Au hasard d'une rencontre

par Yuzuka

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Ce que je vis me coupa le souffle : le teint de ma mère était si pale... Elle portait un masque à oxygène et plusieurs fils étaient reliés à des aiguilles plantées dans son bras. Arrivée à son chevet, mes jambes se dérobèrent d'elles-mêmes. Je pris une de ses mains dans les miennes comme pour être sûre de sa présence. Puis, je collai ma bouche à son oreille dans l'espoir qu'elle m'entende.

 

« Maman, réveille-toi, s'il te plaît ne me laisse pas toute seule, pas maintenant, j'ai une bonne nouvelle, j'ai trouvé du travail, murmurai-je.

 

- Sakura, la vie de ta mère n'est plus en danger. »

 

Je n'avais pas remarqué la présence d'Ino dans la chambre, trop préoccupée par l'état de ma mère. Elle s'approcha de moi et mit sa main sur mon épaule pour me réconforter.

 

« Va te passer de l'eau sur le visage, tu es toute barbouillée à cause de tes larmes, ta mère ne voudrait pas te voir dans cet état. »

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je n'avais pas senti les larmes couler. Et pourtant, elles étaient bien là. Humidifiant mon visage, tombant sur mon tee-shirt après avoir dévalé rapidement mes joues pour être remplacées par d'autres.

 

« Non, ça va aller, je préfère rester auprès d'elle.

 

- Tu sais, elle ne va pas s'envoler, et puis ta mère va mieux maintenant. »

 

Je savais qu'Ino avait raison et pourtant, j'hésitais à quitter son chevet.

 

« Mais je t'assure que... »

 

Ino me foudroya du regard et je partis donc en direction des toilettes, n'ayant pas la force de la contredire.

Cette dernière était une très bonne amie à moi et je savais qu'elle n'aimait pas que l'on s'oppose à ses idées, ce que je me faisais un plaisir de faire généralement. Juste pour l'embêter. Ensuite on se disputait sur des choses anodines : c'était en quelque sorte notre façon de nous apprécier. Mais aujourd'hui, je n'en avais pas l'envie.

 

Tandis que je marchais dans le couloir, l'ascenseur sur ma droite s'ouvrit pour laisser sortir un homme que je percutai de plein fouet. Étant trop perturbée, je continuai mon chemin sans m'excuser ni même prêter attention à la personne.

 

« Vous avez perdu quelque chose. »

 

Je me retournai, surprise que l'on s'adresse à moi. L'homme que j'avais bousculé se trouvait encore devant l'ascenseur. Je clignai plusieurs fois des yeux dans le but de chasser l'eau qui obstruait toujours ma vue. L'homme qui se tenait devant moi était de taille imposante, surtout comparée à la mienne.

Il pencha sa tête sur le côté, certainement pour me faire réagir car je ne cessais de le fixer. Son mouvement eut l'effet escompté : je secouai vivement la tête avant de lui demander ce que j'avais pu faire tomber. Je regardais tout de même le sol : rien. Dans sa main peut-être ? Non plus.

 

« Vous avez oublié votre empreinte et vos excuses, me reprocha-t-il, d'un air très sérieux.

 

- Mon empreinte ? demandai-je, ne voyant pas où il voulait en venir.

 

- Celle sur ma chaussure, lorsque vous m'êtes rentré dedans sans vous excuser » renchérit-il.

 

Je baissai les yeux et remarquai que je lui avais effectivement écrasé le pied : une marque y était présente. Je lui répondis par un vague « désolée » puis je repartis. En courant cette fois-ci. Je ne savais pas pourquoi, mais cet homme m'avait décontenancé.

 

Je continuai mon chemin jusqu'aux toilettes. Par chance, la pièce était vide, personne. Je regardai mon reflet dans le miroir : mes yeux étaient gonflés et rouges. Ma chevelure qui habituellement était lisse et m'arrivait aux épaules, était là en désordre, collée à mon visage : mes larmes servant de colle entre les deux.

 

Je me rinçai le visage avec énergie comme si cela pouvait me réveiller d'un mauvais cauchemar : celui où ma mère allait mal. J'inspirai une grande bouffée d'air pour me détendre et repensai à ce début de journée qui avait pourtant si bien commencé avec mon embauche dans une grande entreprise.

À présent, j'étais ici, dans les toilettes d'un hôpital, car ma mère n'allait pas bien. Cela aurait pu être un simple malaise, mais j'avais un mauvais pressentiment. Elle m'avait confié qu'elle était fatiguée ces derniers temps, mais que cela passerait. Moi, je n'avais pas jugé utile de m'inquiéter, trop occupée à chercher un travail. Alors comment ne pas l'être après avoir vu ma mère sur un lit d'hôpital avec tous ces fils reliés à elle ?

