Non Retour

par jainas

Chapitre 4 : Non-retour

 

Lentement, paresseusement, les nuages lourds de neige roulaient au dessus de la falaise, par-dessus les toits gris et rouille de Mailhoe.

 

En bas, sur les toitures, s’agitaient de minuscules fourmis, avec l’affolement vain des insectes dans la fourmilière desquels quelqu’un vient de donner un coup de pied.  Malgré la distance on pouvait entendre les cris, le tintement clair du métal contre le métal lorsque les kunaïs se rencontraient. Parfois le grondement sourd d’une explosion se répercutait dans l’air immobile.

Puis soudain une partie du patchwork roux et gris s’effondra sous quatre des fourmis, et l’écho se propagea par delà les vallées ainsi que celui d’une avalanche dure encore et encore, bien après que le souffle ait cessé de courber les arbres.

Au milieu du nuage dense de poussière en expansion s’alluma un éclat bleu, inondant les volutes brunes de lueurs céruléennes tandis que montait un crissement fou, oppressant, couvrant même le son résiduel de l'écroulement du bâtiment. Comme si tous les oiseaux de la montagne s’étaient éveillés au même instant.

Puis presque simultanément un autre toit se désintégra sous la poussée d’une éruption de terre, et les toits se couvrirent de orange, tandis que la flamme cramoisie enflait, déchirait la texture de l’air plus sûrement qu’aucune des énergies précédentes ; et les vrais oiseaux, les rares charognards qui n’avaient pas été chassés par l’hiver, virèrent sur l’aile et reprirent de l’altitude : les cadavres attendraient. Aucun animal sauvage n’était assez insensé pour s’approcher volontairement d’un tel chakra.

 

Et lentement, paresseusement, un premier flocon s’arracha comme à regret de la masse cotonneuse.

 Il tomba, de cette manière presque délibérée qu’a le premier flocon de neige de la saison, malmené par les courants d’air, montant, puis retombant, avant de finalement toucher terre, inaperçu.

Mais ce premier flocon n’atteignit jamais le sol : il fut balayé par un tourbillon écarlate, et aussitôt vaporisé.

 Non loin de là, un autre cristal blanc flotta quelques secondes au dessus du sol, avant de se poser finalement sur le fluide rouge qui tapissait les tuiles et coulait lentement en suivant la pente du toit, suffisamment chaud encore pour le faire fondre instantanément.

Il se mit à neiger.

 

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            Ce fut comme si en franchissant la muraille ouest de Mailhoe, ils avaient outrepassé une frontière invisible.

Non pas la frontière de pierres imbriquées les unes dans les autres avec un tel art qu’elles tenaient ensemble d’un seul bloc sans mortier, et que rien n’aurait pu les disjoindre.

Ni même la frontière mouvante formée par le cordon distendu des quelques chuunins et genins médusés qui se remettaient sur pied lentement, groggy et le regard un peu vitreux. Sasuke avait traversé celle là avec autant d’aisance que si les chuunins avaient été des figurines de papier, et Naruto en fit autant, à la différence que les ninjas de la Feuille ne firent pas un geste pour l’arrêter mais s’écartèrent au contraire comme un seul homme pour le laisser passer, avec dans le regard une terreur presque respectueuse.

 

Naruto ne su pas exactement ce qui avait changé, et Sasuke non plus.

Peut-être cette pression et cette attente étaient plus qu’ils ne pouvaient au final en supporter.

Peut-être avaient-ils tout simplement dépassé leurs limites, atteint le point de non-retour…

Mais lorsque après deux bons kilomètres de course poursuite sur la roche traîtresse des hauts plateaux le blond rattrapa finalement le fuyard, ils se jetèrent l’un sur l’autre, toute maîtrise, toute retenue ou considérations tactiques oubliées. Et dans leurs yeux brûlaient la même rage, le même désir. Et leurs traits étaient distordus par la même folie qui n’avait plus rien d’humain : ils voulaient se battre, simplement, et réduire l’autre en charpie.

Les yeux de Sasuke étaient complètement noirs à présent, et seule les pupilles écarlates du Sharingan tournaient encore et toujours, brillant de l’éclat du sang. Et l’encre du sceau maudit avait entièrement recouvert son corps tandis que sa crinière d’ébène s’allongeait, s’éclaircissait un peu.

Puis un craquement de muscles et de tendon distendus retentit tandis que la douleur le pliait un instant en deux, juste un instant, et deux énormes ailes brunes semblables à des mains recourbées s’arrachèrent de son dos, déchirant la peau puis, plus difficilement, la tunique déjà endommagée prélevée sur le corps d’un ninja du Son.

Mais Naruto ne s’en rendit pas compte, parce que son regard était du rubis le plus rouge, le plus pur. Uniquement fendu en deux par une mince pupille noire, et au dessus de son corps trois queues se mouvaient à un rythme qui leur était propre tandis qu’il se jetait encore et encore contre Sasuke, mains nues crispées comme des griffes. Et s’il était encore conscient de quoi que ce soit, rien n’aurait pu le laisser supposer.

Le vent soufflait à présent, changeant sans cesse de direction, giflant et poussant et s’accrochant à leurs membres. Mordant cruellement, et enfonçant ses serres de glace dans chaque centimètre carré de peau découverte ; mais la neige fondait bien avant de les atteindre, et la pluie que devenait la neige s’évaporait presque totalement avant de toucher leur peau.

