On n'est pas si différents

par Kimikokoi


CHAPITRE 13 : On n'est pas si différents



Comme me l'avait expliqué Sasuke, à la fin du repas les hommes s'absentèrent pour disputer une partie de billard « loin des piaillements et des préoccupations futiles propre à la gent féminine », pour citer mon « futur-ex-beau-frère » Itachi. Je me suis retenue de justesse de lui asséner mon poing dans sa jolie petite gueule, de quoi faire en sorte qu'aucune idiote ne s'intéresse à lui pendant quelques jours, bien que pas besoin d'un visage quand on a de l'argent. Je me serais juste démoli la main pour rien. De toute façon, je n'ai pas eu besoin d'intervenir puisque ma nouvelle amie Naori s'en chargea admirablement, vraiment le spectacle fut instructif et... jouissif !

Je devrais trouver un surnom à cet oiseau de mauvais augure ce serait plus commode que cette appellation à rallonge. Que diriez-vous de... Petite bi.. Non ! Trop vulgaire ? Mais ça lui irait si bien !

Nous nous retrouvâmes donc entre filles, même si j'avais l'impression d'être mise sur la touche, la situation n'eut pas l'air de déplaire à mes compagnes.


« Bien ! Maintenant que l'air est purifié de toute testostérone, place à la véritable réunion de famille ! débuta Naori, même vous Charles êtes prié de débarrasser le plancher » ordonna-t-elle lorsque ses yeux se posèrent sur le pauvre majordome.


Toutes prirent, ravies, la direction de la véranda et je ne pus que les suivre, alors que cet acte de discrimination sexuelle m'agaçait toujours autant et en même temps m'intriguait.


« Mikoto ma chérie, veux-tu bien faire du thé ? Et n'oublie pas ces délicieux petits biscuits à la cannelle, s'empressa-t-elle d'ajouter les yeux brillants de gourmandise.

- J'en ai racheté une boîte exprès pour vous, commenta notre hôtesse, certaines veulent-elles du café à la place du thé ?

- Ce sera parfait comme ça pour moi, répondit Hinata tandis que j'hochai négativement la tête.

- Je reviens, ne commencez pas sans moi !

- Dépêche-toi alors, car après j'aimerais bien me reposer dans la chambre » répliqua la grand-mère.


Elle avait beau crier fort et agir comme une jeunette, l'âge pouvait être cruel et la fatigue la rattrapait constatai-je, ne pouvant réprimer un sourire compatissant, qui passa pourtant inaperçu. Tant mieux, sinon j'aurais certainement eu droit à une remarque acerbe. Hinata prit naturellement des nouvelles sur la santé de sa parente, tandis que mes pensées se dirigèrent vers Sasuke, en attendant le retour de sa mère. Que pouvait-il bien se passer de son côté ? J'imaginais une ambiance pesante, le pauvre devait être sur des charbons ardents passant son temps et son énergie à justifier notre relation et à apaiser les tensions. Je ne pouvais pas plus me tromper.




Ayant laissé les femmes papoter entre elle, nous, les hommes, allions pratiquer notre activité préférée : se détendre, sans se prendre la tête. Après un aussi bon repas où le bon vin coula à flots, les tensions s'apaisaient, les barrières morales et éducationnelles tombaient et mon cousin en était un parfait exemple. Droit, poli et conventionnel au quotidien, il devenait taquin, passionné et... collant, dès que la barre du gramme d'alcool dans le sang était franchie.


« Alors cousin, c'est une bien belle prise que tu as là, ça fait combien de temps que ça dure ? m'interrogea Neji, complètement désinhibé.

- Ça fera bientôt sept mois, lui répondis-je tranquillement, ayant répété ce discours des dizaines de fois avec Sakura durant notre trajet en voiture.

- Écoutez-le, il compte même en mois ! s'extasia mon interlocuteur prenant à partie le reste de l'auditoire, ce qui suffit pour faire intervenir mon frangin.