Le manque d'air me fit finalement expirer et je revins à la réalité. Je me rendis compte que j'étais restée en apnée plusieurs minutes : ma tête commençait à me tourner.

 

Je pris soudainement conscience qu'il fallait que j'en apprenne plus sur sa santé, je décidai donc de sortir de cette petite salle qui avait été témoin de mon chagrin pour aller voir un médecin.

 

En sortant, j'espérais ne pas recroiser l'homme que j'avais malencontreusement "écrasé". Et pour la première fois de la journée, j'eus un peu de chance : personne dans les couloirs.

Au loin, je vis un médecin sortir de la chambre de ma mère. J'accélérai le pas dans le but de lui demander des explications sur l'état de cette dernière. Je ne pris pas conscience que finalement, je m'étais mise à courir. En arrivant à sa hauteur, celui-ci me dévisagea.

 

« Il ne faut pas courir dans les couloirs des hôpitaux, mademoiselle, m'expliqua-t-il poliment.

 

- Excusez-moi, je ne recommencerai plus, promis-je. Mais je voulais vous parler avant que vous ne partiez.

 

- Bien sûr, je vous écoute.

 

- La femme qui se trouve dans cette chambre, lui indiquai-je par un hochement de tête en direction de la pièce. C'est ma mère, qu'a-t-elle ?

 

- Pour l'instant, nous n'avons pas encore reçu les résultats des examens que nous lui avons fait passer. Revenez demain matin, nous la gardons en observation pour la nuit.

 

- Bien, merci. »

 

Je regardai une dernière fois en direction de la chambre de ma mère qui devait encore être assoupie puis je partis. Cela ne servait à rien que je reste encore ici : ma présence était inutile.

 

Il était déjà dans les environs seize heures lorsque je quittai l'hôpital, ce qui signifiait que j'avais passé une bonne partie de mon après-midi là-bas et ce n'était peut-être que le début. Je m'étais rendue compte de l'heure lorsque j'avais vu des élèves sortir de leur école. Certainement le primaire vu leur taille, ainsi que toutes les mères qui attendaient devant les grilles à la recherche de leur enfant.

 

Cela me rappela des souvenirs. Ma mère aussi venait m'attendre avant. Elle n'était jamais en retard, toujours à la bonne heure. Au milieu de toutes ces mères qui venaient chercher leur enfant comme si cela était une tache, ma mère, elle, venait avec plaisir. Je la revoyais avec son sourire maternel, rayonnante, même lorsqu'elle comprenait que j'étais triste : celui-ci ne faiblissait pas, comme pour me montrer que tout allait bien. Parce que oui, elle savait pourquoi la plupart du temps j'étais triste. Elle savait que je subissais régulièrement des moqueries dues à la couleur de mes cheveux. Il est vrai que le rose n'était très répandue.

Alors pour me réconforter, ma mère me disait souvent que cela me rendait unique et qu'un jour, je serais une belle femme. Que je saurais m'épanouir comme la fleur d'un cerisier au printemps, comme un papillon qui sort de son cocon. C'était les deux exemples que ma mère me citait le plus couramment.

 

Je ne me rendis compte que je fixais avec trop d'insistance les élèves lorsque l'un d'entre eux pointa son doigt en ma direction. Sa mère se retourna et, gênée, je poursuivis mon chemin.

 

En rentrant dans mon appartement, je retrouvai Hinata avec qui je le partageais. Elle lisait un livre au sol, faute de meubles pour le moment.

En m'entendant entrer, elle releva la tête puis vit ma mine qui ne devait pas être des plus rayonnante.

 

« Ça va Sakura ? Il s'est passé quelque chose ? »

 

Je m'appuyai contre le mur en face d'elle, à côté de la porte d'entrée, par manque d'envie de me déplacer jusqu'à elle et de m'assoir sur un sol probablement froid.

 

« Ma mère est à l'hôpital, murmurai-je

 

- À l'hôpital ? Pourquoi ? me demanda-t-elle, alors que ses beaux yeux nacrés s'étaient agrandis sous l'effet de la surprise.

 

- Je ne sais pas vraiment, les résultats seront là demain. Je sais juste qu'elle s'est évanouie dans la rue et que des passants l'ont retrouvé. »

 

Hinata ne répondit rien, me laissant dans mes songes.

Je repensai à tout ce que mon amie avait fait pour se retrouver dans cet appartement. Hinata avait en quelque sorte renié son nom de famille : Hyûga. En effet, elle faisait partie d'une grande famille riche qui possédait de nombreuses entreprises. Mais elle, elle ne souhaitait pas vivre dans le luxe sans rien avoir réalisé dans sa vie. Et puis, Hinata aimait la simplicité.

