Éveil

par mugu

Éveil


Douleur... Détresse... Affliction...

Naruto, où es-tu ?

Ses muscles lui faisaient atrocement mal.

Il tenta de bouger mais il n'y arriva pas.

Il essaya de papillonner les yeux mais il n'y parvint pas.

Il n'était un faisceau contigu de souffrances. Le monde entier était flou. Tout était si diffus et amer. Quelles étaient donc ces sensations nouvelles qui lui parvenaient ?

Alors, il entendit une voix féminine d'à côté.

« Je me demande d'où il provient ? As-tu vu comme ses plaies ont guéri vite ? »

Qui êtes-vous... Des humains ?

Une voix plus grave et douloureuse répondit :

« Oui... Lina, tu as vraiment dégoté un sacré spécimen cette fois. En tout cas, tu as flanqué une belle frousse aussi aux autres membres du village en ramenant quelqu'un ensanglanté sur tes épaules. Mais était-ce nécessaire de mentir aux autres le concernant ? »

Lina ? Mentir ? Mentir pourquoi ?

« Je ne sais pas... Peut-être étais-je intimée par son apparition étrange... »

Qui êtes-vous donc ?! Quelle apparition ?! Répondez moi, bordel !

« En haut d'un portail pourpre hein ? Tu es sûre de ne pas avoir halluciner ? Avec le travail que tu fais... Tout ça... Ça peut être le surmenage. Après tout, c'est pas la première fois que tu nous ramènes un immigré. »

Immigré ? Qui... Moi ?

« Non, Faris. Je suis certaine de ce que j'ai vu. J'ai vu distinctement ce portail apparaître du vide, puis se disloquer après l'avoir rejeté. Je te dis pas dans quel état il était. J'en ai vu des gens amochés, mais lui, c'était pire que tout. Il avait les os fracturés, le visage défoncé, la chair en charpie. Mais... Ses blessures se sont mises à se guérir d'elles-mêmes. Je te jure ! Un fluide rouge s'est ondulé autour de son corps et puis des dessins sur son ventre se sont mis à apparaître ! Je n'avais jamais rien vu de tel auparavant ! Ils étaient si entrelacés, si fins, que – »

Il ouvrit enfin les yeux et dit :

« Où suis-je ? »

Il y eut du mouvement peu après sa remarque chancelante. Il entendit des bruits de pas secoués et de brusques froissements. Il sentit alors une main froide lui ceindre l'arrière de sa fourrure.

« Es-tu réveillé ? »

Il se retourna vers l'auteur de cette voix.

Cela se révéla être une femelle – humaine – dans la trentaine. La première chose qu'il remarqua chez elle était sa si riche chevelure étincelante... une chevelure qui lui paraissait si familière... si flamboyante... si... rouge ?

« Ku... », leva-t-il son bras.

« Ku ? » répondit-elle interloquée.

Des larmes embrumèrent ses yeux, il tenta de lever son membre antérieur vers elle.

« Ku-Ku... Kushina ? »

Elle le regarda bizarrement.

« Kushina ? Qui est-ce ? »

Il n'entendit pas sa réponse.

« Tu es censée être morte, » continua-t-il en plein délire. « Comment ? Comment est-ce possible ? Est-ce encore une conséquence du sceau ? »

Elle hocha alors la tête avec incompréhension avant de lui poser deux doigts sur ses lèvres.

« Chut... Tu dois te reposer. Tu es fiévreux. »

Elle lui utilisa ses deux appendices pour lui faire ingérer quelque chose lorsqu'il essaya de répondre.

Non ! Attends ! Réponds moi ! Je veux savoir !

Il ne vit plus que du noir.






Quelqu'un volait dans l'oubli.

C'était ce garçon au sourire éblouissant qui l'avait tant changé.

Il s'éloigna alors, l'isolant encore dans l'obscurité.






« Es-tu réveillé ? »

Il acquiesça fébrilement avant d'ouvrir les yeux. Elle marqua une pause avant de remarquer :

- Tu as eu une crise cette nuit...

Kurama resta inerte sur sa couche, puis prononça :

- Où est Naruto ?

Elle le regarda interloquée.

