Chapitre 5 : Réussite ou échec ?

par Emma-chan



Chapitre 5 : Réussite ou échec ?



« Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal. »

Edward A. Murphy Jr.



Sakura soupira. Déjà cinq jours d’écoulés sur les trois semaines que leur avait allouées Tsunade pour retrouver Naruto et Sasuke, leur mission officielle, et ils n’avaient que peu indices sur la localisation hypothétique de Kabuto, leur mission officieuse consistant à le ramener vivant à Danzô. Après deux jours de voyage, Saï et elle avait commencé par écumer de fond en comble les territoires du pays du Feu situés à proximité de la frontière du pays de Rizières. Ils pensaient pouvoir obtenir facilement des informations sur l’ancien bras droit d’Orochimaru puisque leur informateur leur avait rapporté que Kabuto s’était enfui en direction du pays du Feu durant le combat opposant son maître à Sasuke et Naruto. Mais loin d’obtenir des informations précises, Saï et elle avaient réuni des renseignements qui se contredisaient : tantôt ils situaient Kabuto à proximité de la frontière d’un pays, tantôt à la frontière d’un autre. Les deux membres de la Racine tournaient donc en rond depuis plus de trois jours, ne sachant à qui se fier et s’inquiétaient de plus en plus du temps perdu inutilement.

De son côté, Saï envoyait de nombreuses souris d’encre à chaque fois qu’ils s’arrêtaient quelque part afin de ratisser un périmètre plus large mais la méthode n’avait pas encore donné de résultats réellement utiles. Sakura aurait aimé l’aider en invoquant Katsuyu malheureusement elle ne pouvait se le permettre sans éveiller les soupçons de Tsunade : leur mission était de retrouver Naruto et Sasuke, pas de traquer Kabuto. Voyant Saï blanchir après une nouvelle salve de souris créée, Sakura s’approcha de lui et lui tendit une barre énergétique qu’il regarda d’un œil suspicieux.

Saï la remercia avant de prendre la barre et d’en goûter une bouchée. Il verdit subitement.

Le jeune homme lui lança un regard noir, vexé de s’être fait avoir. Il fixa la barre énergétique quelques instants avant de se décider à la finir rapidement. Sakura eut pitié de la grimace dégoûtée qu’il afficha en avalant et lui tendit une gourde d’eau qu’il s’empressa de vider.

Saï sortit le carnet dans lequel il avait noté les renseignements obtenus ces trois derniers jours et réfléchit quelques instants avant d’énoncer lentement ce qu’ils avaient appris.

Le jeune homme la fixa d’un air interrogateur alors que cette dernière blêmissait.

Saï prit quelques secondes pour accuser le coup.

Saï eut la réaction qu’elle attendait, réfléchissant quelques secondes calmement avant de lui demander :

Saï prit quelques minutes pour analyser ce que la jeune femme venait de lui révéler sous le regard inquiet de cette dernière.

Sakura frotta ses paumes contre ses cuisses en se mordillant la lèvre : ce qu’elle allait répondre pourrait avoir des conséquences si désastreuses qu’elle priait pour se tromper.

Sakura comprit qu’elle l’avait blessé en lui cachant ses pensées et une vague de culpabilité l’envahit à cette idée.

Sakura hocha la tête, la gorge trop nouée pour parler.

Sakura hésita quelques instants avant de répondre.

Après avoir acquiescé, Saï soupira et se pinça l’arrête du nez l’air soudain très fatigué.

Saï se figea quelques secondes, se rendant compte de la portée de ses paroles.

Tous deux restèrent silencieux un instant, presque abasourdis devant le tour qu’avait pris leur conversation.

Saï la fixa et plissa les yeux devant le sourire cynique qui s’étalait sur les lèvres de sa coéquipière.

Et malgré toute la tension accumulée et les sujets graves abordés, c’est bel et bien un éclat de rire qui secoua le corps de Saï.



