Chapitre 4 : Le temps passe et la vie continue

par Emma-chan



Chapitre 4 : Le temps passe et la vie continue



« Le changement n’est pas seulement nécessaire à la vie, il est la vie. Et, par conséquent, vivre c’est s’adapter. »

Alvin Toffler



Trois ans plus tard



Perdue dans ses pensées, Sakura jouait distraitement avec ses baguettes et la nourriture posée devant elle tandis qu’Ume continuait gaiement son récit, des éclats de rire dans la voix.

« Natsume-chan… »



- Flash-Back -

Deux ombres filaient dans la nuit sans étoile, silencieuses et porteuses d’une promesse de mort. L’ordre avait été clair : l’échec ne serait pas toléré. Leur future victime ne devrait pas voir le soleil se lever. Sakura serra les dents à cette idée. A ses côtés, Saï semblait entièrement concentré sur la mission et son visage exprimait seulement la résolution d’obéir aux ordres que l’on lui avait donnés. Si son coéquipier n’avait absolument pas bronché à l’annonce de ce qu’ils devraient faire sous peu, la jeune fille avait eu nettement moins de facilités à rester de marbre devant ce que Danzô était en train de leur annoncer. Il s’agissait seulement de sa première mission officielle depuis qu’elle avait intégré la Racine trois mois auparavant, l’espionnage de Tsunade mis à part, et elle allait devoir tuer un innocent de sang froid. De sa victime, elle ne connaissait que le nom : Natsume. Oh, bien sûr Danzô leur avait brièvement expliqué que sa mort permettrait à Konoha de s’attacher le soutien de Kusa de façon durable et de rompre les liens naissants entre le pays de l’Herbe et le pays de la Pluie qui menaçait dangereusement le village de la feuille depuis quelques temps. Pour Sakura, il n’en restait pas moins que, pour préserver la paix de son village, elle allait devoir tuer un innocent.

L’arrêt soudain de Saï la sortit de ses pensées. Elle stoppa sa course sur une branche d’arbre à proximité de celle où se trouvait son coéquipier. Elle secoua rapidement la tête pour se reconcentrer. Si elle ne gardait pas son sang froid et faisait échouer la mission, ils en paieraient tous les deux les conséquences et elle ne voulait surtout pas que Saï souffre de ses propres erreurs. Même si elle savait que cette première mission avait principalement pour but d’évaluer sa capacité à suivre les ordres et non sa puissance, elle ne voulait prendre aucun risque. Elle promena son regard sur les alentours et réussit à distinguer, malgré l’obscurité, les toits de la résidence où se trouvait leur future victime à quelques mètres en contrebas. Saï croisa deux de ses doigts dans sa direction, lui signifiant d’attendre. Elle patienta en silence et le vit sortir un parchemin et un pinceau avant d’esquisser quelques traits sur le papier qu’il tenait. Aussitôt, une dizaine de souris d’encre surgirent et s’élancèrent en direction de la maison dans laquelle ils allaient bientôt devoir s’infiltrer. Il s’écoula encore quelques minutes avant que Saï ne lui fasse un nouveau signe. L’index et le majeur relevés, une pause, puis trois doigts relevés cette fois. Sakura hocha la tête en sa direction : deux gardes à l’entrée et trois devant la chambre qu’ils devaient atteindre, ils allaient devoir profiter de l’effet de surprise s’ils ne voulaient pas réveiller tous les habitants de la maison et déclencher l’alarme. Elle vérifia rapidement que ses aiguilles empoisonnées étaient prêtes et facilement atteignables. Leur plan reposait presque entièrement sur sa capacité à tuer les gardes avant même qu’ils ne se rendent compte qu’elle était là : elle n’avait donc pas le droit à l’erreur, Saï et elle ne faisant pas le poids contre cinq ninjas de niveau Jōnin. Sakura prit une profonde inspiration et réajusta le masque d’anbu qu’elle portait sur lequel était peint un renard. Malgré sa colère contre Naruto pour avoir déserté, elle avait trouvé un certain réconfort à porter quelque chose lui donnant l’illusion de sa présence près d’elle. Danzô avait sourcillé face à son choix mais devant l’esquisse de sourire complice de Saï, la jeune fille avait trouvé le courage d’assumer sa décision face au chef de la Racine. Elle s’en félicitait désormais : la présence de son ami l’aurait sans doute bien aidée à surmonter ce qu’elle allait devoir faire et le simple fait de porter un masque qui lui rappelait Naruto lui donnait un peu plus de courage.