- Je ne vois pas de qui tu veux parler.

Il hocha la tête stressé.

- C'est un garçon blond aux yeux bleus. Il possède trois marques aux joues. Il...

Elle leva une main pour lui signifier de se calmer.

- Je crois avoir réponse à ta question.

Elle se leva de sa chaise et se dirigea vers un meuble. De là, elle en ressortit un miroir plat.

- Prends ça.

Son regard plongea dans la glace. Il trouva enfin Naruto.

Qu'est-ce cela voulait-il donc dire ?

- T'appelles-tu Naruto ?

Non...

- Mon nom est Kurama.






« Mon nom est Kurama »

Si on avait posé la question à Lina pour s'occuper de cette énergumène, elle aurait sans doute répondu non. Elle avait dû assister son chevet pendant des jours en lui demandant toutes les heures s'il s'était réveillé. Ce satané Faris lui avait demandé de veiller sur lui – et surtout de le surveiller. Un homme détenant un tel pouvoir de régénération pouvait être dangereux pour leur village, lui avait-il dicté. Maintenant, Lina avait non seulement un homme dangereux sur ses bras, mais également un homme fou. Comme si elle n'avait pas suffisamment de problèmes, il fallait qu'un incapable se ramène dans sa vie.

« Je vois... Et ce Naruto, est-ce ton jumeau ? », demanda-t-elle curieuse.

Il se contorsionna au nom qu'elle avait prononcé.

Amusant... jugea-t-elle.

« Naruto ! Naruto ! Naruto ! », piailla-t-elle sans arrêt.

Il lui répondit par des yeux vides.

« Pourquoi n'es-tu pas effrayé ? »

Elle fronça les sourcils. Quelle était cette question incongrue ?

« Pourquoi serai-je effrayée d'un infirme ? »

« Eh bien... Je suis le démon renard à neuf queues. »

Elle explosa de rire avant qu'elle ne nettoie les larmes de son visage :

- Tu es définitivement intéressant toi. Je commence à t'apprécier, tu sais ? Kurama, hein ?

- Je vais me rendormir...

- Non attends !






« Non attends ! »

Comment avait-il pu confondre cette humaine arrogante et bruyante avec Kushina ? Quelque chose ne tournait pas rond non plus. Pourquoi le miroir lui avait-il montré le visage de Naruto. Où était passé son corps ? Où était-il arrivé ? Où était donc passé Naruto ?

Il ferma les yeux en se retournant sur sa couche mais cette humaine ne cessa pas de palabrer.

Il soupira.

- Je t'entends tu sais ? Tu peux le dire si je t'ennuie !

- Dégage humaine... souffla-t-il.

- Quoi ?

- Dégage... répéta-il clairement cette fois.

Il sentit une main s'agripper sur son cou. Il ouvrit les yeux, et vit deux billes flamboyantes de colère.

« Je crois que tu n'as pas saisi la situation minus. Tu squattes chez moi. Si t'es pas content, tu peux prendre tes miches et tes claques et dégager d'ici en vitesse. Je suis sûr qu'une cellule bien froide sera bien préférable à ma présence. »

Kurama leva les yeux songeur. Il aurait encore préféré moisir dans une cage que d'être en présence de celle en face de lui.

Non, mauvaise idée...

« Je me sens mal... »

Étrangement, elle ne répliqua pas avec sa voix suraiguë de d'habitude. À la place, elle rapprocha son front de son front, de sorte à ressentir sa température.

« Bizarre. Pourtant, tu n'as plus de fièvre. »

Bonté divine...

La poitrine de la femelle était bien en évidence. Et sa flagrance... enivrante également...

« Ah ! Je sens ta température monter ! »

Il maugréa une injure mentale.

« Je crois que je vais te laisser te reposer en fait. »

Elle s'éloigna de lui, mais avant qu'elle ne franchisse la porte, la voix de Kurama se fit savoir.

« Qui était le vieillard avec toi ? »

Elle se retourna vers lui avec un sourire mutin.

« Mon parrain. »

Elle claqua la porte.






