La réussite avant tout

par Yuzuka

_

_

Un bref instant, je vis dans son regard une lueur de doute et d’incompréhension face à la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il se ressaisit vite alors que je demeurais incapable d’esquisser le moindre geste, tétanisée d’épuisement. Il vint sans aucun mouvement brusque m’arracher l’éponge à laquelle je m’agrippais fermement, puis, avec une lenteur extrême, m’aida à me remettre sur pied.

 

« Venez » m’encouragea-t-il à le suivre en quittant la pièce.

 

C’est ce que je fis sans rechigner jusqu’à sa voiture, vidée de toutes énergies. En silence, il conduisit en direction de l’hôtel où j’avais pour habitude de travailler. Il se gara devant et un voiturier vint immédiatement à son service. J’étais encore couverte de sang lorsque nous pénétrâmes dans le bâtiment mais avec l’heure avancée, personne ne me remarqua. Sasuke discuta brièvement avec l’hôtesse d’accueil avant de m’indiquer d’un bref signe de tête l’ascenseur. Le miroir présent dans celui-ci me fit remarquer la tache de sang présente sur la chemise de l’Uchiha.

 

« Désolée pour votre costume… articulai-je péniblement, navrée de le mettre dans une telle situation alors qu’il n’était rien d’autre que mon patron.

 

- C’est sans importance » décréta-t-il simplement après avoir baissé les yeux sur sa chemise pour constater les dégâts.

 

Arrivés au niveau douze, nous marchâmes quelques secondes dans le couloir avant qu’il ne déverrouille une des portes avec sa clé magnétique.

 

« Passez la nuit ici, me dit-il en entrant dans la chambre après moi, je m’occupe du reste. »

 

Il me demanda les clés de mon appartement que je lui donnai sans réfléchir. Je lui lançai alors un regard plein de remerciement puis il disparut.

 

Que voulait-il dire par s’occuper du reste ? Je supposais qu’il allait engager quelqu’un pour nettoyer mon logement en mon absence. Mais je doutais de ses motivations : pourquoi faisait-il cela ? Il n’avait aucune obligation après tout… Après mûre réflexion, je me dis que sa réaction était tout bonnement humaine, d’autant plus que Karin était devenue une amie. Je me doutais bien que si elle apprenait un jour l’histoire, il valait mieux pour Sasuke qu’il ne soit pas resté sans rien faire.

 

Je pris une longue douche chaude pour détendre mes muscles crispés par les jours derniers, puis je partis me coucher. Je pensai alors que la chambre dans laquelle je reposais correspondait plutôt à la définition d’une suite, mais je n’eus pas le temps d’y réfléchir plus longtemps car je m’endormis rapidement d’un sommeil sans rêve. 

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

Hinata sortit en fin de matinée de l’hôpital. Temari était déjà sur place lorsque je pointai le bout de mon nez. Ino et Shikamaru avaient proposé de venir, mais nous avions refusé gentiment : ce retour à la normale, nous devions le passer toutes les trois ensemble, sans personne d’autre.

 

Hinata était toujours peu bavarde, mais il y avait du mieux. Je n’aurais su comment l’expliquer, peut-être une lueur dans ses yeux d’un blanc immaculé qui brillait à nouveau. J’étais convaincue que les paroles  de Neji avaient eu un effet positif sur elle, lui redonnant espoir en la vie, comme le premier rayon de soleil après la tempête.

 

Le trajet en taxi se passa sans encombre, et nous regagnâmes notre chez nous. Cela faisait désormais bien trop de temps que l’appartement ne nous avez pas accueilli toutes les trois en même temps. La blonde ouvrit la porte et je remarquerai rapidement le mot laissé à mon intention sur la table basse.

 

Votre trousseau de clés se trouve dans votre boîte aux lettres.

 

J’en déduis que la salle de bain n’avait jamais été aussi propre. Un silence gênant commença alors à s’installer et Hinata prit l’initiative de le briser.

 

« Merci d’avoir été là pour moi toutes les deux, je… je… Merci » murmura-t-elle en gardant son regard rivé vers le sol pour ne pas pleurer à nouveau.

 

Surprise par ses paroles, je cherchai quoi dire dans l’expression de Temari, qui semblait elle aussi être perdue. Hinata était une fille forte, mais pas inébranlable. Elle savait se battre pour ce qu’elle désirait, mais avait toujours eu besoin de soutien, qu’on approuve ses gestes. C’était ce genre de personne incertaine, toujours bloquée par la peur de mal faire. Elle ne voulait pas être un poids inutile pour les autres, et en prononçant cette phrase, elle nous prouvait à toutes les deux qu’elle s’en voulait énormément pour ce qu’elle nous avait fait vivre. Mais ce n’était pas de sa faute, et c’était ça, l’amitié, être présent pour le meilleur, comme pour le pire.

 

« Tu es notre amie Hinata, tu n’as pas à nous remercier, décréta Temari d’un franc sourire.

 

- Elle a raison, soutenais-je, et le principal est d’être à nouveau réuni ici, non ? »

 

Une seule et unique larme traversa le visage pâle de la brune, puis d’un même geste, nous nous enlaçâmes. Sentir leur présence me fit un bien fou et je savais que tant qu’elles étaient là, tout irait bien. Nous n’étions pas seules.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

 « Sakura ! Ça fait longtemps que tu ne m’as pas rendu visite dis-moi…

 

- Oui maman je sais, excuse- moi… »

 

Avec tous les problèmes qui m’étaient tombés dessus soudainement, je n’avais pas pris la peine de venir tenir compagnie à ma mère. Bien sûr, je m’en voulais alors j’avais profité de la journée qui m’était accordée à l’occasion de la sortie d’Hinata pour venir à la maison de repos. Je redoutais cependant qu’elle devine sur mes expressions fatiguées que quelque chose n’allait pas, même si désormais le plus dur était passé.               

 

« Tu as un problème ma chérie ? Tu sembles distraite…

 

- Non ne t’inquiète pas maman, lui assurai-je d’une voix que je voulais convaincante. Je vais bien, je… Je me fais juste du souci pour toi… Les journées ne sont pas trop longues ici ?

 

- Sakura… Il ne faut pas. Tu sais, toutes choses ont une fin, c’est ainsi. J’ai eu le temps d’y réfléchir ici et même si je me sens de plus en plus fatiguée, j’ai maintenant accepté l’idée, et tu dois en faire de même. Promet moi d’être heureuse Sakura, c’est tout ce que je souhaite. »

 

Une boule s’était formée dans ma gorge et mes yeux me piquaient. J’étais trop jeune, trop immature pour perdre une mère, pour être préparé à ça. Mais l’est-on seulement un jour ? Je ne réalisais pas encore. Non, je refusais catégoriquement de penser que j’allais perdre la personne la plus chère à mes yeux. J’avais encore l’espoir fou que la maladie se dissipe.

 

« Je le suis déjà, mentis-je pour la rassurer. Je suis en colocation avec des amies où tout se passe bien, je… j’ai un travail qui me plaît, j’en ai même deux en fait ! Et puis…

 

- Non, je ne parle pas de ça Sakura, je te parle du vrai bonheur, de celui qui est partagé avec une personne que tu aimes… Tu comprendras un jour » m’assura-t-elle avec son sourire que j’aimais tant.

 

Mais en prononçant ces mots, je ne pus m’empêcher de constater qu’elle tenait une nouvelle fois son précieux foulard dans les mains.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

Je repris mon travail en toute normalité le lendemain. Ce retour au quotidien était plaisant : je ne l’avais jamais autant apprécié. On ne se rend compte de la chance que l’on a qu’une fois qu’il est trop tard, que l’on a perdu tout ce qui nous est cher. Plusieurs fois dans la journée, je recherchai des yeux le patron dans le but de le remercier pour l’immense service qu’il m’avait rendu quelques jours auparavant, mais ce fut sans succès.

 

L’horloge accrochée au mur face à mon bureau annonçait déjà la fin de la journée. J’aurais dû être contente de retrouver mon foyer, mes amies, ainsi que la tranquillité, mais plus la trotteuse poursuivait ses tours, et plus l’angoisse me gagnait. Je me projetais deux jours plus tôt, lorsque j’avais rejoint mon appartement avec la salle de bain immaculée de sang… Et si une telle scène devait se reproduire ? Non, c’était tout bonnement impossible tentai-je de me convaincre, mais la peur était toujours présente.