 

Ses parents avaient bien sûr mal pris son choix et avaient décidé de la déshériter, donnant ainsi toutes leurs entreprises à son cousin Neji, ainsi qu'à sa plus jeune sœur Hanabi. Ils avaient tout de même continué à lui verser de l'argent. Mais lorsqu'elle leur avait annoncé son désir de quitter la maison familiale pour un appartement avec des amies, ses parents lui avaient coupé tous les vivres. Je pensais qu'ils avaient fait tout ceci dans le but de la voir revenir rapidement, mais cela eut l'effet inverse.

 

C'était à ce moment-là que je m'étais rendue compte de la vraie détermination d'Hinata. Elle avait beau être douce, elle n'en était pas moins forte et courageuse. Elle m'avait déclaré mot pour mot « Je vais trouver un travail et payer ma part dans cet appartement, je ne renoncerais pas à ma liberté. » C'était ainsi qu'Hinata voyait sa « nouvelle vie » : avec plus de liberté, bien que ce changement radical l'avait touché : lors de notre première nuit dans cet appartement, je l'avais entendu pleurer dans sa chambre.

 

Cela faisait maintenant une semaine que l'on s'étaient installées ensemble Hinata, moi, mais aussi Temari. Notre appartement était situé proche du centre-ville de Tokyo. Celui-ci était un peu cher, mais à trois cela restait dans mes moyens. Malheureusement, il était toujours vide. Shikamaru, le petit ami de Temari, devait apporter les meubles que nous avions rassemblés lorsque nous vivions encore sous le toit de nos parents. Mais celui-ci ne semblait pas encore s'être décidé à venir.

 

« Je suis sûre que ça va s'arranger, ta mère est forte, ne t'en fais pas. » conclut-elle.

 

Hinata tentait de me réconforter et cela marcha. Elle avait un petit quelque chose qui apaisait les gens. Certainement sa douce voix ainsi que son calme.

Je l'avais rencontré à la maternelle, et depuis nous étions amies. J'étais vraiment heureuse d'avoir fait une telle connaissance : elle était toujours présente en cas de besoin. Plus tard, nous avions rencontrées Temari et Ino avec qui nous étions devenues proches. Ino avait trouvé un appartement avant nous dans lequel elle s'était installée avec Sai. Nous avions donc décidées de nous installer ensemble, avec un Shikamaru présent de temps en temps qui viendrait passer quelques nuits en compagnie de Temari : Hinata et moi-même avions donné notre accord.

 

Je m'apprêtais à changer de sujet pour demander où se trouvait Temari lorsque la porte d'entrée vint bien trop vite à ma rencontre.

 

« Salut tout le monde ! s'écria Temari, énergique.

 

- Aie !! Je suis derrière ! »

 

Temari passa la tête dans entrebâillement de la porte et me dévisagea.

 

« Mais qu'est-ce que tu fous derrière la porte aussi ! »

 

Je n'avais pas pensé que Temari arriverait aussi violemment dans l'appartement, bien que mon idée de me mettre à côté de la porte d'entrée pour discuter avec Hinata en était visiblement une mauvaise. Voilà comment mon nez s'était écrasé contre la porte. Je n'eus pas le temps de répondre à la réplique de la blonde car celui-ci commença à saigner abondamment : le choc avait été violent. Hinata eut la bonne idée de courir jusqu'à moi pour m'apporter un mouchoir. Pendant ce temps, Temari faisait son possible pour dissimuler son rire jusqu'à que cette dernière n'y tienne plus :

 

« T'as un œuf en plein milieu de front ! rigola-t-elle.

 

- Ta gueule ! » répliquai-je, sentant mon front douloureux.

 

Puis nous partîmes toutes les trois dans un fou rire, bien que mon nez saignait toujours et que ma tête me faisait atrocement mal.

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Il y avait des matins où je n'avais vraiment pas envie de sortir de mon lit.

Soit parce que je savais que la journée risquait de m'apporter une mauvaise nouvelle : les résultats de santé de ma mère devaient arrivés.

Soit parce que je commençais à travailler dans une grande entreprise de logistique.

Et lorsque les deux raisons étaient réunies, mon envie de me rendormir se faisait encore plus forte. Puis je me rappelais assez désagréablement que mon appartement n'était pas encore meublé et que je dormais sur un vieux matelas trop fin et très inconfortable. Alors je me levais péniblement car de toute façon, je n'avais pas vraiment le choix.

 

Voilà comment avait commencé ma journée : avec des courbatures et une boule au ventre dû au stress d'une première journée dans la vie active.