 

Et ce combat à l’aveugle au sein du blizzard, nul n’aurait pu vraiment le décrire.

On aurait pu essayer, parler de l’odeur de sang, arrachée par le vent et emmenée au loin ; de l’eau dans les yeux de Naruto –mais peut-être n’étais-ce pas des larmes, parce que la tempête avait encore augmentée, et que maintenant même le chakra n’était plus suffisant pour réchauffer la neige tournoyante qui venait les gifler et se coller sur leurs visages.

On aurait pu parler du sol qui se crevassait sous leur pieds tandis qu’ils dansaient d’une arrête rocheuse à l’autre, et de la rage sans nom dans le regard de Sasuke. De la neige fondue qui coulait rouge sur leurs vêtements et leur peau, des techniques qui prenaient naissance sous leurs doigts avant même qu’ils sachent ce qu’ils faisaient. De la manière dont ni l’un ni l’autre ne se souciait plus d’un combat dans les règles de l’art, juste d’imposer sa supériorité, de toucher l’autre et de lui faire mal.

On aurait pu décrire le saut périlleux arrière de Sasuke pour éviter d’être balayé par l’une des queues, et la façon dont il bondit et tourbillonna sur lui même avant de déraper sur le sol inégal, puis de se relever dans le mouvement et de se servir de l’une de ses ailes pour parer le coup suivant, avant de profiter de l’ouverture pour décocher un coup de pied qui envoya Naruto fracasser un rocher trente mètres plus loin –bien au delà de la distance à laquelle ils pouvaient se voir à travers le rideau de neige.

On aurait pu parler de leur vitesse hallucinante, et des enchaînements d’une violence terrible mais tellement simultanés qu’on aurait dit qu’ils exécutaient une danse synchronisée à l’avance par quelque chorégraphe dément.

Mais ce n’était pas une danse, et même si l’on avait parlé du chakra rouge qui lacérait la peau de Sasuke, même si l’on avait essayé de décrire les plaies que ce derniers ouvrait sur le corps de l’autre et qui se refermaient immédiatement, même si on avait dit tout ça et bien plus, cela n’aurait pas été suffisant.

Parce que rien ne pouvait retranscrire la sensation terrible de pression et de frénésie crée par l’énergie pure dégagée par les deux combattants. Et rien ne pouvait vraiment décrire le déchaînement furieux des deux au cœur de la tempête, ni cette impression, tellement ténue qu’elle aurait tout aussi bien pu ne pas être là que, malgré la perte totale de retenue, d’humanité, il subsistait pourtant quelque chose chez Naruto. Quelque chose qui l’empêchait de s’abandonner totalement à la rage du sang, au poids de la volonté du Kyuubi pressant contre la sienne, avide d’action et de sang, de liberté…

Et, perdus dans la neige le froid et le vent, le combat qui continuait à Mailhoe oublié comme s’il n’avait jamais existé, ils se battaient.

 

-

 

Ce fut Sasuke qui les sentit en premier.

 

Parce que, malgré la marque lancinante du sceau sur son esprit il était totalement lucide. Perdu dans la frénésie du combat et le désir de sang qui venait autant de lui que du sceau peut-être, mais lucide, alors que Naruto n’était que réactions mécaniques, instinct de prédation et de survie. Et que même s’il les avait repéré, ils n’existaient pas pour lui.

Ils arrivèrent tranquillement, sans vraiment se dissimuler, marchant dans la tempête.

Au début il ne leur prêta aucune attention, parce que même si le chakra était puissant il était lointain, et que vraiment, cela n’avait pas la moindre espèce d’importance à côté de la fièvre de ce combat là et de l’adversaire qui lui faisait face.

Et même s’ils n’étaient certainement pas de simples voyageurs égarés il les ignora ; même s’ils avançaient droit vers eux, sans jamais dévier malgré les bourrasques qui devaient pourtant les malmener, et les crevasses traîtresses qui leur barraient probablement la route.

Puis, alors qu’ils furent plus proche, il profita d’une fraction de seconde de répit, alors que l’autre se ramassait sur lui-même pour lancer une autre attaque, pour se replacer, un peu instinctivement, de manière à les voir approcher. (Parce que lui ne tournait pas le dos à des ennemis potentiels, rappela la partie à peu près consciente de son cerveau avec morgue…)

Et quand ils arrivèrent finalement en vue, il était engagé dans une prise de force avec Naruto, ses ailes étroitement plaquées contre lui pour le protéger du chakra et ne pas offrir prise au vent. Et leurs deux chakras, rouge et violet presque noir, s’entremellaient, s’affrontaient dans un tourbillon d’étincelles. Sa main gauche refermée en poing pesait de toute sa force sur celle du blond qui essayait de l’arrêter, tandis que de l’autre main c’était lui qui tentait de contenir le poing de Naruto.

 

Il lui fallu une fraction de seconde pour enregistrer leur présence, mais dès que ce fut fait il se rejeta en arrière, rompant la prise et l’épreuve de force au grand déplaisir de Naruto. Le regard étrécit du blond suivit le sien, et lui aussi bondit en arrière avec reluctance et prit le large : que ce soit Naruto ou Kyuubi, aucun des deux ne pouvait ignorer de tels adversaires lorsqu’ils se trouvaient dans un rayon de moins de vingt mètres, et ce quelque soit son envie de continuer à rosser le brun.

Mais Sasuke n’était plus vraiment intéressé. Le sceau refluait en partie, en vagues anarchiques, et des taches de peau claire réapparurent un instant avant qu’il ne retrouve le contrôle.