Saï la rejoignit sur la branche qu’elle occupait avant de lui tendre une pilule rouge. Sakura se crispa mais tendit néanmoins la main. Son équipier lui avait rapidement parlé du sceau que tous les membres de la Racine portaient les empêchant de fournir des informations à l’ennemi mais aussi de celui qui faisait disparaître leur corps s’ils venaient à mourir en mission. Elle n’avait pas mis longtemps à comprendre que les ninjas loyaux à Danzô n’étaient sans doute jamais capturés par l’ennemi. Et la pilule de poison que lui tendait désormais son coéquipier en était la raison. Le message était clair : la capture équivalait à la mort, personne ne viendrait les secourir. Sakura rangea prestement la pilule dans une de ses poches, se promettant de tout faire pour ne pas avoir à l’utiliser. Elle ne pouvait pas abandonner sa mère et Ume maintenant : elle était prête à tout pour rester en vie, pour protéger sa famille. Elle croisa le regard de Saï qui hocha rapidement la tête, ayant sans doute compris quel fil avaient suivi ses pensées. Cette fois, ils étaient prêts.

* * *

Ils s’élancèrent tous deux en direction de la maison, mortellement silencieux et dissimulés par la noirceur de la nuit. Ils ralentirent seulement une fois arrivés aux abords de l’habitation et se cachèrent sous les buissons qui entouraient les murs de l’enceinte. Sakura repéra immédiatement les deux ninjas qui gardaient l’entrée : elle sortit rapidement deux aiguilles de sa sacoche avant de se rapprocher des deux hommes se trouvant devant la porte. Sitôt qu’elle eut un angle de tir idéal, elle accrocha deux fins fils de chakra à ses aiguilles, une idée qu’elle avait eu après son combat contre Sasori, et lança ses aiguilles en direction des deux gardes. Les fils de chakra lui permettaient d’orienter ses aiguilles avec une précision au millimètre près et elle atteignit sans aucune difficulté ses deux cibles à l’endroit qu’elle avait choisi. Les deux ninjas s’effondrèrent sur le sol quelques secondes plus tard. Saï et elle surgirent des buissons et coururent vers la porte d’entrée avant de se stopper. Saï se concentra quelques instants, connectant son esprit aux souris d’encre qu’il avait dispersé dans toute la résidence, avant d’hocher la tête dans sa direction : la voix était libre jusqu’au couloir où se trouvait la chambre de leur future victime. Ils s’élancèrent donc tous deux, telles deux ombres furtives, et atteignirent bientôt l’embranchement qui donnait sur le couloir où trois autres ninjas surveillaient la chambre de leur cible. Tous trois éveillés, ils se tenaient debout, la tête tournée dans des directions différentes empêchant ainsi Sakura et Saï d’avoir un angle mort dans lequel se faufiler. Ces deux derniers reculèrent de quelques pas et Sakura fit quelques signes de mains avant de disparaître dans un nuage de fumée. Ils avaient prévu ce scénario et c’est pour cette raison que la jeune fille réapparut transformée en une brune d’une vingtaine d’années vêtue d’un kimono beige clair et d’un obi marron, l’uniforme des employées du seigneur Kumikawa, le propriétaire de la maison.

Elle inspira profondément, attrapa trois aiguilles et se dirigea vers le couloir dont ils s’étaient éloignés quelques secondes plus tôt, Saï sur ses talons. Ce dernier se stoppa à l’angle du mur, restant invisible, tandis que Sakura continuait son chemin, rentrant dans le champ de vision des gardes.

Les trois hommes semblèrent se détendre légèrement et celui qui lui avait parlé reprit la parole :

Maintenant qu’elle avait réussi à leur faire croire qu’elle était inoffensive, Sakura passa à la seconde partie du plan.

