Second Pas

par jainas

Second pas

 

Plus tard, ils ne reparlèrent pas de cette soirée, et Gaara ne revint jamais se blottir dans les bras de sa sœur.

Mais il passa plus de temps en leur compagnie, et accepta même de s'entraîner avec Kankuro, à condition que ce dernier utilise ses marionnettes lorsqu'ils travaillaient ses capacités d'esquive.

Durant ces quelques mois, Suna fut administré par le Conseil, qui mit un point d'honneur à les éloigner au maximum, en les envoyant en mission au long cours dans les coins les plus reculés du Pays du Vent, pour faire la chasse aux ninjas renégats et aux bandits de grand chemin qui infestaient la région. Lesdits bandits eurent d'ailleurs la surprise de leur vie lorsqu'ils pensèrent s'en prendre à une faible jeune femme sans défenses accompagnée de deux adolescents vêtus comme des gens du désert, et qu'ils se retrouvèrent les pieds dans le sable à loucher dans les yeux sans vie d'une marionnette, ou à contempler en détail la facture raffinée du bord le plus tranchant d'un éventail.

C'est durant ces quelques mois également que Gaara se mit soudain à grandir plus vite encore qu'un champignon du désert en période de mousson, comme si quelque chose s'était tout à coup débloqué –ou peut-être était-ce seulement l'influence de Temari, qui prenait son rôle de sœur aînée très au sérieux et recourait à des mesures drastiques pour s'assurer qu'ils se nourrissent correctement, et le cas échéant leur faire ingérer leur quota de légumes. Quoi qu'il en soit, il prit une quinzaine de centimètres en une poignée de semaines, forçant Kankuro à lui prêter des vêtements de rechange en attendant qu'ils puissent se procurer des tuniques de combat dignes de ce nom.

C'est pendant ces quelques mois également, alors qu'ils traversaient des hameaux dont les villageois éperdus de reconnaissance n'avaient jamais entendu prononcer le nom de Gaara du Désert, que le jeune homme prit sa décision.

 

C'est la veille de leur retour à Suna pour se présenter à l'examen jounin, tandis qu'ils campaient à une dizaine d'heures de marche des murs de la cité, qu'il leur fit part de sa détermination.

"Je serais le Cinquième Kazekage." Annonça-t-il sur le même ton que s'il avait demandé le sel ou prévenu qu'une tempête de sable se préparait.

Temari et Kankuro échangèrent un regard.

"Kaze-…"

"-kage ?"

"Gaara… pourquoi ? Ils…" Ils te détestent, ils ont peur de toi. Pourquoi ?

"Lui… il veut devenir Hokage, pour que les villageois soient forcés de reconnaître son existence. C'est lui qui m'a dit que protéger les gens qui me sont chers me rendrait plus fort. Je… sais que la plupart d'entre eux préfèreraient me voir mort que Kazekage de Suna. Mais je veux… Je veux qu'ils m'acceptent, et je veux pouvoir les protéger. Je veux… avoir des personnes précieuses, quelque chose pour quoi vivre et me battre. Je veux créer des liens, pouvoir exister autrement qu’en tuant. Je serais Kage."

"…"

"Hum… heu, Gaara… Tu ne veux pas dire maintenant ?! "

 

 

***

 

Les portes du Conseil s'ouvrirent à la volée, et tous les regards se fixèrent sur le jeune homme qui se tenait dans l'encadrement.

La tradition voulait que l'on dépose les armes avant d'entrer dans la salle du Conseil, et Gaara laissa négligemment glisser sa gourde au sol avant de l'appuyer contre un mur. Puis il croisa les bras et attendit qu'on l'invite à pénétrer dans la pièce.

L'un des anciens se redressa et le désigna du doigt.

"Que viens-tu faire ici Gaara du Désert ? Nul ne t'a appelé en ce lieu !"

"Et c'est pour cela que je n'y ai pas pénétré. Mais en tant que ninja de Suna et fils du Quatrième Kazekage, j'ai le droit de venir présenter ma requête devant ce Conseil." Il haussa la voix. "Moi, Gaara du Désert, fais valoir mon droit à m'exprimer immédiatement devant vous, Vénérables Anciens."