- Espérons que l'on n'ait pas à le faire en années, railla-t-il se servant un verre de Whisky, tandis que mon père et mon oncle mettaient en place les boules de billard sur le tapis rouge de la table.

- Quelles sont les équipes ? demandai-je afin de détourner la conversation.

- Mettez-moi avec mon frangin, suggéra Itachi m'entourant les épaules d'un bras dont je m’extirpai abruptement.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, déclarai-je les molaires serrées et Neji confirma.

- En effet, sinon c'est au Cluedo que l'on va finir par jouer : Sasuke le PDG, dans la salle de billard avec...., il plissait les yeux en observant attentivement la pièce mais il fut interrompu.

- Avec sa queue...de billard ? proposa mon aîné en regardant mon entrejambe, je ne risque pas grand chose à mon avis, commenta-t-il hilare.

- Mon poing dans ta face devrait faire l'affaire dans ton état actuel, le menaçais-je ce qui lui fit ravaler un gloussement et je n'en fus pas peu fier.

- On se calme, intervint notre père, on est ici pour se détendre pas pour se taper dessus, vous aurez tout le temps de régler vos différends quand vous ne serez plus entre ces murs, en attendant vous allez faire plaisir à votre mère et vous tenir tranquille.

- Je veux bien prendre Sasuke dans mon équipe, annonça Hiashi permettant ainsi aux esprits échauffés de redescendre.

- Qui de vous deux veut jouer en premier ? s'adressa Fugaku aux deux derniers participants.

- Je laisse ma place à Itachi, répondit Neji, le temps pour moi de retrouver ma lucidité, mais après je prends l'équipe gagnante ! ». Sur ces mots, il quitta la pièce.




Elle en mettait du temps Mikoto ! Mes voisines piaillaient joyeusement de leur côté et l'ennui me gagnait. Retenant un soupir, je les avertis de mon départ tout en constatant qu'elles ne m'avaient pas vraiment écoutée. Vaincue je me dirigeai vers la cuisine, quand j'entendis quelqu'un siffloter une de mes chansons préférées. Nonchalamment apparut le cousin de Sasuke, qui lui aussi semblait se rendre à la cuisine.


« Je vois que tu as bon goût, lui fis-je remarquer.

- Merci ! répondit-il avec un grand sourire, ne sachant probablement pas que je faisais allusion à la musique.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu sais, s'aventurer à cette heure dans les couloirs est très dangereux pour un homme, dis-je en plissant les yeux de manière mystérieuse.

- Mais j'ai une arme secrète qui garantit ma survie en ces lieux » m'informa-t-il rentrant dans mon jeu et d'un geste de la tête, il me fit signe de le suivre.


De concert, nous entrâmes dans la très lumineuse pièce où s'affairait Mikoto. L'eau commençait à bouillir dans une casserole et Neji se précipita pour l'enlever du feu.

« 80 degrés ma tante pour le thé noir, pas plus ! s'alarma-t-il, redevenant le Neji sérieux que l'on m'avait présenté, j'arrive juste à temps apparemment.

- Désolée, je ne retrouve plus la boîte de biscuits que j'ai acheté récemment et du coup je n'ai plus fait attention.

- Vous voulez que je vous aide à chercher ? proposai-je, commençant à ouvrir quelques placards.

- Ce n'est pas de refus. Neji ?

- Je m'occupe du thé, ne t'en fais pas.

- Merci.

- Alors c'est ça ton super bouclier, tu sers ces dames, dis-je mimant une courbette exagérée.

- Et oui, c'est imparable ».


Le thé eut fini d'infuser, que nous étions encore à fureter dans les moindres recoins à la recherche de cette fameuse boîte de biscuits. Il devait y avoir des souris dans la maison ce n'était pas possible autrement. Nous allions renoncer quand entra de manière théâtrale la doyenne des invités.


« Vous en mettez du temps, nous avons presque fait le tour des ragots avec Hinata. Que se passe-t-il ?

- Je suis désolée Naori, je ne retrouve plus ce que j'ai acheté pour vous, j'étais pourtant persuadée de les avoir rangés dans le placard au-dessus de l'évier.

