Les manèges

par tookuni

Les manèges

 

 

 

Les fêtes foraines étaient rares dans les villages cachés. Konoha, Suna, tout le monde était logé à la même enseigne. Les habitants pour la majorité ninjas n’étaient pas là pour s’amuser. Heureusement, Konoha était si belle et si populaire que parfois, en été, lorsque même les adversaires semblaient se reposer un peu pour profiter du soleil environnant, ou bien le supportaient trop peu pour continuer leurs activités, elle accueillait quelques manèges en son sein.

Depuis que Suna était allié à Konoha, Temari ne ratait pas une seule occasion de s’y rendre. Suna était trop sec pour ce genre d’activité et la route qui y menait était également top dangereuse pour de simples itinérants. Elle arriva aux portes du village en liesse. Cette ambiance lui rappelait étrangement une seule et unique personne, un certain ninja blond qui était devenu Hokage et était la personnification même d’une fête foraine. Temari eut un pincement au cœur en songeant que le fort intérieur du jeune homme n’était pas aussi gai. Mais les tragédies ont lieu partout, même au cœur des lieux donnant du bonheur.

 

Le ciel était trop bleu
Lorsque je les ai vus

Ils avaient l'air heureux
Perdus dans la cohue

 

Alors qu’elle tournait le coin du chemin qui menait à l’entrée, elle aperçu au loin une queue de cheval haute qu’elle connaissait bien. Elle manqua l’appeler en hurlant avant de s’apercevoir qu’il n’était pas seul. La jeune fille blonde à ses côtés avait des yeux bleus comme le ciel de cette magnifique journée. Ils avaient l’air heureux au milieu de la masse de rires qui se précipitait vers la zone des manèges.


Y'avait une fête foraine
Et ils y sont allés
C'était la fin de la semaine
Tout le monde était gai

Le soleil illuminait la fête de ses rayons. Temari n’avait plus tout à fait le cœur à ça. Elle était sûrement simplement jalouse, mais le couple semblait si parfait qu’elle en était mal à l’aise. Il n’était pas neuf que, même adulte, elle aime beaucoup trop Shikamaru pour qu’il ne soit qu’un simple ami. Elle n’avait jamais fait un pas vers lui dans la mesure où leur relation lui suffisait amplement. Elle n’était pas comme ces filles qui cherchaient leur prince et l’amour parfait qu’ils pourraient leur donner. Elle aimait s’imposer à lui, mais pas l’étouffer. Shikamaru avait une personnalité assez forte pour qu’elle respecte son indépendance.  Un enfant qui courrait la bouscula, la faisant cesser ses réflexions. Elle décida d’ignorer qui elle avait devant-elle et d’avancer à son rythme, le couple tournant là où elle souhait aller.


Et près d'eux
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
Au rythme des flonflons, au rythme des flonflons
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
En faisant éclater, les rires et les chansons

Ils longèrent la grande roue tandis que Temari repéra un stand de barbes-à-papa au bout de l’allée. Elle décida que le mieux à faire était de s’asseoir là bas un instant et d’attendre qu’ils disparaissent dans la foule. Sur le chemin, observant par réflexe les deux jeunes gens, elle s’était demandée pourquoi elle ne s’était pas officiellement approprié le garçon plus tôt. Si cela avait été le cas, il ne serait peut-être jamais sorti avec Ino. Elle était stupide, elle savait très bien qu’elle ne l’avait juste jamais voulu. Elle n’en avait jamais eu besoin, ni envie. Elle trouva étrange de se sentir si seule alors qu’elle était venue ici pour s’amuser.


Ils se sont arrêtés
Près des chevaux de bois
Là il lui a parlé
En élevant la voix
Elle s'est mise à pleurer
Dès qu'il n'a plus rien dit
Puis ils ont continué
Mais le ciel était gris

Alors que Temari commandait sa sucrerie et s’asseyait sur un banc, ils s’étaient arrêtés près des chevaux de bois, où Naruto accompagnait le fils de Sasuke pour un tour. Puis, étonnée, elle vit Shikamaru sembler crier. Lui qui était si calme d’ordinaire avait l’air hors de lui. C’était sûrement une dispute de couples. Ino savait se faire entendre également, elle supposait que dans quelques minutes, tout rentrerait dans l’ordre. Mais Ino ne répondit pas. Ino, alors que Shikamaru avait fini de s’exprimer d’un ton visiblement dur, s’était assombrie au fur et à mesure que le ciel se couvrait de nuages. Temari reçu un coup en plein cœur en la voyant fondre en larmes. Elle la vit tenter d’articuler quelques mots, Shikamaru répondait, le ciel menaçait d’exploser.


Et près d'eux
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
Au rythme des flonflons, au rythme des flonflons
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
En faisant éclater les rires et les chansons.

Les manèges près d’eux tournaient toujours, indifférents. Naruto s’était perché sur un cheval de bois, Haru sur sa tête, et faisait l’avion. Le propriétaire du manège regardait la scène d’un air offusqué, mais un tour de plus et il reconnu la cape de l’Hokage. Alors, il sembla se dérider et finit même par éclater de rire lorsque le jeune homme tomba à la renverse, retenant le petit enfant par le col. Haru riait aux éclats. C’était un magnifique arrière plan pour la rupture qui se déroulait sous ses yeux.