 

« C’est l’heure Sakura, tu ne rentres pas ? me questionna un collègue de bureau.

 

- Euh… Si si, je termine juste » assurai-je d’un sourire faux.

 

La trotteuse continuait inlassablement son chemin, et j’entrepris finalement de ranger mes affaires d’une lenteur exagérée. « Il faut que je gagne du temps, que je trouve quelque chose à faire… » pensai-je pour ne pas rentrer chez moi. C’est en méditant dans l'ascenseur que je trouvai enfin une solution. Lorsque celui-ci déposa les salariés qui venaient de terminer leur journée dans le hall, je m’empressai d’appuyer sur le bouton du dernier étage.

 

« Oui entrez, confirma une voix derrière la porte.

 

- Bonsoir monsieur, je… Je venais vous remercier pour la dernière fois, m’expliquai-je confuse que mon patron soit autant au courant de ce qui se passait dans ma vie actuellement.

 

- Hn hn, se contenta-t-il de répondre, absorbé dans ses dossiers. N’en parlons plus, l’affaire est passé. »

 

Il s’attendait certainement à ce que je quitte la pièce, mais je restai plantée devant lui, attendant qu’il me remarque car je n’en avais pas encore terminé.

 

«  Autre chose ? me questionna-t-il finalement en redressant nonchalamment la tête de son travail.

 

- Oui, je voulais vous parler d’une idée qui m’est venue… débutai-je alors que ses sourcils commençaient déjà à se froncer, je reconnais ne pas avoir été très performante ses derniers temps, mais j’ai trouvé un moyen de me rattraper tout en vous faisant faire des bénéfices. »

 

Il lâcha enfin son stylo, intéressé par mes derniers propos, notamment le mot « bénéfice ».

 

« Je vous écoute, m’encouragea-t-il à poursuivre.

 

- C’est en rapport avec le travail que j’ai dû effectuer la nuit dernière. Je me demandais : pourquoi l’hôtel ne concevrait-il pas un logiciel de gestion ? Tout le travail manuel deviendrait alors inutile ! La consolidation des tableaux est complexe, prend du temps et en cas d’erreur, il est dur de s’y retrouver. Avec un logiciel, tout serait bien plus simple ! terminai-je alors qu’un léger sourire se dessinait sur le visage de mon patron.

 

- Effectivement, j’avais oublié que vous étiez une spécialiste de la gestion informatique. »

 

L’Uchiha sembla réfléchir quelques secondes à ma proposition, puis regarda sa montre et constata l’heure déjà avancée.

 

« Votre idée est intéressante, mais vous feriez mieux de rentrer chez vous, il est tard, on en reparle un autre jour. »

 

Je n’insistai pas plus, l’idée qu’il ait accordé un quelconque intérêt à mon projet était déjà un bon point.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

« Alors, qu’as-tu fait hier soir ? demanda Konan à Tenten devant la machine à café.

 

- J’ai vu Naruto, il est enfin rentré de reportage même s’il était un peu fatigué. »

 

À l’entente de cette discussion, je repensai au blond que je n’avais effectivement plus vu depuis quelque temps, mais comme Tenten venait de le dire, il avait dû s’absenter pour un reportage. Sa bonne humeur sembla me manquer tout à coup, car bien que je ne le connaissais que très peu, il n’en demeurait pas moins très attachant. L’idée de le contacter prochainement pour le revoir traversa mon esprit, mais cela se produisit plus rapidement que ce que je ne le pensais.

_

_

À dix-huit heures tapantes, je quittai mon poste sans rechigner, la peur de retrouver mon chez moi avait enfin disparu. Cinq minutes plus tard, je sortais de l’enceinte de l’hôtel, quand j’aperçus un blond que je commençais à connaitre adossé sur la façade.

 

« Salut Naruto, ça fait un bail dis-moi !

 

- Sakura ! Je t’attendais justement ! s’exclama-t-il joyeux en me voyant arriver. Excuse-moi, je suis parti de la ville pour le besoin d’une enquête qui s’est révélée plus longue que prévue, j’aurais dû te prévenir.

 

- Y’a pas de problème, j’ai été très occupé ces derniers temps de toute façon, précisai-je avec une pointe d’amertume dans la voix, tu n’attendais pas Tenten ?

 

- Non, pourquoi ? répliqua-t-il en fronçant les sourcils.

 

- Je ne sais pas, mais vous êtes assez proche non ? le questionnai-je par curiosité. Et je l’ai entendu dire ce matin que vous vous étiez vu hier soir… »

 

Tandis qu’un sourire malicieux se formait sur mon visage, Naruto afficha un air contrarié.

 

« C’est une vieille histoire dont je n’ai pas envie de parler, conclut-il d’un ton cassant, et puis rien ne nous empêche d’être ami, non ? »

 

Le sujet Tenten semblait donc être délicat et bien que cela attisa ma curiosité, il semblait préférable de ne plus en parler. Nous allâmes dans un musée où une nouvelle collection venait d’arriver avant de s’arrêter boire un verre dans un café. Les sujets de discussion s’enchainaient d’eux-mêmes sans qu’il n’y ait de blanc, Naruto ayant toujours quelque chose à dire ou à raconter. C’était quelqu’un d’assez cultivé et ouvert d’esprit, mais peut-être trop direct et peu délicat dans ses propos.

 

« Je te ramène chez toi ? » me proposa-t-il avec un large sourire tout en payant l’addition.

 

L’animateur annonça Lisztomania de Phoenix à la radio.

 

« J’ADORE CETTE CHANSON ! » hurla Naruto en augmentant le son à tel point que la voiture se mit à vibrer.

 

Naruto chantait à tue-tête les paroles tout en se secouant énergiquement sur son siège. Loin d’être inquiète, la voiture prit rapidement de la vitesse et je regardais défiler les lumières de la ville. Ce fut un bon moment de complicité mais surtout de relâchement. Pour la première fois depuis longtemps, je me permettais enfin de me laisser aller. Entrainée par Naruto, je me mis moi aussi à chantonner les paroles, avant d’exploser de rire face aux mimiques de mon ami. Je fus bien trop rapidement devant mon immeuble.

 

« Ça y est, on est arrivé, annonça-t-il après avoir considérablement baissé le volume du poste. Au fait, comment va ton amie… Hinata, c’est ça ?

 

- Oh ça va… répondis-je vaguement, surprise qu’il se souvienne si bien de mon amie après tout ce temps, elle va bien c’est gentil de demander !

 

- Cool, dis-lui que ma proposition tient toujours : si elle veut venir avec moi voir ce que je fais un jour, elle peut !

 

- C’est gentil de ta part, je lui ferais la commission alors, promis-je ravie pour mon amie, bon et bien merci pour cette soirée, c’était très agréable, soulignai-je en sortant de la voiture.

 

- Plaisir partagé, à bientôt Sakura ! »

 

On s’échangea un dernier signe de main, puis il repartit en trombe.

 

Le lendemain, je reçus un appel de Mikoto Uchiha m’informant qu’elle repartait le soir même aux États-Unis.

 

« Mon avion est à dix-huit heures, pourriez-vous venir deux heures plus tôt pour discuter ?

 

- Euh… Oui Madame, je voudrais bien, mais je travaille à ces heures-là et…

 

- Oh ne vous inquiétez pas pour ça, me coupa-t-elle, je m’occupe de tout, considérez que tout est réglé. »

 

Incontestablement, elle avait dû appeler son fils car je fus libre de partir quelques heures plus tôt. J’arrivai donc avec un petit quart d’heure de retard à l’aéroport et nous nous posâmes dans un café bondé.

 

« Vous repartez déjà pour l’Amérique ?

