J'ai vomi dans mes cornflakes.

par sel-la-petite-maline


J'ai vomi dans mes cornflakes.


« Dans un monde en noir et blanc, seules les étoiles sont en couleur. »


Il pleuvait. Une averse drue dont l'atmosphère se trouvait être des plus étouffante. Le chat semblait hypnotisé par ces gouttes d'eau qui reliaient l'espace d'un instant le ciel et la Terre. Ses pupilles fixaient un point précis, une chose qui disparaissait dans la brume et l'ombre. Mais l'animal restait là, sans bouger, ses poils se soulevant à peine sous sa respiration calme. Sa queue ne battait même pas l'air. Statufié. L'animal, plongé dans un monde de silence, ne trembla même pas lorsqu'un grêlon vint se fracasser sur le balcon, bloqué devant la fenêtre. Autours de lui, une forme d'aura s'était contractée, la plénitude se complétant par une plante verte et des rideaux de voile mauves. En réalité, le seul objet en mouvement dans la pièce se trouvait être la LED indiquant le passage des secondes sur le réveil. Mis à part cela, tout n'était qu'immobilité.
Puis un bruit alerta le félin : une clef venait d'être insérée dans la serrure et la porte s'ouvrit, révélant ainsi un jeune homme aux vêtements humides. La pièce toujours plongée dans la pénombre fut traversée par celui-ci, le chat se frottant contre ses chevilles. Une main se tendit vers l'animal et l'attrapa, arrachant un ronronnement à ce dernier. L'homme s'assit sur l'un des tabourets du bar et se mit à cajoler le félin qui, heureux de ce témoignage d'affection, se coucha sur les genoux de son maître.
Les minutes passèrent, rythmées par les bruits qui émanaient du chat, puis l'homme se leva et posa l'animal sur son lit avant de se diriger vers la salle de bain. Là, il actionna l'interrupteur et une lumière douce se diffusa dans la pièce. C'était ce qu'Elle avait choisi et il n'avait pas rechigné, ne voulant pas l'agacer. Il enleva ses vêtements encore imprégnés d'humidité et pénétra dans la cabine. Là, l'eau chaude lui fit du bien, détendant ses muscles et relâchant la tension qu'il avait accumulée tout au long de la journée. Un sanglot lui échappa. Une larme coula, se mélangeant aux gouttes d'eau qui perlaient à son visage. Puis une autre lui échappa, et une multitude la suivirent. N'ayant plus la force de se tenir sur ses jambes, le jeune homme s'accroupit dans le bac de douche, tremblant de tristesse.
On ne ressort jamais indemne de l'enterrement de sa femme.

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Le soleil était à peine levé lorsque l'alarme stridente raisonna dans le studio, faisant sursauter le félin qui, quelques secondes plus tôt, somnolait allègrement. L'homme ouvrit des yeux brumeux : il s'était couché tard la veille, ayant descendu quelques bouteilles avec des amis. On lui avait dit qu'après le chagrin venait la colère. On ne lui avait pas menti : il en voulait au chauffeur de taxi, il en voulait à la réceptionniste de l'hôtel, il en voulait à l'autre homme, il Lui en voulait, il en voulait à la Terre entière. Mais sa personnalité, celle qu'il avait du se forger pendant son enfance, celle-là même qui avait tant délitée leur relation, celle-là ne lui avait pas permis d'exprimer tout ce qu'il ressentait lorsqu'Elle avait été enterrée sous la pluie. Mais la colère lui avait valu de ne pas mettre le bol de riz sur la fenêtre sur le bord de la fenêtre. La colère ou le chagrin ? Il ne s'était pas réellement posée la question à ce moment-là.
La sonnerie retentit une seconde fois et il se leva. Il était fatigué. Fatigué des reproches qu'on lui avait fait comme le fait qu'il avait un mari trop absent, un homme pas assez attentionné, qu'il n'avait affiché aucun sentiment sur son visage lors de la cérémonie, que sitôt celle-ci terminée il s'en était allé sans se retourner... Elle aussi lui avait déjà dit des choses semblables : « Tu ne m'aime plus ! Je ne compte pas plus que ton travail ? Mais alors pourquoi être avec moi ? » Pourquoi ? Pourquoi ?! Pourquoi ! Mais parce que ! Parce qu'il était ainsi ! Parce qu'il l'aimait, parce qu'il ne voulait pas être une mère, parce qu'Elle n'avait qu'à se faire soigner ! Elle était jalouse, possessive, Elle lui mentait sans cesse, sans une once de culpabilité ! C'était de Sa faute ! Il n'avait rien à voir avec cette histoire ! Il était fatigué... La colère.
Les bruits habituels accompagnèrent son petit-déjeuner. C'était ceux de la ville, de ses voisins, de sa cafetière. Mais pas ceux de sa femme. De toute façon, il s'en fichait, elle l'avait trahi ! Bien fait pour elle ! Justice rémanente.
Un sanglot lui échappa.
La colère, c'est lourd à porter lorsqu'elle est contre soi-même.

