Effondrement

par Yuzuka

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Son corps s'était raidi après ma question de telle sorte que sa respiration s'était stoppée quelques secondes. J'attendais patiemment, ne voulant pas la brusquer : je savais que sa déclaration pouvait changer beaucoup de choses.

 

« J-J'ai peur, articula-t-elle tout doucement en se recroquevillant. Peur de ce que j'ai fait. »

 

Ma vue se troubla un instant tandis que je sentis battre mon cœur plus rapidement dans ma poitrine. Alors c'était bel et bien cela ? Karin... Karin avait réellement tué un homme ? Mais qu'en était-il des autres ? Et s'ils nous retrouvaient, s'ils voulaient se venger pour leur ami ? Qu'allait-on faire désormais ? Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête, m'assommant telle une vulgaire marionnette mal manipulée et je ne désirais plus qu'une chose : partir. Partir loin d'ici et faire en sorte que le temps passe vite, très vite même.

 

« C'était de l'autodéfense » soufflai-je d'un ton rassurant, pour moi autant que pour elle.

 

Des larmes de peur et de regret coulèrent de ses beaux yeux marron, avant d'être absorbées par le tissu de mon oreiller.

 

Nous restâmes ainsi de longues minutes, peut-être même une heure. Comme si le temps était devenu altéré, jusqu'à ce qu'elle décide de tout m'expliquer, certainement dans le but de s'alléger l'esprit – au détriment du mien – en partageant ce qui devait désormais être son plus grand secret.

 

« Mon métier est d'être journaliste, débuta-t-elle d'une voix devenue rauque par sa gorge nouée d'angoisse.Mon rôle est de dénoncer les mensonges, de faire éclater la vérité pour faire en sorte que justice soit faite. Je montre la réalité à tous pour que les gens prennent conscience de ce qui se passe ailleurs dans le monde.»

 

Elle s'arrêta, ferma les yeux très forts pour se remémorer des événements, faisant apparaître des rides d'expression entre ses deux yeux avant de poursuivre d'une voix assurée :

 

« Je suis déjà allée dans des pays en guerre, j'ai connu des situations dures où je n'étais qu'une simple femme au milieu de toute cette atrocité ! Mais j'ai voulu persévérer, montrer la dure réalité est mon devoir, et c'est aussi mon unique motivation. »

 

Elle inspira bruyamment, cherchant la force de continuer tandis que je l'encourageais du regard :

 

« J'ai pris des cours d'arts martiaux pour pouvoir me défendre en cas de besoin, me confia-t-elle. Aussi, pour être rassurée, j'ai toujours avec moi un couteau... Ainsi qu'une bombe de défense. »

 

Ses derniers mots ne furent que murmures, les dernières vingt-quatre heures étant toujours gravées au fer rouge dans sa mémoire.

 

« Je l'ai sorti hier soir, avoua-t-elle dans un lourd tremblement compulsif secouant tout son maigre corps.U-Un des deux hommes s'est jeté sur moi, alors je l'ai bombé et il est tombé au sol... Mais son acolyte m'a tordu le bras et j'ai dû lâcher la bombe, alors je me suis battue... relata-t-elle alors que de nouvelles larmes naquirent aux coins de ses yeux. Mais il était trop fort encore, et j'avais tellement peur ! Alors je l'ai... Je l'ai planté avec mon couteau, il s'est affalé et j'ai paniqué... A-Alors j'ai pris la voiture et je suis venue te chercher... »

 

Elle renifla prestement, les yeux rougis et les lèvres tremblantes.

 

« Je viens de commettre un crime ! Ce contre quoi je me bats ! Je ne vaux pas mieux que les autres... Je suis une criminelle ! Une criminelle... Une criminelle... »

 

Ses tremblements étaient devenus si puissants que je peinais à entendre ses propos.

 

« Calme toi Karin, calme toi... lui murmurai-je à l'oreille. C'était juste pour te défendre... Pour nous défendre. »

 

J'attendis plusieurs minutes que mon amie retrouve une certaine quiétude, ce qui prit du temps. Je lui frottai l'épaule de manière que je voulais maternelle, preuve de ma présence et de mon soutien. J'allais être là pour elle, même si j'étais convaincue de ne pas encore réaliser l'ampleur de ses dires. Cependant, une question continuait de me turlupiner :

 

« Karin... Te rappelles-tu l'endroit où tu... où tu as poignardé l'homme ?

 

- À-À la cuisse il me semble. Mais ce n'est pas possible... Il saignait beaucoup trop... »

 

Le soulagement qui me prit était tel que je me permis de laisser échapper un petit rire nerveux. Karin écarquilla les yeux devant ma réaction.

 

« Tu sais, un jour, commençai-je en détournant les yeux vers le plafond, en sortant d'une bibliothèque où j'étais restée travailler jusqu'à la fermeture, j'avais vu un attroupement sur le caniveau voisin. J'étais donc allée voir la raison de tout ce monde, et sais-tu ce qui se passait ? »

 

Karin se contenta de me fixer longuement, à attendre que je termine mon histoire, ne voyant certainement pas où je voulais en venir.

 

« Un homme s'était fait tirer dessus, un règlement de compte soi-disant, entre dealers. Il avait été touché dans la cuisse et pourtant, le sang recouvrait une bonne partie du trottoir. Ce que je veux te faire comprendre par là, c'est que tu as vraiment dû le toucher à la cuisse, et il a saigné... Mais ce n'est pas pour autant qu'il est mort Karin, celui que tu as bombé était conscient, il a dû appeler les urgences ! Tu m'entends, il n'est pas mort ! » terminai-je en la secouant par les épaules.

 

J'étais persuadée de ce que j'avançais et mon assurance lui fit du bien : elle me prit dans ses bras pour me mêler à ses pleurs mélangés de rire nerveux et de « merci, merci ». Je priai intérieurement pour ne pas me tromper, mais elle savait désormais qu'elle n'avait peut-être pas tué quelqu'un. Le doute était toujours bon à prendre.

 

Il fallait maintenant en avoir le cœur net et pour cela, une seule solution s'imposa dans mon esprit. Je n'en avais pas envie, rien que l'idée d'y penser me donnait des frissons, mais je me devais de secourir Karin jusqu'au bout après tout ce qu'elle avait pour moi, pour Hinata.

 

Je pris soin de me vêtir de manière banale mais discrète : il fallait que je passe inaperçue. Habillée d'un vieux jean large et d'un sweat à capuche, je partis en direction de la salle de bain. Ma mauvaise mine et mes poches sous les yeux ne me dérangèrent pas cette fois-ci et j'entrepris de m'attacher les cheveux de manière à les camoufler le plus possible : ils étaient bien trop voyants, mais je pensais qu'avec une capuche cela passerait.

 

Lorsque je ressortis de la pièce pour prendre les clés de voiture de Karin, cette dernière fronça les sourcils et m'interrogea du regard. Je lui répondis que je m'occupais de tout et qu'elle n'avait plus de soucis à se faire. Ma réponse eut pour don de la rendre encore plus nerveuse : elle se leva brusquement et me dit qu'elle ne me laisserait aller nulle part sans son accord.

 

« Je vais juste chercher ton innocence » lui murmurai-je à l'oreille d'une voix qui se voulait apaisante.

 

Elle me regarda partir, sans avoir la force de plus protester. En passant devant la chambre d'Hinata, je pensai que ce que je m'apprêtais à faire était la seule solution pour sortir Karin de sa situation et qu'ainsi, je pourrais me consacrer intégralement au bon rétablissement de mon amie. Cette idée eut pour effet de me procurer un élan de confiance.

 

Il fut cependant de courte durée. En effet, le sang de la veille tachait toujours le volant de la voiture : cette vision eut pour don de m'écœurer un peu plus. Des images de la nuit dernière vinrent perturber un peu plus mes pensées et il me fallut plusieurs minutes pour réussir à m'apaiser. N'ayant pas la force de nettoyer cette horreur sur le moment, je pris la première chose qui me passa sous la main – à savoir un grand sachet plastique – que je me servis pour couvrir le volant. Bien que désormais protégé, c'est avec dégout que je posai mes mains sur ce qui avait été souillé par le sang de l'un de nos agresseurs.

 

En ce début d'après-midi, la circulation était dense : il me fallut une bonne heure pour trouver ce que je cherchais. Je pris cependant soin de garer la voiture le plus proche possible du lieu où je me rendais : moins je m'aventurais dans ces quartiers, mieux je me portais.

 

Mon entrée ne fut que très peu remarquée à mon grand soulagement, en effet, seules quelques têtes se tournèrent pour finalement reprendre leurs conversations. Je m'assis à une table non loin du comptoir pour être à l'affut, puis je pris commande.

 

Il ne me restait plus qu'à attendre, je ne pouvais rien faire de plus. Mon idée était simple : maintenant que j'avais regagné un bar plus ou moins proche de mon lieu d'agression de la veille – j'avais tout de même veillé à rester dans une zone sûre – il ne me restait plus qu'à écouter les discussions. Je pensais qu'un homme poignardé pouvait être un sujet intéressant, les bars étant des lieux de discussions, j'allais bien finir par entendre ce que je souhaitais.

 

Le temps passa lentement sans qu'aucun événement majeur ne se produise. Le serveur me jetait de temps en temps un regard, se demandant certainement ce que je pouvais bien attendre ici. Je me contentai seulement de reprendre commande quand ce dernier me portait une trop grande attention, ne souhaitant pas me faire remarquer.

 

Il commençait à faire nuit dehors ce qui m'inquiéta, un coup d'œil à la pendule m'indiqua qu'il était déjà dans les environs de dix-huit heures. J'avais entendu de tout : je savais comment contacter les dealers du quartier, je savais qu'il risquait de pleuvoir le lendemain, je savais que le prix des cigarettes allait encore augmenter... Mais rien de tout cela ne m'intéressait. J'étais désespérée d'avoir perdu une après-midi entière pour rien, mais surtout, j'allais revenir sans aucune bonne nouvelle pour Karin. Je finis d'une traite mon café qui avait refroidi depuis le temps que je l'observais, décidée à rentrer chez moi.

 

L'information tant attendue tomba finalement pour mon plus grand plaisir lorsque deux hommes entrèrent pour aller s'accouder au comptoir.

 

« Les quartiers craignent de plus en plus par ici... commença l'un des deux.

 

- Ouais, j'ai entendu qu'hier soir encore il y a eu un incident.

 

- Tu veux parler de l'homme poignardé ? »

 

Enfin ! Je tenais la bonne conversation. Cependant, le bruit des autres discussions m'empêchait de bien entendre. Je fis donc mine de m'en aller en prenant mon temps pour me rhabiller, tout en me rapprochant le plus possible des deux hommes.

 

« Umh... Ses deux amis aussi ont pris cher, une bouteille explosée sur le crâne, ça doit pas faire du bien !conclut-il alors qu'un frisson me parcourut l'échine.