 

- Oh oui, cela fait déjà bien trop longtemps que je suis ici, détermina-t-elle avec une pointe de regret à l’idée de quitter son fils, je suis venue principalement pour voir Sasuke et régler quelques affaires, mais il est temps que je retrouve mon mari. »

 

Pendant plus d’une heure, nous parlâmes de tout et de rien : de voyage, de loisirs, de mode… Mikoto Uchiha était cultivée et très bien informée sur l’actualité, si bien que ses connaissances s’étendaient sur de vastes domaines. Son savoir devait faire plus d’un envieux, dont moi.

 

« Dix-sept heures passées… Ils ne devraient pas tarder… déclara-t-elle soudainement en observant sa montre en or.

 

- Qui ça au juste ?

 

- Ah ! Et bien les voilà ! » s’exclama-t-elle en se levant de sa chaise.

 

Malgré mes protestations, elle paya l’addiction rocambolesque que le serveur nous mit sous le nez – les prix dans les aéroports étaient parfois exorbitants – et nous partîmes rejoindre les nouveaux arrivants.

 

« Bonsoir Mikoto, s’exclama Naruto avec entrain, excusez ma mère, mais elle n’a pas pu venir vous dire au revoir, un empêchement de dernière minute…

 

- Je comprends très bien, elle est tout excusée. »

 

Avec Naruto se trouvaient Tenten et Karin, tous étaient venus lui dire au revoir. J’en profitai pour demander des nouvelles à Karin que je n’avais plus vu depuis quelques jours, et je fus ravie de constater qu’elle allait bien mieux depuis la dernière fois. Cependant, il manquait toujours quelqu’un au tableau…

 

« Désolé du retard maman, surgit une voix de derrière nous, les gens ne savent plus conduire aujourd’hui…

 

- Ce n’est pas grave Sasuke, l’important est que tu sois venu » précisa Mikoto avec une pointe d’amertume dans la voix.

 

Ce fut alors le moment des embrassades et Mikoto partit prendre son avion. Ou jet privé, j’avais un grand doute.

 

« Alors Naruto, Tenten m’a dit que tu reviens juste de voyage d’affaires ? conversa Sasuke avec son ami.

 

- Hé oui ! Je suis parti plus d’une semaine, expliqua Naruto avec un sourire lui découpant le visage, et je suis rentré jeudi soir. Bientôt le succès assuré ! »

 

La bonne humeur et la joie de vivre de Naruto fit sourire tout le monde, même Sasuke qui secoua la tête, habitué de ses remarques.

 

« Karin, pars avec Sasuke, coupa finalement Tenten, Naruto et moi rentrons avec Sakura. »

 

Nous regagnâmes alors les voitures, Naruto et Sasuke en tête, ayant certainement de nombreuses choses à se dire, tandis que je marchais en silence aux côtés des deux cousines.

 

« Je te dépose chez toi ? me questionna Naruto lorsque nous fûmes installés.

 

- Tu sais où elle habite ? » renchérit Tenten, suspicieuse.

 

Un blanc s’installa dans la voiture et je vis les points de Naruto se contracter fermement sur le volant.

 

« Non ce n’est pas la peine, au prochain centre commercial ça m’ira » annonçai-je finalement.

 

Le trajet se passa dans un silence absolu jusqu’à ce que Naruto me dépose.

 

« Tu en as pour longtemps ? On peut t’attendre ici si tu veux, me proposa gentiment le blond.

 

- Non c’est pas la peine, je ne sais pas pour combien de temps je vais en avoir, merci ! » lançai-je en guise de réponse à Naruto tout en m’éloignant rapidement de la voiture, heureuse de quitter cette ambiance pour le moins glaciale.

 

Je me demandais quel genre de relation pouvait-il bien y avoir entre ces deux-là. En effet, Tenten semblait être très possessive envers Naruto, mais ce dernier ne montrait guère d’intérêt pour la brune. Tout cela semblait être bien compliqué et ce n’était pas mes affaires, je décidai donc de passer à autre chose.

 

La chaleur qui m’enveloppa lorsque je fus à l’intérieur du centre commercial me procura un frisson de plaisir : les températures étaient à la baisse ces derniers temps, et le simple trajet que je venais d’effectuer à l’extérieur m’avait frigorifié.

 

Je me dirigeai instinctivement vers la première parfumerie que je vis. Lors de ma dernière visite, ma mère m’avait demandé de lui racheter son parfum préféré car celui-ci était bientôt épuisé. Dès mes premiers pas dans la boutique, mon nez fut assailli par toutes sortes d’odeurs présentes en ce lieu, à tel point qu’il était impossible d’en différencier une parmi les autres. Une heure passée ici et j’étais sûre d’attraper des maux de tête, je me demandais comment les vendeuses pouvaient passer leur journée ici.

 

« Bonsoir, avez-vous besoin d’un renseignement ? » me questionna une vendeuse parfaitement bien maquillée avec un sourire avenant.

 

Je ressortis quelques minutes plus tard, avec le précieux parfum de ma mère, mélange de diverses notes florales qui lui allaient si bien. 

 

Je pris alors le temps d’admirer quelques vitrines quand une main vint se poser sur mon épaule.

 

« Na-Naruto ? Que fais-tu là ? m’exclamai-je surprise de le revoir à nouveau.

 

- Viens, j’ai quelque chose à te dire, m’annonça-t-il en me prenant le bras.

 

- Mais… Mais où est Tenten ?

 

- Je lui ai dit que j’étais fatigué et je l’ai laissé à l’hôtel, c’est juste à côté, elle m’a expliqué avoir encore du travail. »

 

Je ne comprenais en rien ce que Naruto tentait de faire, si bien que je stoppai tout mouvement dans l’attente d’une réponse plus claire.

 

« Je voulais te parler de ma relation avec Tenten et m’excuser pour l’ambiance de  tout à l’heure… débuta-t-il avec une expression gênée que je ne lui connaissais pas.

 

- C’est pas grave Naruto, tu sais, tu ne me dois aucune explication… Mais tu n’aurais pas dû lui mentir pour venir me le dire, si elle l’append, elle va être en colère…

 

-Et je vais être en colère si j’apprends quoi exactement ?! » fulmina la concernée qui venait de nous rejoindre essoufflée.

 

 Il nous fallut quelques secondes pour répondre tant la surprise de la voir déboulée ici subitement était grande.

 

- C’est pas ce que tu crois Tenten, je suis… » débuta le blond avant d’être coupé par la réaction inattendue de Tenten.

 

En effet, je ne compris que trop tard ses intentions. Elle s’approcha rapidement de moi, leva sa main et m’administra une baffe comme je n’en avais jamais reçu. Je vis les yeux de Naruto s’écarquiller sous l’effet de la surprise : ça ne devait pas être dans les habitudes de Tenten. Quant à moi, je reportai automatiquement ma main sur ma joue devenue douloureuse, stupéfaite et décontenancée, mon cœur battant fortement dans ma poitrine.

 

« "Ce n’est pas la peine de m’attendre, je ne sais pas pour combien de temps j’en ai", non mais tu croyais vraiment que je n’allais pas comprendre les signes que tu envoyais à Naruto pour qu’il revienne te chercher ?! vociféra-t-elle à mon égard.

 

- Arrête Tenten ! C’est moi qui suis venu la rejoindre…

 

- Tu ne cherches qu’à séduire les hommes riches, poursuivit-elle sans prendre en compte les paroles de son ami, mais quelle effrontée ! »

 

Elle se rapprocha une deuxième fois dans le but d’allier à nouveau ses paroles à ses gestes, mais Naruto l’empêcha de justesse de se jeter sur moi, qui restais tétanisée de stupeur.

 

« Mais qu’est-ce qui te prend Tenten ! cria Naruto en la secouant par les épaules, c’est fini, tu comprends ? C’est fini depuis longtemps entre nous ! »

 

À ces paroles, Tenten arrêta subitement de gesticuler et j’osais enfin me détendre un peu. Les larmes ne mirent pas longtemps à affluer dans ses yeux chocolat, même si elle fit ce qu’elle put pour les contenir devant moi. Je compris alors la relation complexe qui les liée.

 

« Lâche-moi Naruto, mais lâche-moi ! répéta-t-elle jusqu’à ce qu’il s’exécute.

 

- Naruto est juste un ami, il n’y a rien d’autre que de l’amitié entre nous, m’expliquai-je enfin alors que je sentais la colère bouillir en mon for intérieur, et je n’y suis pour rien si vous n’êtes plus ensemble !