Il haletait légèrement, les mèches pleines de neige, l’eau rougit coulant sur la croix noire qui barrait son visage ; et son sharingan impossiblement dilaté ne quitta plus l’homme qui se tenait si proche de lui.

 

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Kakashi avait su que les choses allaient mal tourner depuis le début ; depuis la seconde ou l’éruption simultanée de deux puissants chakras quelque part dans le village, au premier jour de la mission, l’avait arraché au chapitre sept du dernier opus de Jiraya-sama.

On aurait pu l’accuser d’être inutilement pessimiste –et quelque part ce n’aurait pas été entièrement faux-, et si Gai avait été là il se serait certainement fendu d’une tirade bien sentie sur la nécessité de combattre ce défaitisme qui assombrissait la flamme du printemps de sa vie.

Mais Kakashi ne se considérait pas vraiment comme défaitiste. Il n’avait pas survécu aussi vieux en étant optimiste. Réaliste, oui, et à l’occasion un peu paranoïaque, mais pas plus. (Et là, Gai aurait souligné à grand renfort de métaphores sur la Jeunesse et la Végétation que si être parano était une chose -et dans certaines limites plutôt bonne d’ailleurs parce qu’elle vous gardait en vie-, être défaitiste en était une autre, bien différente et certainement pas positive. Il aurait ensuite enchaîné en démontrant par a+b en quoi s’attendre toujours au pire était une preuve de défaitisme flagrant ! et non de saine paranoïa, et…

Et heureusement qu’il n’était pas là, en fait.)

 

Le temps qu’il ordonne aux chuunins de se rassembler puis qu’il rejoigne les gamins, et il s’était retrouvé avec sur les bras une Sakura rageuse et déterminée, un Naruto qui glissait lentement mais sûrement vers l’incontrôlable, et un Sasuke arrogant (mais ça ce n’était rien de bien neuf) surgi de nul part.

Contrairement à Naruto qui se contentait de son obstination et de sa volonté (et s’il l’avait promis, et qu’il y mettait toutes ses forces, ça finirait bien par arriver…), Kakashi avait mis a profit les trois ans de séparation, et un peu malgré lui formé quelques petites théories sur la manière dont se déroulerait la prochaine rencontre avec la pièce manquante de l’équipe 7.

Il connaissait Sasuke –pas aussi bien que tu le croyais, hein ?-, il connaissait –malheureusement- Orochimaru. Il savait regarder au delà des apparences et encore en dessous.

Et il savait pertinemment qu’à lui seul Sasuke était un danger presque aussi grand que la bande de jounins du Son qui les avaient rejoints…

Sa force était inconnue, mais probablement très élevée si l’on se servait des progrès de Naruto et Sakura comme maître étalon. Ses réactions seraient totalement imprévisibles (cela dit il avait barré de sa liste “Se jette en sanglotant aux pieds de ses anciens camarades en les suppliant de lui pardonner et leur promet sa loyauté éternelle” à la seconde même ou la pensée avait traversé son esprit.) et Dieu seul savait a quel point la tutelle d’Orochimaru l’aurait transformé…

Et puis surtout, surtout, ils étaient bien trop émotionnellement impliqués –même lui, spécialement lui peut-être…-, pour pouvoir espérer mener la mission de manière efficace et impartiale.

 

Mais il savait aussi que c’était peut-être leur meilleure chance, parce qu’il avait croisé le regard du jeune déserteur, et ce qu’il y avait lu l’avait autant conforté dans son analyse qu’inquiété : il était à peu près certain que Sasuke se serait débarrassé de n’importe qui d’autre qui se serait dressé sur sa route sans l’ombre d’une arrière-pensée… Ce lien à moitié rongé par l’éloignement et par la haine –si tant est qu’il existe encore- qui le reliait à Naruto et à l’équipe 7, ce lien était la seule chose qui lui permettait de s’autoriser à croire qu’il y avait effectivement une chance de le ramener.

Et à présent que Sakura se battait contre Kabuto avec des chances de succès –voir de survie- plus que minimales, que Sai et Kaede bataillaient vainement contre un jounin et que Naruto perdait les pédales, le sentiment d’imminence qui ne l’avait jamais vraiment lâché depuis le début de la mission revenait en force.

Il n’y avait pas à dire, il était satisfait d’avoir été affecté à l’équipe 7, mais en toute objectivité on pouvait sérieusement se demander pourquoi le conseil n’avait pas choisit d’envoyer Yamato-san à sa place… (Il avait quelques idées sur la question, et aucune ne pouvait être considérée comme très patriotique…)

Et il y avait aussi Sasuke qui malgré son état physique se révélait comme prévu totalement rétif et à peu près aussi peu fiable (mais probablement tout aussi dangereux) qu’un fauve blessé et acculé…

 

Kakashi bondit de côté et enfonça son pied dans le ventre de son adversaire, passa à travers le nuage de fumée lorsque ce dernier se désintégra en le privant de son point d’appui, et évita de quelques centimètres la lame du tachi qui manqua de le décapiter.

Il roula à distance respectable et se servit de quelques lauzes délogées pour détourner les kunaïs dirigés sur lui, puis commença à copier les mouvements du jounin tandis que celui-ci commençait un jutsu visiblement élaboré…

Une bourrasque plus forte de neige lui cacha un instant les mains gantées de l’autre, et il dut achever la technique en se fiant à son expérience pour former les sceaux restants.

