Avant propos

par mugu

Avant propos : Origines d'un monde


Au commencement, la nuit gouvernait. Inlassablement. L'empire des ombres, étendu partout, régnait en maître.

Puis au loin, soudain, une explosion retentit. De là, les étoiles naquirent. Celles-ci resplendirent leur lumière à travers la voûte qui maintenait la toile éphémère de l'univers. Astres et comètes ; tout s'organisait selon un ordre précis. L'agencement était en cours. Le feu brûlait.

Puis la vie apparaissait enfin.

Toutefois, les obscures puissances qui régissaient l'ancien monde demeuraient toujours présentes. Par delà le temps, ils leur furent donnés plusieurs dénominations : Dieux, Démons, Origines, Anciens.

À vrai dire, cette nouvelle vie qui commençait leur était initialement destinée. En vérité, c'était eux qui furent les initiateurs de cette œuvre merveilleuse. Ils étaient nés en même temps que les étoiles – non, avant les étoiles même ! C'était eux qui leur avaient insufflé le pouvoir de l'existence. Ils étaient suprêmes. Au delà de Suprêmes, ils étaient... Les Dieux Primaux.

Chacun d'eux avait un élément associé, une particularité profonde : le feu, la terre, l'eau, le vent, et la foudre. Ils représentaient le centre de l'univers – le commencement de tout. Néanmoins, il existait une entité qui les surclassait tous. Une entité, qui était au centre du centre, à la convergence comme à la lisière de tous les événements passés et futurs. Elle représentait l'Alpha et l'Oméga, le Début et la Fin. Cette créature, s'appelait...

Le Juubi ; la Bête aux Dix Divines Queues.

Celle-ci, avant la genèse de cet univers tel que nous le connaissons aujourd'hui, se terrait seule, dans le vide, à l'écart de ses comparses. C'était elle qui fut la principale responsable de cette instigation. C'était elle, qui, dans sa solitude, avait décidé de façonner ses créations.

Et ainsi, voyant celles-ci devenir autonomes, elle les laissa pendant un moment à leur discrétion. Intéressée, subjuguée, elle se tint à l'écart de ce qui partait originellement de son propre génie. Les Dieux Primaux quant à eux, durant son mutisme, convergèrent leur attention aux confins de l'univers, à l'extrême limite de l'anneau extérieur.

La planète bleu vit le jour.

La vie y foisonnait abondamment. Poissons, volatiles, mammifères. Toutes sortes d'êtres.

Mais cela ne suffisait pas. Cela n'était pas encore fini.

Se mettant à l'ouvrage, les Dieux Primaux décidèrent de créer des êtres à leur image. Des êtres, pouvant contrôler leur énergie incommensurable contrairement aux autres espèces. Oui...

Ainsi, l'Homme foula pour la première fois le pied du sol.

Cette race intelligente se différencia immédiatement des autres ; elle détenait une volonté propre – elle était au dessus de toutes les autres, au même titre que les Dieux... mais elle était jeune, encore... manipulable, malhabile et surtout, reconnaissante... tant qu'elle donna à ses Dieux de multiples cadeaux et offrandes.

Émerveillés, les Dieux choisirent en retour de pactiser avec cette espèce qui construisit nombreux monuments à leur effigie, en leur offrant d'avantage d'influence. De cette façon, chaque Dieu accorda une partie de leur pouvoir élémentaire associé à leurs préférés, et ce, selon leur naissance.

Gloire au sommet. Opulence enivrée. Tout était prêt à porter.

Mais alors, la corruption s'installa dans leur cœur, à la fois dans celui des Dieux que dans celui des Hommes – dans les Hommes, qui commencèrent à comploter contre leurs créateurs ; les Dieux et les Dieux, qui commencèrent à comploter contre leur créateur ; le Juubi.

La roue du destin était en marche.

Le Juubi, ayant eu vent de leur tentative, sortit de sa tanière. Enragée, la Bête terrassa ces êtres infâmes ayant tenté de se hisser contre elle. Comment osaient-ils la défier ?! Comment osaient-ils se rebeller contre sa suprême puissance ! Ils ne méritaient que la mort ! Non – la mort n'était qu'un châtiment trop doux pour leur ignominie, non...