 

- De toute façon, tu n’as rien pour toi, et je ne te le laisserai jamais, est-ce que c’est bien clair dans ton esprit ? » me défia-t-elle d’un regard empli de haine.

 

Le concerné semblait être totalement perdu et je pris sur moi pour ne pas me jeter sur celle qui était devenue une rivale.

 

« Dans ce cas-là, je vous préviens : si vous portez encore une fois la main sur moi, que vous soyez ma supérieure ou non, je ne me laisserai plus faire. »

 

C’est le moment que je choisis pour les laisser en plan. Énervée, je quittai le bâtiment et cette fois-ci, l’air frais me fit un bien fou : je bouillonnais intérieurement. Mais pour qui se prenait-elle avec ses jugements hâtifs ?

 

Je marchais vivement, sans réfléchir où mes pas me menaient, éclairée par les lampadaires qui me signalaient l’heure qui avançait. Je traversais un parc quand je fus brutalement secouée par des maux de ventre. Je me pliai automatiquement en deux en serrant mon abdomen de mes mains en cherchant à estomper la douleur. Je réussi tant bien que mal à regagner un banc pour me reposer, mais la douleur ne disparaissait malheureusement pas.

 

« Il est peut-être l’heure de manger… » murmurai-je pour moi-même.

 

Je savais pertinemment que le problème ne venait pas de là. Recroquevillée sur moi-même, les larmes me vinrent aux yeux et je me retenais pour ne pas gémir devant les passants que je parvenais à distinguer derrière mes cheveux qui tombaient sur mon visage. Au bout de plusieurs minutes qui me semblèrent durer une éternité, je parvins à retrouver mon calme.

 

Lentement, je fis retomber mes jambes au sol et mes muscles se décontractèrent. Je n’avais jusqu’alors jamais connu une telle crise que je n’aurais su expliquer. Je laissai encore quelques minutes passer pour être sûre de pouvoir me lever.

 

Sans trop de difficulté, je réussis à me trouver un taxi pour regagner mon logement. Je profitai du trajet pour me questionner sur les causes d’un tel mal. Était-ce la pression accumulée ces derniers temps que j’avais laissé éclater par l’intermédiaire de  ma dispute avec Tenten ? Je me repassai alors les paroles que cette dernière m’avait jetées à la figure. Il est vrai que je fréquentais de plus en plus des personnes fortunées. Et au fond, je savais que c’était ce que j’avais toujours cherché. Être parmi ceux que je considérais comme les meilleurs, être avec ceux qui peuvent tout avoir par un simple claquement de doigts. Pourtant, je me plaisais dans ce milieu, je ne faisais pas semblant. J’avais la possibilité de progresser dans mon travail, et Naruto était une personne très appréciable. Mais si… Et si j’étais devenue une personne fausse sans même m’en rende compte ?

 

« C’est bien ici mademoiselle ? » sembla me questionner une nouvelle fois le chauffeur que j’avais parfaitement oublié, perdue dans mes pensées.

 

Je lui réglai la note puis me dépêchai de retrouver le confort de mon appartement.

 

« Enfin arrivée… soupirai-je heureuse d’être chez moi, tout en me jetant sans retenue sur le canapé.

 

- Sakura ! Mais où étais-tu ? Je me suis inquiétée, non mais t’as vu l’heure ?! » m’engueula Temari les poings sur les hanches.

 

Un bref coup d’œil à l’horloge m’apprit qu’il était vingt-deux heures passées. Je fus étonnée de voir que j’étais restée tout ce temps dehors.

 

« Désolée » m’excusai-je simplement, en me roulant en boule dans une couverture qui traînait toujours ici.

 

Une douce chaleur m’envahit alors et exténuée, il ne me fallut pas plus de deux minutes pour m’endormir au beau milieu du salon.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

Je passai mon dimanche en compagnie de mes deux colocataires. On regoûta ensemble au plaisir simple de la vie. Après m’avoir réveillé à l’aide d’un verre d’eau – ce qui me fit pousser moult jurons – nous décidâmes de cuisiner avec tout ce que nous avions sous la main. Nous fîmes surtout du sucré en tant que filles raffolant de chocolat et autres pâtisseries. Temari s’y brûla le doigt lorsqu’elle le trempa dans la casserole encore bouillante – elle raffolait de caramel – et Hinata réussi à se mettre de la farine jusqu’au front. Quant à moi, je crus devenir aveugle lorsque je reçus une grande giclée de citron dans les yeux.

 

On installa par la suite toutes les couvertures et oreillers dont on disposait devant la télé, puis on enchaîna des films en tous genres le reste de la journée, toujours en grignotant ce qui avait été préparé plus tôt, insatiable.

 

« Mais c’est l’hécatombe ici ! » s’étonna Shikamaru lorsqu’il passa en fin de journée.

 

Il n’avait pas vraiment tort…

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

La reprise du travail fut brutale. En effet, une annonce importante venait de nous tomber dessus « Le siège va envoyer une équipe inspecter l’hôtel d’ici une semaine, tout doit être parfait. » était venu nous annoncer en personne le directeur. J’assistai donc à une véritable effervescence du service, et ça devait être pareil dans les autres. Qu’importent les heures supplémentaires que nous devions faire, tout devait être irréprochable. Je soupçonnais Tenten d’en profiter pour m’assaillir d’encore plus de travail que les autres. L’ambiance était donc électrique et plus la journée avançait, plus je repensais à ma proposition faite au directeur. N’y tenant plus, je décidai de retenter le coup lorsque ma journée fut terminée.

 

« Hum, hum… Excusez-moi de vous déranger… me présentai-je en entrant dans le bureau de l’Uchiha.

 

- J’espère que c’est important, je n’ai pas de temps à perdre avec l’inspection qui arrive bientôt, trancha-t-il d’une voix sérieuse que je ne lui connaissais pas.

 

- Bon, pourquoi est-ce que l’hôtel ne concevrait-il pas un logiciel de gestion compatible avec le siège ? » lançais-je de but en blanc.  

 

Un léger sourire s’esquissa sur le visage de mon patron, voyant que je tenais vraiment à mon idée.

 

« C’est plus compliqué que ce qu’il n’y paraît, m’expliqua-t-il patiemment, me prouvant qu’il avait réfléchi à mon projet. Les systèmes financiers utilisés pour régler au Japon et à l’étranger sont quelque peu différents. Il en va de même pour le matériel d’identification. S’occuper du travail de développement de la base de données de l’hôtel n’est pas chose aisée, je n’ai pas envie que vous vous en occupiez.

 

- Mais pourquoi ?! Vous avez peur de prendre des responsabilités ? Vous laissez vos employés travailler manuellement alors que nous vivons dans une société informatisée ! Vous n’avez même pas le niveau d’un capitaliste primitif ! Lui au moins, il achète des machines pour augmenter la production ! » m’emportai-je, tout en sachant pertinemment que j’avais grandement exagéré les choses dans le but de montrer ma motivation.

 

Sasuke Uchiha me dévisagea un moment, sourit, puis se mit à rire.

 

« Autre chose à ajouter ? » me questionna-t-il faussement, amusé par la situation.

 

Je fis la moue, vexée qu’il ne prenne pas au sérieux quelque chose qui me tenait pourtant à cœur.

 

« Bon, si vous en avez envie, vous n’avez qu’à le faire, décréta-t-il après mûre réflexion.

 

- Ce n’est pas qu’une question d’envie, mais c’est mon travail ! Je vous ferai un rapport chaque jour, et lorsque le siège viendra inspecter l’hôtel, il pourra réceptionner la base de données, déclarai-je satisfaite.

 

- Haruno ! Ce n’est pas un jeu mais un hôtel, je ne veux aucune faute, et je doute qu’en si peu de temps…

 

- Je vais y arriver, lui assurai-je, il n’y a aucun problème ! »

 

Je quittai le bureau, satisfaite de moi-même. J’avais bien remarqué que le directeur était septique quant à mes compétences – il est vrai qu’il misait gros sur une parfaite inconnue – je me devais donc de faire de mon mieux pour mener ce projet à bien. C’était tout de même gratifiant d’avoir quelque chose d’important à réaliser.