Il n’attendit pas de voir le résultat, et se laissa glisser jusqu’au toit suivant. Les conditions rendaient inutile l’invocation des chiens… Ils pouvaient trouver leur chemin dans le brouillard, mais dans la tempête leur nez était inutile, et il ne gardait avec lui que Princesse, la seule à être suffisamment lourde pour ne pas être déséquilibrée par le vent.

Le combat s’éternisait, et il n’aimait pas ça. Pas alors que Sasuke avait trouvé le moyen de prendre le large en entraînant dans son sillage un Naruto à moitié transformé et qu’il pouvait sentir le double chakra qui s’éloignait de plus en plus mais flamboyait pourtant avec une intensité plus qu’alarmante.

 

Fichus Uchiha, avec leur fierté maladive –non, fichu Sasuke et sa fierté et son arrogance, et sa ressemblance presque effrayante avec et Orochimaru et le jeune homme qu’il avait lui-même été.

Et puis pendant qu’on y était, fichu Itachi, qui s’était attaché la loyauté de son petit frère de la manière la plus cruelle qui soit, et fichus jounins du Son aussi…

Les trois que Kabuto lui avait envoyés étaient des adversaires forts, de valeur. Presque de son niveau en fait, et en temps normal il se serait laissé aller au combat avec jubilation, parce que ne pas céder face à eux lui réclamait chaque parcelle de sa concentration, même à présent qu’il en avait mis deux hors service, et un bon combat comme celui-ci était trop rare pour ne pas en profiter.

Mais comment aurait-il pu se concentrer alors que son équipe était dispersée aux quatre coins d’un champ de bataille crucial, sur lequel ils risquaient bien plus que leur vie ? Alors que de l’endroit où se trouvaient Kabuto et Sakura il ne percevait que de brefs pics de chakra et qu’il savait qu’aussi forte soit-elle, Sakura n’avait certainement pas encore le niveau pour espérer pouvoir gagner seule ? (Et si elle se fait tuer, que feras-tu, hein ?) Alors que Sai qu’il était censé surveiller était Dieu sait où dans le blizzard (heureusement Kaede était avec lui, et elle était forte, suffisamment pour éviter qu’il lui arrive quoi que ce soit malgré le talent indiscutable du jeune homme, et suffisamment avisée aussi pour le garder à l’œil, parce qu’après tout il était de la division Racine.)

Comment aurait-il pu se concentrer, prendre plaisir au combat alors que ses deux garçons étaient bien trop loin, et sans doute en train d’essayer de s’entretuer, si leurs âmes n’avaient pas déjà été absorbées par leurs malédictions respectives ?

Il aurait dû se trouver auprès de Sakura, ou peut-être auprès de Naruto et Sasuke. Il était arrivé trop tard la dernière fois, il n’avait rien pu faire à par ramasser le corps meurtri du blond.

Il avait échoué, encore une fois.

Mais cela ne se passerait pas comme ça, pas cette fois-ci.

Même s’il devait trouver un moyen de se débarrasser de ce jounin encombrant le plus vite possible –et cela aurait été facile, s’il n’avait pas eu à se soucier de devoir conserver assez de chakra pour pouvoir ensuite tenir tête à Kabuto… Mais il ne pouvait pas se permettre de sacrifier un Chidori de plus, malgré la sensation d’urgence oppressante qui pesait sur chacun de ses mouvements.

 

Dans la tempête, quelque part sur sa gauche, Princesse aboya soudain, et il obéit à l’avertissement sans prendre le temps de réfléchir. Il se laissa tomber à terre, et le jutsu qu’il n’avait pas sentit surgir de derrière lui déchira l’air à l’endroit ou il s’était tenu quelques secondes auparavant.

Il roula sur lui-même et dégaina son dernier kunaï pour faire face à la technique qui avait bien failli le séparer de son précieux chef –non pas qu’il ait un amour immodéré pour sa crinière argentée et son visage masqué, mais s’il avait son mot à dire, il préférait nettement les garder à leur place sur ses épaules.

Mais le jutsu se perdit dans la tourmente au-dessus des toits, et il n’eut que le temps d’entrapercevoir la forme sombre et circonvolutionnée avant qu’elle ne disparaisse dans la neige.

Cela dit le kunaï se révéla utile, car soudain des lames d’acier jaillirent tout autour de lui, et il ne les évita qu’au prix d’une série d’esquives fulgurantes. Son brusque mouvement de tout à l’heure ainsi que la présence du jutsu avaient trahi sa position, et son adversaire toujours dissimulé dans les rafales de neige en profitait.

J’espère vraiment pour lui qu’il ne s’agissait que d’une erreur ou d’un malentendu, parce que si c’est ce a quoi je pense, un certain ninja va au devant de gros ennuis…

Avec un juron mental qu’il garda pour lui (inutile de laisser voir à l’adversaire autre chose que le combattant aguerri qui se jouait de ses assauts), Kakashi virevolta avec aisance au milieu des attaques et forma les sceaux qu’un jutsu “emprunté” lors d’un séjour dans les pays du nord. Quand il posa sa main à plat sur les lauzes déjà recouvertes d’une respectable couche de neige, le manteau blanc se souleva tout autour de lui dans un périmètre d’une vingtaine de mètres –largement suffisant- avec un mépris total pour le vent ou quelque chose d’aussi terre-à-terre que la gravité.

