Un avant-goût?

par Kimikokoi



CHAPITRE 14 : Un avant-goût ?



Des pensées désagréables agitaient toujours mon esprit et je n'avalai presque rien du dîner. En même temps qui aurait encore de l'appétit après le festin de ce midi ? Question bête, j'en connaissais au moins un : Naruto. Évoquer mon meilleur ami me redonna pour quelques minutes le sourire, mais la sollicitude d'Hinata devant mon air préoccupé réveilla ma culpabilité. Finalement je ne pris qu'un fromage blanc avec de la confiture avant de prendre congé des autres membres de la famille.

« Tu vas trouver la chambre ? me demanda Sasuke.

- Euh tu n'as qu'à me dire comment m'y rendre.

- Je peux t'accompagner si tu préfères, offrit-il et je fus surprise par sa spontanéité.

- Pas la peine ! Finis tranquillement et profite. Je devrais m'en sortir » répondis-je naturellement mais il avait fallu qu'il ajoute ironiquement :

«  C'est vrai que tu as un sens de l'orientation incroyable.

- Qu'il est drôle ! dis-je dans la même veine.

- Tu es prête car je ne me répéterai pas.

- Hum, émis-je vexée.

- Bien ! Quand tu retourneras dans l'entrée, tu auras deux grands escaliers, n'emprunte pas celui de droite.

- Ce serait plus simple de me dire tout de suite le bon !

- Ne m'interromps pas ! Une fois en haut, prends le couloir de gauche et là tu arriveras à une sorte de rotonde menant à différents appartements. Le nôtre est à dix heures et quart.

- Dix heures et quart ? Tu ne peux vraiment pas parler comme tout le monde, tu veux que je me perde ou quoi ?

- Repose-toi bien chérie, je te rejoins plus tard » conclut-il plutôt fier de lui. Il voulait avoir le dernier mot hein ? Sans réfléchir davantage, je m'approchai de lui d'une démarche féline et me penchai assez pour que nos yeux soient à la même hauteur. J'étais certaine que mon sourire sournois et mon regard de défi ne lui avaient pas échappés, en voyant ses sourcils se froncer de méfiance. Mais c'était trop tard, déjà ma bouche s'écrasait sur la sienne brutalement. Il n'y eu aucune douceur juste un esprit de dominance. Cela ne dura qu'une seconde mais ma réussite fut complète quand je vis son air médusé. Tu ne t'attendais pas à ça Uchiha ! À peine cette pensée formulée que je me sentis aussitôt attirée vers l'avant. Mes mains se levèrent par réflexe et rentrèrent en contact avec le torse à la fois dur et souple de Sasuke, tandis que de nouveau nos souffles et nos lèvres s'affrontaient. Nos yeux grand ouverts ne se quittaient pas. C'était une véritable bataille et aucun de nous ne voulait céder. Ce ne fut que lorsque retentit le rire gras d'Itachi que nous nous détachâmes subitement, tous deux essoufflés et rouges.


« Tu es sûr de ne pas vouloir monter avec elle petit-frère ? ».


Notre pseudo-dispute eut l'air d'amuser la galerie. Sasuke grommela, il me semble, un refus et je quittai la scène, légèrement contrariée mais trop fatiguée pour le lui faire payer, du moins pour le moment. Répétant inlassablement les instructions de Sasuke, je pris le bon escalier mais je compris bien vite qu'encore une fois, il s'était joué de moi. Le couloir de gauche hein ? Deux corridors se séparaient ensuite et je n'avais aucune idée duquel choisir. Évidemment, mon flair ne m'était d'aucune utilité et aucune petite voix ne me souffla la solution. Vaincue, ça se joua à « Au bout de trois, ça sera toi ». Voilà comment j'atterris dans une pièce plutôt lugubre ; elle aurait bien besoin d'un coup de chiffon. Fait étonnant quand on connaissait la maîtresse de maison. À cet instant la petite voix me conseilla vivement de faire demi-tour mais de toute façon je ne l'écoutais jamais alors je n'allais pas faire d'exception, c'était un principe que diable !