Les ninjas étaient généralement peu patients, très souvent misogynes et ne supportaient pas les lamentations : Sakura comptait sur ces trois choses pour qu’ils la laissent passer. Elle les vit échanger tous trois un regard avant que le premier qui lui avait parlé ne pousse un bref soupir : elle avait gagné.

Elle avança doucement vers eux et, une fois suffisamment proche, les trois aiguilles fusèrent, atteignant leurs cibles avant même qu’elles n’aient pu les voir. Les trois hommes s’effondrèrent et Saï surgit presque immédiatement à ses côtés. Ils se tournèrent tous deux vers la porte et Saï l’entrouvrit silencieusement pendant que Sakura surveillait le couloir. Ils se glissèrent ensuite discrètement dans la pièce et se figèrent sitôt la porte refermée, aux aguets. Sakura commençait à s’inquiéter de l’apparente simplicité de la mission : trop peu de gardes, rien qui la pousserait à remettre en question les ordres qu’on lui avait donnés. Comment Danzô pouvait-il évaluer sa capacité à obéir en toute situation dans ces circonstances ? Une autre question la tourmentait : pourquoi ne leur avoir donné presque aucun renseignement sur leur cible ? Habituellement, les ninjas avaient toujours un rapport détaillé sur leur cible ce qui les empêchait d’être pris au dépourvu mais aussi de commettre des erreurs s’ils devaient se faire passer pour un allié : dans ce cas, pourquoi Danzô ne leur avait-il donné qu’un nom ? Toutes ces questions trouvèrent leurs réponses lorsque Sakura distingua les traits de leur cible, endormie sous les couvertures de son futon.

« Natsume » était une enfant.

Une fillette qui lui rappelait cruellement Ume tant elle semblait jeune.

Elle retint à grand peine un cri d’horreur et lança un regard empli d’incompréhension à Saï. Elle crut apercevoir de la tristesse dans les yeux de ce dernier mais il se reprit si vite qu’elle n’aurait pu le jurer. Une grande lassitude habitait désormais ses traits et il se pencha vers elle avant de murmurer :

Ses mots agirent comme une véritable claque sur Sakura lorsqu’elle comprit ce qu’il était en train de lui proposer. Elle serra les poings et se ressaisit : le véritable test de Danzô était là et elle n’avait pas le droit à l’erreur. Et elle ne voulait plus jamais obliger Saï à lui faire une telle proposition pour épargner ses sentiments : ils étaient coéquipiers désormais et ils devaient partager les bonnes choses comme les mauvaises choses. Sakura prit une profonde inspiration.

« Tu le fais pour Konoha. Pour Saï. Pour Ume et maman. »

« Et puis j’ai toujours rêvé de visiter la cellule psy de Konoha, songea-t-elle sarcastiquement, essayant de s’empêcher de penser à ce qu’elle venait de proposer. »

Saï marqua une légère hésitation avant de lui répondre tout en surveillant du coin de l’œil la fillette endormie.

Sakura eut un moment d’incompréhension : ils avaient déjà un morceau de tissu arraché à un uniforme des ninjas du village d’Ame et imbibé du chakra spécifique aux ninjas de la Pluie - Sakura ne voulait d’ailleurs surtout pas savoir comment ils étaient entrés en possession d’une telle pièce - qu’ils devaient déposer sur la scène du crime alors pourquoi cette demande supplémentaire ? La jeune fille eut soudain un horrible pressentiment.

Sakura faillit vomir et elle finit par comprendre quelque chose d’important.

L’esprit de la jeune fille se mit en marche tout seul pendant qu’elle s’entendait dire à son coéquipier de placer les différentes preuves qui accuseraient les ninjas d’Ame et empêcheraient ainsi leur alliance avec Kusa au profit de Konoha. Leur mode opératoire promettait une mort rapide mais pas assez pour être sans souffrance et il était hors de question pour Sakura que cette enfant se réveille, paniquée, étouffant dans son sang. Une mort sans douleur, sans peur, était désormais la seule chose qu’elle pouvait lui offrir. Et elle savait exactement comment faire.