 

Avec un sourire sous son masque, Kakashi bondit en avant tout en formant les sceaux nécessaires. L’impératif sentiment d’urgence revenait, et il fallait en finir maintenant, il le savait.

Le pressentiment ne le quittait plus, à présent, et il était à peu près certain que jamais dans toute sa longue vie passée sur les champs de batailles il n’avait ressenti une telle peur viscérale.

Il rit, silencieusement. Qu’auraient-ils dit, tous les adversaires qu’il avait vaincu, s’ils avait su que le grand Sharingan Kakashi était presque tétanisé par une appréhension sortie de nul part, la certitude absurde et absolue que le pire était encore à venir ?

Il avait peur tout simplement, et c’est peut-être ce qui causa son erreur, ou alors peut-être l’adversaire était-il un poil meilleur que ce qu’il avait estimé… Mais toujours est-il que lorsqu’il atteignit l’homme immobilisé à mi-cuisse dans le tas de neige compact qui entravait ses mouvements, il ne vit pas venir l’ultime jutsu du ninja déterminé à l’emporter avec lui.

Le kunaï traversa la nuque de l’homme, et à cet instant Princesse hurla, d’un glapissement de douleur haut perché qui domina un instant la clameur de la tempête.

En un instant il fut auprès de la chienne étendue dans la neige, le flanc transpercé de la lame rougie qui lui avait été destinée. Elle redressa la tête vers lui, et lécha faiblement les doigts gantés qu’il passa sur son museau rendu blanc par la neige.

Avec un juron suivit d’un murmure d’excuses et de réconfort, il arracha le mètre d’acier qui l’avait traversée de part en part, et appliqua l’une des ses mains contre la plaie dans un jutsu médical hâtif, tandis que l’autre fouillait dans l’une de ses multiples poches à la recherche de la plaquette de pilules coagulantes que tout jounin qui se respecte transportait avec lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Après avoir un instant lutté avec l’emballage de plastique et avoir été obligé d’enlever ses gants –ses doigts se transformèrent instantanément en glaçons-, il en glissa une de force entre les babines puis forma les sceaux et appliqua de nouveau ses mains sur le flanc mouillé, la renvoyant de force. Elle aurait plus de chances de survie dans sa dimension qu’ici.

La chienne blessée disparu dans un nuage de fumée, et il se redressa en balayant la neige accumulée sur ses vêtements.

 

Il réenfila ses gants, et fit circuler son chakra dans ses doigts, priant que cela suffise pour lui éviter les engelures tandis qu’il bondissait dans la neige à la recherche de Sakura en calculant quel serait le prochain mouvement et en ce forçant à ne pas penser au fait que bordel, il avait failli perdre un chien une nouvelle fois...

La logique aurait voulu qu’il récupère Sai, et l’adjoigne à Sakura pour arrêter Kabuto alors que lui-même partait à la recherche des deux garçons (Kaede était avantagée par la neige, elle pouvait se débrouiller seule, et à eux deux Sai et Sakura pouvaient probablement tenir largement tête au ninja médical…)

Mais ce plan, aussi fonctionnel soit-il, ne lui plaisait absolument pas : Sai était peut-être sous tous les aspects un ninja compétent et modèle (enfin si on oubliait le langage incroyablement ordurier pour un visage aussi souriant), mais Kakashi trouvait extrêmement difficile de lui offrir son dos sans arrière-pensée. Alors le laisser seul avec Sakura face à Kabuto… (qui était comme chacun le sait aussi retord qu’un serpent à sonnette, et peut-être même plus tordu que son maître –et là ça tenait de l’exploit…) Non. Définitivement pas. Il allait falloir trouver autre chose.

Mais alors qu’une éclaircie lui permettait d’apercevoir Sakura pliée en deux tandis qu’une limace de la taille de Princesse tenait l’autre ninja médical à bonne distance à coup de jets d’acide, la donne changea de nouveau.

Il se plaçait devant la jeune fille, kunaï au clair, et s’enquérait de son état de santé d’une voix sèche lorsque le chakra lointain qui provenait de Sasuke et Naruto changea de nouveau, et une troisième puis une quatrième présence se firent perceptibles.

Un juron simultané échappa aux trois ninjas, et Sakura se remit sur pied, les deux mains toujours plaquées sur son flanc qu’elle achevait de guérir. La blessure devait être profonde.

« Ça va sensei, ce n’est rien. » Les grands yeux verts chargés d’inquiétude revenaient sans cesse dans la direction d’où était venue la vague de chakra. « Vous devez y aller, maintenant ! Je retiendrais Kabuto, ne vous en faites pas… »

Kakashi jeta à son tour un coup d’œil, comme s’il pouvait espérer voir à travers le nuage de neige qui les séparait des deux jeunes hommes, puis son regard rencontra celui de Kabuto.

« Ne mens pas à ton chef d’équipe Sakura. Tu devrais le savoir pourtant… L’urgence ne doit pas te faire faire des promesses que tu ne pourras tenir. »

La jeune femme rougit un instant mais ne se laissa pas démonter.

« Mais sensei ! Vous l’avez senti comme moi… Naruto… On ne peut pas le laisser avec eux ! Et Sasuke… » Le ton de la jeune femme était frénétique, presque suppliant. Kakashi ne quitta pas Kabuto du regard, mais l’apaisa d’un geste.