 

Heureuse, je partis en direction des bureaux. Monter un tel programme allait tout de même me prendre du temps, surtout que je n’avais qu’une semaine devant moi. Je ne doutais pas de ma réussite, mais j’allais devoir faire de nombreuses heures supplémentaires et y passer tout mon weekend.

 

Je pris le temps d’avertir Temari et Hinata de ne pas m’attendre pour dîner : j’allais rentrer tard. Dans les alentours de vingt-deux heures, des pas se firent entendre dans le couloir. Je relevai rapidement la tête pour voir apparaître Sasuke. Il s’arrêta un bref instant, m’observa au travail, puis repartit. Il pouvait comme cela avoir la certitude que j’étais très sérieuse dans mon travail : je savais ma tâche importante.

_

_

_

L’assistant du patron, Juego, m’apporta un bip le lendemain.

 

« Pour que vous le teniez au courant de l’avancée de programme » m’expliqua-t-il.

 

Après l’avoir remercié, il repartit comme il était venu, à savoir en silence. Certains de mes collègues me regardèrent avec insistance, sûrement se questionnaient-ils sur le fait que j’ai droit à un bip. Qu’importe après tout, ils n’avaient qu’à faire en sorte de trouver une idée qui le méritait. Je ne pouvais effectivement pas m’empêcher d’être satisfaite de moi-même. Certes, il me restait le plus gros, mais c’était déjà une très grande progression dans l’entreprise.

 

« Qui a oublié son bip ici ? me questionna Tenten quelques minutes plus tard, alors qu’elle passait à côté de mon bureau.

 

- Personne, c’est le directeur qui me l’a remis, assurai-je fièrement, non pas sans cacher un sourire victorieux.

 

- Et pour quoi faire ? Seuls les chefs de service en ont, se méfia-t-elle, suspicieuse.

 

- Je dois m’occuper de la création d’un programme important. »

 

Elle fronça les sourcils une dernière fois, puis tourna les talons sans demander plus d’explication : je jubilais intérieurement.

 

Je profitai de la pause déjeuner pour avancer le programme sans prendre le temps d’aller manger. À quatorze heures, nous fûmes convoqués en salle de réunion. Tenten en bout de table, elle délégua les différentes tâches à accomplir dans l’après-midi à chacun d’entre nous.

 

« … Sakura, tu t’occupes d’installer les séparations dans la grande salle de réunion du bâtiment A… »

 

Une fois toutes les taches distribuées, je partis en direction du bâtiment qui m’était attribué. Cette salle de réunion était immense, et les séparations étaient nombreuses. Je fus découragée avant même d’avoir commencé. Comment allais-je pouvoir terminer en une après-midi ? Après quelques minutes de réflexion sur la manière dont j’allais disposer la salle n’ayant jamais effectué cette tâche, je me mis rapidement au travail : plus vite j’aurais fini, plus vite je pourrais retourner me concentrer sur le logiciel de gestion.

 

Le temps passait inlassablement, mais je n’en voyais toujours pas la fin.

 

L’horloge afficha enfin dix-sept heures.

 

« Plus que vingt montants » murmurai-je pour me donner du courage.

 

Et sans prévenir une nouvelle fois, j’eus d’atroces douleurs au ventre. Je pris appui sur un battant que je fis tomber, et ayant perdu mon équilibre, je me retrouvai également au sol. Cette douleur était insupportable. Je repensai à mon repas sauté du midi, mais je trouvais la douleur excessive pour si peu. Je réussis à reprendre une respiration normale au fur et à mesure que mon ventre se dénouait. Je me relevais doucement quand mon bip se mit à sonner.

 

« Oui ? articulai-je difficilement.

 

- Où êtes-vous ? » m’interrogea le directeur.

 

Après avoir donné ma position, il mit fin à la conversation. Apparemment, il semblait se soucier un peu plus de mes occupations depuis que je jouais un rôle assez important pour le développement de son hôtel. Je me remis difficilement au travail, me doutant de sa venue prochaine.

 

Les claquements de pas dans le couloir m’avertirent de son arrivé.

 

« Bientôt fini ?

 

- Il me reste une dizaine de montants, affirmai-je, heureuse de tout le travail que je venais de fournir.

 

- Y a-t-il un problème avec votre chef de service ? »

 

Je mis quelques secondes à répondre, surprise de sa question soudaine.

 

« Euh… Non aucun, mentis-je en essayant d’être le plus convaincante possible, pourquoi cette question ?

 

- Parce que ce n’est pas à vous de vous occuper de ce genre de tache, mais au service technique. »

 

Quelle garce cette Tenten ! Déstabilisée par ses propos, je me contentai de positionner un montant de plus. Il dut comprendre que j’étais gênée et que je n’en dirais pas plus.

 

« Je verrais ça avec Tenten dans ce cas » précisa-t-il en fronçant les sourcils,

 

Il allait pour repartir, mais s’arrêta en chemin, méditant. Je demeurais surprise qu’il ne m’ait pas demandé par l’intermédiaire du bip ce qui se passait, peut-être avait-il été étonné de ne pas me savoir dans le service et avait donc trouvé ça louche. Pour la première fois alors, je le vis soucieux. Cet hôtel semblait lui être très précieux et mon rôle ainsi que l’inspection devaient l’inquiéter.

 

 « Comment avance le logiciel, vous allez être dans les temps ?

 

- Je l’ai déjà bien commencé, ça va me prendre du temps, mais avec des heures supplémentaires et si je travaille ce weekend, je réussirai à le terminer, confirmai-je, fière.

 

- Tant mieux. »

 

À ma grande surprise, il m’aida à monter les derniers montants. Certainement préférait-il que je passe le plus clair de mon temps à avancer le programme. Alors qu’il se trouvait de l’autre côté des séparations, la porte s’ouvrit de nouveau pour laisser place… à Naruto.

 

« Sakura, je te trouve enfin ! Je t’attendais dehors mais je ne suis pas très patient et je voulais te dire que je suis vraiment désolé du comportement qu’a eu Tenten l’autre jour, elle n’aurait jamais dû lever la main sur toi, c’est de ma faute, excuse-moi. »

 

Le blond n’avait pas remarqué la présence de Sasuke dans la pièce car les montants le cachaient, et malgré mes gestes désespérés pour que Naruto se taise, celui-ci n’avait pas compris. Découragée,  je lâchai un soupir de désespoir. C’est ce moment-là que Sasuke choisit pour sortir de sa "planque".

 

« Naruto… le salua-t-il satisfait d’avoir participé à cet échange. Alors comme ça, Tenten à lever la main sur vous ? »

 

Deuxième soupir.

 

« Oh, Sasuke… Je n’avais pas vu que tu étais là…

 

- Vois-tu Naruto, on était en train de travailler. Alors, que s’est-il passé ?

 

- Rien d’important, c’était juste un quiproquo, tentai-je de justifier.

 

- Terminez la préparation de la salle » conclu Sasuke après avoir fait signe à Naruto de le suivre.

 

Il quitta la pièce, suivi de près par son ami qui me lança un vague « désolé » suivit d’un sourire crispé. C’est lassée que je terminai de monter les derniers battants. Je fis un petit détour à mon bureau pour avancer le développement de mon logiciel avant de quitter l’hôtel.

 

Lorsque l’ascenseur s’ouvrit à mon étage, je ne fus pas vraiment surprise d’y trouver Naruto à l’intérieur.

 

« Alors comment ça s’est passé ? m’enquis-je, anxieuse de sa réponse.

 

- Oh eh bien… J’ai dit la vérité, il a hoché la tête comme à son habitude puis on a parlé d’autre chose, m’expliqua-t-il en se grattant la tête, probablement gêné de m’avoir mise dans cette situation. Ça te dit d’aller boire quelque chose pour me faire pardonner ?

 

- Euh… Non désolée, je ne peux pas, Hinata est seule à l’appart’ ce soir et je lui ai promis de ne pas rentrer trop tard.

 

- Ah mince… On peut toujours aller la prendre si tu veux ! » proposa-t-il avec un large sourire.