Elle s’approcha silencieusement de la fillette et s’agenouilla à ses côté. Elle passa ensuite une main sur son front, dans une légère caresse, et perdit définitivement toutes traces d’innocence. Sakura prépara un scalpel de chakra, fin et aiguisé, et le dirigea vers les nombreux petits vaisseaux sanguins qui irriguaient le cerveau de l’enfant. L’arrêt de la vascularisation de son cerveau provoqua quelques secondes plus tard la mort cérébrale de Natsume. Sakura ne prit pas le temps de réfléchir, comme déconnectée de la réalité, incapable de penser à ce qu’elle était en train de faire, et se saisit d’un kunaï avant de trancher la gorge de l’enfant. Elle attendit quelques secondes et ficha le kunaï qu’elle tenait toujours dans la poitrine de sa victime avant de se retourner vers Saï.

Ce dernier jeta un dernier coup d’œil pour évaluer la mise en scène qu’ils avaient construite puis il rejoignit sa coéquipière au centre de la pièce.

« Elle va finir par craquer, elle a atteint ses limites, songea-t-il tendu. Il faut qu’on se dépêche. »

Sakura manqua de trébucher deux fois en parcourant la mince distance qui les séparait de la porte et Saï finit par saisir son bras pour l’enrouler autour de sa nuque et ainsi la soutenir. Il se concentra une nouvelle fois sur ses souris d’encre pour vérifier que la voix était toujours libre : ils étaient déjà restés trop longtemps. Ils se dirigèrent le plus rapidement possible vers la sortie, Saï portant presque complètement Sakura, et lorsqu’ils croisèrent une ombre dans le dernier couloir le jeune homme n’hésita pas une seule seconde et envoya trois kunaïs se ficher dans la silhouette qu’il avait aperçu. Ils ne pouvaient pas se permettre de déclencher l’alarme maintenant. L’attaque sembla réveiller légèrement Sakura qui laissa tomber son regard sur le corps d’une employée étendu sur le sol et baignant dans son sang. Ne supportant pas cette vision, elle détourna les yeux fixa son attention sur l’entrée de la maison qui venait d’apparaître dans son champ de vision. Saï la sentant revenir à la réalité accéléra le pas et une dizaine de minutes plus tard ils se trouvaient à une distance sûre de la résidence de Kumikawa, dissimulés par la végétation dense de la forêt qui entourait la demeure.

Saï laissa la jeune fille s’assoir contre un tronc d’arbre avant de sortir un parchemin et de rappeler les souris d’encre qu’il avait dessinées avant le début de la mission. Sakura profita du moment de répit pour fixer ses mains qu’elle sentait trembler de façon incontrôlable. Mal lui en prit puisque ces dernières étaient désormais couvertes de sang : la vue du liquide carmin la projeta de nouveau dans la chambre qu’ils venaient de quitter. Et en pensant au corps sûrement froid qui s’y trouvait désormais, elle ne put s’empêcher d’avoir un premier haut-le-cœur, puis un deuxième avant de vomir violemment. Saï n’intervint pas et la laissa prendre la mesure de ce qu’ils venaient de faire, de ce qu’elle venait de faire. Il attendit plusieurs minutes qu’elle réussisse à se calmer avant de se rapprocher d’elle et de lui tendre une gourde d’eau. Elle releva la tête pour le remercier lorsqu’elle s’aperçut que le regard de son coéquipier, bien que compatissant, abritait aussi une colère difficilement contenue.

Sakura mit quelques secondes avant de répondre.

Sakura eut l’impression de prendre une gifle tandis qu’elle prenait conscience de son comportement. Les mots de Saï qui suivirent ne firent que lui ouvrir davantage les yeux.

Saï la fixa quelques instants, analysant ce qu’il pouvait distinguer dans ses prunelles, avant de répondre.

Sakura cligna plusieurs fois des yeux, ne pouvant croire ce qu’elle entendait.

- Fin du flash-back -



Et cette promesse, elle l’avait tenue songea Sakura. Plus ou moins bien selon les jours mais elle n’avait plus jamais laissé tomber Saï. Et désormais ils habitaient même tous les deux ensemble avec-

Sakura bondit de sa chaise, sa main cherchant une arme par automatisme, avant de se rendre compte que le cri était sorti de la bouche d’une Ume qui semblait contrariée.