Deux jours plus tard



Sakura grimaça alors qu’elle avalait sa troisième pilule énergétique en moins d’une heure. Saï et elle avaient fini par repérer des traces fraîches du passage de Kabuto et les souris d’encre du brun étaient parties en repérage depuis déjà plusieurs heures. Le combat était proche et, si les combats entre ninjas étaient habituellement relativement rapides, la jeune femme se doutait qu’il n’en serait pas forcément de même dans leur cas. Elle avait déjà affronté Shizune lors de combats d’entraînements organisés par Tsunade et avait entendu plusieurs fois le récit du combat entre Tsunade et Kabuto. Sakura en avait conclu une chose cruciale : les combats entre ninjas médicaux n’étaient jamais rapides et consistaient davantage en une course d’endurance qu’en un sprint. Et si Sakura avait élevé le contrôle du chakra au rang d’art, il n’en restait pas moins que sa réserve n’était que moyenne ce qui constituait un important désavantage dans ce type de combat. Impossible malheureusement d’avoir recours au sceau qui ornait son front : il n’était pas encore complet et Tsunade se rendrait immédiatement compte qu’elle l’avait rompu ce qui risquerait de lui faire deviner que la mission ne s’était pas déroulée de la façon dont ils comptaient lui faire part. Alors, malgré leur goût immonde, elle avalait les pilules les unes après les autres et s’était même accordée le luxe d’une rapide sieste pendant que Saï montait la garde. En mettant au point différents plans d’attaque ils avaient tous deux décidé que, si la ruse qu’ils avaient prévue échouait, Sakura serait en première ligne face à Kabuto tandis que Saï servirait de soutien. Tsunade aurait certainement grincé des dents -elle qui répétait à toutes les équipes que « oui, les ninjas médicaux savent parfaitement se défendre, merci pour eux, mais ils doivent rester en arrière afin de toujours avoir assez de chakra pour soigner après les combats » - mais après tout, quoi de mieux qu’un ninja médical pour en affronter un autre ?

Sakura avalait sa dernière bouchée au moment où Saï se redressa précipitamment.

La jeune femme se releva, attrapa son sac et rangea le reste des pilules énergétiques dans l’une des sacoches accrochées à sa taille, à portée de main : elle préférait prévenir que guérir. Le ventre noué, elle s’approcha de son équipier.

Sakura s’exécuta et quelques secondes plus tard, deux jeunes femmes aux cheveux roses se tenaient aux côtés de Saï. Ce dernier saisit le bras de chacune avant de murmurer :

Une seconde plus tard, ils avaient disparus.

* * *



Sakura retint son souffle lorsqu’ils apparurent aux frontières de la forêt qu’ils arpentaient depuis plusieurs jours désormais. En contrebas du vallon qui leur faisait face se dessinait une prairie traversée par un ruisseau. Et à l’Est de la prairie se tenait Kabuto. Malgré les conditions optimales pour Sakura -un lieu dégagé parfait pour le corps à corps et un ruisseau tout de même bien pratique pour son affinité Suiton : les dieux auraient-ils décidés de se montrer cléments ?- elle ne put s’empêcher de froncer les sourcils. Pourquoi Kabuto restait-il immobile alors qu’il était complètement à découvert ? Elle réfléchit à toute vitesse avant de se retenir de pousser un juron.

Elle s’interrompit lorsque Kabuto se tourna dans leur direction et leur adressa un signe de la main.

Sakura hocha la tête et quelques secondes plus tard, ils faisaient tous deux face à Kabuto. La jeune femme prit un instant pour détailler l’ancien bras droit d’Orochimaru : il ne semblait pas avoir beaucoup changé en trois ans -elle était mal placée pour critiquer ses cheveux gris mais sérieusement, ne pouvait-il pas faire quelque chose pour ses lunettes trop grandes qu’il était constamment obligé de remonter ?- mais comment savoir à quel point il avait pu augmenter sa puissance ? Elle serra les poings, essayant de se calmer : elle ne pouvait absolument pas se permettre de perdre ses moyens puisque la majeure partie de leur plan reposait sur le fait qu’ils puissent se montrer plus intelligents que Kabuto, ce qui constituait une hypothèse plutôt osée quand on savait à quel point ce dernier était brillant. Malheureusement, le sourire satisfait qu’elle voyait sur le visage de Kabuto ne l’aidait pas beaucoup.

Sakura serra les poings, se retenant à grand peine de foncer dans le piège que Kabuto était certainement en train de lui tendre.