 

- Ah ah ! Tu as raison. M'enfin, qu'ils le méritaient ou non, ils vont juste faire un p'tit séjour à l'hôpital. »

 

Un sourire se dessina sur mon visage. Tout allait bien : Karin n'avait tué personne. Une sensation de soulagement s'empara de moi et pour la première fois de la journée, je me sentis bien. Je commençai à m'avancer vers la sortie lorsque j'entendis.

 

« Et on sait qui a fait ça ? »

 

Mon cœur s'emballa sous l'effet de la surprise. Et si on avait été vu ?! Je n'y avais pas pensé, et je fis donc semblant de faire tomber son portable pour gagner du temps et entendre la suite de la discussion.

 

« Non, aucun indice hormis la trace de pneu.

 

- Ouais, j'vois, rien d'important alors, estima l'autre homme. De toute façon, on ne saura jamais ce qui s'est réellement passé... »

 

Ce fut le moment que je choisis pour quitter une bonne fois pour toute ce lieu.

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Suite à mon annonce, un franc sourire découpa son visage. Je venais d'expliquer mon après-midi à Karin, et cette dernière s'était jetée dans mes bras sous le coup de l'émotion, manquant de me faire basculer.

 

« Merci, merci Sakura, souffla-t-elle tout doucement pour ne pas briser la douceur de ce moment.

 

- Non... Merci à toi, pour tout. »

 

Elle se décolla de moi pour me fixer. Nous étions restées ainsi un moment avec le sourire, à nous regarder bêtement. Nous nous étions sorties d'un véritable cauchemar et le soulagement était grand. Il restait bien sûr le cas d'Hinata, pour qui cela allait être plus dur, mais ce n'était pas à Karin de s'en occuper : c'était mon rôle.

 

« Hinata est sortie de sa chambre cet après-midi ? m'enquis-je en rompant le silence.

 

- Non... Et je n'ai pas osé la déranger vu qu'elle ne me connaît pas vraiment... répondit-elle d'une voix faible en baissant les yeux.

 

- Ne t'inquiète pas, je vais m'occuper de tout, lui assurai-je d'un sourire que je voulais fort.

 

- Tu es sûre que tu ne veux pas que je reste cette nuit ?

 

- Non, c'est bon, tu en as déjà assez fait pour nous, merci, vraiment. »

 

Elle enfila sa veste en silence, puis me dit avant de partir :

 

« S'il y a quoi que ce soit, tu m'appelles, d'accord ? »

 

J'acquiesçai d'un hochement de tête et Karin disparue de ma vue. Cette fille était vraiment une personne en or...

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Une semaine s'était écoulée depuis l'agression. J'étais retournée travailler sans prendre soin de moi et bien que j'entendais de nombreuses remarques venant des autres employés, je n'en avais que faire. Mes soucis étaient bien plus importants. En effet, Hinata ne sortait plus de sa chambre, n'avait plus adressé un seul mot à quiconque et touchait à peine aux plateaux-repas que je lui apportais. Elle se laissait aller entièrement et je ne savais comment m'y prendre pour l'aider sans que cette dernière ne se braque.

 

J'avais tout révélé à Temari et Ino : je ne pouvais pas garder un tel secret, c'était trop lourd à porter et je ne pensais pas pouvoir réussir à aider Hinata seule. Elles avaient été choquées au départ, puis étaient passées par la colère, la tristesse et la pitié. Nous nous étions promis de tout faire pour sortir Hinata de sa situation. On savait que ça serait long et douloureux, mais on était là pour elle.

 

Temari avait ainsi provisoirement décidé de ne plus passer de nuits chez Shikamaru, pour rester veiller sur Hinata avec moi. Nous nous sérions les coudes le mieux que l'on pouvait. Ino quant à elle, passait régulièrement pour vérifier l'état de santé de notre amie.

 

« Elle ne se nourrit plus assez, j'ai peur pour sa santé » avait-elle déclaré un soir.

 

Karin, à ma grande surprise, appelait tous les jours pour avoir des nouvelles, mais aussi pour ne pas tourner en rond toute seule. Cette dernière m'avait avoué faire des cauchemars la nuit et était angoissée au moindre bruit lorsqu'elle était seule.

 

Un soir, elle était venue me chercher à la sortie de mon travail.

 

« Comment va Hinata ?

 

- De plus en plus mal, avouai-je dans un soupir désespéré. Hier Ino m'a clairement fait comprendre que ça devenait dangereux pour elle car elle ne mange plus... »

 

Karin conduisait en silence, réfléchissant.

 

« Parles-y. Le silence a assez duré désormais. »

 

J'observai la route, méditant sur les paroles de mon amie. Ça allait être dur, mais elle avait raison.

 

« Tu veux rester à l'appart' ce soir ? lui demandai-je pour changer de sujet.

 

- Désolée, mais j'ai rendez-vous avec ma belle gueule » m'indiqua-t-elle avec un clin d'œil.

 

Elle reporta ensuite son attention sur la route, mais comme chaque soir, il y avait des embouteillages et nous n'avancions pas. Je vis que sans s'en rendre compte, elle s'était mise à serrer le volant avec force.

 

« Sasuke veut soi-disant "me parler" et il ne fait pas les choses à moitié, on doit se retrouver dans un restaurant très chic de la ville... »

 

Elle avait dit ça d'une voix amusée, avant de détourner légèrement la tête de la route, me laissant entrevoir son sourire en coin. Je ne comprenais pas où elle voulait en venir.

 

« Ne fais pas cette tête, articula-t-elle en riant. Je te parie ce que tu veux que c'est en rapport avec notre pseudo mariage. Le pauvre chou, sa mère ne doit plus le lâcher... »

 

Je ne compris pas tout de suite pourquoi, mais à ce moment-là, Karin se mit à rire avec fougue. Un vrai éclat de rire : des larmes en naquirent au coin de ses yeux, prouvant la force de son hilarité.

 

« Pourquoi... Pourquoi ça ? l'interrogeai-je, perdue face à sa réaction pour le moins surprenante. Pourquoi vous ne rompez pas ?

 

- Parce que Sasuke ne peut le faire sous peine de décevoir sa mère, bien que je me doute qu'il va voir ailleurs. Et puis, ce n'était pas pressant jusqu'à aujourd'hui : notre relation nous convenait à tous les deux,assura-t-elle avant d'ajouter : et peut-être bien que je lui sers aussi de couverture... Qui sait !

 

- Comment ?! m'indignai-je, abasourdie par ses propos.

 

- Voyons, c'est un homme adulé, riche, jeune, il faut être lucide ! Et moi, je suis souvent en déplacement. Mais ça m'est égal, je pourrais en faire autant, c'est juste qu'il me suffit pour quand je ne suis pas en mission. Et puis, il faut que je te l'avoue : ça m'amuse pour le moment. Il est bloqué par moi, Karin Matsuda,  journaliste ayant démarré de peu, et j'aime ça.

 

- Tu te fais du mal pour rien, avais-je sortis avec rapidité, ne pouvant comprendre son raisonnement.

 

- Non, je profite juste. C'est ce qu'il a de mieux à faire dans ce monde, je l'ai compris la semaine dernière, me dévoila-t-elle avec une once de regret dans la voix. Notre couple touche bientôt à sa fin, je sais que je n'irais pas jusqu'au mariage. »

 

Je la dévisageai longuement tandis qu'elle me rendit un regard convaincant, inondé de malice.

 

« En plus, il va encore être en retard, se plaignit-elle faussement. C'est certainement le plus gros défaut de ces hommes là : tellement de travail qu'ils ne sont jamais à l'heure !

 

- Alors je te le redis : viens avant chez moi. On boit un verre, on oublie tout cinq minutes et tu vas ensuite retrouver ton don Juan, pour une fois, c'est lui qui attendra. »

 

J'étais entrée dans son jeu : mon sourire en coin le lui témoigna ainsi que mon regard emplit de malignité. J'avais eu raison de Karin cette fois-ci :

 

« Tu as bien raison, Sakura, approuva-t-elle réjouie. Tu sais, tu es l'une de mes plus belles rencontres. »

 

On se regarda, les yeux pétillant d'une perfide complicité avant de se lâcher dans un éclat de rire commun. Moment privilégié. On en avait bien besoin, surtout que je savais ce qui m'attendait pour la suite : une dure discussion avec Hinata et pour Karin, Sasuke.

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Karin avait quitté l'appartement depuis quelque temps déjà, Temari était de service, j'étais donc seule... Avec Hinata. Mais je n'avais pas bougé depuis le départ de mon amie. J'étais restée là, assise sur un fauteuil, à attendre quelque chose. Le courage certainement. Oui, la volonté d'aller affronter la détresse d'Hinata me manquait. J'avais peur de mal faire, j'étais hésitante, mais il ne fallait pas qu'elle le sente. Je devais être forte pour elle.

 

Je me servis un dernier verre d'alcool – que j'avais sorti suite à la venue de Karin – que je bus d'une traite. « C'est bon, je suis motivée » avais-je pensé. Je me dirigeai vers la chambre d'Hinata quand je me m'y à penser à une chose importante. Les agresseurs d'Hinata devaient avoir bu – vu le nombre de bouteilles vides qui se trouvaient ce soir-là à côté d'elle – et je m'apprêtais à aller lui parler avec cette haleine.

 

Je fus prise d'un profond dégout pour ce que j'étais.

 

« Bonne à rien » m'étais-je susurrée en courant dans la salle de bain.

 

Mon reflet ne m'inspirait que de la pitié pour moi-même. Comment pouvais-je être aussi faible ? Avec si peu de courage ?

 

« Pitoyable, je suis pathétique. »

 

Pourquoi avais-je tant duré pour prendre la décision de parler à mon amie ? Elle souffrait et moi, je me contentais de poursuivre ma misérable existence.

 

Je pensais ne pas avoir eu assez mal et c'est avec un certain dégout, mais qui fut cependant vite remplacé par de l'assurance que je m'accroupis devant mes toilettes pour m'enfoncer les doigts dans la gorge. Mon corps s'arqua naturellement pour me permettre de rejeter toute l'atrocité de ce monde. Mes yeux en pleurèrent et lorsque j'eus fini de régurgiter le peu que j'avais dans le ventre, j'entrepris de me laver la bouche pendant de longues minutes.

 

« Hinata... Ça va aujourd'hui ? »

 

Question bête à laquelle elle me répondit par un clignement des yeux à peine perceptible. En effet, la chambre était dans le noir complet, j'arrivais seulement à distinguer les formes du corps de mon amie dans son lit. Je m'étais agenouillée en face d'elle, un coude sur le lit, mais lorsque j'entrepris de lui prendre la main pour la rassurer, cette dernière émit un faible gémissement et se contorsionna un peu plus en boule sous sa couette. Seule sa tête, dénuée de toute gaité, était percevable.