Sakura s’en voulu aussitôt : à cause de ses missions pour la Racine mais aussi de celles pour Tsunade elle était déjà peu présente pour Ume et elle ne lui accordait même pas toute son attention lorsqu’elle était là.

Ume déposa un léger baiser sur la joue de sa sœur puis sur celle de Saï avant de s’élancer vers la porte d’entrée.

Sakura écouta la porte claquer avec un sourire en coin : sa sœur pouvait être un véritable ouragan parfois. Elle se tourna ensuite vers Saï avec l’intention de lui proposer un thé maintenant qu’il était levé mais ce dernier la prit de vitesse.

Sakura lui offrit un sourire triste et fatigué.

* * *



Deux heures plus tard



Saï venait de partir pour l’Académie Ninja où il donnait parfois quelques cours en tant qu’intervenant exceptionnel lorsque Sakura se décida finalement à sortir elle aussi. Elle voulait profiter du fait d’être présente au village pour se rendre au cimetière et se recueillir sur la tombe de son père mais aussi celle de sa mère. Alors que les membres de la famille Haruno semblaient s’être définitivement retrouvés, les conséquences de la dépression de Saeka sur son corps les avaient rattrapés et cette dernière avait succombé à l’épidémie de grippe qui s’était répandue dans Konoha deux hivers plus tôt. Sa mort avait profondément blessé Ume et Sakura et avait failli rompre le dialogue entre les deux sœurs. Sakura, en plein entraînement avec la Racine, avait cédé à la facilité et décidé de compartimenter ses émotions, de refuser de penser à la mort de sa mère et Ume n’avait pas compris pourquoi sa grande sœur ne semblait pas triste alors que leur mère était morte. Elles avaient fini par violemment se disputer et leur relation en aurait sans doute beaucoup plus souffert si Saï n’avait pas été là à ce moment. Sakura ne l’en remercierai sans doute jamais assez : sans lui, elle aurait pu perdre sa sœur en plus de sa mère. Mais il avait su trouver les mots et avait aidé les deux sœurs à se comprendre et à communiquer de nouveau. Ce jour là, Sakura s’était dit que Saï était sans doute devenu beaucoup plus humain qu’il ne voulait bien le croire. Elle n’avait jamais insisté lorsque Saï l’avait contredite, n’étant que trop au courant que les missions, toujours plus compliquées que ce soit physiquement ou psychologiquement, qu’ils accomplissaient tous deux se mariaient difficilement à une découverte de la notion de sentiments. Mais elle ne perdait pas l’espoir qu’un jour Saï accepterait d’assumer cette part d’humanité en lui que Danzô avait toujours tenté de faire disparaître et surtout qu’il arrêterait de la considérer comme une faiblesse.