« Pense au plan, se morigéna-t-elle. »

Saï se tendit de façon imperceptible. Kabuto avait mis en plein dans le mille : quiconque connaissait Sakura savait qu’elle avait depuis de longues années un gros complexe d’infériorité. Comment faire autrement lorsque l’équipe dont on faisait partie comptait le légendaire ninja copieur, l’héritier d’un clan connu par tous pour la puissance de son Sharingan et l’hôte d’un démon à queue ? Et connaissant le tempérament explosif de la jeune femme, Saï craignit l’espace d’un instant qu’il ne s’agisse de la provocation de trop.

Heureusement, songea cyniquement Sakura, Danzô s’était bien assuré durant ces trois dernières années de lui renvoyer régulièrement au visage la médiocrité de son niveau et la faiblesse constante qui la caractérisaient avant qu’il ne prenne en main son entraînement. La provocation de Kabuto ne l’agaça donc que très légèrement.

Kabuto se renfrogna de manière imperceptible tandis que Saï se détendait, se sentant presque coupable d’avoir douté de sa coéquipière l’espace d’un instant.

Saï ne laissa pas le temps de répliquer à Sakura.

La jeune femme recula de quelques mètres et croisa les bras.

Son sourire s’étira davantage lorsqu’il constata la soudaine crispation de Sakura face au nom de son ancien coéquipier.

Saï ne lui laissa pas le temps de profiter de la faille qu’il venait de découvrir.

Trois énormes tigres d’encre surgirent du parchemin et s’élancèrent sur Kabuto qui se désintéressa de la jeune femme. Leur ennemi étant occupé à détruire les monstres d’encre qui l’attaquaient, Saï fit un rapide signe à Sakura qui hocha la tête : pour l’instant, leur ruse semblait fonctionner. Débarrassé des invocations de Saï, Kabuto adressa aux deux jeunes gens un sourire mauvais.

Les mains de Kabuto s’illuminèrent alors de bleu pâle et Sakura se tendit : les choses sérieuses commençaient. Lorsque Saï et elle avaient décidé de faire croire à Kabuto que Saï serait son adversaire principal, Sakura l’avait longuement briefé sur les techniques qu’utiliserait Kabuto mais aussi sur la nécessité d’esquiver la moindre attaque. Le moindre coup qui atteignait sa cible, la moindre éraflure due à un coup de kunai pourraient être fatales. Entre les scalpels de chakra et le poison qui enduisait certainement chacune des armes de son adversaire, Saï ne pouvait se permettre aucune erreur et ce, jusqu’à ce que Sakura ait une ouverture pour frapper. Ils avaient construit leur plan en partant du principe qu’ils seraient moins puissants que Kabuto et misaient en grande partie sur la ruse pour gagner : Sakura croisa les doigts, priant pour que tout se passe comme prévu. L’un comme l’autre savait que l’échec ne serait pas toléré et Sakura ne pouvait imaginer laisser sa sœur aux mains de Danzô s’ils venaient à être tués par Kabuto.

Saï sortit son sabre. Il n’avait pas manqué de repérer le halo de chakra bleu entourant les mains de Kabuto : la partie la plus compliquée commençait. Les instructions de Sakura bien en tête, il s’attacha à esquiver la moindre attaque, bien conscient qu’ils n’auraient pas de seconde chance si leur plan échouait. Tout en esquivant, il reculait un peu plus à chaque seconde, éloignant Kabuto de Sakura et du ruisseau qui traversait la prairie. L’un des scalpels de Kabuto vint alors trouver sa pommette droite qui s’engourdit aussitôt. Saï lâcha un juron et décrivit un large arc de cercle avec son sabre afin de faire reculer son adversaire. Kabuto sauta pour éviter le coup et revint immédiatement à l’attaque.

Une volée de kunai l’interrompit. Blessé à l’épaule et à la hanche, Kabuto s’éloigna de quelques mètres avant de faire face à une jeune femme aux cheveux roses.

Celle-ci bondit pour s’éloigner et composa quelques signes rapides. Un clone d’ombre apparu à ses côtés et ils s’élancèrent tous deux en direction de leur adversaire. Dissimulée derrière son clone, Sakura attendit qu’il attaque Kabuto avant de se téléporter derrière lui pour le prendre par surprise. Elle gorgea son poing de chakra et-

Sakura hoqueta, cherchant désespérément de l’air malgré ses poumons perforés par la lame de chakra. Saï se rua sur Kabuto, le forçant à s’éloigner du corps blessé de sa coéquipière. Cette dernière s’effondra sur le sol au moment où son clone d’ombre disparaissait dans un nuage de fumée blanche.