- Oh ! s'exclama la grand-mère qui pour une fois en resta là.

- Quoi ? demandai-je, les autres restant muets.

- Il me semble bien les avoir vus en effet...

- Mais encore ?

- Ce n'est rien Mikoto je m'en passerai pour cette fois-ci, allons nous avons perdu assez de temps, me coupa-t-elle nous prenant toutes les deux bras-dessus bras-dessous pour rejoindre Hinata sous la véranda. Neji apporte-nous le thé tu veux ? »


Après avoir exigé ses fichus gâteaux avec autant d'enthousiasme, je trouvai étrange qu'elle y renonce aussi facilement. Je m'attendais presque à ce qu'elle somme Charles d'aller en acheter. Se serait-elle assagie en l'espace d'un quart d'heure ? Cela m'étonnerait beaucoup ! Qu'est-ce qui pouvait contraindre une telle femme à changer d'avis, et puis sa réaction... comme si ça ne la surprenait pas et cette façon de changer de sujet... Oh non, j'ai compris.


« Vous les avez mangés en cachette ! l'accusai-je en chuchotant à son oreille.

- Rooo, je ne pouvais pas savoir qu'elle n'avait aucune réserve, se défendit-elle murmurant elle aussi, ce sera notre secret ! ».


Comme je le pensais il y avait bien un nuisible dans cette maison... De nouveau réunies et servies impeccablement par Neji, rien ni personne ne pouvait plus empêcher ce cercle de commères de faire ce qu'il aimait le plus. Les langues se délièrent facilement et je découvris une nouvelle facette d'Hinata. Qui dit timide dit en fait observatrice ! Elle pouvait apporter des preuves sur des rumeurs qui semblaient montées de toute pièce, finalement il était peut-être sage de ne lui avoir rien dit de notre affaire comme l'avait conseillé Sasuke.

Ne lui dites surtout pas que je lui ai donné raison ou ses chevilles pourraient bien exploser.

Bref c'était bien beau tout ça mais moi dans l'histoire, je ne connaissais pas un tiers des personnes que l'on évoquait ici, si j'avais le droit de participer, autant que les choses soient un peu plus plaisantes.

« Écoutez je ne doute pas que cette... peu importe son nom, mérite vos critiques mais est-ce qu'on pourrait, je ne sais pas, parler de quelqu'un que j'aurais au moins pu croiser ?

- Oh c'est vrai Sakura, je me suis laissée emporter, s'excusa Hinata rougissante.

- Et de qui voudrais-tu qu'on parle hein ? ironisa la douairière, de toi peut-être ?

- Non, je pensais plutôt à...

- Mais en voilà une brillante idée ! continua-t-elle m'ignorant superbement, c'est la première fois qu'une des amourettes de Sasuke se tient parmi nous, profitons-en.

- Je ne suis pas sûre de vouloir entendre quoi que ce soit, pâlit Mikoto avec laquelle je compatis. Après tout depuis tout à l'heure les ragots concernaient pour la plupart la vie sexuelle trépidante des uns et des autres.

- Pas sûre de vouloir en parler non plus, fis-je.

- Ah bon, pourquoi ? C'est parce qu'il n'y a rien à raconter ? s'esclaffa Naori.

- Vous êtes sûre que c'est bien du thé dans votre tasse ?

- Tu fuis, Sa-ku-ra ? me défia-t-elle avec ses yeux chafouins et son sourire de manipulatrice expérimentée.

- Très bien puisque vous voulez savoir, Sasuke est très bien mont- ».

Je ne pus aller jusqu'au bout car Hinata m'avait bâillonnée de ses mains, tandis que Mikoto se bouchait les oreilles tout en fredonnant une mélodie de son cru qui sonnait faux, seule Naori était aux anges. Bien malgré moi et devant une scène si cocasse, je rejoignis cette dernière dans un éclat de rire. Mince alors ! On avait le même sens de l'humour. Au fond de moi je remerciai la jolie brune de m'avoir interrompue, ce que je m'apprêtais à dire était plus que déplacé et ouvrir ma grande bouche m'aurait valu de lourdes représailles.