 

Je pensais répondre par la négative, mais je me souvins de la première rencontre entre ces deux-là et du fait qu’Hinata avait semblé être intéressée par le journalisme. De plus, elle ne voyait plus beaucoup de monde ces derniers temps, une sortie comme celle-ci ne pouvait lui être que bénéfique.

 

« Ca m’va ! » confirmai-je avec le sourire.

 

Une fois dans la voiture, je pris deux minutes pour avertir Hinata de la sortie, après quoi Naruto engagea la discussion.

 

« Je crois que je te dois des explications sur ma relation avec Tenten… débuta-t-il hésitant alors que mon silence l’incitait à poursuivre. Tout a commencé il y a environ cinq ans de cela. On est sorti ensemble, c’était du sérieux cette fois-ci, avoua-t-il avec un sourire nostalgique, c’est qu’à l’époque, mes liaisons ne duraient pas plus d’un mois ! Mais avec Tenten, c’était mieux, j’avais envie d’une vraie relation, et c’était réciproque… On est resté ainsi pendant trois années, trois superbes années que je ne regrette absolument pas. Mais… Mais tout était trop beau et… il y a deux ans… »

 

Je voyais que ces confidences lui coûtaient, qu’il en avait gros sur le cœur. Ses poings se contractèrent sur le volant, et moi je gardais le silence, sachant que c’était la meilleure chose à faire.

 

« Mon père est décédé. »

 

La sentence venait d’être prononcée et un lourd silence s’installa. Je voyais aux traits de Naruto qu’il avait encore du mal à vivre avec la disparition soudaine de son parent.

 

« Il était en déplacement dans le sud du Japon, puis il y a eu un tremblement de terre. Des roches se sont décrochées de la montagne et… sont tombées sur sa voiture. C’est trop bête… confessa-t-il en secouant la tête comme pour faire disparaître ses larmes naissantes.  Après tout ce qu’il avait fait, après tout l’empire qu’il avait monté, il était puissant… et avait parfaitement réussi sa vie. »

 

Machinalement, je mis ma main sur son épaule dans un geste de réconfort. Je n’avais jamais connu mon père, mais je savais à quel point ma mère m’était précieuse.

 

Parce que la vie ne tient parfois à un rien, il faut savoir en profiter pleinement avant qu’il ne soit trop tard… Je mis malheureusement trop de temps à m’en rendre compte.

 

« Je l’ai très mal vécu. C’était comme si j’étouffais de l’intérieur, alors je me suis remis en question. J’ai compris que tout ce que je faisais n’avait pas de sens, j’avais tout ce que je voulais sans rien avoir fait de ma vie. Plus rien ne m’intéressait, et j’ai délaissé Tenten sans qu’elle ne dise rien. Elle pensait certainement que c’était une mauvaise passe,  mais ce n’était pas le cas... J’avais besoin de changement, alors je suis parti sans prévenir personne. J’ai tout quitté pour voyager pendant une année. Je ne voulais plus de ma petite vie tranquille ! »

 

Naruto s’arrêta de justesse à un feu rouge. Devant nous, sur le passage piéton, un couple d’amoureux passa, blotti l’un contre l’autre.

 

« Je suis allé sur tous les continents où j’ai découvert une multitude de cultures. Cela m’a été bénéfique car j’ai enfin pu murir et prendre conscience de la chance que j’avais toujours eu. Je suppose que tu as remarqué dans quel milieu je vis, tout comme Sasuke… Crois le ou non, mais j’étais comme lui avant ! m’expliqua-t-il avec un brin de nostalgie. Et je sais que je l’ai beaucoup déçu par ma réaction. Il m’en a voulu d’être parti sans le prévenir, on était comme frère à l’époque et il venait juste de reprendre une grande partie des entreprises  familiales. Il avait besoin de moi… Et j’étais absent... »

 

J’étais surprise d’apprendre que Naruto avait autant changé au cours de ses péripéties. Comme Sasuke ? Voulait-il dire qu’il avait été autrefois plus hautain et méprisant ? Même si je détestais ces caractéristiques propres à mon patron, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’avec tous les privilèges qu’ils avaient, cela n’avait rien d’étonnant.

 

« Je ne regrette pas mon choix, ça m’a rendu meilleur et plus humain, mais au fond, je m’en veux de les avoir laissés de côté… Lui, ma mère… Et Tenten. Je suis rentré il y a un an désormais et pendant tout ce temps… Pendant un an ! Tenten m’a attendu alors que pour moi il était clair que… tout était fini entre nous. »

 

On venait d’arriver devant mon appartement. Naruto coupa le moteur en attendant que mon amie descende.

 

« Je ne voulais plus de la même vie, alors j’ai refusé de reprendre les affaires de mon père pour me lancer dans quelque chose qui me plaisait plus : le journalisme. Je sais qu’il ne m’en voudrait pas, c’était quelqu’un de bon, son seul souhait était que je sois heureux et que je ne manque de rien. Mais Tenten est restée très proche de ma mère, et c’est la cousine de Karin… Tu sais, je ne suis pas un monstre, j’ai encore de l’affection pour elle : je ne peux pas effacer tout ce qu’il y a eu entre nous, mais c’est désormais une amie alors qu’elle a encore de l’espoir…

 

- Ça doit être dur d’oublier quelqu’un que l’on voit toutes les semaines après une si longue attente… Je comprends Tenten… déclarai-je enfin, compatissante. Ce serait peut-être mieux que l’on ne se voit plus dans ce cas-là, si ça lui fait tant de mal.

 

- Tu parles ! Tu ne peux pas résister à mon charme, regarde, nous sommes à 30 cm l’un de l’autre, blagua-t-il pour détendre l’atmosphère après ce lourd moment de révélation.

 

- Nous sommes dans une voiture Naruto ! me moquai-je avec le sourire.

 

- Cela n’enlève en rien notre proximité ! » affirma-t-il avec un clin d’œil.

 

La lumière de la cage d’escalier s’alluma nous indiquant l’arrivée imminente de mon amie. Quelques secondes plus tard, la porte d’entrée s’ouvrit et elle vint nous rejoindre dans la voiture.

 

« Salut Naruto ! Merci d’être venu me chercher » déclara-t-elle rapidement en s’installa à l’arrière.

 

Je soupçonnais Hinata d’avoir réfléchi de longues minutes dans l’appartement à ce qu’elle allait dire, c’était en effet une des premières fois où elle osait à nouveau ressortir et à sa manière de se tordre les doigts, je me doutais de son anxiété.

 

Le bar de quartier dans lequel nous allâmes ne comptait que peu de personnes : le fait d’être un mardi soir devait y comptait pour quelque chose. Il y avait bien sûr les habitués des lieux, que l’on reconnaissait par leurs habits plus que décontractés et par leurs manières plus que familières de s’adresser au patron qui avec le temps, était devenu un ami. Je me demandais bien ce qu’ils avaient à se dire chaque jour. Leurs cheveux grisonnants indiquaient qu’ils avaient toute une vie à raconter, aussi passionnante soit-elle. Est-ce que moi aussi, dans de nombreuses années, je serais réduite à écumer les bars pour trouver de la compagnie ? Un frisson de crainte me parcourut l’échine.

 

« … Tu en penses quoi toi Sakura ? »

 

J’eus un bref sursaut en comprenant que Naruto s’adressait à moi avec un grand sourire alors que je n’avais rien écouté à la conversation. Comprenant ma position, Hinata rattrapa le coup.

 

« Sakura travaille sur un projet assez important au sein de l’entreprise Uchiha, vu que tu le connais tu pourrais peut-être lui demander son accord pour faire un article dessus, non ?

 

- Hein ? lâchai-je bêtement ne comprenant pas de quoi parler Hinata.

 

- Oh mais oui ! C’est une superbe idée ! Tu serais d’accord Sakura ? »

 

Naruto me regardait tout sourire, heureux d’avoir trouvé une quelconque solution à un problème que je n’avais pas écouté… Hinata rigola de me voir aussi perdue, et me réexpliqua tout.

 

« Il manque un article dans le journal à Naruto pour qu’il puisse le boucler.

 

- Ah ! D’accord ! compris-je enfin, alors que Naruto me regardait avec insistance, attendant mon accord. Oui pourquoi pas.