Ils méritaient seulement l'annihilation !

Alors, redoutant leur fin commune, les Dieux prirent la perche tendue par les Hommes ; ils façonnèrent parmi eux l'être ultime, un être, pouvant surclasser toutes les essences, un être, né de la fusion entre les Hommes et les Dieux, l'ultime croisement. C'est ainsi que la légende naquit. L'histoire l'appela quant à elle... le Sennin des Six Chemins.

Brandissant sa faux, ce régisseur du chaos parvint à sceller en lui celle qui fut à l'origine du monde. Toutefois, ce que les Dieux Primaux ne se doutèrent, c'était qu'ils avaient commis une terrible erreur. En effet, le Juubi était le créateur de l'univers, mais cette créature tentaculaire était également à l'origine de leur pouvoir, celle, qui leur permettait d'être au sommet des sommets.

Sinistrement, les Dieux perdirent ainsi toute option de retraite en même tant que leurs Pouvoirs. Ils n'avaient même plus la possibilité de migrer sur un autre monde tant leur énergie était devenue ridiculement faible. Ils s'étaient rendus piégés, vulnérables, à la merci des Hommes qui se rirent d'eux alors qu'ils les enfermaient dans des chaînes. Le Sennin tenta d'unir ses deux parents, mais il n'y parvint pas comme leurs conflits étaient trop enracinés. Les Hommes chassèrent les Dieux de leur terre sacrée, malgré le mot contraire de leur sauveur. Les Dieux Primaux durent alors partir en exil, au loin, dans les contrées lointaines et maudites.

C'est ainsi qu'à la fin de leur voyage, au fin fond d'une cave, ils établirent un plan – un plan pour renverser la tendance, un plan pour renverser le pouvoir, un plan, qui leur permettrait de remonter à la surface. Des années durant, ils firent des recherches, des expériences, des expérimentations, des expériences d'expérimentations. Finalement, au prix de terribles efforts et de sacrifices incommensurables, ils parvinrent malgré leur faiblesse, à créer le sceau maudit... Le sceau, qui réglementait à la fois la mort et la vie :

Le sceau du Shiki Fujin.

Pour que leur souhait se réalise, ils durent faire appel à une force obscure ; le Shinigami, le Dieu de la mort – et la moitié du Juubi. Il était leur antécédent, leur oncle, leur ascendant. Voyant que les créations des créations de sa compagne se vautrer dans la débauche, alors que sa moitié elle, était enfermée dans le plus profond d'immondes entrailles, celui-ci s'embrasa d'un courroux infernal.

La guerre entre les Hommes et les Dieux commença enfin.

La Terre en était témoin, le résultat fut terrible. Ambassadeur de la paix, le Sennin des Six Chemins tenta de calmer le jeu, mais il fut traité tel un traître chez les Humains, et de profanateur parmi les Dieux, puisqu'il était lui-même leur cible, soit le détenteur de la Créature des Abysses.

Alors, ne pouvant se résoudre, le Sennin des Six Chemins partit. Les Dieux et les Hommes pouvaient continuer de s'affronter à loisir, il s'en moquait éperdument. Toutefois, avant que le Sennin ne disparaisse de la surface, le Shinigami lança sa malédiction contre lui, réveillant la Bête.

La sentant resurgir des profondeurs, le Sennin des Six Chemins, dans un râle, dut se résoudre à un terrible choix. Soit il tuait la Bête, et laissait les Hommes remporter sur les Dieux, soit il laissait échapper la Bête, permettant aux Dieux de remporter sur les Hommes. Mais aucun des deux clans ne le méritait. Tous deux étaient fautifs.

Alors, devant cette absurdité, il choisit une troisième option, une solution neutre, une solution qui ne favoriserait aucun parti :

Il divisa la Bête en lui, qu'il expulsa en dehors de lui en neuf parties distinctes, neuf Bêtes différentes. Bêtes méprisées car elles étaient à l'embranchement entre les Hommes, les Bêtes et les Dieux ; Bijuus, qui prirent alors la dénomination de Dieux Secondaires.

