Chapitre I ; Frustration.

par ILY

·         Frustration.

 

  ( Personnage inconnu premier. )

Je passe et repasse, plonge et remonte à la surface ; je ris, je pleure ; chacune de mes actions n’a qu’un but : croiser son regard. Mes journées sont toutes organisées en fonction de lui, sans exception, dans l’unique désir qu’il me regarde. Je ne sais plus exactement à partir de quel moment cet amour fou s’est mué en une obsession, mais tout ce que je sais, c’est qu’une fois qu’on en est victime, plus rien ne sert d’essayer d’y échapper : il devient alors le centre du monde.

Mes journées, parlons-en. Le regarder durant toutes nos heures de cours communes et condamner mes résultats par mon inattention, ou essayer à longueur de temps de lui proposer mon aide ou ma compagnie qu’il refuse depuis maintenant plusieurs années... Quel est le plus pathétique d’après vous ? Les deux ? Je trouve aussi, mais je ne peux m’en défaire.

Son absence de réaction à toutes mes attentions me blesse, son indifférence me poignarde ; il me tue, inconsciemment. J’ai bien essayé de passer à autre chose, mais rien n’a jusque-là réussi ; les hommes, je les prends, je les utilise, puis je les jette, comme des Kleenex. Je n’éprouve rien pour eux, ils sont insignifiants pour moi ; il est le seul qui compte.

Perdue dans mes réflexions, j’en oublierais presque le cours de natation. Je m’active, et fais comme d’habitude le meilleur temps aux courses sur quatre cent mètres ; je le regarde, comme d’habitude, fière, tandis que son regard fixe le vague. Comme d’habitude, il vit à côté de notre monde, et rien ne peut l’impressionner dans sa froideur princière. 

 

*

( Personnage inconnu deuxième. )

Ses regards, je les vois, je les vois sans arrêt. Ceux qui avant étaient pour moi sont désormais destinés à d’autres. Le changement, je le vois, mais je ne veux pas y croire ; alors, je fais semblant. Pourtant, il m’a aimé. Longtemps. Mais ce temps est certainement révolu. Maintenant, il regarde les femmes dans la rue, il les dévisage ; des fois il leur sourit. Il me voyait, il ne me voit plus. Il ne les voyait plus, il les voit.

Mon monde s’écroule. Je ne sais plus en qui croire, à quoi me raccrocher. Il faut que je regagne son cœur, sans quoi ses regards se transformeront en relations, et il me quittera pour une, ou plusieurs autres ; la seule chose qui m’est incompréhensible se résume au pourquoi de ce changement. Qu’ai-je fais qui ait pu le décevoir ? Qui fasse que d’autres commencent à l’intéresser ? Qui le détourne de moi ?

Je meurs, petit à petit, de peur et de jalousie.