Sakura soupira en pensant au dangereux chef de la Racine tout en laissant ses pieds suivre un chemin qu’ils connaissaient par cœur et la mener à la tombe de sa mère. Les missions étaient toujours aussi dures moralement et elle n’oublierait sans doute jamais aucun des noms de ses victimes mais elle comprenait désormais mieux pourquoi Danzô avait choisi d’emprunter cette voix pleine de ténèbres et de mensonges. Elle n’approuvait toujours pas la majeure partie des missions qu’elle remplissait mais, même si elle se détestait d’y penser au moment où elle prenait une nouvelle vie, elle ne pouvait pas nier le fait que certaines de ses missions avaient eu des retombées positives pour Konoha ou encore que d’autres avaient permis de désamorcer des conflits majeurs entre des villages cachés. Et dans ces cas particuliers, la jeune femme comprenait que le bien du village passait parfois avant la moralité. Mais plus que tout, elle comprenait pourquoi il était essentiel que la Racine œuvre dans l’ombre sans que Tsunade ne soit au courant des réelles missions menées par les ninjas de Danzô. Elle n’osait imaginer le scandale qui éclaterait si le contenu de ces missions était révélé au grand jour, encore plus si l’Hokage elle-même était au courant. Elle détestait toujours Danzô, un homme qui l’avait privée de sa liberté, un homme qui n’hésitait pas à menacer sa petite sœur pour qu’elle obéisse, mais elle ne pouvait plus nier qu’elle comprenait certains de ses choix. Si elle avait presque vomi la première fois qu’elle s’en était rendue compte, elle assumait désormais davantage ses pensées et, grâce à Saï qui l’avait aidée, elle comprenait bien plus clairement maintenant que le monde était composé d’une infinie nuances de gris plutôt que de noir et de blanc. Alors elle était peut-être une meurtrière qui commençait à avoir une jolie collection de secrets plus noirs les uns que les autres, qui devrait sans doute faire un tour à la cellule psy de Konoha et qui trahissait son Hokage, mais ces derniers temps Sakura avait l’impression d’avoir enfin trouvé un certain équilibre dans sa vie. Certes, tout n’était pas parfait mais Ume était heureuse et en bonne santé, Saï la soutenait toujours et Danzô, même s’il était certainement une sorte d’horrible psychopathe sadique, reconnaissait sa valeur. Sakura sourit en se rendant compte de ses pensées : qui aurait cru quelques années auparavant que celui qui la ferait se sentir le plus utile serait un vieil homme dangereux et détesté par tous ceux qui le connaissait ?

Elle leva les yeux à temps pour s’apercevoir de la présence de Kakashi devant le monument rendant hommage aux ninjas tombés pendant la troisième guerre. Silencieusement, elle changea de direction, prenant un autre chemin pour atteindre la tombe de Saeka : elle préférait éviter le plus possible son ancien sensei. Après le choix de ce dernier de rejoindre l’anbu trois ans plus tôt, ils s’étaient tous les deux éloignés peu à peu, Sakura en voulant à son sensei pour l’avoir laissée tomber sans aucune forme de procès. Kakashi avait essayé de se faire pardonner au fil des années mais la rancune tenace de la jeune femme associée au rythme de missions intense qu’imposaient l’anbu et la Racine avaient fait échouer leur réconciliation. La mort de Saeka avait constitué un point final aux tentatives de rapprochements amorcées par Kakashi lorsque ce dernier lui avait proposé d’emménager chez lui avec Ume. Sakura lui avait alors froidement ri au nez, rétorquant qu’il n’avait jamais été là pour elle et qu’elle avait parfaitement appris à vivre sans lui, avant de lui claquer la porte au nez et de décider de s’installer avec Saï. A cette époque, c’étaient la colère et le ressentiment qui avaient parlé et la jeune femme était désormais honteuse de ce qu’elle avait dit au ninja aux cheveux gris. Elle savait que Kakashi était un homme très secret et solitaire : il avait dû sincèrement tenir à elle pour lui faire une telle proposition. Malheureusement, la fêlure entre eux était déjà trop présente et la peur que l’homme perspicace qu’était son ancien sensei découvre ses secrets l’avait poussée à ne pas tenter de reprendre contact avec lui. Désormais, ils échangeaient seulement des sourires tristes et gênés lorsqu’ils se croisaient avant de s’esquiver à l’aide d’une excuse bancale. Sakura regrettait la situation dans laquelle ils se trouvaient mais la peur que Kakashi comprenne ce qu’elle cachait l’avait décidée à ne pas essayer d’améliorer la situation, même si elle en souffrait.