Avec ses enfants, le Sennin des Six Chemins s'enfuit. Il façonna un refuge, où seuls les véritables siens et lui-même pouvaient s'y reposer, laissant à l'écart les Hommes et les Dieux, démunis désormais.

Ayant perdu sa moitié, le Dieu de la mort maudit la terre, rendant les Hommes mortels, et ravalant leur rang au simple rang d'hommes. Les Dieux Primaux, de leur côté, durent s'en aller définitivement cette fois ; ils s'immolèrent dans la glace, pour reposer dans l'oubli jusqu'à qu'advienne la fin de cet univers. Les hommes, quant à eux, avaient perdu une grande partie de leurs pouvoirs. Ne pouvant retourner leur rage nulle part ailleurs que sur eux-mêmes, ils se firent la guerre.

Et ce fut l'avènement des premiers ninjas.

Le Sennin des Six Chemins quant à lui, ne pouvant retourner parmi les hommes, et complètement démuni suite à son terrible accouchement, il demeura dans la terre. Il supposa que ses descendants ne le manqueraient pas de toute façon...

Et timidement, ses véritables enfants s'approchèrent. Des enfants, auxquels il leur inculqua tout son amour, tout son savoir, tout, tout simplement, pour revenir enfin sur de bases sereines et saines.

Neuf. Ce fut le nombre d'années qu'il lui restait pour les élever.

Ils les nomma alors. Tous, un par un. Les noms des héros du passé. Les noms des temps anciens. Les noms provenant des Dieux. Car ils étaient des Dieux.

L'aînée de toutes ces créatures, un certain renard à neuf queues, demeura en solitaire, refusant de boire les paroles de son géniteur. Souriant, ce fut avec elle que le Senin des Six Chemins passa le plus de temps. Cette Bête avait cette volonté versatile, mais elle était également la préférée de toutes.

Sa préférée.

C'est pourquoi à l'heure de sa mort, cette bête versa sa première larme. Une larme de compassion, de remerciement pour cet être insaisissable.

L'heure de l'autonomie était advenue pour Elle.

Puis elle dut se séparer de ses sœurs sous le conseil de son maître. Elle et ses comparses vagabondèrent le monde à la recherche de leur destiné, ainsi que du but de leur existence.

Et c'est ainsi qu'elles rencontrèrent les hommes.

Ceux-ci, toutefois, n'avaient pas oublié les méfaits du Traître, responsable de leur actuel calvaire. Une à une, ils les capturèrent donc, les réduisant en esclavage, avides qu'ils puissent retrouver leurs pouvoirs. Le renard fut le dernier à succomber à leurs trappes ; à la fois physiques et mentales. Enfermées à l'intérieur de ces êtres pendant de longues années, elles devinrent corrompues par les hommes, si bien que pour se venger, unies par la pensée, les Bêtes des abysses convergèrent leur Pouvoir vers des Vecteurs, vers des Représentants qu'ils estimaient dignes.

Le renard à neuf queues, quant à lui, choisit un représentant de son espèce, tapi au sein de la plus grande forêt au centre des terres du Sud. L'animal ayant reçu le message de la bête – devenue démon à neuf queues sous l'emprise des hommes, avait la fourrure grise et sombre. Il comptait parmi les plus vieux de sa race. Il était également l'un des seuls à porter un nom ; Meize, qui compta parmi les Neufs Dieux Tertiaires, à l'origine des animaux savants.

Les hommes lorsqu'ils prirent connaissance de ces êtres les appelèrent les Sérénades, les êtres les plus redoutés de la Terre après les Bijuus, car ils étaient ceux qui allaient semer la terreur dans leur rang.

Les pouvoirs qui leur furent accordés étaient les suivants : immortalité, intellectualité, maîtrise du chakra. Ils étaient aussi doté à foison de l'énergie spirituelle à la naissance de tout, du Pouvoir.