Les volets étaient fermés et je cherchai à tâtons une quelconque source de lumière. Le jour se fit enfin et dévoila une imposante bibliothèque. Des centaines et des centaines d'ouvrages, certains datant du siècle des Lumières se trouvaient parmi eux. J'avais découvert un trésor. Des habitants de cette maison, je n'imaginais que le patriarche pour s'enfermer ici. Je ne devais certainement pas rester mais tous étaient encore à table... Je pouvais bien m'attarder cinq minutes et ressortir ensuite, ni vu ni connu ! Ma conscience en paix, je parcourus prestement les titres tous plus pompeux les uns que les autres pour m'arrêter sur celui d'un livre très ancien consacré à la médecine et plus particulièrement sur mon domaine de compétence. L'intégralité du texte était dans sa version originale, c'est-à-dire en vieil allemand du seizième siècle. Pas de bol, je n'avais jamais étudié cette langue. Il me démangeait tout de même d'observer les gravures qu'il contenait.


« Que faites-vous là ! résonna une voix puissante et grave contre les vitrines protégeant cette mine d'or.

- Pardon, je... je me suis perdue et euh, bafouillai-je pitoyablement sous le regard impénétrable du patriarche, Fugaku Uchiha.

- Vous êtes ici dans mon bureau, personne n'y entre sans mon autorisation.

- Je ne savais pas, j'en suis vraiment désolée, m'excusai-je encore ne sachant quoi faire de plus. Peut-être pouvez-vous m'indiquer la chambre de Sasuke ? osai-je demander d'une voix aiguë que je ne me connaissais pas.

- Hum, suivez-moi ».


La gaffe ! Franchement, j'ai failli avoir une crise cardiaque, la curiosité est un vilain défaut Sakura ! Si j'avais marqué quelques points depuis mon arrivée, le tableau était de nouveau vierge. J'emboîtai le pas à mon guide qui s'engageait dans l'autre corridor, de peur de le perdre de vue. Très vite, il s'arrêta devant une porte aussi blanche que les autres mais sur laquelle était écrit en lettres de bois le prénom du cadet de la fratrie, avec ça je pourrais le charrier à vie.


« Vous ne vous perdrez plus ?

- Non, m'empressai-je de répondre, ça n'arrivera plus ».


Mais pourquoi ne disparaissait-il pas comme il était apparu ? Parce que là, l'air devenait irrespirable. Et moi comme une idiote, je restais aussi plantée sur place, n'osant pénétrer dans la pièce en sentant ce regard scrutateur. Finalement, il détourna la tête et je pus reprendre contenance, mais pour une raison inconnue, je ne me résolus pas à le laisser partir comme ça.


« Vous avez vraiment une très belle collection !

- Je le sais.

- Bonne nuit » lançai-je encore mais seul un murmure me parvint avant que sa silhouette ne se mélange aux ombres de l'étroit passage. Quelle troublante rencontre !


Cela faisait un bout de temps que Sakura était montée et j'étais surpris de ne pas l'avoir vue débouler comme une furie. Après tout, j'avais omis un léger détail dans l'itinéraire à prendre ce qui avait dû la contrarier. C'était une blague stupide mais je ne pouvais m'empêcher de saisir toutes les occasions de la provoquer. Elle avait à peine quitté la table que l'ambiance en pâtit. Elle apportait une chaleur peu commune, de par son impétuosité et son naturel... Ou était-ce que les personnes encore présentes ne faisaient qu'altérer mon humeur ?

Très rapidement après son départ, mon père s'était aussi levé de table prétextant la nécessité de passer un coup de fil important. Pourtant aucun de nous n'était dupe, le solitaire Fugaku voulait simplement retourner dans sa bulle de tranquillité, autrement nommée « bureau ». J'avais beau bien m'entendre avec mes cousins, je n'aspirais plus qu'à une chose : me reposer et me soustraire aux regards affectueux mais insistants de ma mère et aux railleries de mon frère.

Pour la première partie, je prenais mes rêves pour la réalité. Partager une chambre avec la demoiselle demandait des nerfs solides, surtout qu'en ce moment j'avais des besoins « particuliers ». En clair, l'équation Sakura, moi et lit à proximité ne pouvait équivaloir qu'à une nuit sans sommeil. Ça aurait été pareil avec n'importe quelle autre femme évidemment...

Épuisé rien que d'y penser, je montai dans ma chambre après avoir salué tout le monde. Rien ne m'avait préparé à ce qui m'attendait. À peine avais-je ouvert la porte que mes yeux s’écarquillèrent de stupeur. Par pur réflexe, je vérifiai que mon nom était bien celui écrit sur le panneau de bois. Je ne pouvais pourtant m'être trompé. Prenant une profonde inspiration je me confrontai de nouveau à ce qui représentait pour moi l'enfer sur terre : le désordre.