* * *



Cachée au fond du ruisseau dans une bulle d’eau creuse et hermétique, Sakura grinça des dents lorsqu’elle reçut les souvenirs de son clone détruit. Il n’était jamais agréable de se sentir mourir, même à travers un simple clone, mais elle n’avait pas le temps de s’appesantir sur la sensation dérangeante qui traversait son corps. A la seconde où la lame de chakra de Kabuto avait transpercé son clone, Sakura avait lancé un genjutsu faisant voir à leur adversaire ce qu’il s’attendait à voir : son corps mort allongé dans l’herbe. Saï avait alors immédiatement éloigné Kabuto pour que ce dernier ne puisse pas y regarder à trop près : Sakura avait beau désormais parfaitement maîtriser le genjutsu, mieux valait prévenir que guérir.

A l’affût, elle guettait désormais le signal de Saï qui ne devrait pas tarder : ce dernier était largement plus à l’aise avec le combat à distance qu’avec le corps à corps que lui imposait Kabuto et il ne tiendrait sans doute plus très longtemps. Les bruits de combat augmentaient progressivement ; au moment où Sakura eut l’impression de se tenir à côté des deux adversaires, elle entendit Saï crier :

Sakura bondit immédiatement et sortit de l’eau pour se retrouver à proximité d’un Kabuto stupéfait, immobilisé parles fils d’encre que Saï avait créés. Les mains illuminées de chakra, Sakura ne perdit pas une minute et fonça vers leur adversaire tout en façonnant la lame de chakra la plus tranchante qu’elle n’ait jamais faite. Elle porta un premier coup, perforant les poumons de Kabuto de la même manière qu’il l’avait fait à son clone.

Sa seconde lame de chakra était à quelques millimètres de l’aorte de Kabuto : plus que quelques millimètres et il serait-

Sakura bondit en arrière, essayant d’esquiver les serpents qui venaient de jaillir du bras de Kabuto. Elle ne put éviter les mâchoires de l’un d’entre eux qui se refermèrent dans un claquement sinistre sur son avant-bras tandis que Kabuto reculait de plusieurs mètres, ayant réussi à se libérer des fils d’encre de Saï. La jeune femme ne fit pas attention à la douleur qui remontait lentement dans son bras. Qu’il s’agisse de son entraînement avec Tsunade ou avec Danzö, elle avait absorbé des dizaines de poisons et de contre-poisons afin de renforcer sa résistance : une simple morsure de serpent n’allait certainement pas la freiner et elle n’allait pas gâcher de chakra pour la guérir.

De nouveaux serpents lui barrèrent la route et, comme dans un cauchemar, elle entendit distinctement :

Saï et elle terminèrent de se débarrasser de la dizaine de serpents que Kabuto avait invoqués seulement pour pouvoir faire face à leur adversaire, complètement guéri. Sakura retint un cri de désespoir : ils n’avaient plus qu’à recommencer et cette fois ils ne pourraient pas compter sur la ruse pour gagner. La jeune femme analysa rapidement la quantité de chakra qui lui restait et se retint de lâcher un juron bien senti : la bulle d’eau et les différents clones lui avaient coûté cher et il ne lui restait désormais qu’un peu plus de la moitié de sa réserve de chakra pour affronter un Kabuto en pleine forme.

« C’est pas bon ça. »

Inquiète, elle jeta un rapide coup d’œil à Saï et constata sans grande surprise qu’il paraissait épuisé. Ils savaient tous deux que si la stratégie qu’ils avaient choisie échouait, Saï aurait utilisé une grande partie de son chakra pour maintenir seul Kabuto à distance et Sakura risquerait de ne devoir compter que sur elle-même pour vaincre ce dernier.

« En plein dans le mille ! Dommage que l’on ne se soit pas trompé seulement sur cette partie, songea Sakura avec cynisme. »

Se plaçant devant son coéquipier, elle lui lança le paquet de pilules énergétiques qu’elle avait rangées plus tôt dans sa sacoche : il allait en avoir besoin.