Les rivages s'écrasaient sur la falaise. Le soleil couchant à l'horizon teintait le ciel portant la couleur du sang. Le zéphyr tournoyait sans cesse autour d'eux, et ils étaient les deux seules ombres restantes, se maintenant au bastingage de cet univers oublié.

« Naruto... Pourquoi ne me réponds-tu jamais ? Pourquoi m'as-tu confié ton corps ? »

La fée d'ambre lui confia un sourire resplendissant de lumière.

C'était la fin du rêve






Trois jours plus tard, Kurama se leva enfin.

En mettant ses pieds à terre, il faillit trébucher lorsqu'il reposa intégralement son poids dessus. Il s'accrocha à un mur en tentant de reprendre son équilibre. Il fallait absolument qu'il apprenne à maîtriser ce corps inconnu. Après tout, Il serait son instrument pour ses desseins ; venger Naruto de Madara et de son ami le traître. Les yeux de Kurama s'enflammèrent d'une nouvelle détermination à cette pensée, et il alla de ce pied en titubant vers la sortie de la chambre, regardant une dernière fois le sillage qu'il avait parcouru ; ses premiers pas au monde.

« Enfin ! », s'exclama-t-il triomphant.

« Tiens, déjà debout ? Je croyais que tu allais rester dans ton lit toute ta vie ! »

Il sursauta à la voix derrière lui puis se ramassa misérablement sur le planché.

Il allait décidément avoir une migraine en présence de cette humaine, prête à le surprendre à n'importe quel instant.

« En tout cas, de là, je dois dire que la vue est pas mal ! »

De quoi parlait-elle donc ?

« En tout cas, je me demande si t'as pas froid dans cette tenue. »

Tiens, maintenant qu'elle le faisait remarquer, c'était bien vrai.

« C'est pourquoi je pense que ce serait pas mal que tu penses à t'habiller. »

Il grogna alors : « Des habits ? Pourquoi faire ? »

Elle lui fit un sourire intimidant, et ses prunelles étincelèrent d'une langueur particulière.

« Je vois. Monsieur en outre d'être un fou est un sauvage. Pas mal pas mal... Je crois que je sais comment gérer les sauvages de ton espèce. »

Ses mains alors se déposèrent sur les boutons de sa robe verte, révélant une profusion de coton blanc. Les joues de Kurama rougir tout bonnement.

Lina éclata de rire avant de récrier :

« Je crois que ceci est une raison supplémentaire ! »

Lina : 1, Kurama : 0






Après s'être habillé d'habits amples tout blanc d'infirme, Kurama prit la décision de sortir de la maison, bien sûr, avec Lina au trot qui l'observait toujours pensivement.

Il écarquilla les yeux devant le monde époustouflants qui s'offrit à lui.

Des poules piaillaient et picoraient leur blés au dehors. Les montagnes qui décoraient l'horizon s'élançaient vers le ciel tels de divins presages. Le doux zéphyr de l'aube se coucha tendrement sur le visage de Kurama, revigorant ainsi ses cheveux et ses traits. L'homme blond fléchit sa main devant son front pour se protéger ses yeux étrécis des rayons du soleil triomphant de la colline à l'horizon. Celui-ci diaphragmait la lumière originelle en stries rouges, enveloppant Kurama dans une douce symphonie symbolisant le matin de cette vie naissante.

« Belle vue, hein ? »

Il ne se retourna pas mais acquiesça quand même. Lina fut surpris de l'entendre répliquer si profondément :

« Même une belle vue toutefois ne peut remplir parfois ce que les yeux désirent regarder. »

Il étira alors ses bras avant de se retourner vers Lina.

« Et maintenant ? », questionna-t-elle.

Il la regarda longuement.

Ses cheveux rouges étaient désormais rassemblées en une natte. Elle portait définitivement une robe de paysanne. Sa beauté n'était pas à redire, mais Kurama ne pouvait s'empêcher de médire :

« Je crois que je vais faire un tour. »

Il se mit à courir. Vite. Très vite. Très Très vite.

« Eh attends ! », cria la femme de derrière.

Il s'enfuit dans la forêt.