« Non pas encore ! se lamenta Itachi qui venait de me voir rentrer trois boules d'affilée ; si nous avions quelque chose en commun c'était bien la soif de victoire.

- Chacun son truc, toi les filles, moi... tout, expliquai-je, envoyant la boule noire dans le trou désigné par l'équipe adverse, je dois dire que je me sentais invincible.

- Quel ego petit frère, mais tu reconnais au moins qu'en amour tu ne fais pas le poids.

- Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit, lui fis-je remarquer ne pouvant m'empêcher d'être immédiatement sur la défensive.

- Ah oui, alors explique-toi ? » demanda-t-il en croisant les bras sur son torse, l'air supérieur.


Il voulait que je m'explique ? S'il y avait un enseignement que j'avais bien retenu de mon père c'était que seuls les faibles se justifiaient. Ce mot avait le don de m'hérisser et bien évidemment mon cher frangin en avait pleinement conscience.


« Je crois que tu m'as parfaitement compris, protestai-je essayant de garder mon sang-froid.

- Où est donc passé ton sens de l'humour ? ricana-t-il.

- Parce que c'est censé être drôle ?

- Tu sais Sasuke, je crois que ton pire défaut est la susceptibilité.

- Et toi, ton éternelle insouciance, le seul dont tu te préoccupes c'est toi-même » ripostai-je officiellement excédé.


Rien qu'à nous écouter on aurait dit des gamins de primaire. Pourtant c'était plus fort que moi, cette rivalité fraternelle existait d'aussi loin que pouvaient remonter mes souvenirs. Il fallait toujours que je leur prouve à tous que je valais autant que ce grand-frère trop parfait. Déjà je savais que je n'allais pas apprécier la suite.


« Si tu le dis, concéda-t-il en haussant les épaules et un sourire au coin des lèvres.

- Tu vois, tu ne réagis même pas ! m'agaçai-je face à autant d'indifférence.

- Pourquoi s'énerver ? Et puis de toute façon, ça m'ennuie, revenons plutôt aux filles. Crois-tu vraiment avoir autant de succès que moi ?

- J'en suis persuadé !

- Pourtant tu n'en mets qu'une dans ton lit, tandis que moi... il m'est impossible de les compter.

- Peut-être bien, cependant elles défilent une par une, tandis que moi je lui donne envie de rester, finalement je dois être plus doué, répliquai-je à deux doigts de briser la queue de billard que je tenais encore.

- Tu es sûr parce qu'il me semble qu'une est déjà venue se plaindre, balança Itachi me faisant l'effet d'une douche glacée.

- Itachi, cria notre père, tu as dépassé les bornes.

- Je sors prendre l'air » murmurai-je quittant la pièce sans un regard pour quiconque.


Cette simple joute verbale entre frères s'était transformée en règlement de compte. La trahison d'Itachi était encore très présente dans mon esprit et rien ne pourrait l'effacer. Mes pas m'avaient amené dans le jardin près de la mare artificielle, je pris alors une profonde inspiration cherchant à retrouver un peu de sang-froid. Mes yeux se perdirent dans les parterres de fleurs et les rosiers amoureusement entretenus par ma mère. Ils se posèrent finalement sur des silhouettes qui évoluaient sous la véranda. Trop loin pour parvenir à distinguer des visages, je décidai de m'approcher discrètement. Suffisamment proche pour identifier toutes les personnes présentes, celles-ci ne pouvaient cependant pas me voir. Seul un visage m'intéressait. Souriant pleinement Sakura semblait se délecter de l'instant, ma curiosité augmentait mais ne pouvant entendre les paroles, une certaine frustration m'envahit. Je détestais quand je ne pouvais obtenir ce que je désirais.