 

J'enfilai rapidement une jupe noire : la seule qui pouvait faire assez présentable pour une première journée de travail ainsi qu'un chemisier blanc. En me regardant dans un miroir, je pus constater les dégâts de la veille : une bosse de couleur bleutée avait pris possession du milieu de mon front. Je pris ma boite de maquillage qui se trouvait à même le sol et fis de mon mieux pour camoufler la grosseur par du fond de teint.

 

Je sortis finalement de ma chambre pour retrouver la cuisine vide. Les filles devaient encore dormir, après tout, il n'était que sept heures. Hinata cherchait toujours du travail et Temari qui travaillait en tant que serveuse dans un bar commençait son travail dans quelques heures. Je ne pris pas la peine de manger : mon ventre était bien trop noué.

 

Je descendis les trois étages de l'immeuble, puis pris la direction de mon arrêt de bus. Celui-ci arriva avec du retard, il allait donc falloir que je me dépêche une fois que je serais descendue.

 

Je ne sais par quel miracle, mais je fus devant le grand bâtiment où était écrit en gros « Société Hyûga » à l'heure. En entrant, je remarquai le calme présent dans le hall, j'inspirai un grand coup puis me dirigeai vers la secrétaire.

 

« Bonjour, je suis nouvelle, annonçai-je, et je commence à travailler aujourd'hui.

 

- Oui, alors... Vous devez être... Sakura Haruno ?

 

- Oui, c'est bien moi » confirmai-je.

 

Elle me demanda de lui montrer ma carte d'identité pour être sûre de ma personne, me posa plusieurs questions, puis me donna un classeur qui contenait les informations sur le travail qui m'était donné. Elle m'indiqua une porte à sa droite et me dit que c'était ici que je travaillerai.

 

Cette salle était grande : elle était composée de nombreux bureaux séparés par de petites cloisons. Sur ces bureaux, des ordinateurs. Des centaines d'ordinateurs. Il y avait là le strict minimum pour travailler. J'avais à peine la place de circuler entre tous ces bureaux. Ici se trouvait les personnes qui débutaient et je comptais vite partir de cette salle. Oui, j'allais montrer de quoi j'étais capable.

 

Il me fallut cinq longues minutes pour dénicher l'emplacement de mon poste. Cinq minutes où le peu de personnes présentes me dévisagèrent. Trouvant le poste numéro cent seize, je m'assis rapidement à ma place, espérant que les regards cessent.

 

J'ouvris le classeur et découvris la tâche qui m'était attribuée. J'avais trois mois pour réaliser le programme qui m'était donné. Celui-ci n'était pas très dur : je pensais pouvoir le faire en un mois. Il était évident pour moi que le but consistait de me tester, pour voir si je connaissais les bases, si j'allais être à la hauteur de ce qui allait être demandé par la suite. Si bien sûr mon travail était assez satisfaisant pour que je puisse rester dans cette société.

 

Cette entreprise avait un fonctionnement peu commun : pour chaque programme à réaliser, un temps était donné, après nous pouvions venir y travailler lorsque nous le voulions. Le but principal était de finir dans les temps, sous peine d'être viré. La secrétaire notait nos venus et nos heures travaillées sur un logiciel pour distinguer les bons des mauvais, puis elle en faisait un rapport au patron qui n'était autre que le cousin d'Hinata : Neji.

 

La matinée passa relativement vite. À midi, je décidai de partir pour aller voir ma mère à l'hôpital, de plus, les résultats devaient être arrivés.

En passant devant la secrétaire, je lui remis le classeur avec ma progression, action que tous les employés devaient réaliser.

 

Je réussis à prendre un bus à l'arrêt, et celui-ci s'arrêta proche de l'hôpital. Arrivée à ma destination, je montai directement pour rejoindre ma mère. J'ouvris la porte de sa chambre et cette dernière tourna la tête dans ma direction : elle était enfin réveillée.

 

« Maman ! » m'écriai-je.

 

Mon soulagement était tel qu'une larme traversa ma joue. J'allai embrasser ma mère.

 

« Sakura arrête de pleurer, je n'ai rien. »

 

C'est sur ces mots qu'Ino entra dans la pièce, le sourire crispé.

 

« Tu peux venir, Sakura, me demanda-t-elle, les médecins veulent te parler.

 

- Oui, je reviens tout de suite maman. »

 

Ino me dirigea vers une salle qui se situait au bout du couloir. Elle en profita pour me demander comment se passait la cohabitation avec Hinata et Temari. Je lui répondis que tout allait bien, ce qui me rappela que j'avais une bosse en plein milieu du front. J'espérai que celle-ci était encore masquée par tout le fond de teint que j'avais pu mettre dessus ce matin. Ino ouvrit une porte :

 

« Mademoiselle Haruno est arrivée » annonça-t-elle avant de se retirer.