Meize, de son côté, appréhenda ses nouvelles capacités avec parcimonie. Au fil du temps, ses poils devinrent d'opale, sa taille évolua en une inégalable, et sa force décupla à un point tel, qu'il devint presque impossible de l'abattre. Toutefois, la chose qui ne changea pas, fut son aspect joueur d'antan qu'il conserva allègrement. En vérité, le message des Bijuus n'avaient eu que peu d'influences sur leurs Vecteurs, qui demeurèrent les mêmes, même après leur subit changement. C'est la raison pour laquelle, au lieu de se venger des humains, Meize prit l'apparence de l'un d'entre eux.

Mais il comprit enfin le message une fois fait.

Ces bipèdes chassaient les siens, les renards. Néanmoins, étant animal, il savait que les plus forts mangeaient les plus faibles, que c'était dans l'ordre des choses. Ce qu'il n'apprécia pas par contre, c'était qu'eux-même se chassaient entre eux.

Il les considéra nocifs à l'évidence, mais pas suffisamment assez pour qu'il les extermine, comme pensèrent les autres Sérénades qui eurent l'expérience similaire, car de leur annihilation, résulterait un plus grand chaos encore, un mal, qui risquerait de tous les anéantir.

Alors, pour conserver ses frères de leur folie dévastatrice, Meize transféra une partie de ses pouvoirs à quelques renards avoisinants, qu'il choisit avec précaution pour leur enseigner l'Art. C'est ainsi que Meize fondit le clan des Renards Spirituels. Les autres Sérénades réalisèrent le même tribut de leur côté, transférant également leurs pouvoirs issus des Bijuus dans des membres de leur espèce associée.

Les premiers animaux à avoir reçu le Pouvoir des Sérénades furent nommés les Aubades, la première génération des animaux savants. Tandis qu'eux étaient quasiment immortels, et disposaient la capacité de parler le langage intelligible, en même temps que de prendre forme humaine, leur descendance ne partageaient pas certains de leurs attraits. Le Pouvoir des Origines s'amenuisait de génération en génération. La seconde génération n'avait que leur forme animale. La troisième ne contrôlait plus le chakra. La quatrième avait du mal à former des phrases, si bien que les Renards spirituels, comme les autres animaux savants, furent toujours limités dans leur population étroite, car au bout de la cinquième génération, les animaux savants perdaient leur statut pour redevenir de simples bêtes.

Un autre fait qui n'évolua pas, fut la corruption s'infiltrant telle la peste dans le corps de ces animaux, qui prirent peu à peu les mêmes attraits que les humains ; soit l'envie de tout conquérir, même leur propre espèce après les autres.

Et les erreurs du passé recommencèrent pour les animaux savants, comme pour les hommes...

Meize vit avec peine les Renards Spirituels commencer à se manger entre eux en sus de chasser les hommes, tout en attaquant les espèces savantes congénères qui semblaient teintées du même fléau. Terrible était l'ironie pour Meize. Et il savait quel était à l'origine de tout ce gâchis...

C'était l'influence pernicieuse que détenaient les Bijuu étant à l'origine de leurs pouvoirs, enfermés dans le cœur des hommes eux-mêmes qui étaient le socle de la corruption.

Meize chercha un moyen d'arrêter le carnage. Il tenta d'abord de rassembler les siens, pour calmer leur fureur ravageuse, mais il n'y parvint pas. Il essaya de contacter les autres Sérénades, mais eux-mêmes avaient leurs propres soucis avec leur clan et l'effort se solda à un échec. Pire, cela avait envenimé ses relations avec d'autres Représentants, si bien que des guerres terribles s'enclenchèrent entre clans. Des alliances se formèrent, des trahisons éclatèrent. La corruption avait atteint le cœur des plus Purs.

Ainsi, chaque année qui passait, les Renards Spirituels s'entre-tuaient d'avantage, jusqu'à que leur nombre qui était de dizaines de milliers en fut réduit à quelques centaines, chassés à la fois par les hommes, par les autres bêtes – et par eux-mêmes. Tel était leur châtiment pour avoir profiter du Pouvoir Damné du Juubi.

