Chapitre 3 : Un pas en avant, deux pas en arrière

par Emma-chan



Chapitre 3 : Un pas en avant, deux pas en arrière



« En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal. »

Nicolas Machiavel



Sakura dévisagea longuement son interlocuteur : il était bien la dernière personne qu’elle s’attendait à voir lorsque l’on avait frappé à la porte en cette fin de mâtinée. Encore sous le coup de la surprise, elle se rendit compte qu’il lui parlait seulement au moment où il terminait son discours.

L’information la laissa perplexe. Danzô voulait la voir ? Mais pourquoi le chef de la Racine aurait-il bien besoin de la voir ? Saï ne semblait pas particulièrement ravi d’être là. Elle-même n’était pas certaine d’être enchantée par la nouvelle. En fait, elle était certaine de ne pas être enchantée. Elle n’avait aucunement oublié les quelques informations que Saï avait laissé échapper concernant son entraînement. Un entraînement qu’elle jugeait cruel et inhumain. Comment pourrait-elle avoir la moindre envie de rencontrer celui qui avait transformé tellement de personnes en automates froids, incapables de ressentir la moindre émotion ? Sans oublier que Tsunade n’avait absolument aucune confiance en lui. Elle se souvint de certaines des paroles qu’avait prononcé son maître le jour où elle l’avait rencontré pour la première fois, juste avant de partir chercher Sasuke.

Du discours que son maître lui avait fait à propos du chef de la Racine, Sakura avait surtout retenu que Danzô Shimura était un homme prêt à faire n’importe quoi s’il considérait que c’était pour le bien de Konoha. Même à aller contre les ordres du Hokage au pouvoir s’ils ne lui convenaient pas. Le fait que la Racine ait été dissoute par le Sandaime durant son mandat et soit réapparue à la mort de ce dernier n’était pas non plus tombé dans l’oreille d’un sourd. Danzô était un homme dangereux qui semblait vivre sur une montagne de secrets enterrés et Tsunade lui avait clairement dit de s’en méfier lorsque Saï, un de ses subordonnés les plus directs, avait été affecté comme membre temporaire de l’équipe sept. La mise en garde de son maître avait pris tout son sens lorsqu’ils avaient découverts avec effroi que Danzô voulait avoir Konoha sous son emprise et avait secrètement chargé Saï de tuer Sasuke pendant leur mission. Alors, honnêtement, elle avait déjà bien assez de problèmes à gérer en ce moment pour y ajouter l’inquiétant chef de la Racine.

Le départ de Naruto datait déjà de deux semaines mais la blessure qui en résultait était toujours fraîche. La colère avait rapidement cédé la place à une douleur écrasante. Elle voyait bien les efforts que sa mère faisait au quotidien, consciente de la peine immense que sa fille ressentait, mais rien n’arrivait à l’atteindre réellement. Ni l’amélioration progressive de l’état de Saeka, ni les bêtises d’Ume, ni l’inquiétude, pourtant touchante, de ses amis qui ne la laissaient jamais seule bien longtemps. Elle avait simplement l’impression d’être une spectatrice de sa propre vie. Se tenant à distance de tout ce qui pouvait la blesser. De tout ce qui risquait de la faire sombrer. Elle ne voulait pas suivre le même chemin que sa mère avant elle. Des gens comptaient sur elle : elle n’avait pas le droit de se laisser aller.

Alors elle agissait tel un automate, suivant mécaniquement l’emploi du temps routinier qui régissait sa vie depuis la mort de son père. Ainsi, elle n’avait pas le temps de penser. Et si elle n’avait pas le temps de penser, elle n’avait tout simplement pas le temps de souffrir. Alors elle se levait chaque matin, faisant ce qu’elle avait à faire sans réfléchir, sans rien ressentir, inquiétant ses proches un peu plus chaque jour. Elle se sentait simplement vide. Comme si, en partant, Naruto avait emporté tout ce qui faisait d’elle ce qu’elle était. Elle n’était plus qu’une coquille défectueuse qui tentait désespérément de faire illusion. De faire croire qu’elle était en vie alors qu’elle se sentait morte à l’intérieur.

Elle sortit brusquement de ses pensées en sentant le regard insistant de son coéquipier sur elle. Ce dernier attendait une réponse.

Sakura fronça les sourcils, irritée : elle n’avait pas que ça à faire. Ume allait bientôt sortir de l’école pour la pause de midi et, si elle ne partait pas rapidement, elle finirait par être en retard.