 

Les deux médecins présents se retournèrent avant que l'un d'eux entame la conversation.

 

« Bonjour mademoiselle, commença un médecin aux cheveux grisonnant. Il fallait que l'on vous parle... Le cas de votre mère est extrêmement rare.

 

- Oui, continua le deuxième médecin, avez-vous d'autres parents ?

 

- Non... Je n'ai plus de père depuis toute petite, répondis-je. Docteur, quel est le problème ?

 

- La maladie de votre mère est assez particulière, nous sommes dans l'incapacité de formuler un véritable diagnostic pour le moment. »

 

Ils ne savaient donc pas exactement ce qu'avait ma mère, même avec toutes les prouesses de la médecine d'aujourd'hui ?

 

« Mais comment est-ce possible ? demandai-je. Il doit bien avoir un moyen de...

 

- Calmez-vous, répondit le docteur aux cheveux grisonnants. Il y a bien une façon pour établir un diagnostic, mais...

 

- Mais quoi ? Dites-le-moi !

 

- Il faut pour cela utiliser une nouvelle machine qui n'a encore que très peu servi, m'expliqua-t-il, et il faut obtenir l'accord du directeur.

 

- Le directeur ? »

 

Il fallait juste l'accord du directeur, et peut-être que me mère pourrait être sauvée. Ne perdant pas plus de temps, je sortis de la salle d'où j'entendis l'un des médecins me rappeler, tant pis. Ino ! Oui, Ino devait bien savoir où se trouvait le bureau du directeur. Par chance, je l'aperçus sortir de la chambre d'un patient.

 

« Ino ! l'appelai-je, tu sais où se trouve le bureau du directeur ?

 

- Euh... Oui, il est au dernier étage. Pourquoi tu me demandes ça ? »

 

Sans prendre le temps de lui répondre, j'avisai un ascenseur proche de moi et montai dedans. En sortant de celui-ci, il me fallut peu de temps pour trouver ce que je cherchais : en gros à côté d'une porte était écrit « Bureau du Directeur ». Une personne en sortit, c'était forcément lui.

 

« Monsieur le directeur, m'exclamai-je. Excusez-moi de vous déranger mais...

 

- Je suis désolé, répondit-il. Je ne suis pas...

 

- C'est moi, le directeur, que me voulez-vous ? » articula une personne venant se mettre entre moi et la personne qui était sortie du bureau.

 

Quelques secondes passèrent avant que je réussisse à me souvenir qui était cette personne qui me paraissait familière : c'était l'homme que j'avais bousculé la veille. J'étais restée figée de surprise, ce type prétendait donc être le directeur ? Impossible ! Bien qu'il portait un costume, celui-ci devait avoir vingt-cinq ans environ : il était bien trop jeune.

 

« Je veux parler au directeur, lui lançai-je. Ce ne sont pas vos affaires, poussez-vous. »

 

Il ne bougea pas d'un centimètre tandis qu'un sourire narquois se dessinait sur son visage. Puis, il se retourna pour dire à celui que je pensais être le directeur de partir. Alors que j'essayais de passer, il me bloqua le passage.

 

« Je ne le répéterai pas une troisième fois, me menaça-t-il, c'est moi le directeur ! Que me voulez-vous ?

 

- Je ne suis pas idiote, vous êtes juste un jeune prétentieux qui se fait passer pour ce qu'il n'est pas, voilà tout !

 

- On ne m'a jamais parlé sur ce ton... me prévint-il.

 

- Ah ouais ? Mais c'est que le fils à papa s'énerve, rajoutai-je en le poussant, furieuse.

 

- Sakura ! C'est le nouveau directeur ! » s'écria une voix à ma droite que je ne connaissais que trop bien.

 

Étais-je en train de rêver ou Ino venait-elle de me dire que cet homme était bel et bien le directeur ? Je le dévisageai, incrédule.

 

« Surprise ? me demanda-t-il avec un sourire en coin. Je vous l'avais pourtant dit. »

 

Satisfait, il partit. Quant à moi, j'avais tout perdu. Non, mais comment allais-je faire maintenant que je mettais mise à dos le directeur ? Et puis comment aurai-je pu savoir que c'était lui ? Il me paraissait tellement jeune pour un poste si important !

 

Au fond, je l'enviais un peu, cet homme avait réussi à aller si loin à un âge pourtant si proche du mien. Mais peut-être que ce que je lui avais dit « fils à papa » avait une part de vérité. Dans ce cas-là, je ne l'enviais plus : il n'avait alors aucun mérite. De toute façon, je n'allais pas m'excuser. Il devait bien y avoir un autre hôpital pouvant faire ces foutus examens dont ma mère avait tant besoin. Je repris donc l'ascenseur avec Ino à mes côtés.