La requête suivait mot pour mot la tradition, mais la voix de Gaara ne portait pas trace de la déférence attendue en cette circonstance. Les anciens se mirent à murmurer avec agitation entre eux, et il aurait fallu être sourd pour ne pas entendre les mots "démon" et "monstre" revenir à plusieurs reprises, à peine chuchotés.

Gaara ne bougea pas d’un pouce, et concentra son attention à empêcher le sable de s’agiter de manière menaçante. Inutile de les inquiéter plus que de raison pour le moment.

Les palabres fébriles auraient pu durer encore longtemps si soudain un homme jusque-là resté immobile au fond de la salle ne s’était levé d’un mouvement ferme.

"Au nom du Conseil de Suna, moi, Hanma Baki, t’autorise à te présenter devant nous. "

Sa voix grave résonna un instant entre les murs épais avant de mourir, interrompant les conversations. Dès que le dernier écho eut disparu les protestations jaillirent en direction de son ancien sensei, mais elles se turent en un instant quand la silhouette décrépie de Chyoba du Sable Rouge s’agita sur sa chaise.

La vieille femme releva la tête, et toisa longuement Gaara qui se tenait toujours dans l’encadrement de la porte, avant de balayer l’assemblée d’un regard torve.

"Baki-kun à raison… huhuhu... Vous vous devez d’écouter ce que Gaara du Désert a à vous dire… "

Semblant considérer le silence qui suivit cette déclaration ânonnée comme suffisant, Gaara franchit finalement le seuil et s’avança au centre de la salle du Conseil d’un pas régulier. Ses sandales ne faisaient pas de bruit sur le sol dallé de brun et de vert, et le sable qui recouvrait ça et là le pavage –à Suna le sable était partout et se glissait dans chaque interstice quoi que l’on fasse- s’ouvrit devant lui avec une ondulation silencieuse.

Il s’immobilisa finalement au centre exact de la salle ronde, le corps dans la pénombre mais la tête prise dans les rayons du soleil couchant qui entraient par les vitres bandeau qui ceignaient tout le tour de la pièce en hauteur. La lumière mordorée s’accrochait à ses mèches fauves, faisant naître des reflets auburn. La partie gauche de son visage était dans l’ombre, mais les dernières lueurs du jour se fixaient sur ses joues et son front, soulignant la ligne ferme de la mâchoire et accentuant de manière dramatique la maturité trop précoce de ses traits. Sur son front le tatouage avait les mêmes couleurs sanglantes que les reflets dans ses cheveux. 

Jamais l’évolution n’avait été plus frappante : c’était un gamin qui avait quitté Suna quelques mois auparavant ; mais c’était un jeune homme qui se tenait face au Conseil.

"Anciens du Conseil de Suna ! Il y a bientôt un an, Kazekage le Quatrième a été trahis par Orochimaru et ceux du Son. Sa mort, ainsi que notre défaite face à Konoha ont affaibli notre village. Depuis c’est le Conseil qui a dirigé Suna. Vous avez certes fait de votre mieux pour préserver le village. Mais en choisissant d’envoyer en mission de longue durée les éléments qui pouvaient vous être hostiles, vous avez avant tout cherché à protéger votre propre pouvoir, et ce au détriment de la sécurité des habitants de Suna." Des murmures courroucés s’élevèrent ça et là, mais Gaara les ignora avec superbe et poursuivit du même ton inflexible. "Je suis Gaara du Désert, et je suis le ninja le plus puissant de Suna.

- Le Kage se doit d’être le pilier du village, il doit avoir la force et la volonté de le protéger. C’est pour cela que je suis ici aujourd’hui…  Je réclame le titre de Kazekage !"

La fin de la tirade avait été prononcée sur le même ton que le reste, et il fallu un laps de temps non négligeable pour que la phrase face son chemin dans les cerveaux –laps de temps que Gaara mit à profit pour toiser les anciens qui lui faisaient face d’un regard perçant tandis que dans un silence horrifié ces derniers réalisaient la portée de ses paroles.

Puis soudain quelqu’un bondit sur ses pieds en renversant sa chaise, et la salle fut submergée par les cris et les protestations.