Sakura haussa un sourcil devant l’information, invitant Saï à continuer d’un geste de la tête provocateur. Elle crut distinguer une étincelle de tristesse dans le regard habituellement si vide de son coéquipier mais à peine voulut-elle vérifier qu’il n’y avait déjà plus rien. Avait-elle rêvé ?

La jeune fille sentit son sang se glacer et tressaillit violemment. Avait-elle bien compris ce que cette déclaration à l’allure innocente sous-entendait ?

* * *

« Fuis. »

« Dis à maman de préparer quelques affaires et va chercher Ume. Vous pouvez avoir quitté le village dans moins d’un quart d’heure. Il faut s’éloigner le plus possible. Les mettre en sécurité. Les mettre en sécurité et prévenir Tsunade-sama. »

« Bouge-toi. »

« Maintenant. »

« Maintenant ! »

* * *

Sakura avait à peine pris quelques secondes pour construire son plan. Simple. Méthodique. Efficace. Elle fut si rapide qu’elle n’eut même pas conscience de s’être mise en action.

Elle se rua vers la chambre de sa mère sans perdre de temps, laissant la logique froide qu’elle avait acquise au cours de sa formation de shinobi prendre les commandes. Elle était tellement concentrée sur son objectif qu’elle faillit percuter sa mère qui sortait du salon.

* * *

Saeka lut une telle détresse, une telle peur dans le regard de sa fille qu’elle se sentit plus alerte, plus vivante que pendant tous ces derniers mois. Il se passait quelque chose. Quelque chose de grave. Elle ne savait pas quoi mais son enfant avait besoin d’elle. Cette fois, elle ne pouvait pas la décevoir.

* * *

Et, en voyant l’étincelle de détermination briller dans les yeux de sa mère, Sakura sut qu’elle était là. Celle qui avait été absente tout ce temps. La femme forte qui faisait régner l’ordre à la maison du temps où son père était encore vivant. Celle qui était sévère mais toujours juste. Celle sur laquelle elle avait toujours pu compter. Sa maman. Sa maman était de retour.

Les yeux brillants de larmes contenues, Sakura s’évertua à rester concentrée. Elle pourrait se réjouir plus tard. Maintenant elle devait seulement s’occuper de mettre sa famille, sa si précieuse famille, en sécurité.

Elle ne pouvait pas avoir peur. Elle n’en avait pas le droit. Elle pourrait craquer plus tard. Pas maintenant. Sa famille comptait sur elle : elle devait garder la tête froide.

« Préparer des affaires. Aller chercher Ume. Partir le plus loin possible. Préparer des affaires. Aller chercher Ume. Partir le plus loin possible. Préparer des affaires… »

Le reste était sans importance.

Elle avait à peine terminé sa phrase que Sakura avait disparu dans un éclair rose.

* * *

Elle courait avec l’énergie du désespoir, sautant de toits en toits, prenant tous les raccourcis qu’elle connaissait alors que le vent fouettait son visage avec violence.

« Plus vite ! »

« Plus vite ! » 

«  Il faut que j’aille plus vite ! »

Elle ressentit une brève pointe de soulagement lorsqu’elle aperçut enfin la cour de l’école d’Ume. Elle y était presque. Plus que quelques mètres. Plus que quelques mètres, que quelques secondes avant de récupérer sa sœur, et il lui resterait seulement à rejoindre le plus rapidement possible sa mère aux portes du village avant de fuir. Loin. Loin de Konoha et du danger que représentait Danzô.

Elle pouvait le faire. Elle apercevait déjà la petite robe rose que sa sœur l’avait suppliée de lui acheter un mois plus tôt. Cette dernière, l’ayant reconnue de loin grâce à la couleur unique de sa chevelure, lui adressa un signe joyeux de la main.

« Allez ! s’exhorta-telle. Tu y es presque ! »

Elle se rua vers sa sœur, soulevant la petite du sol dès qu’elle fût à sa portée et la calant contre sa poitrine. C’est à ce moment qu’elle le sentit. Un chakra si froid, si inhumainement froid qu’elle comprit avant même de l’avoir vu. Elle tourna doucement la tête en direction de l’arbre qui se trouvait sur sa droite sous les plaintes d’Ume qui ne comprenait pas pourquoi sa grande sœur la serrait si fort.