 

- Oh merci les filles, vous me sauvez la vie ! » exagéra-t-il en tapotant la table énergiquement avec ses mains, signe de soulagement et d’excitation.

 

Hinata émit un petit rire de ravissement qu’elle essaya de masquer avec sa main. Quant à moi, je me disais qu’une pub dans un journal expliquant mes compétences et tout ce que je pouvais apporter à une entreprise ne pouvait pas me faire de mal : j’étais en tout point gagnante. Mais encore restait-il à convaincre le patron…

 

« Tu penses que Sasuke va accepter ?

 

- Il a intérêt oui ! »

 

Sans perdre plus de temps, Naruto sortit son téléphone de sa poche et composa le numéro de mon patron qu’il semblait connaitre par cœur.

 

« J’en ai pour deux minutes ! » annonça-t-il fièrement en se levant.

 

Hinata et moi l’observâmes quitter la pièce et téléphoner dehors. Depuis la baie vitrée, on le vit tout sourire expliquer son projet. Suite à cela, il cessa de parler et sembla attendre la réponse de son ami, soucieux. Les secondes semblèrent durer des minutes et on attendait de voir l’expression de Naruto changer pour une réponse positive, ou négative. Peu à peu, un sourire se dessina sur son visage et il esquissa un petit saut avant de lever son pouce en notre direction : Sasuke avait accepté.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

Une pression de plus venait s’ajouter au cours laps de temps que j’avais pour réaliser le programme. Non seulement, je n’avais pas le droit à l’erreur sous peine de profondément décevoir le patron et mettre en danger l’hôtel, mais aussi, l’avancée allait être publique grâce à l’article de Naruto qui devait paraître très prochainement. Je me devais de faire un sans-faute.

 

Je décidai encore une fois de faire des heures supplémentaires au travail pour poursuivre mon programme. La date d’échéance s’approchait inexorablement…

 

« Combien de soirées que vous passez à faire ce programme ? »

 

La voix du directeur me fit sursauter du fait que j’étais très concentrée à ma tâche. Un bref coup d’œil à ma montre m’indiqua qu’il était vingt et une heures passées.

 

M’épiait-il pour être au courant de mes nombreuses heures de travail supplémentaires ?

 

« À partir de demain, je vous donne l’autorisation de vous consacrer entièrement au développement du système de gestion de l’hôtel. »

 

Un poids sembla disparaître de mes épaules. J’allais enfin pouvoir y consacrer toutes mes journées, j’étais désormais sûre d’être dans les temps !

 

« Pourquoi donc ? le questionnai je bêtement, surprise qu’il ne me l’accorde que maintenant. Peut-être doutait-il de ma capacité à réussir ?

 

- Je tiens beaucoup à l’hôtel et à ma dignité… Je mise très gros sur vous,  j’espère que vous prenez conscience de l’importance de votre tâche, notamment depuis que Naruto a décidé d’écrire un article.

 

- Oui bien sûr, je vous promets que tout sera parfait ! » lui certifiai-je.

 

Sans ajouter quoi que ce soit, il repartit en silence. Désormais, je savais à quoi m’en tenir.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

 

Je consacrai l’essentiel de mon jeudi à la conception du logiciel en ne prenant que de maigres pauses qui consistaient à celle du déjeuner et quelques arrêts aux toilettes.

 

J’en fis de même le lendemain et voyant la bonne avancée de mon programme, je décidai même de quitter mon poste un peu plus tôt. Il me fallait souffler un peu avant d’attaquer la dernière ligne droite : le weekend intensif avant le jour J.

 

Je choisis pour cela d’aller faire un tour des magasins. Je marchais dans les rues depuis déjà un bon moment quand je vus une crinière rouge que je connaissais assez bien entrer dans un magasin chic. J’admirai la vitrine de ce dernier, ébahie de voir des vêtements aussi chers. Comment pouvait-on dépenser autant pour des habits ? Un seul d’entre eux correspondait presque au budget que je me fixais en vêtements par an ! Honteuse, je décidai de passer mon chemin.

 

« Hé Sakura ! Où tu vas ? m’héla une voix dans mon dos.

 

En me retournant, je vis Karin me faire de grands signes. Je n’avais pas d’autre choix que de la rejoindre.

 

« Je t’ai fait signe de me rejoindre derrière la vitrine mais tu semblais obnubilée par ce qu’il y a d’exposé.

 

- Oh euh… Désolée, m’excusai-je en rougissant, gênée d’avoir été démasqué.

 

- J’ai un peu de temps libre aujourd’hui alors j’en profite, ça te dit de m’aider à choisir une nouvelle garde-robe ? »

 

J’hésitai, sachant pertinemment que j’allais la jalouser durant tout le temps que passé en sa compagnie. Mais avec tout ce qu’elle avait fait pour moi dernièrement, je ne pouvais pas refuser. Et je devais bien reconnaître que la possibilité d’entrer dans un tel magasin me donnait grandement envie.

 

Je fus subjuguée par la beauté de tout ce qui se trouvait à l’intérieur. Chaque parcelle de tissue, chaque paillette, tout, m’apparaissait comme inestimable. Je n’osais à peine toucher les habits de peur de les salir. Jamais je n’avais eu les moyens de me permettre de telles folies. Et je doutais d’en avoir un jour la possibilité. Je vis bien au regard des vendeuses que ces dernières se demandaient comme cela était-il possible qu’une personne telle que Karin – qui semblait venir assez souvent ici – soit amie avec une personne de ma catégorie sociale. À savoir que je portais des vêtements bas de gamme, et donc pas de soie, de cachemire ou autres pour moi.

 

Karin me questionna de nombreuses fois sur mes goûts, pour savoir si telle ou telle chose pouvait lui aller. Dès que j’approuvais, la vendeuse apportait les affaires dans une cabine. J’étais surprise qu’elle accorde une quelconque importance à ce que je pouvais lui dire, après tout, c’était elle l’habituée.

 

« Viens en bas tu vas voir, c’est vraiment le paradis » m’affirma-t-elle alors que je pensais avoir déjà tout vu.

 

Mais j’étais bien loin du compte. L’étage inférieur était dédié uniquement aux chaussures. Je vu les plus belles paires qui m’ait été possible de voir. Des escarpins, des bottines – souvent d’une hauteur vertigineuse – et bien d’autres se succédaient de toute part.

 

« Elles sont magnifiques… » susurrai-je d’ébahissement.

 

Karin me regarda avec un large sourire comme pour approuver mes dires, puis continua ses achats.

 

« Alors il me faudrait… » débuta-t-elle en parcourant les rayons.

 

Une heure plus tard, nous ressortîmes du magasin, des sacs plein les mains. Pendant tout ce temps, mon amie avait essayé moult vêtements qu’elle avait trouvés à son gout et qui avait eu mon accord. Je n’aurais pu dire combien de fois elle s’était changé tant le nombre était grand.

 

« Hey ! Karin ! la héla-t-on dans la rue.

 

- Suigetsu ?! Qu’est-ce que tu fais là ? Ça faisait longtemps…

 

- Dis-moi, tu n’as pas l’air ravie ! la taquina-t-il alors que celle-ci ne cachait pas son mécontentement à l’idée de le voir.

 

- Pour une fois que tu as raison » renchérit-elle avec un sourire tout ce qu’il y avait de plus faux.

 

Alors comme ça, ces deux-là se connaissaient ? « Le monde est petit » pensai-je. Ils n’avaient pourtant pas l’air de s’apprécier plus qu’outre mesure…

 

« De toute façon, je préfère discuter avec Sakura, elle est plus appréciable.

 

- Tu la connais ? s’étonna Karin.

 

- Eh oui ! J’ai la chance de l’avoir comme voisine, ça fait un bail d’ailleurs que je ne t’ai pas croisé dans les escaliers, bavarda-t-il en ignorant désormais mon amie.

 

- Euh… Oui peut-être… dis-je sans conviction, ne souhaitant pas prendre parti pour l’un ou l’autre, voyant bien qu’il faisait tout pour agacer la rouge.