« Du calme Sakura. Nous allons y aller ensemble, d’accord ? »

« Mais… et Kabu- »

« Kabuto a tout autant intérêt que nous à se rendre là-bas le plus vite possible, n’est-ce pas ? »

La question s’adressa au ninja médical qui hocha lentement la tête, avec une expression calculatrice dans le regard.

« Vous proposez une trêve, Kakashi-san ? »

« Trêve est un bien grand mot. Disons que nous voulons nous rendre au même endroit, et que plus nous perdons de temps, plus les choses risquent de devenir mauvaises… »

« Mon point de vue exactement, Kakashi-san… »

« Bien. Sakura, tu peux te déplacer ? »

La jeune femme foudroya le ninja copieur du regard, mais ce dernier l’ignora, profitant du moment pour échanger avec Kabuto un regard lourd d’animosité.

« Évidemment ! » Elle se tourna à demi vers la limace qui commençait à ressembler à un tas de neige. « Hatsuyuki, tu peux y aller, je te rappellerais si j’ai besoin de toi… »

Dans un nuage de fumée, le gastéropode blanc et bleu disparu, mais il ne restait déjà plus aucun des trois ninjas sur le toit pour s’en apercevoir.

 

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Un son étranglé, inintelligible, s’échappa de la gorge de Sasuke.

Le plus petit des nouveaux venus examina la scène de son regard imperturbable, s’arrêtant un instant sur Sasuke, puis se posant sur les queues flamboyantes derrière Naruto, et les déchirures de ses vêtements, qui indiquaient les plaies déjà cicatrisées.

« Trois ? » demanda l’autre en s’avançant d’un pas. « Ça ne devrait pas être trop difficile. Et puis grâce au gamin, il a quand même déjà utilisé pas mal de chakra… En fait ça va même être un jeu d’enfant. »

Itachi Uchiha tourna à peine la tête dans sa direction pour lui répondre.

« Ne t’emporte pas trop Kisame. Il semblerait qu’il puisse en invoquer plus. Et il a tenu tête à Orochimaru il n’y a pas si longtemps de cela… » Son regard écarlate glissa de nouveau vers Sasuke, et s’arrêta finalement sur lui sans faire preuve d’une quelconque émotion.

« Cela faisait longtemps, cher petit frère insensé… Tu as bien grandi… C’est une surprise de te retrouver ici. Je vois que tu t’es finalement décidé à abandonner ce vieux Serpent et à suivre mes conseils ? »

Un spasme silencieux traversa le corps tremblant de haine de Sasuke qui fixait son frère -sans toutefois croiser son regard rougeoyant-, comme s’il hésitait à croire ses sens, ou peut-être comme s’il devait faire appel à toute sa volonté pour ne pas simplement se jeter sur lui en hurlant.

Pourtant, il ferma brièvement les yeux, et quand il les rouvrit, un ricanement posé s’échappa des lèvres ourlées de noir.

« Moi aussi je suis ravi de te voir après tout ce temps, Itachi. »

Sa voix était froide, un peu modifiée par le sceau, mais le dégoût et la rage glacée qui perçaient à travers lui appartenaient indubitablement. «Tu ne me manipuleras pas. J’ai choisi de devenir fort à ma manière. »

« Ha ? Je suis déçu. Orochimaru est un maître correct je suppose… mais je vois qu’il t’a passé son goût malsain pour les techniques autodestructrices… C’est cela ta manière ? Parce que tu n’as pas été capable de tuer le jinchuriki tu as offert le dernier Sharingan à ce vieux Serpent d’Orochimaru?»

Les mains de Sasuke ne tremblaient pas quand il commença à façonner les sceaux, mais sa voix vibrait de toute la fureur sur laquelle il tentait de garder emprise –jusque-là sa maîtrise était d’ailleurs plus qu’honorable.

« Je – n’ai – pas – à - me – justifier – devant – toi … »

Itachi leva lentement une main, et pointa un doigt vers le ciel. C’était un simple mouvement, mais Sasuke et Naruto s’immobilisèrent pareillement, prêts à bondir dans n’importe quelle direction à la moindre vaguelette suspecte de chakra –peut-être que finalement Naruto était bien plus conscient que Sasuke ne l’avait d’abord cru d’ailleurs… Mais cela n’avait pas d’importance.

« Navré petit frère… (Il ne l’avait pas du tout l’air, navré.) Mais tu ne m’intéresses pas… » Sasuke tressailli comme si on l’avait frappé. « Tu es encore bien trop faible. Je ne suis pas venu pour toi. »

Le poids de son regard se reporta sur le blond, et un tintement de clochettes rendu presque inaudible par la tempête confirma qu’il avait bougé la tête.

- Kisame ?

Le géant à la peau bleue avait observé l’échange avec un petit air vaguement ennuyée qui n’avait pas tout à fait caché sa curiosité.

« Hum ? »

« Je m’occupe du Jinchuriki. »

Hoshigashi Kisame haussa indifféremment les épaules.

« Dac’. »

« Itachi… » Le chakra crépitait en vagues noires et blanches tout autour de Sasuke, comme aspiré par un trou noir. Les muscles révélés par la veste en lambeau étaient tendus comme des arcs, prêts à rompre ou à se relâcher brutalement.

« Comment. Oses. Tu… »

Les mots étaient sifflés entre ses dents, lacés de rage incrédule, de douleur sans nom.

Le chakra augmenta encore, et commença à se concentrer sous ses doigts.

 

Et soudain ce fut l’explosion.