 

« Hinata... retentai-je dans un faible murmure que mon amie pouvait cependant entendre. Je... Je suis là pour toi, tu sais, tu peux tout me dire et... Et si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là aussi. »

 

Cette dernière ne bougea pas d'un pouce, j'entendais seulement sa respiration régulière. Que faire ? Elle refusait tout contact, toutes paroles, mais elle allait mal et je ne pouvais plus la laisser ainsi, sans réagir. Je pris le risque d'être plus direct, dans le but de la faire réagir : il le fallait, pour son bien.

 

« Il faut que tu parles de... De ce qui s'est passé. Tu ne peux plus rester ainsi, dans ce mutisme, alors je t'en supplie, Hinata, dis-moi quelque chose ! » terminai-je en haussant la voix.

 

Ses yeux s'inondèrent de larmes. Défaite. J'avais seulement réussi à la faire pleurer ! Voir Hinata dans cet état me fit me sentir encore plus mal et mes yeux me piquèrent. « Ce n'est pas à toi de pleurer, tu ne sers vraiment à rien, Sakura », telles étaient les paroles qu'une petite voix semblait dicter à ma conscience.

 

Je n'aurais su dire si c'était ma mine déconfite qui fit réagir Hinata, mais cette dernière tenta une vague explication. Le soulagement d'entendre Hinata s'exprimer à nouveau me permit un bref sentiment de satisfaction.

 

« J-Je... » débuta-t-elle d'une voix étouffée tout en fermant avec force ses yeux pour faire partir les larmes salées qui obstruaient sa vue.

 

Suite à cela, mon amie se força à tousser pour retrouver un semblant de voix après avoir passé tant de temps sans émettre un seul son. Je l'encourageai d'un maigre sourire, attendant la suite sans la brusquer d'avantage.

 

« Je... Je devais seulement garder des enfants... Des enfants en bas âge, mais quand je suis arrivée...commença-t-elle difficilement, entre deux sanglots que j'essayais de calmer. I-Il y avait un gr-groupe d'hommes... Et j-j'étais seule... Ils m'ont battu après avoir... avoir a-abusé de... de moi...»

 

Sa voix se brisa en même temps que mon cœur. Entendre ces propos m'avait amené à la réalité que je refusais depuis maintenant trop de temps. Prise de conscience violente. Une haine sans nom s'empara de mon être. Comment pouvait-on faire ça ? Le visage de mon amie qui exprimait jadis la joie et la douceur était à cet instant ravagé par les larmes, tandis que son corps tremblait de tous ses membres.

 

Je me mis finalement dans son lit et la pris dans mes bras, sans qu'elle ne proteste cette fois-ci. Mes larmes vinrent se mêler aux siennes et quelques minutes plus tard, la porte s'entrebâilla, laissant apparaitre Temari qui revenait de son travail. Comprenant la situation, elle s'approcha lentement, puis nous rejoint dans le lit.

 

Elle comprit par mon regard que c'était bien ce que l'on craignait le plus qui c'était produit. Évidence. Je vis les muscles de sa mâchoire se tendre, preuve qu'elle se retenait pour ne pas lancer des injures à tout va comme elle savait si bien le faire lorsqu'elle éprouvait une profonde colère. Elle laissa finalement sa tête retomber sur l'oreiller, et se mit elle aussi à pleurer silencieusement tout en mordant le coussin.

 

Nous étions là, toutes les trois, à sangloter sur le malheur de la vie, sans que rien ne vienne perturber la colère qui nous rongeait le cœur. Hinata ne voudrait jamais plus en parler et une évidence me vint alors à l'esprit : il allait falloir oublier, oui, tout oublier sans jamais rien dévoiler. 

 

Cette nuit-là fut la plus dure que je connus à passer. Comment rester calme face au malheur d'Hinata ? La colère qui s'imprégnait de moi était sans nom. J'en voulais à la terre entière, à toute l'humanité pour ce que devait traverser Hinata.

 

« Ça passera » me disais-je à moi-même. Mais je savais pertinemment que c'était faux. Je ne pardonnerais jamais et Hinata n'oublierait jamais. Cela restera pour toujours une cicatrice brulante, vive, qui nous rongerait dès qu'on se laisserait aller. Gravé à jamais dans nos mémoires. Mais j'avais compris au regard d'Hinata que la discussion serait close désormais. Que c'était fini. Qu'il fallait laisser le temps faire son travail, sans protester. Le pouvais-je ? Ou plutôt, en avais-je seulement le choix ? J'aurais voulu me révolter, punir ce crime, cracher mon venin aux visages de ses agresseurs, en vain. Cette histoire devait appartenir au passé.

 

Je ne savais cependant pas de quoi le futur serait fait. Comment allait évoluer Hinata ? Allait-elle s'en remettre désormais ? Le doute était toujours là. Mais cette fois encore, je restais impuissante. Quel horrible sentiment. Brutalement, je pris ma tête entre mes mains pour chasser ces idées de ma tête, sans résultat.

 

Les rayons de la lune qui filtraient au travers les rideaux de ma chambre me laissaient apercevoir à l'autre bout de ma chambre le bocal de mon poisson.

 

Je me levai doucement pour le prendre entre mes mains, puis m'assis au sol, posai le bocal entre mes jambes de telle sorte que ma tête se trouvait au-dessus lorsque je la baissais pour observer le poisson nager. Il avait l'air bien bête, à tourner en rond sans cesse dans si peu d'espace. Mais au fond, n'était-on pas tous les mêmes ?

 

Les larmes me montèrent aux yeux lorsque je repensai au jour où Hinata m'avait offert ce fameux poisson...

 

« Ça ne sert à rien. Les animaux, c'est juste encombrant. Et puis une fois que tu en as un, tu t'y attaches mais il finit toujours par mourir. Je déteste ça. Non, mais sérieusement, ils sont toujours là à te regarder avec leurs yeux de merlan frit mais tout ce qu'ils veulent, c'est à manger. Jamais je gaspillerai inutilement de l'argent pour des bêtes et puis franchement, tu me connais, tu sais très bien que j'ai du mal à faire vivre une plante plus d'un mois ! Alors mieux vaut que personne ne dépende de moi, je suis bien trop irresponsable. »

 

C'était ce que j'avais répondu à Hinata le jour où elle m'avait demandé si j'aimais les animaux.

 

« Tu es dure, même avec toi-même » m'avait-elle répliqué, presque vexée par mes propos que je pensais sincèrement.

 

Nous venions tout juste d'emménager dans cet appartement. Et bien qu'Hinata savait, elle m'avait offert ce poisson de couleur bleu et rouge le lendemain de cette discussion.

 

« C'est pour que tu sois un peu plus responsable » m'avait-elle dit en me tendant le bac où se trouvait désormais mon plus grand ennemi pour que je le prenne.

 

J'avais haussé un sourcil, pour ensuite la dévisager. Ce n'était donc pas une blague ? Hinata m'avait vraiment acheté un animal !

 

« Prends-le ! m'avait-elle ordonné.

 

- Bon, si tu y tiens... »

 

Une idée avait germé dans ma tête... Dans les films, on voit souvent des poissons jetés dans les toilettes, non ?

 

Alors que je m'apprêtais à lâcher le poisson au fond de la cuvette sans aucun regret, Hinata avait bondi par-dessus moi pour récupérer le malheureux.

 

« Sakura ! Je te défends de tuer ce poisson ! Tu es sans cœur !

 

- Mais j'en veux pas moi, d'ce poisson ! » avais-je braillé, énervée.

 

Hinata s'était arrêtée de gesticuler après avoir replacé la bête dans son bocal pour me fixer longuement.

 

« Ça ne te tuera pas d'avoir ce poisson. Et niveau prix, j'ai pas trouvé moins cher à nourrir. Ça calme également quand on est en colère et vu comme je te connais, ça ne te fera pas de mal. Tu es tellement tournée vers le travail, la réussite, que tu oublies souvent le reste. D'où la courte espérance de vie de tes plantes. Fais en sorte ce petit poisson qui dépend de toi te ramènera un peu à la réalité... avait-elle objecté d'une traite, les joues rougies par ce qu'elle venait de me dire.

 

À vrai dire, Hinata ne s'opposait jamais vraiment à moi. Mais le fait qu'elle insiste autant, tout en me balançant mes quatre vérités à l'impromptu m'avait en quelque sorte choqué. Parce qu'elle avait raison, et qu'on le savait toutes les deux. Et aussi, parce qu'au fond, ses propos m'avaient blessé, moi et ma fierté surdimensionnée.

 

« Bon d'accord, va pour le poisson... Mais c'est bien parce que c'est toi ! »

 

Le visage quelque peu crispé d'Hinata s'était détendu, et c'est avec joie qu'elle plaisanta :

 

« D'ailleurs, ce poisson est un combattant. Je l'ai choisi spécialement pour toi, parce que je sais qu'il en faut du courage pour être élevé par toi » avait-elle rit.

 

Son rire, sa joie de vivre discrète, tout me manquait désormais. C'était comme si cela faisait une éternité que j'avais perdu cette amie, et j'avais peur qu'elle ne redevienne plus jamais la même. Mais pouvais-je seulement lui en vouloir ? Non, cela aurait été égoïste. Elle vivait la pire épreuve de sa vie. La convalescence serait longue, c'était certain. J'espérais seulement que notre discussion aurait eu un effet positif pour la suite.

 

Le lendemain, Hinata sortie pour la première fois de sa chambre depuis l'agression. Temari et moi fûmes tout d'abord étonnées de ce changement soudain. La surprise fut cependant bien vite remplacée par le soulagement de voir une quelconque amélioration, bien que notre amie ne parlait toujours que très peu, se contentant de hocher la tête lorsque nos questions ne nécessitaient pas de grande réponse.

 

La semaine passée dans sa chambre l'avait transformé. Ses joues étaient devenues creuses, ses yeux ternes, cernés et son corps fragile. Dès qu'elle se cognait quelque part, nous sursautions de peur qu'elle ne se casse quelque chose. Même la voir porter une casserole remplie d'eau me donnait des frissons. Nous avions presque peur de la laisser seule la journée, quand nous étions au travail, mais nous n'avions pas vraiment le choix. Hinata n'était plus en état de payer sa part du loyer, nous allions devoir faire des concessions.

 

« C'est juste un mauvais moment à passer » susurrai-je à moi-même le soir, dans mon lit.

 

Le jour suivant, une tout autre épreuve nous attendit. Nous étions un vendredi soir et par conséquent, Temari finissait son service tard. J'étais donc seule avec Hinata. Nous avions mangé dans un silence absolu. Un silence gênant, insupportable. Je proposai donc à la brune de regarder un film comme nous le faisions auparavant ensemble.

 

« Si tu veux » répondit-elle sans enthousiasme.