 

- J’ai lu l’article dans le journal expliquant ton rôle au sein de l’entreprise Uchiha, je ne savais pas ma voisine si douée, ma lança-t-il d’un regard que je n’aurais su déchiffrer tout en continuant à snober Karin.

 

- J’ai fait des études pour, j’espère juste le finir le plus tôt possible, expliquai-je passionnée par mon métier.

 

- Hum, je vois… marmonna-t-il en se frottant la tempe, bon, je dois y aller ! Karin… Au plaisir d’une prochaine enquête ! »

 

Il tourna alors dans une petite ruelle à notre droite. Quelle personne étrange…

 

« C’est de pire en pire… ! souffla Karin exaspérée.

 

- Tu le connais d’où au juste ? m’enquis-je pour mieux comprendre leur relation.

 

- Du travail ! Il est flic et moi journaliste. C’est déjà arrivé plusieurs fois que l’on se croise au cours d’une enquête, et cet imbécile prend toujours un malin plaisir à me mettre des bâtons dans les roues ! Il m’insupporte tellement !

 

- Je ne pense pas que ça soit vraiment par méchanceté… »

 

 Elle eut pour toute réponse un haussement d’épaule, avant de changer de sujet :

 

« J’ai lu l’article moi aussi, je suis vraiment contente pour toi, c’est une très bonne opportunité de montrer ce que tu vaux ! Juste un conseil : fais attention parce que cet hôtel a une valeur particulière pour Sasuke… »

 

Karin ne termina pas sa phrase, mais me fit comprendre à son regard qu’elle était lourde de signification.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

 

Commença alors le weekend de "finalisation". Je devais absolument tout terminer. J’y consacrai toute ma journée de samedi, à tel point que mes heures de travail ne se comptaient plus sur les doigts des mains. Ces dernières commençaient même à me faire mal après toute une journée à taper sur un ordinateur. Je me forçai tout de même à faire quelques pauses lorsque ma vue se brouillait ou que ma concentration diminuait. C’est avec de terribles maux de tête que je rentrai chez moi en même temps que Temari qui avait dû faire la fermeture du bar.

 

« Tu vas finir par te tuer à la tâche » plaisanta-t-elle en voyant ma mine déconfite.

 

Je finis de rentrer les dernières lignes du programme le lendemain dans les alentours de dix-sept heures.

 

« C’est fini, FI-NI ! » annonçai-je dans le vide, tout en m’étirant les articulations qui étaient devenues lourdes.

 

Plusieurs fois, je vérifiai le bon fonctionnement du logiciel. Je pris bien soin de l’enregistrer sur le poste qui servira à lancer le programme par rétroprojection le jour J, à savoir le lendemain.

 

Satisfaite d’avoir terminé mon programme, je décidai d’aller annoncer la bonne nouvelle à ma chère mère.

 

« Je suis vraiment contente que tu te donnes tant de mal pour l’hôtel de monsieur Uchiha, après tout ce qu’il a fait pour nous, je suis fière de toi ma fille. »

 

Même si je trouvai qu’elle valorisait un peu trop mon patron alors qu’il était bien loin d’être parfait, j’étais heureuse d’entendre ce qu’elle venait de me dire. C’était aussi une façon pour moi de remercier l’Uchiha pour l’aide apportée à ma mère, bien que je n’osais pas me l’avouer.

-

-

ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

 -

-

La journée tant attendue arriva enfin. J’étais anxieuse comme je ne l’avais jamais été auparavant, ce qui expliquait mon impatience d’être au soir.

 

« Tu pars bien tôt aujourd’hui, constata Temari qui se levait à peine lorsque j’enfilai déjà ma veste.

 

- C’est aujourd’hui que l’équipe d’inspection de l’hôtel arrive des États-Unis, rabâchai-je encore une fois en m’activant.

 

- Mais où avais-je la tête ! s’indigna-t-elle en levant les mains au ciel. Bien sûr que le monde entier sait qu’aujourd’hui, Sakura Haruno va enfin montrer tout ce qu’elle a dans le ventre ! Aller, viens là que je t’embrasse ! Courage tout va bien se passer » me rassura-t-elle avec une accolade.

 

Le brin d’humour de mon amie eut pour don de calmer un peu la boule de stress qui commençait à se former dans mon ventre. Alors que je descendais les escaliers, j’entendis quelqu’un crier mon nom.

 

« Sakura ! Attend ! » cria Hinata en dévalant les escaliers.

 

Ébahie, je vis mon amie courir vers moi pieds nus, en pyjama et toujours enrouler dans sa couette pour me souhaiter bonne chance.

 

« T’es la meilleure, tu vas tous les époustoufler ! » m’assura-t-elle en m’enlaçant avec sa couette.

 

Je repris ensuite mon chemin, le sourire aux lèvres en me repassant l’image d’Hinata en petite tenue dans la cage d’escalier.

 

Comme à mon habitude, je pris le bus qui par chance, arriva en même temps que moi. Je regardai Tokyo s’éveiller par la vitre quand j’eus de nouveau des spasmes au ventre. « C’est pas possible, pas maintenant » pensai-je en me pliant en deux. La douleur se fit de plus en plus lancinante. C’était la troisième fois en peu de temps que j’avais une telle crise, mais celle-ci était bien plus violente que les deux autres. Mais qu’avais-je ? Était-ce le stress de cette journée tant espérée qui me provoqué de tels maux ? Ma respiration se fit plus difficile, puis ce fut le noir total. Perte de connaissance.

 

 

 

J’entendis ce qui me semblait être la voix d’un docteur – au vu de sa discussion – non loin de moi. J’ouvris alors les yeux sans trop de difficulté pour constater que je me trouvais sur un lit d’hôpital. Doucement, je me mis en position assise. Ma tête me lançait un peu lorsque je bougeais trop vite si bien que mes pensées étaient floues. Un coup d’œil à ma montre m’apprit qu’il était dix heures passées. Dix heures…

 

« MERDE ! » hurlai-je en comprenant la situation critique dans laquelle j’étais.

 

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’enfilai mes chaussures puis partis en trombe dans les couloirs.

 

« Mademoiselle ! Des examens complémentaires doivent être faits ! » brailla une infirmière à mon égard.

 

Mais je n’avais que faire des analyses, tout ce que je savais était que j’étais très en retard. Une fois sortie de l’hôpital, je mis quelque temps à réaliser où je me trouvais. Mon cœur battait fort dans ma poitrine et je priai intérieurement pour ne pas avoir un nouveau malaise.

 

Je me mis presque au milieu de la route pour arrêter un taxi et bien que le chauffeur me dévisagea fortement, je m’installai sans aucune délicatesse dans la voiture.

 

« Hôtel Binfen s’il vous plait, le plus rapidement possible » articulai-je difficilement, essoufflée après ma course effrénée.

 

Je mis plusieurs minutes à regagner mon travail, et j’espérais que ce n’était pas les quelques minutes de trop.

 

« Sakura ! Mais qu’est-ce que tu fous bordel ?! Va vite te changer, le prochain service à être inspecté est le nôtre ! Va directement en salle informatique après ! » m’ordonna Tenten qui semblait être débordée, bien que soulagée de me voir enfin arriver.

 

La salle informatique commençait déjà à se remplir lorsque je fis mon apparition. Ça c’était joué à quelques minutes… Sasuke Uchiha était présent également, et le regard noir qu’il me lança me glaça le sang : je pouvais clairement y voir toute la colère qui y bouillait. Je soufflai un bon coup pour me donner du courage et je partis rejoindre mon poste qui se situait au pied de l’estrade.

 

« Le système ERP, débuta Tenten qui, positionnée sur la scène, présentait le projet, a pour but de développer la base de données des clients du département des ventes. Je vais présenter à l’ensemble de votre délégation le fonctionnement du système. Tout d’abord, l’écran qui apparaît devant vos yeux est la page d’entrée de… »

 

Mais l’écran resta blanc.

 

« Merde merde… susurrai-je pour moi-même. Mais qu’est ce qui se passe… »

 

C’est alors qu’un panneau s’afficha à mon écran.

 

ECHEC DE FORMATAGE DE L’APPLICATION.

APPUYER SUR LA TOUCHE ENTREE POUR FERMER L’APPLICATION.