 

« Tu peux toujours réessayer demain, me proposa-t-elle. Le directeur sera moins en colère. »

 

Je ne répondis pas, encore secouée par cette altercation qui pourrait être regrettable pour ma mère. Mais quelle idiote je faisais ! Contre toute attente, Ino se mit à rire, doucement d'abord, puis son rire s'intensifia lorsqu'elle me déclara :

 

« Je crois que tu ne réalises pas bien ce que tu viens de faire... Tu as carrément remballé Sasuke Uchiha, un des héritiers les plus riches du Japon, comme s'il était un moins que rien. Le pauvre, il ne doit pas avoir l'habitude... »

 

Mes yeux n'avaient cessé de s'agrandir devant ces révélations : j'avais fait fort ce coup-ci... Elle stoppa soudainement son rire, marquant son sérieux quant à ce qu'elle allait me révéler.

« Euh... Je me suis renseignée, et il n'y a que cet hôpital qui possède des appareils susceptibles de découvrir la véritable maladie de ta mère. Alors ravale ta fierté la prochaine fois, d'accord ?

 

- C'est que je n'ai pas vraiment le choix... » reconnus-je.

 

En arrivant dans la chambre de ma mère, les deux médecins qui m'avaient conseillé d'aller voir le directeur vinrent me parler.

 

« Alors, qu'a dit le directeur ? demanda l'un d'eux.

 

- Hum... Il était occupé, je repasserai demain » menti-je le plus naturellement possible.

 

Que pouvais-je dire ou faire d'autre pour aujourd'hui ? Les médecins me laissèrent seule. Je me retournai alors vers ma mère qui dormait. Son visage était calme, inexpressif.

 

« Fallait-il vraiment qu'un tel crétin soit le directeur ? » murmurai-je à son oreille.

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J'avais dû m'endormir sur un siège dans la chambre de ma mère car lorsque je me réveillai, elle n'était plus là. Je sortis de la pièce en trombe.

 

« Ah Sakura, m'interpella Ino. Tu es enfin réveillée...

 

- Où est ma mère ?

 

- Le directeur a envoyé quelqu'un pour elle, ta mère doit être au centre médical de la famille Uchiha. »

 

Je partis en courant de l'hôpital : non mais pourquoi n'avais-je pas était prévenue du changement ? Je pris le premier taxi que je vis. Il me déposa devant le centre un quart d'heure plus tard.

Je trouvai rapidement la salle où était ma mère, mais on ne pouvait y entrer. Les médecins regardaient de l'extérieur par une grande vitre.

 

« Docteur, ma mère, sa maladie, elle...

 

- La maladie de votre mère, commença-t-il doucement, comme pour annoncer une mauvaise nouvelle. C'est un cancer très rare, malheureusement diagnostiqué trop tard. Au mieux, il lui reste deux ou trois mois. Je suis désolé. »

 

Non !! Comment cela était-ce possible ? Ma mère allait encore si bien il y a peu de temps ! Et voilà que des larmes vinrent à nouveau envahir mes yeux.

 

« Docteur, il... il, sanglotai-je. Il n'existe pas un traitement qui pourrait la soigner ou au moins allonger sa durée de vie ?

 

- Le centre de repos fait justement des recherches sur ce sujet, m'informa-t-il, un transfert pourrait se faire, mais les résultats ne sont vraiment pas sûrs. De plus, le traitement coûte assez cher, il faut compter environ 3 125 000 yens.* »

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La nuit avait été courte : je n'avais pas trouvé le sommeil. Dès que je fermais les yeux, je revoyais cet homme, Sasuke Uchiha, avec son regard tellement déstabilisant. Même si j'avais tout fait pour ne pas "perdre la face" devant lui, rien que sa présence pouvait m'être troublante et je ne saurais expliquer pourquoi.

Je revoyais ses yeux qui comme ses cheveux étaient de couleur sombre, ainsi que son visage... Inexpressif. Oui, ce mot lui correspondait bien, trop même...

Je n'avais que peu prêté attention à son physique durant nos dernières rencontres assez mouvementées. Mais cette nuit où le sommeil ne venait pas et pour une raison que j'ignorais, je pensais à lui. Et plus je pensais à lui, plus je me disais que j'allais devoir m'excuser pour mon comportement. Je devais aussi le remercier, cela m'embêtait quelque peu, mais il avait tout de même pris l'initiative d'emmener ma mère dans son centre médical pour faire les examens.

 

Une question trottait néanmoins dans ma tête : pourquoi avait-il fait ça ? J'avais vraiment eu un mauvais comportement, et maintenant je m'en voulais. J'étais vraiment idiote ! La vie de ma mère était tout de même en jeu ! Une larme s'échappa de mon œil devant ma stupidité, je l'écrasai vigoureusement. « Il est directeur d'un hôpital, il a fait son boulot, c'est tout » pensai-je. Après tout, je ne devais pas être la première à me montrer ainsi en spectacle dans un hôpital...