Le point faible de Kabuto était son orgueil et son amour pour les discours interminables : Sakura n’avait pas hésité une seule seconde à tout miser là-dessus mais désormais elle ne pourrait compter que sur ses techniques.

Sakura ne prit pas la peine de répondre et se jeta sur lui, des lames de chakra affutées recouvrant ses mains. Kabuto esquiva l’attaque et se jeta dans le combat. Plus loin, Saï avait l’impression d’assister à un véritable ballet mortel : le moindre mouvement était réalisé au millimètre prêt et le combat semblait suivre une chorégraphie si parfaitement étudiée qu’il aurait sans doute seulement gêné Sakura en la rejoignant. Il avala deux pilules énergétiques pour être prêt à aider sa coéquipière si elle faiblissait sans quitter le combat des yeux. Sitôt que l’un avançait l’autre reculait ; le premier attaquait sur la gauche, le second se déportait sur la droite. Saï comprit soudain pourquoi les combats de ninjas médicaux étaient plus longs que les combats de ninjas classiques : l’esquive constituait une grande partie de la stratégie propre à ces combats et la moindre blessure assez profonde pour ralentir l’un des deux ninjas était immédiatement soignée. S’il savait déjà que Sakura était forte, il ne put s’empêcher d’être profondément impressionné par la précision et la grâce qui exsudaient de ses gestes et surtout par le fait que, malgré les minutes qui s’écoulaient, elle ne reculait pas face à son adversaire ou ne lui laissait le temps de s’éloigner assez pour utiliser l’une de ses techniques.

Au même moment, Kabuto arriva à la même conclusion que lui.

Un instant plus tard, Sakura s’engouffra sans hésiter dans la faille apparue dans la garde de son adversaire. Elle dirigea une lame de chakra vers la carotide de celui-ci, courant ainsi dans le piège que Kabuto lui tendait.

Quelques dixièmes de seconde plus tard, la douleur explosa dans son abdomen transpercé par le scalpel de chakra de Kabuto. La main de ce dernier s’était à peine écartée de son ventre blessé que la jeune femme se soignait déjà sommairement d’une main, pestant contre la dépense excessive de chakra que la guérison allait lui coûter, tout en attaquant de nouveau de l’autre.

Sa lame de chakra ne rencontra que du vide.

Son esprit réfléchit à toute vitesse et elle se retourna presque instantanément en direction de Saï, horrifiée. Ce dernier esquiva tant bien que mal les deux premières attaques de Kabuto mais ne put rien faire contre la troisième. Sakura arriva seulement à temps pour empêcher son coéquipier de s’effondrer sur le sol, un sillon rouge et profond barrant la totalité de son torse, du haut de sa poitrine jusqu’à son aine. Kabuto reculait déjà lorsque Sakura dirigea un poing gorgé de chakra en direction du sol, transformant la prairie en un paysage apocalyptique. Elle saisit le corps de Saï et les éloigna de Kabuto le plus rapidement possible, trouvant refuge quelques centaines de mètres plus loin, vers les limites de la prairie. Elle attrapa ensuite des parchemins explosifs par poignées et les lança tout en les dirigeant avec des fils de chakra pour les disposer en cercle autour d’eux. C’était primaire mais cela leur ferait gagner quelques secondes qui pourraient s’avérer vitales.

C’est en découvrant l’ampleur des blessures de Saï qu’elle faillit s’effondrer. L’aorte tout comme le cœur étaient endommagés, le poumon gauche était perforé et les intestins constituaient un véritable champ de ruines. Alors que son chakra médical parcourait le corps de son coéquipier, Sakura se battait contre la panique : Saï était dans un état absolument terrifiant et elle avait l’impression de mettre un simple pansement sur une jambe de bois. Quant à Kabuto, il pouvait revenir à tout moment. Elle n’avait absolument pas le temps de soigner convenablement Saï - en vérité elle doutait même du fait que ce soit possible - et elle n’avait probablement plus assez de chakra pour tenir encore longtemps contre Kabuto. Et la seule solution à laquelle elle était capable de penser était tout aussi folle que dangereuse. Sans compter qu’elle n’avait absolument aucune certitude que cela marche. Elle ne maîtrisait pas encore cette technique : elle pouvait donc aussi bien réussir et les sauver qu’échouer et tous les tuer.