 

Je voyais bien qu'elle faisait des efforts, qu'elle prenait sur elle pour me faire plaisir. Alors comme avant, on entreprit de prendre toutes les couvertures et oreillers à disposition pour être installées le plus confortablement possible. Et c'est à ce moment-là que je pris conscience l'état réel dans lequel se trouvait Hinata. En lui lançant un oreiller, celle-ci avait levé les bras pour le réceptionner. Ce court espace de temps me suffit pour apercevoir les marques rouges sur les avant-bras de mon amie.

 

« Elle se scarifie » fut la constatation qui s'imposa lourdement dans mon esprit. J'étais restée choquée devant l'information que je venais de découvrir et quand Hinata me demanda ce que j'avais, je fis comme si de rien n'était.

 

C'était grave, trop grave pour laisser Hinata s'en sortir avec le temps. Il fallait qu'elle voie un spécialiste. Je n'avais rien écouté du film, si bien que j'espérais qu'Hinata ne me demanderait pas mon avis dessus à la fin, comme nous avions l'habitude de le faire. Mais au lieu de cela, elle s'était levée pour partir se coucher. Emmitouflée sous plusieurs couvertures, en boule, les genoux sous mon menton, lorsque j'entendis sa porte se refermer, les larmes coulèrent d'elles-mêmes. J'avais rentré la tête dans mes épaules, pour ne plus cesser de pleurer tout en tremblant, tâchant de reprendre mon souffle de temps en temps. Mais quand est-ce que ce cauchemar allait-il se terminer ? Je dus rester ainsi plusieurs heures, car j'entendis les clés de Temari déverrouiller la porte d'entrée.

 

« T'es pas encore couchée ? » me questionna la blonde dans un murmure, surprise.

 

Voyant que je ne répondais pas, mon amie comprit que quelque chose s'était passé. Elle s'agenouilla en face de moi et me prit la tête entre ses mains.

 

« Dis-moi, Sakura, qu'est-ce qu'il y a ? »

 

Je pris mon inspiration tout en reniflant avant de lui dire la vérité.

 

« Hinata... Hinata se scarifie. »

 

Je refermai mes yeux embués, et de nouvelles larmes se formèrent pour suivre le tracer sec des précédentes.

 

Temari se laissa tomber sur le sol, prit une des nombreuses couvertures, s'enroula dedans et ne bougea plus.

 

« Qu'allons-nous faire ? » lâcha-t-elle au bout d'un long moment.

 

Sa question resta en suspend. Je me contentai de la fixer, ses beaux yeux verts ayant perdu tout éclat ces derniers temps. Je ne savais pas, je ne savais plus. J'avais envie de rien.

 

Alors le lendemain, quand les premiers rayons du soleil percèrent dans ma chambre, c'est avec un automatisme inquiétant que j'entrepris de me préparer pour le travail chez l'entreprise Hyûga. L'entreprise Hyûga... Une idée me vint alors à  l'esprit. Et si je parlais du problème à son cousin ? Bien sûr, je n'aborderai pas l'agression, juste le fait qu'Hinata aille mal.

 

C'est l'esprit embrumé de questions que je pris machinalement le bus pour regagner mon lieu de travail. En regardant par la fenêtre, je pris conscience que mon idée était stupide. Car oui, qu'est-ce ça pouvait bien leur faire à sa famille ? Ils n'avaient pas pris une seule fois de ses nouvelles depuis qu'elle était partie. De plus, je savais par expérience que Neji n'avais jamais réellement porté sa cousine dans son cœur, alors à quoi bon ?

 

Je travaillais depuis plusieurs heures déjà lorsque j'entendis des murmures dans la salle. Un rapide coup d'œil à travers la porte entrouverte qui donnait sur l'accueil m'apprit que Neji était justement de passage à l'entreprise. Coïncidence ? Je n'aurais su le dire. Je ne croyais à ce genre de chose, au destin ou au reste, mais pour une fois, je me dis que c'était peut-être un signe, car au final, je n'avais rien d'autre.

 

C'est avec conviction que je me levai de mon siège pour aller à l'encontre de Neji. Cela faisait quelque temps que je ne l'avais plus vu, mais je fréquentais sa cousine depuis assez longtemps déjà pour qu'il puisse encore se souvenir de moi. Ce dernier n'avait d'ailleurs que très peu changé. Il portait toujours un costume noir impeccable, son visage ne laissait rien transparaitre, tandis que ses longs cheveux foncés demeuraient toujours attachés dans le dos.

 

L'ascenseur dans lequel il se trouvait avec une autre personne – son assistant peut-être – commençait à se refermer. Je pris un rapide élan pour glisser ma main au milieu dans le but de le retenir. Ce dernier fronça les sourcils, surprit de me voir.

 

« Euh... Neji, désolée de te déranger, je-je voulais... En fait, c'est à propos d'Hinata, je...

 

- Qu'est-ce que ça peut bien me faire ? » me coupa-t-il avec froideur.

 

Je restai hébétée par sa réaction. Surprise par tant d'animosité. Hinata n'était donc rien pour lui ? Pourquoi réagir avec autant de haine envers elle ? Troublée par ses propos, je laissai l'ascenseur se refermer sans rien ajouter. La secrétaire me dévisagea, se demandant sûrement ce que j'avais bien pu dire pour recevoir de tel propos en échange.

 

C'est en colère que je repris mon travail. « Qu'est-ce que ça peut bien me faire ? » Mais bordel, Hinata était de sa famille tout de même ! Comment pouvait-on tenir de tel propos ?! Je me rendis compte de mon profond énervement lorsque mes voisins commencèrent à me dévisager. Sans le remarquer, je m'étais mise à taper avec force sur les touches de mon ordinateur. « Calme toi Sakura, rien ne sert de t'énerver » tentai-je de me convaincre. Je m'autorisai cinq minutes de pause, toujours devant mon écran, histoire de remettre mes idées au clair. J'entendis soudainement la voix de la secrétaire discuter avec quelqu'un, un regard discret m'apprit qu'elle s'adressait à Neji. Qu'importe, je ne savais pas comment, mais je réussirais à sortir Hinata de son malheur sans lui. Au fond, pourquoi avais-je tenté de lui parler ? À quoi pouvais-je bien m'attendre ?

 

« Tenez, c'est pour vous » m'indiqua la secrétaire en déposant une enveloppe sur mon bureau.

 

Intriguée, j'ouvris cette lettre alors que les autres employés me dévisageaient, incrédules. Un regard mauvais en leur direction les fit vite changer d'avis, et je lus le contenu de l'enveloppe.

 

Tu vas m'attirer des ennuis avec ma famille si tu me parles d'Hinata en présence d'autres personnes.

J'ai déjà essayé d'avoir de ses nouvelles sans résultat.

Je te laisse mon numéro ci-dessous en cas de problème.

 

J'étais complètement perdue. Que voulait dire cette lettre ? Que le sort d'Hinata ne le laissait pas totalement indifférent ? Mais si je comprenais bien, invoquer Hinata pour sa famille était tabou... C'est ainsi que je me remémorai la personne à ses côtés dans l'ascenseur. Il est vrai que ses yeux étaient nacrés également, surement un membre de sa famille. Je comprenais mieux sa réaction désormais.

 

Bien que j'avais l'esprit occupé, je finis ma journée de travail et je fus fière de constater que le programme qui m'était demandé avancé bien, il serait bientôt finis.

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ıllıllııllıllııllıllııllıllııllıllııllıllı

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Je montais tranquillement les escaliers pour regagner mon appartement, quand j'entendis une porte s'ouvrir.

 

« Sakura, dépêches-toi ! »

 

C'était la voix de Temari. Alertée, mon pouls s'accéléra et je montai quatre à quatre les marches jusqu'à arriver à mon pallier.

 

« Qu'est-ce qu'il y a ?!

 

- Cri pas trop fort, me conseilla-t-elle en me faisant entrer. Hinata vient juste d'aller sous la douche, et j'ai eu une idée »

 

Mon froncement de sourcil lui indiqua de poursuivre ses pensées.

 

« Si Hinata se scarifie vraiment, il faudrait qu'on rentre dans sa chambre pour lui enlever tous les objets coupants, non ? »

 

Son idée était bonne je n'y avais pas pensé, mais...

 

« Des objets qui coupent, il y en a partout dans l'appartement, on ne peut pas tout enlever comme ça... Et puis, Hinata va s'en rendre compte...

 

- Je sais, mais au fond, si elle comprend que nous sommes au courant, elle arrêtera peut-être, non ? »

 

J'étais peu sure de ce qu'avançait mon amie, mais valait mieux tenter quelque chose que de ne rien faire, car je n'avais pas de meilleure proposition.

 

Une fois dans la chambre de notre amie, nous nous dépêchâmes de récupérer tout ce qui était susceptible de lui nuire. Un sentiment de malaise me prit cependant. Nous étions en train de violer son intimité, tout comme avait pu le faire ses agresseurs. Comment allait réagir Hinata ? Mal, obligatoirement. Hésitante subitement, Temari me lança un regard signifiant qu'il n'y avait pas de place pour le doute dans ce que l'on faisait, et qu'Hinata n'allait pas tarder. J'ouvris le tiroir de sa table de nuit pour y trouver un compas caché sous un foulard, et lorsque je l'eus en main, je pus constater que du sang séché était présent sur la pointe. J'étais si mal pour mon amie, comme si sa douleur venait de m'être infligée. C'est avec force que je me frottai l'avant-bras gauche sur ma hanche, là où j'avais vu les marques sur Hinata, dans un geste automatique. Je fis fi du frisson qui me parcourait l'échine pour poursuivre mes recherches.

 

Nous sortîmes quelques minutes plus tard avec tous les objets coupant que nous avions pu trouver, et Temari me tendit les siens.

 

« Va vite les jeter à la poubelle de dehors »

 

Ce que je m'empressai de faire. Je descendis rapidement les escaliers puis constatai qu'il commençait à pleuvoir. Tant pis. Je sortis sous les quelques gouttelettes qui tombaient pour l'instant pour rejoindre les ordures. Devant celles-ci, j'examinai notre butin. Deux paires de ciseaux, un compas et un rasoir. Je ne pris pas plus de temps pour les détailler, dégoutée.

 

Je fis le chemin inverse et à cet instant-là, je fus prise d'un moment d'hystérie. Certainement dû l'accumulation des derniers événements dans ma vie, le fait que tout m'échappe. La maladie de ma mère que je n'osais plus aller voir de peur qu'elle devine sur mon visage mes problèmes, mon nouveau travail – ou plutôt les deux que je devais accumuler, l'agression, les problèmes d'Hinata. Je craquais, j'étais en colère contre tous.