Je n'en revenais toujours pas. Un tas de tissus non identifiés faisait office de tapis au pied du lit, dont les draps auparavant impeccables étaient aussi froissés qu'un pruneau confit. D'autres immondices parsemaient le sol, on aurait dit une scène de crime et j'étais le premier sur les lieux. Dans cette affaire la coupable serait vite appréhendée.

Comment une créature aussi petite pouvait être à l'origine d'un tel bordel ? Où était-elle d'ailleurs ? Calmant ma respiration qui s'était affolée devant l'horreur, mes sens purent se mettre au travail et j'entendis l'eau de la douche couler. Parfait elle était coincée ! Mon sang ne fit qu'un tour et je parcourus le chemin truffé de pièges qui menait à la salle de bain en un éclair.



Ah cette douche était pour moi le paradis ! L'eau s'écoulait comme un rideau de soie brûlante sur ma peau. Mon corps au début récalcitrant ne pouvait désormais envisager d'en quitter la chaleur insoutenable mais si apaisante. Bien vite, hélas, ce qui devait être un moment délicieux fut interrompu. Un bruit sourd mais insistant faisait trembler la porte et le pare-douche en verre. Je voulus l'ignorer mais ce fut impossible quand vint s'y ajouter le timbre colérique de Sasuke. Et puis merde ! Le charme définitivement évaporé, j'éteignis le mitigeur. Je pus alors distinctement entendre les mots peu flatteurs qu'il m'attribuait. Non franchement, je ne préférerais pas les répéter...


« Sakura !!! gronda Sasuke, tambourinant comme un détraqué sur la porte qui semblait tenir le coup par miracle, sors d'ici tout de suite ! Merde ! ». Conjointement, j'entendis comme quelqu'un qui trébuchait.

- Tu t'es fait mal ? me renseignai-je craintivement

- Saloperie ! jura-t-il contre je-ne-sais-quoi, sors !

- Je n'ai pas fini ! chantonnai-je espérant qu'il se calme.

- Espèce de... Je n'en ai rien à foutre, sors de là tout de suite !

- Laisse-moi cinq minutes, le temps de me rincer et de m'habiller. Vu son état, il était plus sage de rester là.

- Immédiatement ! Je ne supporterai pas ça une seconde de plus !

- De quoi « ça » ? demandai-je d'une petite voix.

- Tu te fous de ma gueule ? Ici c'est Bagdad !

- Ah... Je pensais avoir le temps de ranger avant qu'il ne monte, murmurai-je en me frappant le front.

- Tu te décides ?

- Cinq petites minutes et j'arrive, promis.

- Tu sors c'est tout... ou je viens te chercher.

- Tu n'oserais pas ? dis-je autant par défi que par peur.

- Tu paries ?

- De toute façon, la porte est verrouillée ! » balançai-je bravement. Oh merde, j'ai oublié de le faire ! Mais il n'essayera pas d'entrer n'est-ce-pas ?


N'osant tenter le diable, je sortis précipitamment de la douche pour me saisir de la première serviette disponible. C'est à cet instant-même qu'un courant d'air balaya ma peau humide, me faisant frissonner même sous l'épais tissu. Oh non ! Il a osé...

Levant subitement le regard sur la porte, celui-ci rencontra les yeux noirs furibonds de Sasuke. Il regarda ensuite sa main qui avait ouvert sans effort mon seul rempart, pour revenir sur moi.

« T'as dit que t'avais fermé... grommela-t-il comme pour se justifier de son entrée fracassante.

- Je l'ai dit oui.

- C'était faux... commenta-t-il sa colère semblant s'être apaisée.

- Visiblement ! m'agaçai-je tout de même, tu peux dégager maintenant ?

- Pourquoi ? Tu n'as qu'à faire comme si je n'étais pas là, suggéra-t-il s'appuyant sur le chambranle totalement décontracté. Pour ma part je ne remettrai pas un pied dans cette chambre tant qu'elle ne sera pas rangée !

- Certainement pas ! criai-je outrée et nouant sommairement la serviette autour de ma poitrine je tentai de le pousser hors de la pièce. Bouge !

- Et bien un petit effort, il va falloir se remettre au sport ma vieille !