Son cœur tambourinant à une vitesse folle dans sa cage thoracique, Sakura observa avec effroi l’anbu qui lui faisait face, accroupi sur une branche. Le visage masqué de ce dernier ne lui permit pas de le reconnaître mais le léger signe de négation qu’il fit avec sa tête lui confirma ce qu’elle savait déjà. Tout était fini. Danzô avait tout prévu. Il savait exactement de quelle manière elle réagirait. Comment avait-elle pu croire qu’elle serait capable de tenir tête au sinistre vieil homme ?

« Naïve. »

« Bien trop naïve, se fustigea-t-elle. »

Elle reposa délicatement Ume par terre.

Venait-elle de signer l’arrêt de mort de sa famille en choisissant de défier le chef de la Racine ?

Sakura la regarda s’éloigner avant de porter toute son attention sur l’homme qui lui faisait face. Elle ne put s’empêcher de trouver que le chat peint sur le masque qu’il portait semblait la fixer avec sarcasme.

Sakura posa son regard sur Ume avant de le fixer de nouveau sur la potentielle menace qu’était son interlocuteur. Elle était coincée. Danzô tenait déjà sa mère. Que pouvait-elle seulement espérer faire alors qu’elle était seule ? Elle prit une profonde inspiration et l’anbu qui lui faisait face vit son regard s’éteindre. Il comprit que la jeune fille venait de perdre toute volonté de rébellion. Son maître avait gagné.

« Encore. »

« Tu as encore échoué. »

« Naruto avait raison de ne pas t’emmener. Tu l’aurais simplement retardé. »

Sakura alla rapidement récupérer sa sœur et lui expliqua calmement la situation.

Elle arrêta sa caresse lorsqu’elle se rendit compte qu’elle était incapable de contrôler le tremblement de ses mains. Elle jeta un regard à l’anbu qui attendait à quelques mètres avant de regarder sa sœur. Sa précieuse petite sœur.

Quelle certitude avait-elle seulement de pouvoir tenir cette promesse ?

Sakura n’écouta pas la fin du discours enthousiaste de sa sœur, fixant celui qui avait brisé tous ses espoirs de fuite. Il hocha brièvement la tête, ayant l’air de l’inciter à se mettre rapidement en route. Et le visage sarcastique de chat peint sur le masque en bois de son interlocuteur semblait seulement lui dire :

« C’était bien tenté. »

* * *



La jeune fille fixait le bâtiment imposant auquel elle faisait face. Un violent frisson parcourut l’ensemble de son corps : les quartiers de la Racine la mettaient vraiment mal à l’aise. Une impression de secret et de danger émanait de la construction de béton. De plus, l’architecture était si massive, si haute qu’elle stoppait tous les rayons du soleil, créant une atmosphère sombre et pesante. Sakura avait l’impression que, si elle franchissait les portes du bâtiment, elle ne pourrait plus jamais en ressortir. Elle était encore en train de chercher le courage d’avancer lorsqu’un anbu masqué sortit par l’unique porte qui semblait exister. Il se dirigea vers elle et, une fois à sa hauteur, il prit la parole.

Sakura lui adressa un bref signe de tête et se mit en marche, essayant de faire disparaître l’impression qu’elle avait d’emprunter une voie sans retour possible. L’anbu la guida à travers un dédale de couloirs qui semblait infini. Intérieurement, elle était soulagée que quelqu’un soit venu la chercher : les quartiers de la Racine étaient un véritable labyrinthe. Seule, elle aurait pu errer pendant plusieurs jours avant de trouver son chemin. Après plusieurs minutes de marche silencieuse, l’anbu se stoppa devant une porte. S’il ne s’était pas agi d’un membre de la Racine, Sakura aurait pu parier que son accompagnateur s’était arrêté complètement au hasard tant le chemin qu’ils avaient parcouru ne semblait avoir aucun sens. L’anbu frappa trois coups secs.

La jeune fille tressaillit violemment. Des matricules ? Est-ce que les membres de la Racine avait dû abandonner à ce point leur humanité ? Elle se sentit nauséeuse. A l’instar des lieux, les personnes présentes respiraient la froideur et la déshumanisation par tous les pores. Elle n’avait rien à voir avec eux. Elle aurait vraiment donné n’importe quoi pour être ailleurs en ce moment.