 

Et c'est avec une hargne sans pareil que je me mis à frapper le mur de l'immeuble. Qu'importe ce que les gens pouvaient penser de moi, j'avais besoin d'une échappatoire. Alors je répétais mes coups, toujours plus vite, toujours plus fort. Je sentais que le crépi du bâtiment abimait ma peau, ça me faisait mal, mais ce n'était pas suffisant. Non, il en fallait plus. Frénétiquement, telle une automate, je poursuivis mon combat contre ce malheureux bout de mur.

 

Tout à coup, sans que je ne le sente arriver, une personne m'enlaça les cotes afin de me dégager et me porta un peu plus loin du mur.

 

« Lâchez-moi ! m'égosillai-je en me débattant comme je le pouvais, mais lâchez-moi ! »

 

La personne s'exécuta sans prévenir et sans aucun ménagement, de telle sorte que je me retrouvai brutalement les fesses au sol.

 

« Vous m'avez dit de vous lâcher... » m'indiqua une voix que j'avais déjà entendu.

 

En me retournant, je vis Suigetsu, mon voisin de palier, qui devait très certainement me prendre pour une folle à présent, vu nos deux premiers échanges. Il me laissa me relever avec un regard suspicieux, sans même m'aider, avant de demander :

 

« Ca va aller ? »

 

Sa voix trahissait un certain amusement – je venais tout de même de frapper un mur – mêlée à de l'incompréhension, peut-être de la curiosité.

 

« Très bien » affirmai-je, en relevant la tête, d'un air fier.

 

Ma réponse était ridicule, mais je pensais que sa question l'était également. Sans plus de manière, j'entrepris de rentrer chez moi. Mes mains me faisaient très mal, elles me brulaient, mais je ne voulais pas constater les dégâts avant d'être chez moi.

 

« Tu rentres à peine ? » me questionna doucement Hinata lorsque je mis un pied dans le seuil de l'appartement.

 

Je répondis positivement, en ajoutant que j'étais restée tard au travail, mais cette dernière fixa alors mon sac et ma veste qui se trouvaient sur le fauteuil. Un silence pesant s'installa, alors que Temari assistait, impuissante, à la scène. La brune finit par hausser les épaules et partit se réfugier dans sa chambre. Nous laissâmes alors échapper un soupire, tandis que j'enfouissais mes mains dans mes poches. Voyant mon air décomposé, Temari me lança un faible « Ça va ? » que je devinai en lisant sur ses lèvres. Je hochai la tête positivement, et fis de même qu'Hinata : je partis m'isoler dans ma chambre.

 

C'est là que je pus constater que j'avais donné des coups un peu trop fort. Mes phalanges ainsi que 

le flanc de mes mains étaient en sang. Je me retins de pousser un cri de douleur, car maintenant que l'adrénaline était retombée et que je me concentrais sur mes blessures, la souffrance se fit plus pressante.

 

Alors, était-ce donc ça, cette sensation de punition mêlée à la douleur, qui soulageait mon amie ?

 

Discrètement, je réussis à me faufiler jusqu'à la salle de bain, puis je décidai de me laver avant de penser mes blessures. L'eau chaude me fit tirer une grimace, ravivant un peu plus la douleur.

 

Nue devant le miroir, je songeai qu'Hinata n'était pas la seule à avoir perdu du poids. Toutes ces histoires m'avaient ébranlé bien plus que ce que je ne l'aurais cru. Les bandages me firent du bien, bien que ma peau me lançait toujours.

 

Je ne sortis pas manger ce soir-là, ne sachant pas comment j'aurais pu expliquer mes plaies.

 

Alors que je tentai vainement de trouver le sommeil, je me remémorai la scène avec Neji. « C'est vrai que j'ai son numéro maintenant » pensai-je. Je sortis sa lettre ainsi que mon téléphone et bien qu'hésitante, je décidai de lui envoyer tout de même un SMS, parce "qu'on ne sait jamais". Le simple fait de lui écrire relança mes douleurs aux mains, je fis donc bref.

 

Hinata ne va pas bien. Pourrais-je te voir pour en discuter ?

 

En réalité, je ne savais pas ce que je comptais dire à Neji, peut-être que l'idée me viendrait quand je le verrais, si ce dernier acceptait de me voir bien sûr. C'est en réfléchissant à ce problème que je m'endormis d'un sommeil sans rêve ni cauchemar, pour une fois.

 

C'est le lendemain matin, tôt en allant chercher du pain, que je trouvai mon excuse lorsque je vis un enfant en pousser un autre.

 

« Qu'est-ce qui est arrivé à tes mains ? m'interrogea Temari au déjeuner.

 

- Oh ! Trois fois rien... Ce matin, en allant chercher le pain, un enfant m'a fait un croche-patte dans un escalier et je suis tombée de tout mon poids sur le gravier » mentis-je avant de rire bêtement, pour détendre l'atmosphère.

 

J'étais tellement étourdie que cette excuse aurait très bien pu être vraie, bien que je vis au regard de Temari que celle-ci était sceptique quant à mon histoire. Mon portable sonna à ce moment-là, pour une fois qu'il me servait à m'échapper d'une situation délicate...

 

Demain soir, ça te convient ?

 

Parfait.

 

Cinq minutes plus tard, mon portable sonna de nouveau.

 

Sois là à vingt heures, à l'angle de ta rue.

 

Je ne pris pas la peine de répondre, gaspiller un SMS pour affirmer que tout était « parfait » était inutile.

 

Dans le bus pour me prendre au travail le lendemain matin, c'est en observant les bandages qui couvraient une bonne partie de mes mains – qui n'étaient pas prêtes à cicatriser, que je pris conscience que je ne savais toujours pas ce que j'allais dire à Neji le soir. Certes, Hinata allait mal et il fallait absolument faire quelque chose. Je pensais surtout être trop dépassée, trop impliquée dans cette histoire pour pouvoir être objective, pour prendre les bonnes décisions.

 

Mais comment le dire à son cousin ? Perdue dans mes pensées, je me rendis compte deux arrêts plus tard que j'avais raté les miens. « Je vais encore devoir courir » pestai-je à voix basse. C'est effectivement ce que je fis. Bien sûr, il n'avait pas arrêté de pleuvoir depuis deux jours, de telle sorte que j'arrivai trempée à l'hôtel.

 

Un silence très explicite accueilli mon entrée dans mon secteur de travail. Avec mes cheveux trempés et en bataille, les cernes qui entouraient mes yeux, ma perte de poids et mes mains bandées, il est vrai que je devais avoir une piètre allure. Tant pis, tant que mon travail est « satisfaisant » tentai-je de me convaincre.

 

La journée passa bien trop vite à mon gout : j'appréhendais ma rencontre avec Neji. Mais celle-ci n'eut pas lieu de la manière où je l'aurais imaginé. Non, j'étais très loin du compte.

 

Une heure environ avant la fin de mon service, mon téléphone sonna. Je savais que si je me faisais remarquer au téléphone, j'allais me faire passer un savon par Tenten. Mais lorsque je vis le numéro de Temari, je me dis qu'il était préférable de répondre, un mauvais pressentiment.

 

« Oui ?

 

- Sa-Sakura, entendis-je entre deux sanglots, Hinata... Hinata est à l'hôpital. Elle a... Elle a fait une tentative de suicide. »

 

Le choc de cette déclaration me fit lâcher mon portable. Comment cela pouvait-il être possible ? Non, non... Pas Hinata. Je n'arrivais pas à y croire. Ma mâchoire se mit à trembler si fortement que même en serrant les dents, je n'arrivais pas à diminuer mes spasmes. Mes yeux se mirent à me piquer, mais je refusais de pleurer devant mes collègues qui me dévisageaient déjà.

 

« Sakura ? Sakura ! » appelait la voix à l'autre bout de téléphone.

 

Mais ce n'était plus Temari. C'était Shikamaru, lui qui était d'un naturel à avoir un sang-froid à toute épreuve.

 

Il me fallut tâtonner à plusieurs reprises le sol pour réussir à agripper mon portable. Je lui répondis que je l'écoutais, puis il m'assura qu'elle n'était plus en danger et m'indiqua le nom de l'hôpital.

 

Sans perdre de temps, j'enfilai ma veste pour rejoindre au plus vite mon amie. Tant pis pour le travail, ça passait bien après Hinata. Mon cerveau bouillonnait, j'étais complètement désorientée, j'agissais par pur automatisme. Je me souvins alors que j'avais rendez-vous avec son cousin. « Appelle-le, appelle-le » me répétai-je pour ne pas oublier en fouillant dans mon sac.

 

Perdue dans la recherche de mon portable, sans prêter un regard aux alentours, je me pris quelqu'un de plein fouet. Je me retrouvai encore une fois au sol, et ma chute, amortie par mes mains meurtries, me fit pousser un cri de douleur. En relevant la tête, je ne pus qu'admirer le visage surprit de mon patron.

 

« Mademoiselle Haruno, hein ? »

 

J'étais vraiment en mauvaise posture, mais je ne pensais qu'à Hinata. Si bien que je réussis, avec une volonté que je ne me soupçonnais pas, à me relever.

 

« Votre chef de service m'avait averti que quelque chose n'allait pas avec vous, mais j'étais bien loin du compte... »

 

Mais de quoi me parlait-il ? Je ne comprenais rien.

 

« Je-Je dois partir... »

 

C'est tout ce que je lui indiquai avant de quitter le bâtiment. Dans le bus, je réussis à joindre Neji qui m'indiqua qu'il serait là d'ici une heure. Le fait qu'il puisse s'inquiéter autant du sort d'Hinata me laissait plus ou moins perplexe, mais ce n'était pas à l'ordre du jour.

 

Lorsque mon bus me déposa devant l'hôpital, je courus jusqu'à la chambre que m'avait indiquée Shikamaru. Mon amie se trouvait justement assise sur un siège devant la chambre, la tête dans les mains, alors que Shikamaru la soutenait par les épaules. En me voyant arriver, il lui indiqua dans un murmure et Temari tourna alors la tête dans ma direction. Nos yeux se croisèrent. Les siens étaient rougis, mais je vis à son regard que ma présence la soulageait un peu. Elle n'était plus seule car bien qu'il y avait son compagnon, c'était moi qui comprenais le mieux la situation.

 

Elle s'élança pour venir se loger dans mes bras, et nous restâmes ainsi plusieurs minutes. Je trouvai finalement le courage de lui poser la question qui me brulait les lèvres :

 

« Mais... Que s'est-il passé ? »

 

Elle renifla bruyamment pour reprendre son souffle, puis déclara :

 

« Quand... Quand je suis rentrée de mon service, à quatorze heures, je suis allée voir Hinata dans sa chambre, mais elle n'y était pas. J'ai d'abord cru qu'elle était aux toilettes, mais... mais, hésita-t-elle confuse, comme si elle se remémorait la scène. La porte de la salle de bain était entrouverte et lorsque je l'ai poussé... »

 

Temari s'effondra à ce moment-là, ne pouvant plus retenir ses larmes qui avait pourtant cessé d'apparaitre, si bien que je dus la soutenir pour ne pas qu'elle tombe. Mais elle tenait à finir ses explications.