- Bouge putain ! m'entêtai-je épuisant mes forces et mon souffle alors que lui n'avait pas cédé d'un centimètre ; déprimant ! Tu n'as qu'à fermer les yeux le temps que j'arrive et que je range.

- Dépêche-toi alors ! Ou je te jure qu'habillée ou en tenue d'Eve, tu le feras ! menaça-t-il quittant la pièce tranquillement.

- Et la porte ! » hurlai-je et Sasuke se retourna pour claquer celle-ci violemment.



Une tarée ! Une tarée bordélique, naïve, inconsciente, bruyante, écervelée, indécente et sexy ! Putain de merde ! J'avais l'esprit aussi en vrac que ma chambre et l'auteur de ces deux désastres était le même. Il me fallait ingurgiter quelque chose pour effacer l'image de ses jambes fuselées que la minuscule serviette n'avait pu dissimuler. D'ailleurs j'avais pratiquement tout vu. L'imbécile avait juste eu le temps de placer sa misérable protection devant elle, cachant sa poitrine et son pubis ne tenant pas compte du grand miroir qui m'avait offert une vue imprenable sur son dos nu, sa fine taille et ses fesses rebondies. La sensation de ses mains mouillées sur ma peau sèche quand elle avait essayé de me chasser avait provoqué en moi mille fourmillements. Ajoutez à ça un sevrage sexuel de plusieurs semaines et le résultat était évident : un pantalon devenu bien trop moulant. Le délaissant pour un jogging bien large, je descendis dans la salle de billard pour me servir un bon whisky. J'avais juste à sceller dans un coin de mon esprit le récent épisode et ne plus jamais l'évoquer ! Voilà ! C'était parfait, du silence, un bon alcool et personne pour venir troubler mes pensées. Ça n'allait évidemment pas durer.



Ce con était entré, comme ça ? C'était une salle de bain pas un fast-food, j’espérais quand même que la vue lui avait ouvert l'appétit, juste pour flatter mon ego. Calmant ma colère, je me mirai un instant dans la glace que l'air frais avait désembuée. J'avais les joues écarlates, rien d'étonnant par cette chaleur mais intimement je savais qu'elle n'en était pas la seule responsable. J'aurais pourtant aimé que notre gêne fut partagée ou au moins apercevoir, un tressaillement, un battement de cils de trop, mais rien ! À croire que cet homme était toujours sous contrôle. En y réfléchissant, il n'avait rien pu voir de toute façon, j'avais été suffisamment rapide pour préserver mon intimité. Rassurée bien qu'un pincement au cœur que je ne m'expliquai pas se fit sentir, je finis mon brin de toilette pour me rendre compte, évidemment, que je n'avais pas emporté mon pyjama. M'approchant de la porte, j'y collai une oreille pour y détecter un mouvement ou un juron, mais rien ne me parvint. Soit le pervers s'était assoupi, soit il avait déserté la chambre. Serrant bien contre moi la serviette, je baissai la clenche et aussi légère qu'une ballerine je posai une pointe de pieds puis l'autre sur le parquet ancien. Cette excès de prudence était inutile puisqu'il n'y avait aucune trace de Sasuke. Admirant les résultats de mon manque de soin, je dus admettre que cela devait être un spectacle terrifiant pour les non initiés au bazar organisé. Courageusement je ramassai mon mini-short et un large t-shirt rose pétant que Lee m'avait offert lors d'une sortie à Disneyland ; « Un jour mon prince viendra » était floqué sur le devant. À l'époque, il pensait qu'il s'agissait de lui, mais ce qu'on peut être naïf quand on est adolescent. Enfilant ma tenue d'apparat, je remarquai un placard laissé grand ouvert avec des tiroirs et des étagères disponibles. Oh quelle subtilité Sasuke, merci ! Ni une ni deux, je fourrai mes sous-vêtements dans un tiroir, puis ce fut au tour de...


« Qu'est-ce que... ? s'éleva une voix masculine à ma droite. Prise en flagrant délit de « bourrage » je restai statufiée.

- Tu ne vas quand même pas mettre tes affaires en boule là-dedans, continua Sasuke.

- Pourquoi ? Ça te pose un problème ? tiquai-je devant son air effaré, pourtant totalement consciente de mon immaturité.

- Non mais regarde-moi cette chemise ! Tu ne peux pas la porter dans cet état ?