Des crampes ! À force de rire aux propos malicieux de Naori, j'avais les zygomatiques et les abdominaux en feu, ainsi que les yeux humides. Je ne m'attendais pas à vivre ça, c'était génial. Tout à coup Hinata attira mon attention par une main sur l'épaule.

« Je crois que ton téléphone vibre » me dit-elle.

Surprise je me retournai vers la console sur laquelle j'avais déposé ledit appareil qui vrombissait et était à deux doigts d'une chute mortelle. Bondissant, je ne pus arriver à temps, en revanche Mikoto, à un mètre du meuble le rattrapa de justesse et nous offrit un sourire triomphant. Par réflexe j'imagine, elle regarda le nom de l'interlocuteur et celui-ci s'évanouit.

« C'est qui : le mufle ? demanda-t-elle innocemment. Et mer... credi !

- Oh c'est... c'est, balbutiai-je lui arrachant presque le combiné des mains et je décrochai aussitôt espérant ainsi échapper à la question. Allô ?

- Hinata bloque la porte, elle n'a pas le droit de sortir, s'exclama la grand-mère qui fut promptement obéie, j'étais coincée.

- Sakura ? s'inquiéta Sasuke à l'autre bout du fil. Il ne me restait plus qu'à être aussi vague que possible pour ne pas être démasquée.

- Bonjour, j'écoute.

- Okay, tu ne peux pas parler c'est ça ?

- La situation n'est pas idéale en effet.

- Pourtant tu as l'air de bien t'amuser.

- Comment tu peux le savoir ?

- À ta voix.

- Oh. Ça se passe bien.

- Qui c'est ? murmura Mikoto, plus intéressée que je ne l'aurais cru.

- C'est un homme, déclara Naori suspicieuse.

- On peut se rappeler plus tard ? Je gêne tout le monde.

- Pourquoi tu ne leur dis pas que c'est moi ?

- Parce que !

- Pendant que j'y pense, joli saut, je n'ai jamais vu autant de désespoir en une seule action.

- Un saut, mais de quoi tu parles ?

- Et très seyant la serviette coincée dans la jupe, tu veux lancer une nouvelle mode ?

- Sale mu... moustique ! rectifiai-je aussitôt faisant semblant d'en chasser un, une serviette mais comment tu sais tout... ça... ».


C'est alors que par la porte vitrée je vis un bras s'agiter, Sasuke nous observait depuis tout à l'heure et prenait un malin plaisir à me ridiculiser.

« Oh mais c'est Sasuke. Tiens, lui aussi est au téléphone, remarqua Hinata.

- Tu me passes ma mère s'il-te-plaît ?

- Non » ma réponse fusa, anxieuse.


Devant mon refus catégorique celui-ci se rapprocha et fit signe à sa mère d'en faire autant. Je compris vite que je ne pourrais que céder. Exagérant son articulation, il incita Mikoto à lire sur ses lèvres, mais heureusement pour moi, elle n'était pas douée.

«  Pends le....géranium ? proposa-t-elle, mais je l'ai déjà installé dans les bacs aux fenêtres... Ah non le saxophone !

- Vous inventez un nouveau jeu ? intervint l'aînée.

- Chut, laissez-moi me concentrer.

- Il n'y a pas de son, on peut bien parler nous, répliqua l'offensée,

- Parle à Yvonne ? C'est qui Yvonne ? l'ignora Mikoto.

- Oh et puis laisse-moi essayer tiens, sinon on y sera encore à Noël, s'agaça sa belle-mère prenant sa place d'un coup de hanche, ça ne doit pas être si compliqué... ».

Sasuke répéta une énième fois sa requête et cette fois-ci je sentis le couperet me frôler.

« Il veut te parler, dit-elle en se rasseyant dans le rocking chair.

- Oh mais il n'a qu'à venir.

- Le téléphone ma chère, prends le téléphone de la miss là » explicita-t-elle.


Ça y est, elles allaient toutes m'en vouloir et me détester, j'allais crouler sous les dettes et finir ma vie sous les ponts. Je tendis réticente l'appareil à Mikoto qui me regardait avec des yeux ronds.