 

Il me restait cependant un point à régler, et ce dernier était non négligeable : celui de l'argent qui était demandé pour le traitement et que je n'avais pas. Mais comment réunir une telle somme d'argent ? Avec le travail que je venais juste de trouver je n'y arriverais jamais, peut-être que si j'en cumulais deux... Et encore ! Cela devait être rapide, la maladie de ma mère n'attendrait pas.

N'en pouvant plus de me retourner dans mon lit sans trouver le sommeil, je m'étais levée. Il faisait encore nuit dehors, pas étonnant : il n'était que cinq heures trente du matin.

 

La vue de la fenêtre de mon salon donnait sur une rue étroite, du côté de l'entrée de mon immeuble. Celle-ci était déserte à l'exception d'un homme qui se tenait appuyé sur un mur en face ma fenêtre, de l'autre côté de la rue. Il me fixait, je le fixais.

 

L'homme était de taille plutôt grande et avait des cheveux qui lui arrivaient à la hauteur du menton. Il ne bougeait pas, telle une statue. Si je n'avais pas remarqué la buée qui s'échappait de son nez lorsque ce dernier respirait, j'aurais pu le croire mort. Non, mais qu'est-ce que je racontais ?! Un mort debout ! Le manque de sommeil sûrement... Ce dernier commença à se déplacer, un sourire glacial se dessina sur son visage et il entra dans mon immeuble.

 

Mon cœur accéléra son mouvement : je le sentais battre fort dans ma poitrine. Et si cet homme venait ici ? Chez moi ? Non, c'était peu probable. Peut-être n'était-il pas rentré dans mon immeuble, mais dans celui voisin, j'avais certainement mal vu à cause de la fatigue...

 

C'est alors que je formulais diverses hypothèses dans ma tête que j'entendis des pas qui se rapprochaient dans le corridor. J'éteignis rapidement la lumière et on toqua à la porte. Je ne bougeai plus, j'arrêtai même de respirer, comme si cet homme pouvait entendre ma respiration de l'autre côté de la porte. Il retoqua.

 

« Je sais qu'il y a quelqu'un. »

 

Qu'allais-je faire ? Les filles allaient finir par se réveiller.

 

« Je veux juste discuter. »

 

Discuter ? À six heures moins le quart du matin ? Je pris mon courage à deux mains, enfin, ce que je pris surtout à ce moment-là, ce fut le couteau de cuisine qui trainait encore dans l'évier « parce qu'on ne sait jamais ». Habituellement dans les films, les victimes prennent un vase plutôt que de se déplacer jusqu'à la cuisine. Le problème, c'est qu'il n'y avait pas de vase dans l'appartement, ni même de canapé, ni rien d'autres... Ce Shikamaru...

 

Je déverrouillai doucement la porte, le souffle court. Lorsque j'ouvris celle-ci, l'homme de la ruelle me fit un grand sourire, dévoilant des dents pointues. Je tenais avec force le couteau de cuisine caché dans mon dos.

 

« Salut, commença l'homme.

 

- B-Bonjour, répondis-je, hésitante.

 

- Je suis l'homme que tu observais dans la rue.

 

- J-Je sais, bégayai-je, enfin non ! C'est plutôt vous qui m'observiez.»

 

Il pencha sa tête sur le côté puis me dévisagea.

 

« Hum, ça te dirait de venir chez moi ? »

 

Il dut comprendre à mon regard que ma réponse serait négative. J'en profitai pour resserrer ma prise sur le couteau que je cachais toujours derrière mon dos.

 

« En réalité, je suis ton voisin, j'habite le même palier, m'expliqua-t-il. Nous n'avons sûrement pas encore eu l'occasion de se voir. »

 

Le soulagement fut tel que je laissai malencontreusement tomber mon couteau... Qui se planta droit dans le parquet. Pour une première impression, il allait vraiment me prendre pour une folle ! Je me sentais déjà rougir... Et ce dernier ne trouva rien de mieux à faire que rire. Je n'en croyais pas mes yeux : il se moquait de moi ! Voyant que je me sentais de plus en plus mal, il réussit à articuler une phrase.

 

« Alors comme ça, je fais peur ? » plaisanta-t-il non pas sans un sourire en coin.

 

Cette situation l'amusait énormément, moi pas.

 

« C'est pas la peine de se moquer, rétorquai-je, vexée. Avec votre tête, c'est normal d'avoir peur ! »

 

Son sourire disparu instantanément.