- Bah si. Tu tires un peu dessus et c'est bon.

- Tu as pensé à ce que les gens peuvent penser de toi en voyant ta tenue ?

- Ah ça oui ! Les hommes veulent me voir défaire un bouton supplémentaire et les femmes que je resserre un peu ma veste.

- Ça fait négligé ! Si tu venais pour un job chez moi avec cette loque sur le dos, je te raye de la liste d'office !

- C'est de la discrimination vestimentaire !

- Non c'est de l'irrespect !

- Et puis si je cherchais un taf, je l'aurais repassée ta chemise ! C'est bon je ne suis pas débile non plus. Mais là on est en week-end, pas en...

- Tu bosses pour moi en ce moment, dois-je te le rappeler ? Et j'exige une tenue irréprochable. Allez donne-la moi !

- De quoi ? demandai-je suspicieuse, retenant le bout de tissu froissé contre mon torse.

- Ta chemise ! répondit-il fatigué, sortant d'un placard attenant une table à repasser et un fer à vapeur dernière génération. Je ne pus contenir mon hilarité.

- Sasuke le gendre idéal ! PDG le jour et fée du logis le soir !

- Très drôle, ahaha... ironisa-t-il en m'arrachant des mains le vêtement, plie le reste en attendant.

- À vos ordres... pouffai-je de nouveau, mais la réelle dextérité de Sasuke m'impressionna au plus haut point. Tu as pris des cours ?

- C'est encore une vacherie ?

- Non c'est une vraie question, dis-je ne quittant des yeux ses gestes fluides et le tissu devenir impeccable comme par magie.

- J'ai quitté la maison assez tôt pour mes études. J'ai emménagé seul dans un studio, c'était donc inévitable.

- Je vis seule depuis deux ans et je n'ai pas de fer chez moi. Attention tu vas te brûler ! Le prévins-je en remarquant son air ahuri ; j'avais dit une connerie ou quoi ?

- Je ne pourrais jamais vivre avec toi ! déclara-t-il solennellement.

- Ça tombe bien je ne te le propose pas ».


Le silence prit place sur ces mots et chacun guettait les mouvements de l'autre. Sasuke en termina de sa corvée en quelques minutes, qui en était tout sauf une pour lui, tandis que je pliais mon linge. Sasuke prit quelques-unes de ses affaires pour se préparer pour la nuit. À son retour, j'eus droit à quelques grognements mécontents quand un bout de manche dépassait ou qu'un bas de pantalon n'était pas bien aligné. Heureusement il me laissa faire, déjà satisfait de mes efforts. Une fois cela fait, j'observai mon compagnon, négligemment allongé sur la méridienne, un livre à la main.


« Tu dors là-dessus ? questionnai-je dans un élan de culpabilité, après tout c'était sa chambre et j'étais plus petite, le lit serait bien plus confortable pour lui.

- Oui.

- Mais pourquoi ?

- Tu ne peux pas seulement te satisfaire de la situation, s'agaça-t-il au départ puis il ajouta malicieusement, à moins que tu veuilles que je dorme avec toi ? Dis-le tout de suite si tu as peur de te retrouver toute seule dans ce grand lit, me taquina-t-il.

- Ça n'a rien à voir.

- Tu veux que je regarde s'il y a des monstres sous le lit ? À moins que ce ne soit une invitation !

- Ni l'un, ni l'autre, ronchonnai-je, je veux juste savoir... Mais je commence à croire que c'est toi qui as peur de partager ce lit avec moi. Oh je sais, tu crains de ne pouvoir contrôler tes pulsions face à mon corps de déesse ? dis-je mettant mes bras devant ma poitrine mimant la pudeur, pervers !

- Quelle chieuse, murmura-t-il mais cela ne m'échappa nullement, il faudrait que la planète soit sur le point d'exploser pour que je couche avec toi ! m'expliqua-t-il tout en retirant son haut.

- En fait je trouve ça plutôt flatteur, réfléchis-je.

- Quoi ?

- De toutes les femmes encore présentes c'est moi que tu choisirais... je me sens... émue !

- La ferme ! répliqua-t-il en me balançant son T-shirt. Je pris alors conscience de sa semi-nudité et il nota mon air interloqué.

- Quoi encore ?

- Tu dors, comme ça ?