Meize, alors, dans une dernière tentative, appela mentalement à ses côtés ses Aubades. Cependant, l'un des Cinq était mort par la guerre des bêtes, tandis qu'un autre s'était transformé en humain pour se lier à une mortelle qui devint la créatrice du Pays des Tourbillons. L'ultime et le dernier était demeuré silencieux à son appel, que Meize supposa ainsi également mort ou endormi pour toute l'éternité, si bien que sur cinq n'en restèrent plus que deux : Maruna, un renard d'un orange terne éborgné, et Felinis, une renarde à la fourrure pourpre, même s'ils étaient cette fois là dans leur forme humaine et qu'ils demandèrent à leur maître d'une voix affolée :

« Meize-sama, nos enfants se meurent chaque jour, et nous pouvons les astreindre de leur folie... Que pouvons-nous faire ?! »

Meize lui-même n'avait pas de réponse. Il avait eu de nombreuses compagnes, à qui il leur avait assigné une descendance, pour s'assurer que son pouvoir perdurerait par delà le futur. Ses disciples étaient de moins en moins nombreux, et il savait que le temps était désormais compté pour eux, c'est pourquoi il fallait agir vite :

« Deux choix s'offrent à nous. Périr, ou nous exiler, comme le Père de notre Père ; le Sennin des Six Chemins. »

Les deux Aubades écarquillèrent leur yeux.

« Nous exiler ? Pourquoi ?! À quoi cela pourrait-il donc nous servir ?! »

Meize, l'Ancien, leva sa tête vers le ciel, qui pleurait des larmes ensanglantées :

« C'est le seul moyen que nous disposons pour nous prémunir de l'influence pernicieuse des hommes sur nous. Nous devons nous écarter des hommes, aller vers le Nord, là est la réponse. »

Ainsi, avec ses deux Aubades, et quelques uns des Renards Spirituels de seconde et de troisième génération qui acceptèrent de le suivre... ils partirent.

Et alors, l'exode animale commença. Certains des autres peuples suivirent en même temps. Le chemin fut difficile, car ils devaient traverser les terres conquises par les humains qui, lorsqu'ils les croisaient, essayaient de les réduire en esclavage.

Alors, voyant ses frères mourir un à un devant leurs assauts inlassables et suite à la mort de son Aubade, sa fille adoptive, la belle Felinis, Meize s'emplit d'un courroux suprême. Il utilisa la première fois son Pouvoir sur les humains et fut le déclencheur de ce qu'appelleraient plus tard les bipèdes le Cataclysme.

En parsemant d'illusion de morts ses victimes, Meize conjura en outre une météorite qui anéantit complètement une région verdoyante, la transformant en une lande aride, désertique, qui prendrait plus tard le nom de Suna. Toutefois, cet accident, en sus d'ensevelir profondément dans la légende Meize, le titanesque renard d'opale, et de propager la rumeur de la puissance destructrice des Sérénades, celui-ci affaiblit grandement Meize, qui devint donc à la merci de ses semblables. Néanmoins, par son alliance avec les Corbeaux Vifs auxquels il avait sauvé la vie à l'un des leurs Aubades par le passé – Neil, qu'il avait pris sous sa patte pour en faire un être digne de sa classe – ceux-ci escortèrent le clan des Renards Spirituels jusque dans les sommets givrés de Kumo, où là, les deux peuples se séparèrent.

Alors, au bout de semaines et de semaines de recherches infructueuses, au milieu de la couronne de grive, Maruna, le dernier des cinq supplia son maître d'une voix désespérée :

« Meize-sama... Ceci est inutile... Jamais nous réussirons à trouver notre sanctuaire. Même ma sœur bien-aimée est morte... Je n'ai plus d'espoir... comme pour notre peuple. »

Meize, pour la première fois depuis des siècles, reprit son esprit bon enfant d'auparavant :

« Certes Maruna... Nous ne pouvons trouver notre sanctuaire... C'est pourquoi nous devons le créer par nous-mêmes ! »

« Quoi ?! »

Dans sa forme humaine, celle d'un homme dans la trentaine à la chevelure d'ébène, Meize leva un bras vers le ciel et utilisa tout son Pouvoir pour créer une zone sacrée autour d'eux :