 

« Tu peux toujours parler avec ton pyjama ! répliqua-t-il. Déjà que j'aime pas les cœurs, mais alors là, c'est complètement... »

 

Je ne lui laissai pas le temps de répondre et claqua la porte. Non mais pour qui se prenait-il celui-là ! Je baissai les yeux et remarquai qu'il n'avait pas complètement tort : ce pyjama était horrible, mais le mien était toujours dans les cartons alors Hinata m'en avait prêté un vieux et je n'avais pas voulu la vexer en refusant...

 

« Au fait, moi c'est Suigetsu ! » entendis-je de l'autre côté de la porte.

 

Je m'apprêtais à répondre, mais je repensai à Temari et Hinata qui dormaient encore... Quoique, après ce boucan, peut-être plus. Je décidai tout de même de ne pas répliquer. Je repartis finalement me coucher : si je pouvais au moins dormir une heure...

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Le matin, alors que je prenais mon petit déjeuner, Temari s'était plainte des voisins : ils parlaient trop fort dans les couloirs et cela l'avait réveillé. Elle jura que la prochaine fois, elle irait leur en toucher deux mots. Je n'avais pas osé avouer que c'était en partie à cause de moi qu'il y avait eu du bruit, de peur des représailles.

 

Je décidai de ne pas aller travailler aujourd'hui : il fallait que je parle au directeur.

 

En arrivant à l'hôpital, je pris directement l'ascenseur pour rejoindre le dernier étage où se trouvait son bureau. J'espérais qu'il y serait. Je toquai donc à la porte, puis entendis un bref « entrez ».

 

Sasuke Uchiha était assis derrière son bureau, une pile de dossiers posés devant lui. En me voyant, il releva simplement la tête et attendit que je daigne commencer à parler. Le problème était que finalement, je ne savais pas quoi lui dire. Du moins, par où commencer. Cette nuit, je m'étais dit que je devrais m'excuser et le remercier, mais c'était plus facile à dire qu'à faire.

 

« Je n'ai pas toute la journée à vous accorder, que me voulez-vous ?

 

- J-Je voulais vous remercier pour les examens... Alors que je... que j'ai...

 

- Alors que vous avez été insolente ? C'est le mot que vous cherchiez, non ? demanda-il même si sa question sonnait plutôt comme une évidence. Je suis directeur d'hôpital, pas un tyran. »

 

J'étais restée silencieuse, abattue par cette situation qui me dépassait. Je ne savais ni quoi répondre, ni que faire. Le pire était qu'il avait raison : j'étais complètement immature. Je ne savais pas pourquoi je réagissais ainsi, ce n'était pas vraiment dans mes habitudes...

 

« J'ai une proposition à vous faire, déclara-t-il soudainement, en reculant sa chaise du bureau. Par rapport à l'argent du traitement, je peux vous en prêter...

 

- Et qu'est-ce qui vous fait dire que je n'ai pas cet argent ?

 

- Non mais quelle fierté ! Et pourtant vous ne semblez pas être insensible : vu vos cernes, vous n'avez pas dû beaucoup dormir. »

 

Il fallait que j'arrête de me comporter comme une idiote ! Il me proposait de l'argent et je continuais encore de le provoquer, mais je n'aimais tellement pas ce sentiment d'infériorité à son égard ! Et pourtant il avait raison : j'étais trop fière et je ne voyais plus où étaient mes priorités.

 

« Excusez-moi, soufflai-je. »

 

Ses traits changèrent quelques secondes sous l'effet de la surprise avant de redevenir impassible : il ne devait pas s'attendre à entendre ses mots de ma bouche.

 

« Bon, reprit-il. Je disais donc que je peux vous avancer l'argent, mais à une condition.

 

- D'accord, donnez vos conditions, de toute façon, j'accepte. »

 

Un léger sourire en coin se dessina sur son visage.

 

« La voici : vous travaillerez pour moi dans mon hôtel durant quatre ans et huit mois.

 

- C'est vrai... C'est tout ? demandai-je.

 

- Je pense que c'est déjà assez, après tout, je ne sais pas de quoi vous êtes capable. Je prends des risques, je ne sais pas ce que vous valez, ajouta-t-il.

 

- Vous pouvez me faire confiance, je viens juste d'obtenir mon diplôme universitaire en gestion informatique. Si je ne sais pas, j'apprendrais.

 

- Bien, vous commencerez demain à la première heure à l'hôtel Binfen, il y aura une réunion au dernier étage, soyez-y.

 

- J'y serais, confirmai-je, merci. »

 

Alors que je me retournais pour sortir, Sasuke Uchiha m'interpella une dernière fois.

 

« J'allais oublier : ne parlez à personne de notre accord.

 

- Oui bien sûr, je comprends, répondis-je, ravie. »

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