- Non, je dors totalement nu mais j'attends qu'on ait éteint les lumières pour retirer mon slibard ! rétorqua-t-il.

- Oh c'est bon, c'est juste que... je te croyais pudique.

- Déçue ? railla-t-il. Pas le moins du monde !

- J'ai vu mieux, mentis-je sans scrupule scrutant le beau brun qui se renfrogna.

- Je lis un peu, ça ne te dérange pas ? me demanda-t-il alors.

- Est-ce que cela changerait quelque chose si je disais que siiiiii ?

- Pas vraiment, admit-il avec un sourire en coin.

- Alors fais-toi plaisir ! soufflai-je en me glissant sous les draps, bonne nuit !

- Hum ».


Il n'était pas si tard mais d'avoir été en permanence entourée m'avait crevée. Je tournai le dos à Sasuke et à son torse nu. Je me demandais juste s'il avait été sincère ou s'il dormait dans cette tenue juste pour me faire chier... Mais pour un homme cela ne demandait pas beaucoup d'efforts, surtout quand on était aussi bien foutu que celui qui se trouvait à deux mètres de moi. Mes yeux ne voulurent pas se fermer alors autant les rendre utile. Je tournai la tête vers le sujet de mes tourments et me mis à l'observer à la dérobée. Une de ses mains était calée derrière sa nuque lui assurant une position relativement confortable pour son activité tandis que l'autre tenait le livre. Il avait de belles mains, longues mais pas trop fines, je me demandais si elles étaient aussi douces qu'elles en avaient l'air. Ses jambes musclées étaient cachées par un drap qui n'en cachait nullement les contours. J'avais chaud, très chaud ! J'abandonnai finalement ma contemplation. Inutile de vous dire que l'image d'un Apollon brun me tint compagnie un bon moment avant que je ne m'endorme comme une masse.


Il ne fallut pas longtemps à ma compagne pour rejoindre le pays des songes, j'avais pensé la troubler un peu mais elle n'avait même pas ciller, décevant ! Bon de quoi parlait l'auteur déjà ? De crise économique... Je n'arrivais pas à me concentrer sur ma lecture, le moindre mot équivoque me ramenait à... la « courbe » de ses seins et à la « chute » de ses reins. Pris d'un élan soudain, je saisis mon téléphone portable et consultai mon répertoire. Laquelle de mes conquêtes était libre en ce moment et pouvait me faire passer un bon moment ?Aucun des noms féminins ne m'attirait. Non, ce n'était pas ce dont j'avais besoin. Il me fallait de la nouveauté, de quoi me satisfaire pleinement et ne pas avoir l'impression de goûter à un plat réchauffé, sans vouloir être machiste. Une soirée dans un bar serait parfaite, un bon plan drague avec une fille légèrement inaccessible sans pour autant être prise de tête, voilà qui était alléchant.


Rrrrron fit ma voisine. Je ne rêvais pas, Sakura ronflait, comme tue-l'amour c'était pas mal. Il était temps de dormir aussi, c'était après tout l'occasion de récupérer de mes semaines de folie au bureau. Déposant le magazine, je me levai pour appuyer sur l'interrupteur principal et me rendis compte que la lampe de chevet de Sakura était aussi allumée. J'étais presque sûr que même si un marteau-piqueur se mettait en route, rien ne la réveillerait. Je m'apprêtais à éteindre mais ne pus m'empêcher de jeter un œil à la belle endormie. Belle, tout est relatif. Un pied dépassait du lit, elle dormait la bouche ouverte et des cheveux venaient lui chatouiller les narines. Il y avait mieux comme sujet de fantasme. Cette image me fit sourire et sans que je ne le réalise ma main dégagea une mèche révélant la droiture de son nez et la rondeur de ses hautes pommettes. Son visage avait quelque chose de fascinant, à la fois enfantin et féminin. Mais c'étaient ses lèvres qui appelaient au péché, pulpeuses, leur douceur et leur expertise n'étaient plus à démontrer. Nerveux, je secouai la tête pour reprendre pied à terre et d'un geste brusque qui ne trahissait en rien les émotions qui m'agitaient, je remontai le drap qui avait glissé jusque sous sa taille. Quand elle se recroquevilla, un sourire béat vint orner sa figure. De quoi pouvait-elle bien rêver ? Je retins avec peine un bâillement, le noir envahit ensuite la chambre et je me couchai, pas vraiment serein.