Sakura amorça un premier pas hésitant, la gorge serrée par l’angoisse. Les battements de son cœur résonnant dans ses tempes, elle pénétra dans le bureau avant de refermer la porte de la pièce derrière elle. Le cliquetis du pêne s’insérant dans la gâche, la fit légèrement sursauter : elle se sentait prise au piège. Un piège dont elle n’était pas sûre de pouvoir réchapper. Elle avança un peu plus, jusqu’à atteindre le centre du bureau.

Elle ne répondit pas.

Sakura ne s’y trompa pas : le chef de la Racine était très clairement en train de lui dire de ne plus jamais le défier. Elle serra ses poings : elle devait analyser chaque parole entendue et mesurer la portée de chaque mot qu’elle prononcerait. Son instinct lui hurlait que, dans ce lieu, la précipitation et l’inattention n’étaient en aucun cas tolérées.

Elle l’avait pressenti. Et c’est sans doute ce qui l’empêcha de craquer au beau milieu du bureau du manipulateur de génie qu’était Danzô. Ce qui l’empêcha de hurler, de tempêter qu’une chose pareille était impossible, qu’elle ne voulait rien avoir à faire avec un tel monstre. Parce que, si elle n’avait pas pu se préparer à cette éventualité, elle aurait sans aucun doute perdu toute la maîtrise qu’elle s’efforçait actuellement de garder sur ses émotions.

Lorsque tous ses espoirs de fuite s’étaient brisés, elle avait réfléchi aux raisons que pouvait avoir le chef de la Racine pour souhaiter la voir. Elle n’avait aucune particularité, aucun intérêt. Elle ne venait pas d’un clan prestigieux, ne possédait pas de technique héréditaire rare. Elle était un Chûnin de bon niveau, certes, mais certainement pas la meilleure. Rien ne la différenciait des autres. Rien hormis deux choses. La première était que, à l’instar de Tsunade et Shizune, elle était certainement l’un des meilleurs ninjas médicaux du Pays du Feu, si ce n’était pas du monde. La deuxième était que, contrairement à Shizune, Sakura avait aussi bénéficié d’un entraînement au combat de la part de Tsunade : elle était la digne héritière de la Godaime. Et cette position lui offrait la confiance de l’Hokage du village sur un plateau.

Bien évidemment, Shizune bénéficiait elle aussi de cette confiance mais, Sakura l’avait rapidement compris, elle était aussi beaucoup moins vulnérable, n’ayant aucun lien, aucune attache personnelle. Si la situation n’avait pas été ce qu’elle était, elle aurait presque ri en comprenant l’intérêt si évident qu’elle pouvait avoir pour Danzô.

Après tout, qui d’autre que la jeune apprentie de confiance de l’Hokage pouvait faire un meilleur espion ? Son identité seule suffirait à lui ouvrir toutes les portes menant aux secrets de la Godaime.

Sakura resta silencieuse, serrant les poings devant l’insulte dont il avait gratifié celle qu’elle admirait depuis maintenant plus de deux ans. Qu’aurait-elle pu répondre ?

La jeune fille se retint de reculer d’un pas. Un test ? Ses battements de cœur s’accélérèrent de nouveau.

Sakura s’avança un peu plus vers le bureau et se saisit de la feuille avant de reculer de nouveau.

Sakura ne put s’empêcher de se sentir légèrement curieuse. Tsunade ne lui avait jamais fait passer ce test puisque qu’elle n’utilisait pas de réelles techniques de Ninjutsu. De ce fait, elle ne connaissait pas son affinité élémentaire. Elle laissa une légère pulsation de chakra traverser le papier et observa le résultat. Ce qui se passa alors la laissa confuse.

Le sourire satisfait qu’arborait ce dernier ne fit que renforcer son malaise. Que se passait-il ? Pourquoi n’avait-il pas l’air surpris ?

« Ce n’est pas normal… Il me cache quelque chose. Quelque chose de primordial. A côté de quoi est-ce que je suis passée ? »

Sentant la menace contenue dans la voix du vieil homme, Sakura essaya de se reprendre.