"Comment oses-tu …"

"… laisser le pouvoir à un monstre…"

"…dangereux…"

"… aurait dû se débarrasser de lui il y a bien longtemps ! "

"…prendre le pouvoir !? "

"… jamais ! "

"…manipulé par le démon…"

"…avide de sang…"

"…mener le village à la ruine !"

Un son sourd ramena le silence en une fraction de seconde. Hors de la salle, la gourde avait glissé du mur contre lequel elle était appuyée, et bruyamment touché le sol. Elle roula de part et d’autre avant de s’immobiliser. L’ouverture était tournée vers la porte du Conseil, et chacun pu voir le bouchon s’agiter faiblement, comme si le sable derrière poussait de toutes ses forces pour sortir.

Gaara prit une profonde inspiration, et le bouchon de liège arrêta tout mouvement. Puis il fit un pas en avant, ramenant sur lui les regards toujours fixés sur la gourde comme si cette dernière était une bombe à retardement.

"Par le passé je ne vous ai donné aucune raison d’avoir confiance en moi. Et je n’aurais pas hésité à vous tuer tous autant que vous êtes si vous vous étiez adressé à moi de cette façon. " Ce n’était pas une menace, rien de plus qu’une simple constatation avancée sur un ton tout à fait neutre, mais le silence se fit encore plus prégnant. L’étape au-dessus consistait à arrêter de respirer.

-Je sais ce que vous pensez de moi. Et je sais que quoique je dise, vous ne me ferez pas confiance-"

Une chaise racla tandis que Kiogi Mirua, le président de la cour judiciaire, se levait et toisait le jeune homme avec un mépris et un courage (il faut bien l’admettre, à moins que cela tienne plus de l’inconscience que du courage) certains.

"Tu es une arme, Gaara du Désert, un tueur. Sans-…" Un regard coupant comme de l’acier lui fit se racler la gorge et piétiner d’un air soudain très nerveux, comme s’il venait de réaliser que la tradition voulant qu’aucun sang ne soit versé dans la salle du Conseil n’était finalement pas une protection tout à fait suffisante si Gaara décidait qu’il était allé un peu trop loin.

Il était devenu soudainement très pâle.

- Hem… Enfin… Ce que je veux dire… Kazekage est une lourde responsabilité, et elle tient loin de l’action..."

"Kazekage signifie protéger le village de toute atteinte. Si je dois tuer pour ce faire, je tuerais. Sinon je m’abstiendrais."

Un autre membre du conseil, Raitu Sakamoto, un ninja d’une quarantaine d’années couturé de cicatrices, vint à son secours, mais sur un ton bien plus circonspect.

"Il ne s’agit pas seulement de se battre et de tuer Gaara-san. Vous devez comprendre que c’est un poste diplomati-"

"En tant que descendant du Quatrième j’ai reçu une éducation à la politique et à la diplomatie."

Nul ne trouva l’audace de faire remarquer que si c’était le cas, il avait dû manquer le cours sur la langue de bois et le tact.

"…"

Le début de palabre avait émoussé la courte patience de Gaara.

" La position du Vent vis-à-vis des autres nations est précaire. Le Kazekage se doit d’être puissant. Je suis puissant."

"Mais…" Le sourcil droit de l’homme se crispa dans un tic de stress inconscient. "Pardonnez-moi Gaara-san, mais vous êtes trop jeune... "

" Vraiment ? Je suis pourtant considéré comme suffisamment âgé pour tuer. Et également suffisamment âgé pour être éloigné de Suna de peur que je prenne parti dans vos magouilles politiques." Les réponses étaient immédiates, proférées du même ton neutre et pourtant coupant.

"…"

" Enfin, Gaara-san, c’est différent, c’est-…"

" La loi des Cinq Villages stipule clairement que le Kage doit être le ninja plus fort de son village. Elle ne donne pas de limite d’âge. "

"Mais…"

"Nul à Suna n'est capable de m'affronter et de gagner. Mais si vous avez des doutes sur ce point…" Son regard balaya l’assemblée, et certains membres du Conseil se renfoncèrent dans leur fauteuil, le visage soudain déserté de tout sang et accessoirement de toute couleur. "Dans ce cas je suis près à vous prouver le contraire. Que ce soit l’un d’entre vous ou n’importe lequel de vos champions. Quand vous voulez."