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Le chat semblait agité : il avait faim. Mais personne n'était là pour pallier à cette douloureuse sensation. Parce qu'après la colère venait le remord.
Le jeune homme se trouvait sur le pont. Les voitures qui filaient à toute allure sous ses pieds ne semblaient pas l'affecter plus que cela. En fait, il s'en fichait : la situation l'amusait. Elle ressemblait à celle qu'avait vécu l'un de ses amis, Sasuke Uchiwa, après le meurtre de ses parents. Enfin, en réalité, on ne pouvait pas appeler ce dernier l'un de ses amis : il connaissait Naruto et c'était tout. Bon il l'avait eu comme patient mais ça n'entrait pas en compte, d'autant plus qu'il était en cet instant même en convalescence à l'hôpital après avoir manqué s'être tuer après avoir traversé une route. Ce jour-là il l'avait eu en consultation. C'était le jour de son enterrement. Il pleuvait.
L'homme leva les yeux au ciel, ses longs cheveux pour une fois détachés s'emmêlant dans la brise glaciale de ce début de printemps. Le remord. Il avait dévoré Sasuke et maintenant c'était à lui qu'il s'attaquait. Un soupir s'échappa de ses lèvres, fines et gercées. Un sanglot amer le suivit. Les yeux nacrés se baissèrent : en bas, la rivière. Il leva son pied gauche. Le reposa. Descendit. Marcha.
Une heure plus tard, il roulait. Allure modérée. Il ne voulait pas faire quelque chose de dangereux, juste rendre une petite visite. D'ailleurs il était arrivé : le cimetière se dressait devant lui. Il se gara. Ces lieux le remplissait d'appréhension, l'impression que quelqu'un l'observait ne le quittant jamais. Il slaloma entre les tombe, se gonflant de courage. Ils ne s'étaient pas parlé depuis un moment. Enfin il s'arrêta : devant lui, reflétant son propre visage si pâle, déformant la réalité l'entourant, Sa tombe. Il s'accroupit. Puis s'assit.
« Salut. »
Parce que le remord vous ronge.

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La brise se déversait par la fenêtre, ne soulevant que de la poussière. Le chat émit un feulement, ne semblant pas apprécier la cage dans laquelle on l'avait installé : le fait que ce soit plus simple pour le transporter ne traversa jamais l'esprit limité qu'il était. Autours de lui, le vide. Le studio ne portait que de vagues traces de la vie qu'il avait vu, des sourires dont il avait été témoin, des silences qui l'avaient peuplé.
Le jeune homme pénétra dans la pièce, attrapa la cage et ferma la fenêtre avant de se diriger vers la porte qu'il venait juste d'emprunter. Là il s'arrêta : après le chagrin, la colère et le remord s'ensuivait l'acceptation. Un mince sourire s'étira sur ses lèvres, comme un adieu à tout ce qu'il avait vécu dans ces trente mètres carrés. Il ferma la porte et tourna la clef dans la serrure.
Il faisait beau, une atmosphère légère s'échappaient des rayons du soleil qui venait frapper le carton oublié, ouvert sur des rideaux mauves et un photographie sur laquelle un jeune homme à l'allure élégante tenait dans ses bras une jeune femme à l'allure fantasque coiffée de deux macarons.