Il était temps que ma grand-mère prenne les choses en main, je n'avais pas envie de passer la soirée à faire le singe.

« Maman ?

- Oh c'est toi mon cœur.

- Tout se passe bien ? Mamie ne martyrise pas trop Sakura ?

- Non, elles s'entendent même plutôt bien, on dirait deux sœurs.

- Je savais qu'elle lui plairait.

- C'est une jeune femme vive et intéressante. J'avais peur qu'elle ne se sente pas à l'aise parmi nous.

- Oh c'est un peu comme de la mauvaise herbe, elle est bien partout, plaisantai-je.

- Sasuke !

- Quoi ? C'est vrai qu'elle a beaucoup de qualités, elle est généreuse, intelligente mais la plupart du temps, elle est insolente et butée... alors ça oui ! Qu'est-ce qu'elle peut être butée !

- Tu as l'air heureux » me sourit-elle émue.


En avais-je vraiment l'air ? Peut-être. Quand je me suis approché de la véranda, Itachi m'était complètement sorti de la tête et j'ai réalisé alors que la souffrance que j'aurais dû éprouver en pensant à elle n'était plus qu'un frisson, et que ma colère était celle d'un orgueil froissé mais pas celle d'un cœur brisé. Sans que je m'en rende compte la douleur s'était estompée. Le temps guérit toutes les blessures dit-on, pourtant quelque chose ou quelqu'un en avait accéléré la cicatrisation. Je jetai un regard en biais vers Sakura qui semblait nerveuse et me suppliait de la pardonner pour une raison qui m'était encore inconnue.


« À l'instant, je le suis, dis-je simplement.

- Je pense qu'on va bientôt en avoir fini, et vous de votre côté ? demanda mon interlocutrice au bout d'un court silence.

- Ça l'est pour moi, l'informai-je de nouveau contrarié.

- Itachi, nomma-t-elle simplement me connaissant comme personne.

- Je sais que tu n'aimes pas voir tes fils se déchirer mais je ne vois pas comment les choses pourront s'arranger un jour.

- Je ne vous demande pas de le faire pour moi, avoua-t-elle d'une voix triste mais tendre, c'est pour vous, je sais que vous en souffrez tous les deux.

- J'ai des doutes, ricanai-je sceptique.

- Crois-moi ».


Que j'aimerais pouvoir le faire ! Ces disputes interminables étaient épuisantes, mais je refusai d'être celui qui déposerait les armes en premier. Je n'avais rien à me reprocher contrairement à lui.


« Bref ! Je vous laisse tranquille, on se retrouve vite ».


Après un hochement de tête je raccrochai et m'en retournai à l'intérieur, songeur.




Qu'avaient bien pu se dire Sasuke et sa mère, celui-ci était parti sans un regard pour moi et cela me contrariait grandement. Quant à Mikoto, elle avait l'air calme mais triste, la culpabilité me gagna peu à peu.


« Vous m'en voulez c'est ça ? murmurai-je doucement, montrant des signes de nervosité.

- Pour quelle raison vous en voudrais-je ? questionna-t-elle à son tour, surprise.

- Oh, et bien pour... son surnom ?

- Ça ma chère, c'est votre histoire. Ce que je constate c'est que, grâce à votre présence je retrouve mon fils.

- Que voulez-vous dire ? m'enquis-je curieuse.

- Sasuke... était un enfant joyeux, gentil, sociable, il faisait confiance très facilement, Mikoto s'arrêta envahie par la nostalgie, sa relation avec son père a toujours été conflictuelle. Ses fils devaient être les meilleurs, devenir dignes de servir la compagnie. J'aime mon mari, entendons-nous bien, mais qu'est-ce qu'il peut être maladroit ! Sa dureté cache son malaise, il veut être un bon père mais ne sait pas l'être autrement qu'en les forçant à se dépasser. Sasuke ne l'a jamais compris, cette attitude l'a profondément blessé. Il est devenu envieux, susceptible, compétiteur... Cela lui a permis de se faire sa place, au travail il est redoutable mais humainement...