 

Quelqu’un s’étouffa bruyamment, une bonne demi-douzaine de ninjas modifièrent inconsciemment leur posture afin d’être en position d’esquive ou d’attaque rapide, et une kunoïchi au visage tatoué sembla sur le point de bondir de sa chaise et de le prendre au mot. Mais un second regard au jeune homme suffit à faire taire toute velléité de combat.

Parce que Gaara venait de provoquer l’intégralité du Conseil sur son propre terrain, et il n’avait pas hésité une seconde, tout à fait confiant en ses capacités.

Parce que son regard était direct et assuré, et que la plupart d’entre eux étaient des ninjas bien au-dessus du niveau de jounin, et ils n’avaient pas survécu aussi longtemps en laissant leur ego guider leurs actions. Et aussi déplaisant cela soit-il, ils savaient qu’au final Gaara avait raison.

Individuellement certains d’entre eux pourraient très certainement lui donner du fil à retordre, voir même approcher de la victoire. Mais au final la réalité restait la même : Gaara était plus jeune. Plus fort.

Et pas un seul d’entre eux ne pouvait honnêtement prétendre pouvoir le battre.

 

Le silence qui pesa dans la salle était plus lourd que tout, poisseux. Les anciens retenaient leur souffle, et seul le raclement de pieds au sol et les bruits étouffés du village à l’extérieur étaient audibles.

Gaara le laissa traîner le silence une minute de plus, puis, quand il devint évident que nul n’était volontaire pour relever le défit, haussa un sourcil inexistant.

"Personne ? "

Il n’avait pas l’air vraiment surpris, mais quelqu’un le connaissant bien aurait peut-être pu discerner une trace d’amertume.

La peur avait fait taire la colère du Conseil.

 

"… D’autres objections ? "

De nouveau plusieurs personnes s’agitèrent dans la salle, mais nul ne dû trouver d’argument suffisant, et encore moins le courage de l’exprimer, car aucune voix ne s’éleva.

Le jour était quasiment tombé à présent, et la lumière grise qui atteignait encore les dallages n’était plus suffisante pour permettre de voir correctement. Dans le fond de la pièce, Baki façonna quelques sceaux, marmonna quelque chose, et les vasques vides qui se trouvaient de loin en loin le long du mur s’embrasèrent soudainement, éclairant la pièce d’une lueur orangée et vacillante.

" Je ne tuerais aucun d’entre vous parce qu’il m’aura opposé un argument justifié, " annonça soudain Gaara, provoquant de (très) discrètes d’expressions dubitatives. "Vous ne me faites pas confiance par principe. Mais si vous vous opposez à moi de manière systématique, c’est le village qui en souffrira. Suna ne peut se permettre de perdre la face vis-à-vis aux autres nations. Aussi j’espère que vous me laisserez le bénéfice du doute, et l’occasion de vous convaincre. De convaincre les villageois. "

Le silence s’étira de nouveau, inconfortable, tandis que les membres du Conseil pesaient le cours et le contre de la proposition du jeune homme impassible porteur d’un démon qui leur faisait face.

 

Finalement Ryuusaki Raito, la kunoïchi qui avait paru prête à relever le défit de Gaara, décroisa ses longues jambes et fixa son regard cerclé de tatouages bleu nuit sur le jeune homme.

"Gaara-san n’a pas tort," énonça-t-elle -et son ton qui indiquait clairement que les mots lui arrachaient la bouche au fur et à mesure qu’elle les prononçait-. "Le Kazekage doit être fort et craint des autres nations, ce qui est très certainement son cas. "

Le cynisme dans cette constatation était perceptible, et sa voix ne tremblait pas : Ryuusaki était une femme intelligente, et sa capacité à prendre du recul pour analyser une situation ainsi que son sens acéré de la dérision en faisaient une adversaire redoutable, mais également une alliée de grande valeur lorsqu’elle se décidait à prendre parti. Elle ne participait que très rarement au Conseil.