Elle adressa un signe de tête à Shikamaru venu se recueillir sur la tombe d’Asuma, mort un an auparavant, tué par Hidan, un membre de l’Akatsuki. La perte de celui qu’il considérait comme un deuxième père avait profondément meurtri Shikamaru mais aussi le reste de l’équipe dix. Sakura n’était pas présente à ce moment : elle se trouvait en mission avec Saï et elle n’était rentrée que plusieurs semaines après. C’est en récupérant Ume chez Shizune qui la gardait lorsqu’elle était absente que cette dernière lui avait rapidement résumé ce qu’il s’était passé avant de l’encourager à passer voir Ino. Celle-ci était dans un état déplorable et Sakura, comme tous les autres, avait eu bien du mal à la consoler et à lui faire comprendre que Tsunade elle-même n’aurait pu réussir à soigner Asuma, Ino se sentant profondément coupable de n’avoir pas pu sauver son sensei. La jeune femme blonde portait encore en elle cette culpabilité et Sakura se demandait parfois si elle finirait par réussir à s’en libérer. Elle admirait sincèrement son amie d’enfance parce que malgré toute cette tristesse et cette culpabilité, Ino n’avait jamais cessé de sourire : Sakura, elle, en était la plupart du temps incapable. Seuls Ume et Saï - et Lee quelquefois - étaient encore capables de la faire sourire ou rire et son entourage n’avait pas mis longtemps à remarquer son nouveau comportement. Heureusement, songea cyniquement Sakura, elle n’avait pas eu de mal à expliquer cette perte de sourire par le départ de Naruto et le décès de sa mère. La vie, dans sa cruauté, faisait parfois bien les choses et les proches de la jeune femme avaient fini par ne plus s’étonner de son absence de joie. Ceci arrangeait Sakura qui ne se sentait plus réellement le droit de plaisanter de manière insouciante avec des gens à qui elle ne faisait que mentir : elle refusait donc régulièrement les sorties que les ninjas de sa promotion organisaient, se sentant coupable lors du peu de temps qu’elle passait avec eux. Malheureusement, il lui était impossible d’éviter Tsunade et elle avait régulièrement envie de se gifler lorsque cette dernière la complimentait sur ses progrès ou se confiait à elle parce qu’elle lui faisait confiance. Sakura avait honte lorsqu’elle pensait à la manière dont elle profitait, et Danzô à travers elle, de la confiance de Tsunade et, ces derniers temps, lui mentir et la trahir au profit de Danzô lui semblait de plus en plus difficile. Ce dernier n’avait pas mis longtemps à s’en apercevoir et s’était chargé, à travers de subtiles menaces dirigées vers Ume, de la remotiver. Si elle n’avait pas si bien appris à garder son sang froid au cours des dernières années elle aurait sans doute collé séance tenante son poing dans la figure du vieil homme. Sakura soupira longuement : elle avait beau mieux comprendre les choix de Danzô, elle supportait toujours aussi peu ses méthodes.

La vue de la tombe de sa mère la tira de ses pensées. Elle s’agenouilla doucement devant afin d’ôter les quelques feuilles mortes qui recouvraient la pierre et détacha les feuilles jaunies qui ornaient la plante qu’Ume avait déposé quelques temps auparavant. C’est seulement à ce moment qu’elle se rendit compte qu’elle avait oublié quelque chose.

La jeune femme resta encore un long moment, assise devant la tombe, perdue dans ses pensées. Contrairement à de nombreuses personnes, elle aimait passer de longues heures à réfléchir au cimetière : elle avait l’impression de se sentir plus proche de sa mère, l’impression que cette dernière l’aidait lorsqu’elle avait une décision difficile à prendre comme elle l’aurait fait de son vivant. Il fallait que croire que cette lubie avait influencé Ume et les deux sœurs venaient passer de temps en temps un après-midi à discuter devant la tombe de leur mère ou celle de leur père, simplement pour se sentir plus proche de leurs parents disparus. Shizune avait déjà fait quelques remarques à Sakura sur cette habitude mais la jeune femme avait répliqué qu’elle menait son deuil de la façon qui lui plaisait et qu’Ume était elle aussi libre de faire ses choix.

Sakura se redressa brusquement. Elle avait complètement oublié qu’elle avait promis à Lee de s’entraîner avec lui l’après-midi même et elle n’était pas encore allée sur la tombe de son père.

* * *



Quelques heures plus tard, terrain d’entraînement numéro trois



Sakura laissa son regard se promener sur le terrain d’entraînement désormais complètement détruit tout en se mordillant les lèvres. Ils y étaient peut-être allés un petit peu fort ? Elle observa les troncs d’arbres arrachés, les mottes de terre retournées et les divers débris qui ornaient le terrain avant de tourner son regard vers Lee qui faisait des pompes, à mille lieux des préoccupations de la jeune femme. Cette dernière soupira : Tsunada allait sans doute les écharper pour avoir réduit un des terrains d’entraînement en miettes et Lee ne trouvait rien de mieux à faire que des pompes. Il n’avait définitivement pas le même sens des priorités que tout le monde. Son soupir attira l’attention de Lee qui sauta sur ses pieds et se rapprocha d’elle.