Sans qu'ils se disent un mot
Leurs mains se sont lâchées
Sans qu'ils se disent un mot
Ils se sont séparés
C'est facile à décrire
Mais c'est bête à pleurer
Que dans un flot de rires
Deux cœurs se soient noyés

Le couple s’était tu. Ni l’un ni l’autre n’avait plus rien à dire.  Elle vit leurs regards se croiser une dernière fois, comme un dernier baiser qui scellait la fin de leur union. Elle eut mal devant leurs expressions tristes, et observa, inexpressive, leurs mains se lâcher sans un bruit. Comme au ralenti, elle vit Ino se retourner la première, Shikamaru faire de même en esquissant un sourire triste. Elle en aurait rit si elle n’avait pas été persuadée que ses deux amis souffraient trop pour qu’elle soit heureuse de leur séparation.


Et toujours
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
Au rythme des flonflons, au rythme des saisons
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
En faisant éclater les rires et les chansons

 

Temari jeta un regard morne à sa barbe à papa et décida qu’elle ne pourrait pas la finir seule. Elle n’était pas de ces filles à régime, mais son estomac n’en était pas moins petit. Elle décida que, peut-être, elle pourrait faire quelque chose pour Shikamaru. Elle ne voulait pas tenter de le séduire après ce qu’il s’était passé. Elle ne voyait pas comment elle pourrait faire cet affront au couple après la scène dont elle avait été témoin. D’ailleurs, elle décida que rien ne devait plus changer entre eux. Elle songea que la situation était quoi qu’il en soit la meilleure pour elle, parce qu’elle pouvait quand même être assez proche de lui pour en être heureuse.


Et près d'eux
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
Au rythme des flonflons, au rythme des saisons
Les manèges tournaient, les manèges tournaient
En faisant éclater les rires et les chansons

Alors, elle s’approcha du jeune homme et cria :

 

« Hé, feignant, c’est quoi cette tête ? »

 

Shikamaru la regarda d’un air étrange, puis il râla un peu en la traitant de « fille galère ». Alors, elle se dit qu’elle serait sûrement capable de lui changer les idées et ajouta en lui tendant sa barbe à papa :

 

« Finis, j’en peux plus. »

 

Shikamaru la regarda, attrapa le bout de bois qu’elle avait lâché intentionnellement et mordit dedans.

 

« C’est vachement sucré ton truc ! grimaça-t-il encore.

– Oui, mais c’est bon », lui sourit Temari.

 

Le jeune homme la regarda encore un instant puis se mit à marcher, Temari à côté de lui suivant son pas. Ils firent un tour de grande roue, le temps qu’il l’aide à finir le bonbon, puis il finit par lui parler.

 

« C’est simple. On est ensembles depuis quelques années. On a eu un fils, par accident. Elle n’a pas voulu avorter, même si elle n’en voulait pas. Elle fait partie de ces filles convaincues que porter une vie est sacré et que tu ne peux pas y toucher sans devenir un assassin. Malheureusement, c’est elle qu’elle a assassiné en le faisant naître. Ca, et on se supportait de moins en moins. Tu connais Ino, elle peut devenir assez hystérique…

– Oui, mais je ne pense pas que ce soit intégralement de sa faute, n’est-ce pas ? remarqua placidement Temari, qui savait que Shikamaru était tout aussi insupportable à ses heures.

– Non. On ne s’aime plus, simplement, soupira-t-il. Ne voulant pas que notre enfant nous voie nous lancer la vaisselle à la figure à longueur de journée, j’ai décidé que ce serait la dernière fois qu’on sortirait ensembles en tant qu’amants. Ca m’a pris longtemps, mais je pense que c’est mieux pour tout le monde. »

 

Elle était d’accord.

 

Et près d'eux
Les manèges tournaient, les manèges tournaient…
La la la la...

 

« Tati, tati ! Je veux une gaufre ! »

 

Temari sourit à l’enfant qu’elle tenait par la main. La fête foraine de cette année là bâtait son plein. Naruto, à ses côtés, ricana et se précipita avec les deux enfants vers le stand de sucreries. Elle attendit calmement au milieu de la rue, et quand il revint, il lui offrit une énorme crêpe couverte de chocolat et de chantilly.

 

« Décidément, je ne finis jamais ce que je mange quand je viens ici, remarqua-t-elle.

– Mais si, mais si, je vais t’en piquer en cours de route et tu auras la dernière bouchée ! s’esclaffa Naruto, déjà en train d’engloutir sa propre gaufre géante. Au fait, Shikamaru ne vient toujours pas ? » ajouta-t-il, la bouche pleine.

 

Temari fit la moue mais répondit :

 

« Non, il ne supporte toujours plus les manèges.

– Oh, c’est dommage… Mais tant que tu es là pour que Kagehiko s’amuse avec Haru, tout va bien ! »

 

Temari sourit à l’Hokage qui se précipita soudainement au loin pour fondre sur une tignasse rousse au visage acariâtre qui les attendait. Naruto détenait réellement toujours la vérité suprême, car c’était le cas : tout allait bien.

 

 

 

 

Fin