 

« Elle était allongée dans la baignoire, inerte... Le poignet ouvert... Et il y avait du sang, beaucoup de sang, de partout... » finit-elle en un murmure à peine audible.

 

La boule à la gorge que j'avais depuis son appel se fit si importante qu'elle m'empêcha un moment de respirer. Comment cela pouvait-il se faire ? À quel moment avions-nous autant perdu le contrôle de la situation ? Pourquoi n'avions-nous rien vu venir ?

 

Un sentiment de culpabilité horrible prit place au sein de ma poitrine. Je m'en voulais tellement. Tout ceci était de ma faute.

 

« Ça va aller les filles, maintenant, commença Shikamaru pour nous rassurer. Temari est arrivée à temps, ils ont pu la transfuser. Elle doit même être réveillée à l'heure qu'il est. »

 

Je fus soulagée d'entendre enfin une bonne nouvelle. Hinata allait s'en sortir de cette tentative... Enfin, pour le moment. Mais il fallait qu'on reste optimiste devant elle, on ne devait pas montrer notre tristesse, notre amertume face à son acte. Nous devions être fortes devant elle, ce que Temari avait bien du mal à faire.

 

« Je-Je veux... Je peux pas la voir, cafouilla-t-elle, j'y arriverai pas. Je peux pas. Je la revois encore dans... Dans... »

 

Je lui en voulais. Je lui en voulais de ne pas trouver la force de rester auprès d'Hinata, mais paradoxalement, je la comprenais. Moi aussi, j'avais peur d'ouvrir la porte, peur du regard d'Hinata. Peur de voir la vérité en face et de me dire que j'avais tout raté. Qui plus est, c'était Temari qui l'avait retrouvé dans son bain de sang. L'image devait être encore trop vive dans sa tête. Alors, je la comprenais, même si je lui en voulais de me laisser seule dans un tel moment.

 

« Tu n'as qu'à rentrer chez Shikamaru, je vais rester, lui assurai-je d'une voix que je voulais sereine.

 

- Tu es vraiment sûre ?

 

- Mais oui, aller, rentre ! » insistai-je avec un faible sourire, mais c'est tout ce que je pouvais lui faire.

 

Elle hésita un moment, confuse, dans les bras de son copain. Mais je ne désirais qu'une seule chose : qu'elle parte et vite, avant que mon courage ne s'évapore et que je lui supplie de rester. « Va-t'en, va-t'en Temari » semblait écrier une voix dans ma tête.

 

« Si ça va pas, tu m'appelles, d'accord ? »

 

J'acquiesçai d'un mouvement de tête, elle m'enlaça chaleureusement, et me dit de l'excuser auprès d'Hinata avant de partir.

 

C'est ainsi que je m'étais retrouvée seule, dans un couloir froid, dénué de toute couleur à l'hôpital. Un frisson me parcourut l'échine. « Sois forte Sakura, sois forte ». Je pris tout de même cinq minutes pour me calmer, remettre mes idées au clair. Après quoi, j'ouvris la porte, et mon amie releva à peine la tête. C'est avec une lenteur exagérée qui cachait mal mon trouble que je pris place sur une chaise, mais jambes tremblaient trop pour que je reste debout.

 

Hinata était blanche comme un linge, en position assise dans son lit blanc également. Tout ce blanc était éblouissant. Trop de blanc... Mon esprit s'égarait à contempler l'espace pour ne pas me focaliser sur la venue de ma visite. C'est qu'après que je remarquai la poche de sang qui était reliée au bras de mon amie, alors qu'un bandage couvrait la moitié de son avant-bras.

 

« Toi aussi tu deviens une adepte des bandages » tentai-je en levant mes mains en l'air, qui elles aussi, étaient toujours pansées.

 

Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre ce que je venais de dire. Le faisais-je exprès de sortir de telles âneries ? Ou le choc de la nouvelle entravait-il mes pensées ? « Mais quelle idiote tu fais ! » pensai-je. J'aurais pu, comme tout être normalement constitué, demander des nouvelles, mais non, ma première phrase venait de lui renvoyer directement à son acte raté. Bravo Sakura, toujours tout en finesse.

 

Je voulus lui demander comment ça allait, mais je trouvais cette question encore plus bête que moi. Elle venait de faire une tentative de suicide, elle était désormais à l'hôpital, alors bien sûr que non, ça n'allait pas. Mais tout le monde pose ce genre de questions, non ? J'étais complètement dépassée par les événements. Que faire ? Que dire ? Je me lançai finalement dans la banalité :

 

« Tu sais quand tu sors ? »

 

Hinata haussa les épaules pour me signaler que non, puis commença à me fixer. Sous son regard qui n'exprimait rien, je me sentais encore plus mal.

 

« J'espère que tu seras vite de retour, parce que j'aime pas être seule à l'appart', dévoilai-je, surtout quand Temari va chez Shikamaru. »

 

Je m'embrouillais, parce que ça faisait justement quelque temps que Temari n'allait plus chez Skikamaru pour veiller sur Hinata, et cette dernière avait dû le remarquer. Tout comme le fait qu'elle venait très certainement de constater que la blonde manquait à l'appel... « Tu ne fais que des gourdes Sakura » constatai-je dans mon fort intérieur.

 

« Temari s'excuse vraiment de ne pas être présente, mais elle... Elle... » butai-je, en rougissant.

 

Je n'avais pas réfléchi avant de parler, et je ne trouvais rien comme excuse. Mais à ma grande surprise, Hinata prit la parole pour la première fois depuis ma venue.

 

« Elle m'en veut ? »

 

J'eu un mouvement brusque de tout le corps quant à sa réaction, alors c'est de ça qu'elle avait peur désormais ? Qu'on lui en veuille ? Ma réponse fut si directe que j'eus peur qu'elle doute et pense que je lui mentais.

 

« Non, non ! Bien sûr que non » affirmai-je avec un mince sourire.

 

Ses traits semblèrent se décrisper un peu. Et puis je me dis qu'Hinata n'était plus une enfant, qu'elle pouvait comprendre et que la vérité était parfois bien mieux que le mensonge.

 

« Pour être sincère, c'est plutôt elle qui s'en veut de la situation... Et moi aussi » avouai-je en murmurant.

 

Mon amie se redressa un peu plus sur son lit, avant de me questionner à mon tour.

 

« Et toi non plus, tu ne m'en veux pas ?

 

- Je ne sais pas pourquoi tu t'es mis ça dans la tête, mais personne ne t'en veut Hinata, tu sais » lui assurai-je avec un franc sourire.

 

Vérité. Vérité. Tu dois lui dire la vérité.

 

« Mais tu me promets de ne plus recommencer, d'accord Hinata ? »

 

À cette question, son visage se referma et elle baissa la tête. Le plus dur n'était peut-être pas encore passé.

 

« Je te le promets » lâcha-t-elle finalement d'une toute petite voix, peut-être pour que je discerne mal ses propos.

 

Mais disait-elle seulement la vérité ? Ou plutôt ce que je souhaitais entendre ? Je n'eus pas le temps de m'interroger plus sur la question, car la porte de la chambre s'ouvrit. Je crus d'abord que c'était un médecin, mais je fus surprise de voir qu'il  s'agissait de son cousin. Neji. Je n'aurais pas cru qu'il vienne aussi vite. Ou qu'il vienne tout court. Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre avec lui. Mais la surprise qui se lisait sur mon visage était moindre comparée à celle présente sur celui d'Hinata. Elle s'enfonça même un peu plus dans son lit, dans un mouvement de crainte.

 

Cela faisait maintenant quelque temps qu'elle n'avait plus eu de nouvelles de sa famille et le moment choisi n'était certainement pas le plus favorable. Peut-être même qu'elle m'en voudrait, qu'importe. Il fallait bien faire quelque chose. Je ne savais pas sur quoi allait déboucher cette discussion, mais c'était toujours mieux que rien. Et je doutais que cela ne puisse être pire que la situation actuelle.

 

« Tu peux nous laisser, Sakura ? » me demanda calmement Neji.

 

Je vis au regard de mon amie qu'elle ne souhaitait pas se retrouver seule avec lui, c'était comme si elle m'implorait de rester par la pensée. Le choix me fut très difficile. Que faire ? J'étais tiraillée de l'intérieur.

 

« Je serais juste de l'autre côté de la porte, d'accord ? Je suis juste à côté. »

 

Et c'est sur ces quelques mots que je partis dans le couloir sans me retourner, de peur de ce que je pourrais voir sur le visage de mon amie. Je m'assis sur le banc à côté de la porte, prête à attendre le temps qu'il faudrait.

 

Nerveusement, je commençai à me ronger les ongles, un par un, chose que je n'avais pourtant jamais eu l'habitude de faire. « Si ma mère me voyait, elle ne serait pas fière de moi » pensai-je. Cela me ramena à l'idée que ça faisait maintenant quelque temps que je n'étais plus retournée la voir. En semaine avec le travail, je n'avais que très peu de temps, et le weekend, j'essayais de m'occuper d'Hinata, ce qui a finalement été un échec... Alors je me contentais de l'appeler, tous les deux soirs environ, mais elle savait que quelque chose n'allait pas. Rien qu'à ma voix. Nous étions tellement proches toutes les deux qu'elle devinait tout de moi. C'était aussi pour cette raison que j'hésitais à aller la voir. Elle devinerait tout à ma vue, et ma faiblesse l'emporterait : je lui raconterai tout. Mais je ne voulais pas qu'elle se préoccupe de moi, sa santé était plus importante.

 

Penser à ma mère me troubla encore plus, alors j'essayai de changer d'idée. C'est ainsi que je remarquai que sans faire attention, j'avais mal refermé la porte en sortant, de telle sorte que je pouvais entendre des bribes de conversation. Ma curiosité piquée au vif, je m'approchai le plus possible pour mieux écouter, bien que j'arrivais au milieu de la conversation.

 

« ... Et tu n'as jamais pris la peine de répondre à mes messages. »

 

« Ca n'aurait servi à rien, Neji. »

 

Alors comme ça, Neji m'avait dit vrai, et avait effectivement cherché à conserver le contact avec sa cousine. Pourquoi Hinata ne nous avait-elle rien dit ? Elle n'était dans l'obligation bien sûr, mais je pensais qu'on se disait tout...

 

« Je vais devoir y aller. »

 

À l'entende de cette phrase, je reculai brusquement pour ne pas me faire prendre. Je m'attendais alors à ce que la porte s'ouvre, mais rien ne se fit. En effet, les pas virent dans ma direction, mais il me semblait que ceux-ci étaient hésitants. Puis finalement, ils s'éloignèrent et la voix de Neji s'éleva à nouveau.