Lee allait continuer leur joute de compliments lorsqu’un anbu apparut sur le terrain. Sakura le reconnut immédiatement comme un anbu de la Racine : son chakra était froid et sombre.

La jeune femme hocha la tête et l’anbu disparut sans attendre. Elle se tourna vers Lee, embêtée de le laisser seul pour faire part de l’état du terrain à Tsunade mais ce dernier la prit de cours.

Un nouveau mensonge à ajouter à sa collection. Comme d’habitude, l’anbu qui était venue la prévenir n’avait pas précisé le nom du « maître » en question, laissant les autres penser qu’elle était convoquée par Tsunade. Ce qui n’était pas totalement faux, songea Sakura. Danzô faisait toujours en sorte que ses missions pour la Racine coïncident, que ce soit temporellement ou spatialement, avec les missions que l’Hokage lui confiait afin de ne pas éveiller les soupçons, de telle sorte qu’une convocation par l’un de ses deux maîtres entraînait toujours une seconde convocation par l’autre. Il était néanmoins plus rare que la convocation de Danzô précède celle de Tsunade. Sakura gardait un très mauvais souvenir de la dernière fois où cela était arrivé, la mission qui avait alors été confiée à Saï et elle-même ayant bien failli conduire à leur mort. Elle espérait donc qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle mission suicide puisqu’ils rentraient à peine d’une mission particulièrement longue et difficile et n’étaient pas forcément au meilleur de leurs capacités.

Elle bifurqua dans une ruelle déserte avant de se téléporter dans l’un des nombreux couloirs secrets du quartier général de la Racine. Après trois années, elle réussissait enfin à se repérer et pouvait donc se permettre d’apparaître n’importe où dans la base. Elle rejoint rapidement le bureau de Danzô devant lequel elle retrouva Saï qui patientait tranquillement. Elle ouvrit la bouche pour lui parler mais fut coupée par une voix étouffée.

La porte s’ouvrit et un anbu sortit de la pièce pour s’adresser à eux.

Le chef de la Racine était assis à son bureau et arborait une mine contrariée qui inquiéta Sakura. Après toutes ces années, elle ne savait toujours pas si elle préférait un Danzô satisfait ou un Danzô contrarié. Enfin, à choisir elle ne préférait pas de Danzô du tout mais-

Sakura serra les poings : pour le savoir, elle le savait. Et si elle avait eu la naïveté de croire que ses deux anciens coéquipiers reviendraient ensuite à Konoha, elle avait vite déchanté. Elle se reconcentra rapidement sur les paroles de Danzô, ne voulant pas risquer de le contrarier plus qu’il ne l’était déjà.

Sakura ouvrit la bouche avant même de réfléchir.

Sakura se composa alors un visage parfaitement impassible, bien consciente qu’elle venait d’enchaîner les erreurs à une vitesse rare.

Une fois dehors, les deux équipiers se téléportèrent directement dans leur appartement. Ils préparèrent leurs affaires dans le silence avant de s’installer dans le salon pour attendre la convocation que Tsunade ne tarderait pas à leur adresser. Sakura était perdue dans ses pensées : elle ne comprenait pas les actions de ses anciens coéquipiers. Pourquoi revenir tuer Orochimaru après avoir disparu toute une année ? C’était-

Saï n’eut pas le temps de répondre puisqu’un anbu, loyal à l’Hokage cette fois ci, apparut dans leur salon. Sakura haussa un sourcil : les ninjas avaient un réel problème avec la notion d’intimité et de vie privée.

Sakura se leva du canapé où Sai et elle étaient installés, se préparant à avoir l’air étonné devant la nouvelle dont Tsunade allait leur faire part. Sa collection de mensonges s’agrandissait chaque jour un peu plus et commençait à former une pile menaçant dangereusement de s’effondrer.

* * *