrondirent.

-        Oh si ! Je ne doute pas de votre compétence. Mon oncle ne vous aurait jamais embauché si vous n’étiez pas le meilleur dans votre domaine.

-        En tout cas, j’essaierai de vous rendre ce vol le plus agréable possible.

Sasuke poussa un soupir de soulagement lorsque leur petit déjeuner arriva enfin. Ils n’avaient plus que quelques heures à passer ensemble. Il parviendrait bien à résister au charme de Sakura pendant ce court laps de temps.

Ensuite, une fois arrivé à Hanawa, il serait débarrassé d’elle, et il pourrait poursuivre tranquillement sa mission.

En tout cas, il l’espérait.