Le Chidori flamboyait en noir et blanc autour du bras de Sasuke, et les immenses éclairs distordus se perdaient dans le vent, traçaient dans la pierre couverte de neige de profonds sillons, des arabesques abstraites.

Le jeune homme avait bougé à une vitesse incroyable, se ruant sur son frère avec un hurlement écorché. Mais aussi rapide fut-il, ce ne fut pas suffisant. Itachi n’était plus là, et le Chidori ne rencontra que la lame bandée de l’énorme épée de Kisame.

Ce dernier sourit paresseusement, révélant une dentition acérée.

« Désolé gamin mais t’as entendu ton frère, il a à faire… »

Au contact de la lame de la Shamehada, l’énergie du Chidori se tarit, comme absorbée, et Sasuke retira sa main avec précipitation. Sans ralentir il bondit de côté, cherchant à contourner le ninja déserteur pour atteindre Itachi, mais un mur d’eau se dressa devant lui, le forçant à dévier sa trajectoire.

De l’autre côté de la muraille liquide, la silhouette déformée de son frère s’imposait en ombre chinoise sur le fond flamboyant créé par le chakra de Naruto.

Itachi…

Un spasme déchiré agita sa gorge, et il se lança de nouveau à l’assaut, puisant dans ses dernières forces pour parvenir à tout prix à franchir le blocus opposé par le ninja de la Brume.

« Alors comme ça t’es le frangin d’Itachi ? »

Il ne répondit pas, et força son adversaire à parer une nouvelle fois en catastrophe et à éviter un déluge de feu, mais ne parvint pas à passer. Malgré la puissance accordée par le sceau, son souffle se faisait frénétique, labouré. Son combat avec Naruto l’avait drainé de ce qu’il lui restait d’énergie, et seule sa rage aveugle le gardait encore debout, focalisé sur l’homme qui dansait sans peine autour du blond, se jouant sans difficulté apparente des trois queues qui fendaient l’air. Naruto semblait moins rapide, et ses blessures saignaient plus, mettaient plus de temps à se refermer que lorsqu’ils s’étaient battu.

La lame de Kisame passa à quelques centimètres de son abdomen, et s’il n’avait pas esquivé, il aurait très certainement été éventré. Décrypter les mouvements de l’autre ne lui posait aucun problème, et il percevait en même temps chacun des gestes fluides d’Itachi en arrière-plan, mais son corps commençait à avoir du mal à suivre.

Itachi dû dire quelque chose, parce que Naruto releva soudain la tête, et son regard croisa celui du Uchiha.

Le pied de Sasuke rencontra le visage de Kisame, mais sans effet plus notable qu’un pas en arrière et un froncement de sourcils contrarié. L’homme était plus inamovible qu’un rocher de plusieurs tonnes.

Cela dit le dernier coup semblait l’avoir irrité, et il découvrit de nouveau les dents en prenant une position plus agressive, son manteau noir et rouge claquant au vent. Quelque part au-delà du mur tournoyant de neige qui les coupait du reste de l’univers, trois présences élusives se rapprochaient rapidement.

« Uchiha, hein ? T’es coriace gamin, on peut t’accorder ça… Il va falloir que je sois sérieux si je ne veux pas te tuer par réflexe… »

« Tsukuyomi. »

Derrière, Naruto tressailli violement.

 

Ses yeux se révulsèrent, se perdirent dans le vide, et le chakra rouge commença soudain à refluer, puis se dilata un peu, de manière spasmodique et visiblement aléatoire tandis que son corps se détendait d’un coup. La main gauche d’Itachi jailli pour le soutenir et se referma autour de sa gorge, alors que l’autre, la droite, articulait à toute vitesse une longue série de sceaux.

Rat, Bœuf, Coq, Chien, Cheval, Serpent, Chèvre, Chien…

Le chakra étranger était plus proche maintenant, et Kisame détourna un quart de seconde le regard. C’était suffisant, et le temps qu’il réalise l’ouverture laissée, la corrige, Sasuke avait bondi.

Il n’aurait pas pu esquiver le coup de contre porté par la lame de la Shamehada, aussi n’essaya-t-il même pas. Tandis qu’il prenait appuie dessus pour bondir par-dessus Kisame, la semelle de ses sandales entra un instant en contact avec la lame, trop brièvement pour qu’elle ai le temps d’absorber la moindre once de chakra à travers l’épaisseur de cuir. Il ne pu pas se servir de son chakra pour se propulser, mais l’énergie du mouvement instinctif de l’homme-requin fut suffisante, et il atteignit Itachi à la seconde où celui-ci terminait son jutsu, et dirigeait sa main vers le ventre de Naruto.

 

-

 

Sakura court dans la neige.

À sa droite, Kakashi-sensei, et plus loin, presque hors de vue, Kabuto.

Ils approchent. Elle le sait parce que la pression du chakra devient presque insupportable, mais Kakashi-sensei continu sans hésiter alors elle fait de même, ignorant la nausée et les messages d’avertissement que son corps lui envoie.

Et soudain le chakra démoniaque recule, et par la trouée d’une soudaine accalmie elle les voit.

Il y a l’homme à la peau bleue, à demi retourné, une expression de surprise peinte sur son visage qui n’a pas grand-chose d’humain. Il y a Naruto, l’air clairement inconscient et terriblement vulnérable, pendu au bout du bras d’Uchiha Itachi qui le porte comme s’il ne pesait rien.