 

« Hinata, je reconnais t'avoir méprisé durant des années, toi, la grande héritière que tu aurais dû être. J'ai toujours pensé que te voir souffrir me ferait ressentir un quelconque bien être...

 

Je n'en revenais pas des déclarations de Neji. Je n'avais jamais deviné qu'il nourrissait autant de rancœur envers sa cousine.

 

« ...mais ce n'est pas vraiment le cas. Depuis que tu nous as quittés, les choses ont changé à la maison. Qui l'aurait cru qu'un jour tu partirais comme ça, n'est-ce pas ? »

 

Le silence retomba dans la chambre, mais je devinais le regard anxieux de mon amie. Pourtant, la dernière phrase de Neji n'était pas véritablement une question, si bien qu'il reprit son discours après cette courte pause.

 

« Mais j'espère que tu vas tenir et que tu ne rentreras pas. Je dois reconnaitre que j'admire la force et le courage que tu as eu pour te retourner contre la famille. »

 

J'entends à nouveau des pas qui se rapprochent de moi et qui se stoppent à environ un mètre de la porte.

 

« Ne gâche pas ta vie, Hinata, tira-t-il comme conclusion à ses propos. Tu as fait le bon choix et j'ai beau être ignorant sur ta situation actuelle, je ne peux que te conseiller de ne jamais abandonner, continue à te battre... Je suis sûr que tu peux faire de grandes choses. »

 

Et sans lui laisser de temps de répondre, il quitta la pièce, si vite que j'eus à peine de temps de m'écarter pour faire croire que j'attendais patiemment.

 

« Merci de m'avoir prévenu. »

 

Je mis un certain temps à comprendre que c'était à moi qu'il s'était adressé, car il avait à peine pris le temps de s'arrêter pour me jeter ces paroles. J'aurais voulu le remercier également, mais il entrait déjà dans l'ascenseur quand je reviens à la réalité.

 

Je ne savais pas vraiment quoi penser de ce que je venais d'entendre, mais je trouvais que c'était une bonne chose pour Hinata d'avoir entendu ces propos.

 

Je m'apprêtais à rentrer une nouvelle fois dans la chambre quand une voix féminine me héla. Un regard en direction de cette personne m'apprit que je n'étais plus seule pour retourner voir mon amie. Karin était là.

 

« Ka-Karin ? Que... Que fais-tu là ? l'interrogeai-je, surprise de la voir ici.

 

- Temari... Temari m'a appelé et m'a tout raconté, m'apprit-elle. Elle s'en voulait de t'avoir laissé seule, alors elle m'a demandé de passer. »

 

Le fait que Karin se soit déplacée jusqu'ici était déjà pour moi beaucoup. Les larmes me montèrent encore une fois aux yeux. Décidément, je n'arrêtais plus de pleurer ces derniers temps.

 

« Hé ! Arrête ça tout de suite ! Je suis pas venue ici pour te voir pleurer, d'accord ? »

 

Je lui signifiai d'un hochement de tête que j'avais compris, avant de lui dire qu'elle n'était pas obligée de rester.

 

« Oui, mais je sais très bien que sans moi, t'es qu'une poule mouillée » se moqua-t-elle avec un sourire qui se voulait rassurant.

 

Ainsi, sa méthode pour aller mieux était l'ironie et la moquerie... Pourquoi pas après tout...

 

Lorsque nous entrâmes dans la pièce, Hinata fut surprise de voir Karin qui lui lança un simple « Salut », comme si la situation était banale. « Elle essaie de dédramatiser, ça semble marcher, je ferais mieux d'en faire autant... » songeai-je sur le moment. Mais je remarquai que mon amie semblait se porter mieux que tout à l'heure. Serais-ce les paroles de son cousin ? En effet, ses traits paraissaient s'être un peu détendu, et elle nous accordait même un petit sourire de temps en temps.

 

Bien qu'il y avait de nombreux silences gênants, Karin faisait de son mieux pour les combler. Elle parlait notamment de son métier, de ses projets avec Naruto dans le journalisme, ce qui semblait captiver l'attention de mon amie.

 

« Les visites vont être terminées, mesdemoiselles, nous annonça une infirmière de passage.

 

- Je vais y aller alors » déclara Karin.

 

Moi, je voulais rester. Savoir Hinata seule ici m'angoissait. Je préférais veiller sur elle, sans savoir si j'en avais le droit...

 

« Pourrais-je passer la nuit ici, s'il vous plait ? »

 

L'infirmière fronça les sourcils, puis m'expliqua qu'elle allait voir si cela était possible. Lorsqu'elle fut partie, Karin nous salua, et seule à seule dans le couloir, je la remerciai de vive voix pour être restée.

 

« Pas la peine de me remercier pendant des heures non plus, c'est bon, c'est naturel. »

 

Elle me sourit une dernière fois avant d'ajouter :

 

« Tiens-moi au courant ! »

 

Je n'aurais su dire sur le moment si j'avais rêvé ou non, mais il m'aurait juré avoir vu des larmes sur les joues de mon amie. Toutes les vannes et pics qu'elle lançait régulièrement n'étaient peut-être qu'une façade, une manière de se protéger.

 

De retour dans la chambre, Hinata m'avertit que je n'étais pas obligée de rester, que je pouvais rentrée.

 

« Ça ne me dérange pas tu sais, j'ai bien l'intention de te supporter encore des années et des années » tentai-je pour la faire sourire.

 

Je ne m'étais pas totalement ratée : un mince sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle baissait les yeux sur ses mains.

 

On toqua alors à nouveau à la porte, et l'infirmière m'indiqua qu'il était possible que je reste, je pouvais dormir sur l'autre lit inoccupé de la chambre.

 

« Merci beaucoup. »

 

Nous dinâmes dans le silence le plus complet, sans un mot. Je lui jetais souvent des regards pour constater avec plaisir qu'elle avait presque fini son plateau. « Je ne sais pas si c'est moi, mais j'ai réellement l'impression que sa discussion avec Neji lui a fait du bien » cogitai-je intérieurement.

 

Alors que nous étions couchées depuis un peu plus d'une heure mais qu'aucune de nous deux n'arrivaient à trouver le sommeil, Hinata se confia :

 

« Merci d'être restée et... Et merci pour Neji. »

 

- De rien, Hinata. »

 

Cette dernière ne tarda pas à s'endormir, tandis que moi, que je ne cessais de me repasser les évènements derniers en boucle dans ma tête. Un coup d'œil à mon portable m'apprit qu'il était minuit passé et le sommeil ne venait toujours pas. Lassée, je me levai pour me dégourdir les jambes dans le couloir, discrètement. J'eus de la chance qu'il n'y ait personne. Je finis par retourner dans ma chambre au bout d'un moment pour aller m'asseoir sur une chaise. Je ne supportais pas ces lits d'hôpitaux. Après avoir gigoté pendant un moment, je réussis à trouver une position plus ou moins confortable et je pus enfin m'endormir.

 

Le réveil fut encore plus dur : j'avais des courbatures de partout. Après m'être jetée de l'eau sur le visage en guise de toilette, je m'étais habillée des mêmes habits que la veille. Hinata dormait toujours, d'un sommeil agité comme pouvait le démontrer le tic qui lui faisait froncer régulièrement les sourcils.

 

« Passe une bonne journée » lançai-je doucement avant de partir, bien que cela était inutile.

 

En sortant, je tombai nez à nez avec le médecin.

 

« Vous êtes de sa famille ?

 

- Non, une amie. Quand sortira-t-elle ? le questionnai-je à mon tour.

 

- Nous allons la garder encore aujourd'hui en observation, elle devrait sortir demain, après quoi il faudra l'orienter vers un psychologue, m'informa-t-il gentiment.

 

- Je vois, répondis-je, dubitative. Merci. »

 

Je m'arrêtai rapidement à l'accueil pour régler ma nuit à l'hôpital et je réussis in extremis à prendre le bus qui me déposa devant mon travail.

 

« Je risque encore de me faire sermonner par le patron » soufflai-je pour moi-même.

 

Je pensais que si je ne le croisais pas de la journée, il oublierait peut-être... Cette idée partie en fumée au moment où nous nous retrouvâmes dans le même ascenseur. Un silence gênant était présent, surtout après la scène d'y hier. Il appuya sur un bouton rouge, ce qui bloqua l'ascenseur.

 

« Que vous arrive-t-il ? s'enquit-il d'une voix qui se voulait pourtant désintéressée.

 

- Rien, affirmai-je du tac au tac en appuyant sur le bouton pour que l'ascenseur redémarre.

 

- Vous avez raté beaucoup d'heures ces temps-ci, une explication peut-être ?

 

- Je les rattraperai » me contentai-je de répondre.

 

Mais mes courtes répliques étaient loin de le satisfaire. Pour moi, c'était juste de la curiosité mal placée. Certes, j'avais raté beaucoup d'heures, mais je comptais les rattraper, la suite de ses propos furent de trop.

 

« De qui vous moquez vous ? s'énerva-t-il en appuyant de nouveau – mais avec son point cette fois-ci – sur le bouton. Regardez-vous : des cernes autour des yeux, les cheveux en bataille, et puis... Vos vêtements, les mêmes qu'hier... J'ai l'impression que vous n'êtes même pas rentrée chez vous ! »

 

Inconsciemment mais inéluctablement, Sasuke s'était rapproché de toi. Dans ce petit espace, je fus prise d'un malaise intérieur, comme si l'air me manquait. Une sensation de claustrophobie. Ça ne m'était jamais arrivée auparavant, et je dus me cramponner à la paroi de l'ascenseur pour ne pas vaciller.

Voyant que je ne répondais pas, il en rajouta :

 

« Et expliquez-moi pourquoi ai-je vu ma compagne venir vous chercher il y a une semaine ? Pourquoi elle aussi est devenue étrange ? »

 

Je n'entendais presque plus ses questions : mes oreilles bourdonnaient. J'avais les mains moites, et ma respiration sembla s'accélérer alors que j'avais toujours un gène au niveau de la poitrine. Comprenant mon état, Sasuke s'approcha un peu plus. La proximité de cet homme me refit vivre l'agression. Mon agresseur, dans le noir de la nuit, qui s'était approché de moi, qui m'avait jeté au sol. Prise de panique, je repoussai violemment Sasuke contre la paroi et me pris la tête entre les mains en murmurant « appuyez sur le bouton, sur le bouton... » ce qu'il fit aussitôt.

 

Lorsque les portes s'ouvrirent enfin, je sortis en trombe pour mieux respirer. Appuyée sur mes genoux, le souffle et le calme me revinrent peu à peu. En relevant la tête, je vis le regard plus que troublé de mon patron, qui n'osait plus s'approcher de moi de peur de me redéclencher une autre crise.

 

« Pardon » lançai-je avant de partir aux toilettes.