Un râle étouffé de Saï suivi par la première explosion de l’un des nombreux parchemins qui les entouraient la décidèrent. Elle n’avait plus d’autres options, tant pis pour les risques. Priant de toutes ses forces pour que son idée marche et que Kabuto n’arrive pas avant qu’elle ait fini, elle esquissa quelques signes de ses mains.

Une kyrielle d’explosion sur sa droite la fit tressaillir mais elle se força à ne pas relever la tête : il s’agissait de la seule chance de Saï et elle ne devait pas la gâcher. Elle modula avec précision la quantité de chakra qu’elle injectait à sa technique : elle ne devait surtout pas congeler les organes de son coéquipier mais seulement baisser la température de son corps au minimum viable. Le froid combiné aux soins superficiels précédents permettrait de diminuer et ralentir l’hémorragie, donnant ainsi plus de temps à Saï.

« Enfin ça, c’est en théorie, ne put s’empêcher de penser Sakura. »

Elle avait à peine terminé qu’elle sentit une présence hostile sur sa droite. Sans savoir si elle avait donné plus de temps à Saï ou si elle l’avait tout bonnement condamné, elle se retourna juste à temps pour voir Kabuto se diriger vers elle à toute vitesse. Elle ne dût sa survie qu’à la chance.

Kabuto stoppa son attaque et la dévisagea, un air stupéfait peint sur le visage.

Sakura ne prit même pas le temps de réfléchir et utilisa la chance qui s’offrait à elle. Elle concentra son chakra dans son poing et frappa Kabuto de toutes ses forces, l’éloignant le plus possible de son coéquipier. Sans perdre un instant, elle courut à toute vitesse en direction de son adversaire qui atterrissait tant bien que mal une dizaine de mètres plus loin.

Sakura ne se demanda ni comment Kabuto pouvait connaître le nom de son véritable clan ni comment il était au courant d’un fait qu’elle ignorait elle-même. Elle ne fit pas non plus attention à la soudaine perte de contrôle de Kabuto. Elle n’en avait tout simplement pas le temps.

« C’est quitte ou double, songea-t-elle. »

Soit elle gardait le contrôle et Saï et elle avaient encore une infime chance de survivre soit elle échouait et ils étaient condamnés. Sakura, prit une profonde inspiration avant de réaliser quelques mudras.

Il ne se passa rien durant les premières secondes et Sakura crut qu’elle avait échoué. Elle crut que la faible quantité de chakra sur laquelle elle comptait pour ne pas perdre le contrôle de cette technique qu’elle ne maîtrisait pas totalement n’était pas suffisante. Elle crut qu’elle venait de condamner Saï et de se condamner lorsqu’elle vit Kabuto se ressaisir et s’approcher d’elle, une ultime lame de chakra illuminant sa main.

Puis la température chuta de plusieurs degrés en quelques secondes. Et Kabuto s’arrêta brusquement.

La jeune femme se concentra de toutes ses forces sur sa technique, sentant son chakra diminuer à toute vitesse, et la maintint autour de Kabuto seulement. Elle ne tiendrait pas longtemps et il s’agissait de sa dernière chance.

Kabuto était immobilisé par la sphère de blizzard glacé qu’elle avait créée autour de lui. En théorie, le froid devait l’empêcher de bouger -Danzô avait bien essayé de mesurer la température que créait sa technique mais le thermomètre avait fini par exploser lorsque le moins vingt avait été dépassé- et le blizzard le rendait aveugle : pas elle. A bout de forces, elle forma une dernière lame de chakra et pénétra dans le microclimat dont elle était à l’origine. Bien consciente que c’était grâce à ses prunelles désormais d’un rose soutenu qu’elle pouvait voir aussi clairement et que cela durerait seulement tant qu’elle aurait assez de chakra, Sakura ne perdit pas de temps. Elle repéra Kabuto en seulement quelques secondes et, sans lui laisser la moindre chance, elle enfonça son scalpel de chakra dans son cœur.

Elle perdit le contrôle de sa technique au moment précis où le corps de son adversaire s’effondra sur le sol. Impuissante, elle sentit la température chuter toujours plus, la sphère grandir et englober une surface de plus en plus vaste, s’approchant dangereusement de Saï. Le blizzard n’était plus qu’à quelques mètres de son coéquipier lorsqu’elle sentit sa technique faiblir puis disparaître : il ne lui restait plus que quelques miettes de chakra. Tenant à peine sur ses deux jambes, elle s’approcha de Saï avant de poser deux doigts sur sa nuque.