« Vous ne devrez sortir de cette terre que je crée pour vous, mes enfants... L'eau filtrée à travers les montages devrait être suffisante pour vous nourrir et conserver votre pureté, car elle est imprégnée de mon énergie ! Je vous offre ce territoire, à vous, Renards Spirituels, pour m'avoir suivi jusqu'ici... »

Ainsi, le climat se réchauffa, les plantes poussèrent, les arbres s'élevèrent. Au prix d'une grande partie de ce qui lui restait, Meize offrit à son peuple la rédemption. Par la suite, il utilisa les miettes de son Pouvoir pour conjurer une illusion pour que les autres animaux savants ainsi, que les hommes ne puissent le trouver, lui et ses comparses. C'est de cette manière que Meize battit son monde – un paradis, à l'écart à la fois des bêtes, des hommes, et des Bijuus.

En paix et en harmonie, dans l'enceinte de la vallée verdoyante, les Renards Spirituels réparèrent les erreurs du passé. Ils appelèrent à jamais leur Sérénade, Seigneur, qui s'enfouit alors dans la torpeur, pour se reposer de sa titanesque entreprise.

Avec le temps, lorsque les autres Dieux Tertiaires eurent vent des exploits réalisés par le Représentant du Kyuubi, ils s'empressèrent de réaliser la même débâcle vers le nord, afin de trouver la paix auquel ils avaient tant et tous aspiré, soit dans les immenses Montagnes de Kumo. C'est ainsi que les animaux savants purent enfin goûter à un repos mérité – dans une terre isolée de tous conflits, à la fois loin des hommes et de leur folie.

Des siècles et des siècles se succédèrent ainsi sans interruption. Tranquille, comme le long d'un fleuve, tout allait pour le mieux, tenu à l'écart des hommes. Toutefois, même Meize avait été jusque là plongé dans un profond sommeil, ressentit un événement qui faillit ébranler le monde :

Les effluves de la libération du Kyuubi – son père – parvinrent jusqu'à lui, l’émergent de sa torpeur. Ces deux événements combinés – son réveil, et la libération du Dieu Secondaire – étaient si terribles, qu'ils manquèrent de peu de détruire le monde des Renards Spirituels.

Ainsi, ouvrant ses yeux de platine pour la première fois depuis des lustres, Meize tenta, par la pensée, de visualiser ce qui se déroulait dans le monde des vivants.

Il vit alors son père, le Kyuubi, combattre les cohortes humaines qui avaient bien changé depuis – s'étant apparemment civilisés. Ou peut-être pas, puisqu'il semblait que la guerre y régnait encore. Baillant, il remarqua alors que le tributaire de son Pouvoir était manipulé par les fabuleuses pupilles, issues de la descendance maudite du Sennin des Six Chemins ; le Sharigan. Toutefois, un homme aux cheveux blonds s'interposa contre le petit homme au masque orange. Celui-ci réalisa une chose étonnante : il conjura le sceau du Shiki Fujin appartenant au Shinigami...

Ainsi, les hommes avaient bien évolué depuis, songea Meize en refermant les yeux, devinant que son père se fit encore scellé parmi les hommes – pour également la paix de son peuple.

Mais toutefois, plus au Nord de là, à proximité du repère des Renards Spirituels, au pied dans les Montagnes de Kumo, Meize ressentit un fait plus étrange encore – un fait surnaturel même, un fait, qui déchira la toile de l'univers. Il vibra à la venue de cet élément qui transperça l'espace et le temps, provenant d'un univers adjacent.

Une variable inconnue jusque-là, nouvelle.

Unique.

Alors, Meize visualisa un homme aux cheveux blonds émerger d'un pourpre portail, au dessus d'un petit lac, situé à côté d'un village semblable à son propre monde, un village d'humains, qui lui aussi avait essayé de se prémunir de la folie par la fuite vers le Nord. L'individu en question fut d'ailleurs secouru par une habitante du village voisin. Cet homme, sorti de l'eau trouble, arborait sur son ventre le sceau maudit... Le sceau du Shiki Fujin...

Dans un soupir, Meize reprit la parole pour la première fois depuis des siècles :

« Il est temps de reprendre du service... »

Et l'histoire ne faisait que commencer.