- Si… Gaara-san devenait Kazekage de Suna… Que se passerait-il alors ? Il y a deux, voir trois solutions possibles…" Elle réfléchissait à présent à voix haute, et tous l’écoutaient avec attention.

- Si l’on admet comme point de départ qu’il ferait un bon leader du point de vue politique –et de toute manière, dans ce domaine le Kage n’est pas tout puissant et ne l’a jamais été, et c’est justement le rôle du Conseil de le guider-… alors le seul problème reste son instabilité et sa propension à tuer sans distinction. Son passé de meurtrier lui confère une aura auprès des autres villages… Mais s’il ne parvient pas à régner dessus et à maîtriser cette soif de sang… Alors Suna sera plus affaiblie que jamais, car le Kazekage porte l’âme du village. Un Kage qui n’a pas la confiance des siens, mais leur peur et leur haine… Un tel Kazekage mène forcément le village et la vie de ses habitants à la ruine." Ses yeux se plissèrent. "Les probabilités sont difficiles à évaluer. Parce que l’inconnu est la manière dont Gaara-san se comporterait une fois investi du pouvoir. "

"Exactement ! Rien ne prouve qu’il ne va pas nous mener tous à notre perte ! "

"Ce n’est peut-être qu’un caprice d’enfant, ou pire, une ruse du démon pour obtenir le pouvoir ! "

"Zakyo-sama à raison, nous ne pouvons pas prendre le risque. C’est un tueur ! "

 

Baki était resté jusque-là silencieux, et avait observé l’évolution de la scène avec une concentration tendue, mais à la remarque lancée par l’un des anciens il haussa un sourcil.

"Avec tout le respect que je vous dois Teskio-sama, chaque personne présente dans cette pièce est un tueur. Vous comme moi. "

" Ce n’est pas ce que je voulais dire Baki-san, et vous le savez très bien. À quoi jouez vous ? Espérez vous récupérer du pouvoir une fois que votre élève sera Kage ? Ou alors-…"

"IL SUFFIT ! "

L’ordre claqua, et le silence se fit de nouveau.

Gaara et Ryuusaki avaient donné l’ordre au même instant, mais la kunoïchi l’avait aboyé en bondissant sur ses pieds, alors que Gaara s’était contenté d’une injonction coupante.

"Vos querelles sont hors de propos. "

"Huhuhu… Ryuusaki-kun a raison…" Toutes les têtes se tournèrent une fois de plus vers la vieille Chyoba qui avait paru endormie sur sa chaise durant toute la durée de l’échange. "Vous discutez le sujet comme si vous aviez le choix… huhu… Mais l’avez-vous vraiment ? "

"Chyoba-sama vous savez bien que c’est le Conseil qui décide du prochain Kazekage ! Et nul autre…"

La vieille kunoïchi ricana de nouveau, s’attirant des coups d’oeils embarrassés.

"Ne me traitez donc pas comme si j’étais sénile, Teskio-kun. Même une vieille bique comme moi peux se rendre compte que vous n’avez absolument personne de valable à proposer à la place de Gaara-kun. "

Teskio eut le mérite de garder un visage impassible, même quand elle agita vaguement sa canne dans sa direction en marmonnant de manière inintelligible mais probablement peu distinguée, puis il toisa l’assistance, à la recherche d’un soutien quelconque.

Soutien qui se montra relativement long à arriver… Se fit attendre… et attendre…

 

Le ninja basané tourna la tête vers Gaara qui était toujours planté au même endroit, une expression de désintérêt complet peinte sur le visage, mais aussi consciencieusement occupé à creuser un trou dans le mur derrière lui par la seule intensité de son regard.

Les flammes dans les vasques vacillèrent sous un courant d’air, et les ombres crépusculaires sur la face du jeune homme se durcirent un peu, le vieillissant tandis qu’il relevait finalement la tête.

"Ryuusaki-san à raison. Il n’y a aucune garantie. Mais comme l’a dit Chyoba-sama, je suis le meilleur choix pour Suna. Vous pouvez vous opposer à moi maintenant, et donner vos arguments. Après il sera trop tard. Le poste de Kazekage me revient de droit du fait de mes capacités. Mais il vous appartient de me le donner.