- Savez-vous... ? Je ne sais pas si j'ai le droit de poser la question... hésitai-je gênée.

- Pour la femme qui est capable de redonner le sourire à mon fils ? Vous avez tous les droits, m'assura-t-elle m'adressant un sourire reconnaissant.

- Savez-vous si... Pourquoi l'a-t-elle trompé ? osai-je finalement formuler, je veux dire, à moins d'être une vraie salo- euh croqueuse d'hommes, il devait bien y avoir une raison.

- Je crois qu'ils s'étaient convaincus tous les deux qu'ils étaient heureux mais je voyais bien qu'il s'agissait pour Sasuke d'une étape à vivre comme une autre, que c'était ce qu'on attendait de lui. Elle était belle, pas trop bête, en apparence gentille, alors... pourquoi pas ? Il pouvait faire plus mauvais choix. Sauf que la réalité les a heurtés de plein fouet. Sasuke, en bête de somme, était très peu présent, le travail avant tout ! Et elle se devait d'accepter, comme moi je l'ai fait. Seulement, quand vous êtes une jeune femme de vingt-six ans, en pleine ascension sociale mais se sentant flouée, ça ne peut pas durer éternellement. Elle s'est laissée séduire par Itachi qui semblait apte à lui prodiguer la passion et l'attention qui lui manquaient avec le cadet.

- Comme toujours tout n'est pas blanc ou noir, conclus-je.

- Effectivement.

- Le sait-il ? Qu'au-delà de son avidité, sa fiancée n'était en fait pas heureuse ?

- Je pense que oui, il n'était pas prêt à le reconnaître... jusqu'à aujourd'hui.

- Il s'est passé quelque chose de particulier ?

- Vous ne devinez pas ?

- Hé bien... une prise de conscience ? Bien que je vois mal Sasuke ressasser quoi que ce soit... énonçai-je plus pour moi-même que pour mon interlocutrice mais elle s'en amusa.Très bien, je donne ma langue au chat.

- Une rencontre tout simplement.

- Une rencontre ? Qui ? » demandai-je fronçant les sourcils d'un mécontentement en soit illégitime, après tout je n'avais pas le droit d'éprouver de la jalou- bref ! N'en parlons plus. Je pris quelques secondes pour observer Mikoto qui ne m'avait pas encore répondu. Son regard pétillait de joie et de mystère. L'énigme ne fut pourtant pas difficile à résoudre. Il ne fallait pas être Einstein pour comprendre alors de qui il s'agissait.

« Oh vous pensez que c'est grâce à moi ? Vous vous faites un portrait de moi un peu trop beau, dis-je en rougissant.

- Je sais bien que vous n'êtes pas parfaite, répondit-elle me laissant interloquée, je dis juste que vous êtes parfaite pour lui, c'est tout.

- Je ne sais pas quoi dire, balbutiai-je.

- Il n'y a rien à dire, je n'essaie pas de vous convaincre, je le sens c'est tout.

- Hé vous deux, finies les messes basses, je suis fatiguée donc je monte dans ma chambre. Mikoto sois gentille, tu demanderas à Charles de m'apporter le dîner là-bas, j'ai assez vu vos têtes pour la journée.

- Entendu Naori ».


Cette dernière remercia sa belle-fille d'un bref sourire et disparut par l'embrasure de la porte. Mikoto nous avertit de son départ, devant préparer le repas du soir et Hinata la suivit pour lui prêter main-forte.

Laissée seule, mes pensées me ramenèrent à cette conversation pour le moins perturbante. Finalement, Sasuke tenait beaucoup de sa mère.

Celle-ci voyait en moi quelque chose qui ne s'y trouvait nullement. Je me rendis compte alors, que me jouer de ces personnes me mettait très mal à l'aise. Je ne m'étais pas attendue à en venir à les apprécier, à m'attacher à elles en si peu de temps. La culpabilité me rongeait et ce n'était pas prêt de s'arrêter.