« Kami, je vous en prie, supplia-t-elle. »

Elle allait céder au désespoir lorsqu’elle sentit une légère pulsation sous ses doigts. Presque infime mais présente. Saï était encore en vie. Elle aurait pu pleurer de soulagement mais elle n’était même pas sûre d’en avoir la force. Au bord de l’évanouissement, elle récupéra la sacoche qu’elle avait lancée à Saï un peu plus tôt et termina les dernières pilules énergétiques qu’elle contenait. Elle se sentait toujours aussi mal après mais désormais elle n’avait plus l’impression d’être à deux doigts de l’inconscience.

Sakura glissa ensuite le bras de Saï sur ses épaules pour le soulever. Ils ne pouvaient pas rester là, il fallait qu’ils s’éloignent rapidement des lieux du combat : les bruits pourraient avoir attiré l’attention et elle devait trouver un endroit sûr pour soigner -ou du moins essayer de soigner- Saï. Elle ne se douta pas un instant qu’une silhouette se tenant en retrait l’observait, un sourire dément au visage et un œil d’un rouge glaçant brillant dans l’obscurité.

* * *



Cinq jours plus tard



Assise sur une chaise de l’infirmerie de la Racine, Sakura surveillait du coin de l’œil Saï, inconscient mais tiré d’affaire, à moitié perdue dans ses pensées. Elle se repassait sans cesse le fil des événements, cherchant comment les choses avaient bien pu déraper à ce point sans pouvoir trouver de réponse à sa question. Elle avait seulement pu sauver Saï grâce à un miracle -elle ne parlerait même pas de la chance insolente qu’elle avait eu contre Kabuto- et elle se demandait encore comment ils avaient pu rester en vie sur le chemin du retour. Saï était encore inconscient lorsqu’ils avaient fini par atteindre Konoha et elle-même ne tenait presque plus sur ses jambes en raison d’une vilaine infection due aux blessures qu’elle n’avait pu soigner. Elle ne savait pas de quelle manière ils avaient pu rejoindre le quartier général de la Racine sans être vus par quelqu’un. Dans leur malheur, elle ne pouvait pas nier qu’ils avaient eu de la chance. Un autre point positif était qu’elle avait enfin pu confier à Saï tous les doutes qu’elle avait sur Danzô : et elle avait beau eu lui dire que rien ne lui permettait d’être sûre de ce qu’elle avançait, au plus profond d’elle-même elle avait la certitude d’avoir raison.

« Danzô a trahi Konoha. Malgré toutes ses belles paroles sur les décisions difficiles à prendre pour le bien du village, il a- »

Les applaudissements retentissant soudainement dans l’infirmerie la sortirent de ses pensées et eurent le mérite de réveiller Saï. Ils tournèrent tous deux la tête en direction de l’entrée da la pièce où se trouvait Danzô, un sourire glacé sur le visage et le regard empli de rage.

Sakura ne prit même pas la peine de réfléchir : Saï avait failli mourir, elle aussi, ils avaient tout de même réussi à tuer Kabuto et ce vieux sadique ne leur laissait pas une minute pour se remettre avant de venir les invectiver.

Sakura se tut immédiatement, mouchée, et baissa les yeux en signe de soumission.

La jeune femme serra ses poings, les yeux toujours baissés. Danzô n’allait certainement pas manquer de leur faire payer son coup d’éclat et leur échec. A elle comme à Saï. Et c’était ce qui l’embêtait le plus.

Sakura blêmit devant le nombre de jours annoncés. La punition typique de la Racine était d’être enfermé dans une pièce sombre et d’être soumis à d’interminables Genjutsus dans le but de tester la résistance mentale des ninjas. La pire punition de la jeune femme remontait à plus de deux ans et elle avait bien cru devenir folle ce jour là.

Saï s’empara de sa main avant de la serrer, une inquiétude sincère peinte sur ses traits.

Sakura tourna la tête pour apercevoir les deux anbus qui s’apprêtaient à l’escorter vers la salle de tous ses cauchemars. Un dernier regard à Saï et elle avait disparu.

* * *