-Choisissez bien, shinobi de Suna."

Et sur ces mots, il tourna les talons, et quitta la salle du Conseil, escorté par un frisson du sable.

 

***

 

Lorsque la lourde porte bardée de fer façonné s’ouvrit de nouveau cinq heures plus tard, le ninja roux était assis en tailleur contre le mur, le dos droit et les yeux fermés. La gourde était appuyée à ses côtés.

Le temps que le battant ait fini de tourner sur ses gons, les yeux turquoise fixaient avec intensité le ninja se tenant dans l’embrasure. Ce dernier fit un bref signe de tête, et Gaara le précéda dans la salle.

Les Anciens étaient installés en demi-cercle, en apparence silencieux et composés. Pourtant, avec un peu d’observation un frémissement général était perceptible. La mâchoire de certains d’entre eux était bloquée dans une expression crispée, et ils s’échangeaient des regards en coin, de minuscules éclats de conversation par l’intermédiaire d’un mouvement des mains, d’un changement de position…

 Le calme n’était qu’apparent, et la pièce vibrait d’énergies contenues.

 

Gaara s’immobilisa au même endroit que précédemment, et croisa les bras.

Le message, bien que peu conforme à de telles circonstances était clair : Alors ?

Le doyen du conseil –après Chyoba-sama, mais celle-ci ne prenait guère la parole que lorsqu’il s’agissait d’embarrasser ses collègues- se leva lentement et vint faire face au jeune homme. C’était un vieux ninja à la peau crevassée par la morsure du soleil et les cicatrices, mais il se mouvait encore avec une souplesse et une fluidité létales.

Il attendit quelques minutes, puis lorsqu’il devint évident que la patience de Gaara était inusable, et que ce dernier était tout disposé à patienter sans même bouger d’un cil, il fini par prendre la parole.

"Gaara du Désert, le Conseil de Suna a pris sa décision. Tu es désormais le Cinquième Kazekage de Sunagature, et par là même responsable de la vie de tous ses habitants, qu’ils soient civils ou ninjas. "

 

Gaara resta un instant figé, les yeux légèrement écarquillés. Comme si au fond de lui-même il n’y avait pas réellement cru, et que l’acceptation du Conseil était un plus grand choc encore que le poste lui-même.

 Puis il s’inclina, et quelques mèches cuivrées glissèrent devant ses yeux, couvrant en partie le tatouage sanglant.

" Je comprends et j’accepte cette responsabilité avec tout ce qu’elle implique. Je saurais m’en montrer digne. "

" Votre loyauté et votre vie sont désormais entièrement dédiés au village, soyez en conscient Gaara-sama. "

Le ninja était passé au vouvoiement comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, et une note de quelque chose qui n’y était pas avant transparaissait à présent dans sa voix. Kiogi Mirua se leva à son tour. Son expression avait retrouvé son calme et sa fermeté habituelles, et il vint s’incliner devant le jeune homme de manière tout à fait formelle, comme si quelques heures plus tôt il n’avait pas été prêt à le jeter en pâture aux créatures du désert si cela avait été possible.

" Nous serons honoré de vous épauler dans votre tâche Godaïme-sama. "

Gaara ne dit rien, mais lui rendit son salut précédé d’un long regard glacial, de même qu’il s’inclina en réponse aux autres Anciens qui se succédaient devant lui en l’assurant de leur respect et de leur soutien.

Ryuusaki fléchit le torse avec grâce, et dit simplement qu’elle espérait qu’ils aient fait le bon choix. D’autres Anciens l’imitèrent –avec plus de flagornerie et très certainement moins de sincérité- et il leur répondit de même, sans réagir aux promesses de loyauté et d’assistance.

Puis Baki-sensei s’avança, et avant que Gaara n’ait pleinement réalisé ce qui se passait, son professeur s’agenouilla devant lui.

" En tant que shinobi de Suna, je vous donne ma loyauté et vous fait serment d’allégeance, Kazekage-sama. "

 

***

 

 

TBC

 

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