Il y a Itachi justement, presque aussi inexpressif et terrifiant que dans son souvenir, mais cette fois ci ses yeux rouges sont dilatés par ce qui doit être sa version de la surprise, et il fixe sa main droite qui est appuyée contre le ventre de son petit frère, et le bras autour duquel ce dernier a refermé ses mains, crispées sur un embryon de Chidori mourant.

Et il y a Sasuke, de trois quarts, le regard plongé dans celui de son frère aîné, le sceau maudit dont elle ne se souvient que trop se retirant lentement de sa peau et les élytres brunes dont elle a lu la description dans le rapport de Naruto se résorbant dans un déchirement d’os.

 

Et soudain Itachi lâche Naruto et recule.

À côté d’elle Kakashi hurle quelque chose, et un dôme de terre surgit tout autour des deux garçons tandis que Sasuke tombe à genoux, non loin de l’endroit ou est étendu le blond, et elle ne les voit plus, à présent.

Elle est à-peu-près certaine d’entendre Kabuto jurer dans sa barbe, ce qui est quasiment aussi rare que de voir Kakashi-sensei dans un tel état d’agressivité. À peine les sceaux de la technique de Terre achevés il en forme d’autres, et une balise de chakra s’élève vers le ciel, c’est un signal classique de rassemblement d’urgence, et bientôt tout ce que la région compte de ninjas de la Feuille sera là –mais si ce n’est pas du bluff ce n’en est pas loin, car en guise de renforts il n’y a que Kaede-san et Sai, et peut-être éventuellement quelques chuunins.

« Magekyou Sharingan. »

Elle ne voit pas l’œil de Kakashi-sensei, mais elle sait qu’il a pris la forme étrange de ce jutsu qu’il n’est pas censé posséder.

Elle forme à son tour les sceaux, et se prend à prier avec ferveur que leur petite démonstration de force suffise. Si Kisame et Uchiha Itachi décident de se tailler un chemin dans la masse pour récupérer Naruto, elle n’est pas certaine qu’ils puissent les en empêcher, surtout si Kabuto essaie simultanément de remettre la main sur Sasuke.

Deux limaces apparaissent dans un nuage de fumée, et elle vient se placer dos-à-dos avec Kakashi-sensei, prête à faire usage de ses poings si besoin est.

 

 Et soudain Kaede-san se matérialise non loin d’eux, bientôt suivie par Sai et deux autres chuunins, et deux ninjas du Son apparaissent simultanément aux côtés de Kabuto.

L’un d’eux est un de ceux qui combattaient les clones de Naruto, et il a une vilaine coupure dans sa tunique mais semble sinon à-peu-près alerte, tandis que l’autre, celui qui se battait contre Kaede et Sai, boite bas et a la main gauche dans un très mauvais état –s’il ne se fait pas soigner d’ici quelques heures, il faudra sans doute l’amputer.

Sai a l’air plus ou moins indemne, et Kaede-san a une plaie profonde qui saigne abondamment à l’arcade sourcilière. Si elle n’a pas d’autres blessures que Sakura ne peut percevoir, elle devrait aller bien. Les blessures au visage saignent toujours beaucoup, mais le danger réel n’est pas proportionnel à la quantité d’hémoglobine répandue…

L’un des chuunin n’a que quelques années de plus qu’eux, et à la touffe violette qui dépasse de sa capuche blanche, elle reconnaît Temai, le medic du village. L’autre elle ne l’a pas rencontré la veille, c’est un homme assez âgé, mais il n’en a pas pour autant l’air inoffensif...

Kabuto tient un conciliabule d’un instant avec ses deux subordonnés, puis jette un bref coup d’œil en direction des Akatsuki –et est-ce de la peur dans son regard ? Il soupire –elle déteste cela- et hausse la voix.

« Nous nous retirons pour cette fois-ci, » annonce-t-il. Puis, avec une ironie perceptible. « Itachi-san, Kisame-san, désolé de ne pas rester plus longtemps… Bonne chance Kakashi-san, ne vous faites pas tuer, nous avons encore des comptes à régler… »

Et, sur ses mots, il disparaît accompagné de ce qu’il lui reste de d’hommes, et bien que cela n’ait rien d’une retraite glorieuse, Sakura a le sentiment que d’une manière ou d’une autre ils se sont fait rouler, et pour la peine elle lui ferait bien avaler ses lunettes verres compris, si elle le pouvait.

 

Pendant un long moment, les Akatsuki et les ninjas de Konoha se toisent en silence –même si personne ne regarde Itachi dans les yeux évidemment-, et Sakura a le temps de décider que si Kisame à l’air frais comme un gardon, ce n’est pas le cas de son équipier dont la main droite gravement abîmée par le Chidori pend inutilement le long de son corps.

Elle réalise aussi que même s’ils ont l’air totalement immobiles, ils communiquent entre eux. Un mouvement de tête, un frémissement de la main, un pied qui racle le sol… Elle mettrait sa main à couper que c’est un code quelconque, qu’ils sont en train de décider de la marche à suivre…

« Sensei… »

« J’ai vu. Je n’arrive pas non plus à les lire. »

 Alors elle se mord l’intérieur de la lèvre et essaye d’avoir l’air aussi brave que possible, et tente frénétiquement de se convaincre qu’ils vont tourner les talons, qu’ils ne vont pas insister et…

« Ne le laissez pas mourir, » dit simplement Itachi avant de disparaître dans la tempête, suivi de près par Kisame.

 

Sakura en pleurerait.