La remarque la laissa de marbre et pour cause : il était loin d’être le premier à mépriser l’enfant qu’elle avait été. Elle-même n’était pas fière en repensant au comportement qu’elle avait à cette époque. Courant après Sasuke. Se moquant de Naruto. Cherchant toujours à faire mieux qu’Ino pour des raisons futiles. Elle avait été une gamine faiblarde et écervelée, restant toujours en retrait de ses coéquipiers. Et cela aurait sans doute continué ainsi si Tsunade ne l’avait pas prise sous son aile pour la former. Son cœur se serra en pensant qu’elle allait devoir trahir la femme à laquelle elle devait tout. Celle qui l’avait aidée à devenir ce qu’elle était aujourd’hui. Qui l’avait toujours soutenue. Qui avait été jusqu’à lui proposer de venir loger chez elle avec sa famille lorsque sa mère avait commencé à se laisser dépérir.

Comment pourrait-elle seulement regarder Tsunade en face après ça ? Comment pourrait-elle se regarder en face ?

Danzô lui lança un regard impénétrable avant de reprendre son discours.

Sakura serra ses poings : allait-elle bientôt voir la fin de ce calvaire ? En avait-il seulement une ?

Que pouvait-il bien vouloir lui demander à propos de Naruto et Sasuke ?

Sakura sortit lentement du bureau avant de refermer la porte derrière elle, anéantie par le futur qui se profilait devant elle. Elle ne put faire que quelques pas avant de rendre le contenu de son estomac sur le sol gris. L’acidité qui lui irrita la gorge lui tira quelques larmes qu’elle sécha rapidement. Elle ne voulait surtout pas paraître encore plus faible qu’elle ne l’était tant qu’elle se trouvait encore dans les quartiers de la Racine. S’essuyant la bouche comme elle put, elle reprit sa route, souhaitant seulement s’éloigner le plus possible de ce lieu maudit.

Pas un seul instant elle ne pensa qu’elle n’avait compris qu’une infime partie du plan de Danzô.

* * *



Danzô regarda la porte se fermer. Il avait réussi : elle était à lui. La descendante d’un des clans les plus puissants ayant existé. Un clan que même les Uchiwa avaient craint. Le clan des Harushige avait peut-être disparu depuis plusieurs décennies mais la technique héréditaire qui faisait sa force à l’époque lui appartiendrait bientôt. Il dirigea son regard sur le papier à chakra que Sakura avait reposé sur son bureau avant de partir. Dans l’un des quatre coins, une fine couche de glace était en train de se former. Avec un rictus satisfait, Danzô se tourna vers sa marionnette la plus fidèle, dissimulée dans l’ombre depuis le début. Il lui restait un dernier ordre à donner.

* * *



Fixant la lumière qui éclairait la sortie sans vraiment la voir, Sakura songea avec un sourire amer qu’au final, sa prédiction s’était réalisée : elle ne ressortirait jamais réellement de ce bâtiment. Celle qu’elle était en entrant s’était perdue dans le labyrinthe de secrets et de complots sur lesquels reposait, sans le savoir, le village de Konoha.

* * *

Elle avait quitté le bâtiment lugubre de la Racine depuis seulement quelques secondes lorsque Saï apparut devant elle. Surprise, elle s’arrêta un bref instant avant le de rejoindre.

Le silence s’installa pendant plusieurs minutes avant que Sakura ne le brise de nouveau.

Elle s’interrompit brusquement sous le regard impénétrable de Saï. C’était impossible, elle devait se tromper. Pas ça. Elle pouvait trouver la force de supporter le reste mais pas ça.

La jeune fille tressaillit violemment. Comment pouvait-il connaître son choix alors qu’elle refusait encore de se l’avouer ?

« Je suis désolée… Tellement, tellement désolée Tsunade-sensei. Je ne peux pas faire autrement. »

* * *

Son coéquipier la fixa quelques instants. La jeune fille lui avait plusieurs fois tendu la main pendant le bref moment où il avait appartenu à l’équipe sept. Malgré son comportement, malgré sa trahison, elle lui avait accordé sa confiance une fois, puis deux, puis trois fois. Et maintenant, elle allait le rejoindre dans l’obscurité. La jeune fille pleine de vie qui exprimait toujours ses émotions allait devoir devenir comme lui.

Il s’était récemment rendu compte que le peu de temps qu’il avait passé avec Naruto et Sakura l’avait influencé. Il avait retrouvé des émotions qu’il n’avait pas ressenties depuis la mort de son frère.

« Shin… »

Son si précieux Nii-san… Celui auquel il devait la vie. Celui qui lui avait appris le seul moyen de survivre au sein de la Racine.