 

Je m'assis sur la cuvette de ces dernières durant de longues minutes, afin d'être véritablement apaisée. Les idées un peu plus claires, je repartis en direction des bureaux : il fallait que je travaille pour rattraper mon retard qui n'était visiblement pas passé inaperçu.

 

Je reçus dans la journée un SMS de Temari qui m'indiqua qu'elle allait passer son après-midi auprès d'Hinata et qu'elle me remerciait pour hier soir. Elle en profita pour me glisser qu'elle restait chez Shikamaru ce soir encore.

 

Une nouvelle boule se forma dans mon ventre. J'allais rentrer seule chez moi ce soir-là et j'appréhendais l'état dans lequel je retrouverais la salle de bain. Alors, quand j'entendis la chef de mon service, Tenten, se plaindre d'être fatiguée pour ensuite pester sur tous les tableaux qui lui restaient à consolider – travail particulièrement pénible à réaliser, je lui proposai mon aide, en insistant sur le fait que je n'avais rien à faire ce soir.

 

« Vraiment ? C'est génial, merci, je compte sur toi ! » s'exclama-t-elle, enjouée.

 

Cinq minutes plus tard, elle revint avec une énorme pile de dossiers à traiter :

 

« Je te laisse ! Bonne chance, il faut impérativement avoir fini pour demain ! »

 

Je ne comprenais pas comment cela était-il possible qu'il y ait autant de dossiers en attente, mais je ne me plaignis pas. En réalité, j'étais contente d'avoir quelque chose pour m'occuper l'esprit durant plusieurs heures, peut-être même toute une soirée. Travailler me permettait souvent d'oublier tous mes soucis, de me vider entièrement la tête. Et puis, plus tard je rentrais chez moi, plus j'étais heureuse. Aussi, j'avais de nombreuses heures de travail à rattraper. Que de points positifs !

 

Lorsqu'il fut vingt heures passées, je m'accordai une petite pause-café de cinq minutes. Mon ventre gargouilla, ce qui me fit penser que je n'avais pas mangé de la journée, même si l'envie n'était pas au rendez-vous.

 

Je retournai à mon bureau pour terminer mon travail. Dans les alentours de vingt-deux heures, la lumière se coupa soudainement.

 

« Et merde ! » pestai-je alors que je me retrouvais dans le noir.

 

Et d'un coup, la pièce se ralluma.

 

« Ah, mais c'est qu'on fait des heures supplémentaires ? » me questionna une voix derrière moi qui me fit sursauter.

 

C'était encore Sasuke. Décidément, je l'aurais vu dans la journée.

 

« Oui, il faut finir la consolidation de ces tableaux ce soir, répondis-je calmement cette fois-ci en montrant d'un signe de tête la pile de dossiers devant moi, trop absorbée dans mon travail.

 

- Bien. »

 

Et il repartit comme il était venu.

 

Bien que ce travail m'occupait l'esprit, je trouvais qu'il était assez pénible et inutile. « Il faudrait créer un logiciel, ça irait beaucoup plus vite et éviterait les erreurs » pensai-je.

 

Une heure plus tard, je réussis enfin à boucler ce lourd travail.

 

« Fini ! criai-je pour moi-même, tout en m'étirant.

 

- Pas trop tôt » riposta une voix derrière moi.

 

Surprise une nouvelle fois, je pivotai sur ma chaise pour me retrouver une nouvelle fois en compagnie mon patron.

 

« Vous êtes là depuis longtemps ? » le questionnai-je, surprise de sa présence si tardive.

 

Le fait qu'il soit assis sur un bureau m'indiquait que cela devait déjà faire plusieurs minutes qu'il attendait ainsi.

 

« Peut-être. »

 

Il se leva, prit le sachet en plastique qui se trouvait sur le bureau et voyant que je ne bougeais pas, il m'expliqua :

 

« Venez sur le toit. Prenez le prochain ascenseur si vous voulez. »

 

C'est ce que je fis. Il semblait en tout cas avoir assimilé la leçon de ce matin pour me laisser prendre l'ascenseur seule.

 

C'était la deuxième fois que je venais sur ce toit. La première fois était pour un lever du soleil et là, en pleine nuit, la vue était tout aussi somptueuse. Du haut de ce grand building, des milliers de points lumineux scintillaient de toutes parts.

 

« C'est magnifique » murmurai-je tout doucement pour ne pas gâcher l'instant.

 

Je restais là à contempler le panorama, alors que Sasuke ne pipait mot. Il n'était pas bavard de toute manière.

 

Cette vue était revivifiante. Comme une grande bouffée d'air après avoir arrêté de respirer pendant cinq minutes. Cette mince sensation de liberté, de grandeur me fit un bien fou.

 

« Quelle impression de grandeur » déclarai-je à voix basse, tout en écartant machinalement les bras pour tenter d'enlacer la vision qui s'offrait à moi.

 

Je vis du coin de l'œil un mince sourire s'étirer sur le visage de mon patron avant qu'il ne me tende le sachet en plastique. En l'ouvrant, je pus constater qu'il contenait de quoi manger pour une personne. Alors comme ça, il était parti m'acheter à manger ?

 

« La classe... Merci » murmurai-je avant de m'asseoir en tailleur pour déguster mon repas.

 

J'avais l'appétit dans les talons et ce repas tombait à pic.

Sasuke me suivit et s'assit également au sol, les jambes écartées et un peu pliées devant lui, ses bras prenant appui sur ses genoux alors que son regard se faisait fixe sur la vue. Nous étions silencieux, face à l'immensité de la ville de Tokyo. Je ne comprenais cependant pas vraiment ce que signifiait ce repas à l'impromptue sur le toit, mais je s'avouerais le moment. Lorsque j'eus finalement terminé mon repas, Sasuke m'annonça la véritablement cause de l'attention qu'il m'avait porté ce soir.

 

« La vérité... Est que je sais » annonça-t-il telle une sentence.

 

Sans le vouloir, je me retournai vivement vers lui, tout en fronçant les sourcils. Que savait-il exactement ? Sa phrase voulait tout dire, mais rien dire à la fois.

 

« Je ne sais pas ce que vous savez, mais ce ne sont pas vos affaires » rétorquai-je, irritée.

 

Je commençais déjà à me lever pour repartir quand il m'apostropha à nouveau.

 

« Un peu tout de même. Vous avez mis ma compagne dans une situation délicate il me semble. »

 

Ces propos me confirmèrent qu'il en savait déjà beaucoup trop. Je me rassis tout de même, à quoi bon nier et partir s'il était déjà au courant de tout ? Cependant, cette remarque fut dite de telle manière que je crus déceler une pointe d'attachement pour Karin.

 

« Karin m'a parlé ce midi après que je l'ai appelé pour essayer de comprendre. Elle a craqué, notamment à cause de ce qui s'est passé avec votre amie... »

 

Je refermai machinalement mes poings sur les genoux pour ne pas m'énerver plus qu'outrance : bien que je ne pouvais pas en vouloir à Karin, j'étais en colère de savoir que mon patron était au courant pour les problèmes d'Hinata. Après tout, c'était un inconnu pour elle, il n'avait pas à savoir.

 

« Je comprends mieux maintenant, pour ce matin » conclu-t-il alors que le silence retombait.

 

On contemplait toujours la vue silencieusement, lorsque je me mis à trembler. Car même si j'étais bien couverte, nous n'étions qu'en Mars et à cette heure si, l'air était vraiment frais. Remarquant mes tremblements, Sasuke proposa de me ramener chez moi, et j'acceptai volontiers.

 

« Vous pouvez prendre quelques jours de congé si vous le souhaitez » m'annonça-t-il à l'arrêt d'un feu rouge.

 

Visiblement, mon patron était plutôt compréhensif, ce qui me surprit au début. Il est vrai que mes débuts avec cette personne n'avaient pas été très glorieux.

 

« Non, je préfère venir travailler, j'ai déjà raté assez d'heures. »

 

Mais surtout, travailler me permettait d'oublier. Je me revis alors à l'hôpital avec Hinata. Hinata... Elle sortait demain.

 

« Euh... Si je pouvais juste avoir ma journée de demain... J'ai mon amie qui sort de l'hôpital, conclu-je pour me donner une excuse, aussi valable soit-elle, car je n'aimais pas vraiment rater le travail.

 

- Bien » accepta-t-il simplement.

 

Lorsque la voiture s'arrêta, je compris que j'étais arrivée chez moi.

 

« Merci pour le toit... Et pour m'avoir ramené » déclarai-je avant de refermer la portière.

 

Je me retrouvai cinq minutes plus tard seule dans mon appartement. Après avoir allumé la lumière, j'étais allée à la fenêtre pour regarder s'il y avait toujours la voiture de mon patron, ce qui était le cas. Puis la voiture démarra. Peut-être voulait-il simplement attendre que je sois bien arrivée chez moi. Ou était-il tout simplement au téléphone ? Qu'importe après tout.

 

Me revint alors en mémoire pourquoi j'avais autant tardé à rentrer à la maison. Inconsciemment, je m'étais mise à fixer la porte de la salle de bain. Je savais que derrière, Hinata avait tenté de mettre fin à ses jours. Et puisque personne n'était revenu depuis, les traces devaient toujours être là.

 

J'allais devoir nettoyer. Telle était la pensée qui s'imposa dans mon esprit. Avant cela, je m'étais dirigée dans ma chambre pour revêtir de vieux vêtements et m'attacher les cheveux. Après quoi, je commençai à défaire les bandages qui dataient protégeant mes mains. De nombreuses croutes fines s'étaient formées, mais mes mains étaient toujours salement amochées.

 

« Courage Sakura » m'encourageai-je avant d'ouvrir la porte.

 

Je poussai un cri étouffé devant la vision d'horreur de ma baignoire et du sol couvert partiellement de sang. Un amer tableau constitué de rouge et de blanc s'affichait devant mes yeux. Hinata avait dû poser sa main sur le rebord, si bien qu'il y en avait à l'intérieur comme à l'extérieur de la baignoire. Je dus me forcer pour ne pas rendre mon diner.

 

Je pris finalement une éponge et un seau puis entrepris de tout nettoyer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucune trace. Et encore une fois, je pleurais. J'avais beau me dire que cela me servait plus à rien, je ne cessais de me dire que ce sang, que j'essuyais, qui me couvrait les mains, était celui d'Hinata.

 

Et je frottais, je frottais. Mais le sang avait séché et j'avais du mal à le faire partir.

 

« Pourquoi ?! » criai-je en lançant au loin l'éponge.

 

Je savais que cela ne faisait que quelques minutes que j'avais commencé, mais tout ce rouge me rendait folle.

 

« Hum, hum... Vous aviez oublié votre écharpe dans... »

 

Sasuke venait d'ouvrir la porte de la pièce où je me trouvais, assise au sol devant tout ce sang, les mains rougies et le visage en larmes.

 

« ...ma voiture » finit-il dans un murmure.

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