Lina : 1, Kurama : 1








L'homme blond ne s'était pas attendu à ce que son corps lui réponde si bien. Le hic, c'était que le plan de la semer dans les bois en passant par un chemin remplie de ronces et de broussailles ne fonctionna malheureusement pas, car elle arriva à le tracer sans mal avec sa machette sorti de nulle part. Il la maudit intérieurement plusieurs fois en entendant ses appels au loin auxquels il ne répondit pas.

Alors, ils débouchèrent au beau milieu de la clairière. Kurama sentit que cet endroit lui était familier. Un bosquet trônait majestueusement au centre d'un lac à l'eau trouble. Les oiseaux piaillaient délicieusement sur les branches. Des champignons, déposés ici et là, étaient camouflés par les arbres les recouvrant de leurs verdoyantes membranes.

« Ah te voilà enfin ! », souffla outrée une voix familière de derrière. « T'as intérêt à me fournir des explications cohérentes si tu ne veux pas tâter de ma machette ! »

Ses mains tremblèrent avant qu'il ne dise embrumé :

« Quel est cet endroit ? »

Elle le regarda troublée de derrière.

« Tu ne te souviens pas ? »

Quelque chose se déchira alors à l'intérieur de Kurama. Un trou béant s'ouvrit dans son âme. Il se tint convulsivement la poitrine, hoqueta, avant de s'effondrer au sol inerte.

« Eh ! Kurama ! Que se passe-t-il, réponds moi ! »

Des flashs lumineux traversèrent ses rétines.






Un homme masque orange ricanait dans l'obscurité.

« Vois-tu, le Kyuubi, ce que je fais à ton réceptacle. »

Un garçon blond était épinglé sur un mur par de multiples épées. Une à une, il les ressentait s'infiltrer dans son corps... Mortelles... Décisives...

Le renard hurla de douleur.






Un renard à neuf queues aux multiples queues translucides le contempla intensément.

Qui es-tu ?

Je suis... rétorqua-t-il.

Qui suis-je ? pensa-t-il en retour.

C'est évident. Je suis celui qui tuera cet homme.

La folie teinta le monde par sa présence.






« NARUTO ! », hurla Kurama en revenant à la réalité. Dans sa hâte de se lever, il cogna de son front Lina qui vociféra alors de douleur.

« Je crois que c'est la dernière fois que j'essaye de t'aider quand tu as une crise comme ça ! Tu n'arrêtais pas de me vriller les oreilles avec tes ''Naruto ! Naruto !'' que je devais t'empêchais de t'étouffer. »

Pendant sa tirade exaspérée, Kurama rampa alors vers la rive du lac. Il devait être sûr d'une chose... Une main devant l'autre, il se traîna sur la terre humide qui entourait le lac. Il agrippa chaque tronçons de terre qu'il arrivait à saisir. Ses mains, pleines de boue, parvinrent à le hisser jusqu'au trou d'eau.

Et alors, devant son reflet, Kurama réalisa qu'il avait commis l'impardonnable.

Des larmes coulèrent finalement de son visage marqué, marqué de ses propres traces, des traces du Renard. Il se leva, cacha son visage de ses mains, cria, et pleura. L'écho de son désespoir retentit partout aux environs. Amer, culpabilisé, au combien il était... Responsable du pire crime, l'appropriation de l'existence de Naruto. Lui qui avait tant languis ce corps dans le passé où il avait haïs avec passion le garçon blond, il s'en repentait désormais avec affliction.

Kurama se mit à marteler la terre de ses poings qui finirent ensanglantés. Il rongea le sol de ses ongles devenant de plus en plus noirs. De livides éclairs cramoisis commencèrent à cingler l'air autour de lui. Une aura pourpre et pulpeuse émergea enfin de son être. Dans un hurlement, se tenant les tempes, une explosion titanesque surgit de son corps, ravageant tout aux alentours.

La rousse qui avait contemplé le spectacle fut alors projetée contre un arbre par l'onde de choc. Sonnée, elle demeura figée devant cette vision terrifiante. Elle comprit enfin ce qui l'avait toujours titillé chez cet homme anormal. Oui. C'était ça. Ce Pouvoir... Son Pouvoir.

Puis alors, celui-ci s'amenuisa drastiquement, pour qu'au final, l'homme blond s'écroula par terre, vidé, les yeux morts.