Elle était sa coéquipière désormais. Naruto et elle lui avaient appris l’importance du travail d’équipe. L’importance des liens. Quelque chose que Danzô ne lui avait jamais appris. Saï se souvint brusquement des mots qu’il avait prononcés le jour où ils avaient revu Sasuke.

« Je n’ai que faire des ordres. »

« Cette fois, je voudrais essayer de faire des choses de mon propre chef. »

Pour la première fois, il avait sincèrement pensé ce qu’il disait. Personne ne lui avait dicté ces mots. Danzô n’avait pas influencé sa décision. Il s‘agissait de son choix, de ses mots, de ses… Sentiments ?

Il avait fait son choix : tout comme Shin l’avait aidé, il l’aiderait.

L’ordre que lui avait donné Danzô résonna dans son esprit.

« Je refuse. »

* * *

La déclaration du jeune homme la surprit au plus haut point. Il lui offrait de l’aider. De se soutenir mutuellement. Elle n’aurait jamais cru que son nouveau coéquipier agirait de la sorte.

« Fonctionner comme une paire hein ? songea-t-elle en se remémorant les paroles du chef de la Racine. »

L’étincelle déterminée présente dans le regard habituellement si vide du jeune homme la convaincue de sa sincérité. Danzô avait fait sa première erreur.

Elle pensa soudain qu’elle n’avait peut-être pas rêvée la tristesse que Saï avait laissée transparaître le matin même, avant que sa vie ne change du tout au tout.

« Naruto, je crois que tu as encore fait des miracles, songea-t-elle, mélancolique. Tu l’as changé, conclut-elle sans se douter du rôle qu’elle aussi avait joué dans la décision de Saï. »

* * *



« Ne pense pas. Ne ressens pas. Ne. Ressens. Pas. »

Sakura se trouvait devant la porte du bureau de Tsunade. Elle faisait le vide en elle, comme Saï le lui avait conseillé la veille. Elle ne pouvait pas se laisser submerger par ses sentiments, sinon elle serait incapable de faire face à Tsunade. Elle ne pourrait pas mentir en regardant dans les yeux celle qui lui avait appris tout ce qu’elle savait. Celle qui l’avait rendue plus forte. Celle à qui elle devait tant de choses.

« Tu fais ça pour Ume. Pour maman. C’est ta mission. Tu es un shinobi avant tout. Tu obéis à ton maître. Tu obéis à Danzô-sama. Rien d’autre n’a d’importance. Tout le reste est dérisoire. La mission, ta mission passe avant tout. »

Elle rouvrit ses yeux qu’elle avait fermés pour se concentrer. Pour repousser le plus loin possible toute forme d’émotions, toute forme de sentiments. Elle était prête. Elle frappa à la porte du bureau.

Pour le bien de sa famille, elle le ferait. Elle vivrait avec son choix.

* * *







Commentaire de fin de chapitre : Impossible de publier mon « petit » commentaire en entier donc je vous le laisse ici ! 

Verdict les amis ? :) J'espère que ça vous a plu et que le retard n'a pas gâché votre lecture !

Est-ce que l'apparition de Danzô vous a surpris ? Et la réaction de Saï ? (J’ai déjà dit que j’aimais l’amitié Sakura/Saï ? Non ? Et bah voilà ^^ Sérieusement, est-ce que je suis la seule à penser que la relation amicale de Sakura et Saï a été sous-estimée dans le manga ? Ils auraient vraiment pu être des amis proches à mon avis !) Des idées pour ce qu'il pourrait se passer ensuite ? N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me donner votre avis, vos hypothèses, et caetera ! ("Victoriae mundis et mundis lacrima. Bon, ça ne veut absolument rien dire, mais je trouve que c’est assez dans le ton." Le roi Loth, mon héros ♥)

Au sujet de l'histoire, je voulais vous préciser que ce chapitre était le dernier concernant cette époque (ceci n'est absolument pas clair) : le prochain chapitre commencera après une ellipse de trois ans (ceci est déjà beaucoup plus clair). Encore une fois, je ne donne pas de date mais je me suis remise dans le bain de l'écriture et c'est les vacances donc... Je suis optimiste ! ^^ (Serait-ce une erreur ? La réponse dans six mois ! :D Désolée, promis j'arrête.)

Je vous fais plein de bisous et espère vous retrouver au prochain chapitre (dont j'ai déjà le titre : Yeah ! Soyons tous optimistes ! :D)