Un seul enfant de toi

par tookuni

 

 

 

 

Un seul enfant de toi

 

 

Dans une grande maison de la résidence Uchiha, un petit garçon brun gambadait dans les couloirs en attendant que son père rentre de mission. Il avait une surprise : c’était le jour de remise des diplômes, il l’avait eu avec succès. Son père serrait fier de lui, et peut-être lui sourirait-il enfin. Il entra dans la chambre de celui-ci, déposant le papier sur le lit. Alors qu’il sortait de la pièce, un bout de feuille dépassant de sous le sous-main du bureau attira son attention. Curieux des secrets de son père si distant, il s’en saisit et commença à lire :

 

Konoha,  le 10 février de l’an 17 du règne de Tsunade Hime.

 

C'était le mois de février
Ton ventre était bien rond
C'est vrai qu'on l'attendait
On voulait l'appeler Jason

 

C’était le mois de février. Le mois que je préférais parce qu’il était tout aussi glacial que moi. Je m’y accordais à merveille et j’aimais y errer. Toi, tu trouvais qu’il faisait trop froid, alors tu te serrais contre moi d’une façon un peu trop insistante. Tu disais que j’étais brûlant et qu’il fallait bien que je partage un peu avec ma femme et mon futur enfant. Ton ventre était déjà bien rond. Souvent, comme pour lui parler, comme pour être sur qu’il était bien là, je posais mes mains dessus. Il me donnait des coups de pieds. Il avait déjà un sacré caractère, disait Naruto. Tout comme toi, tout comme moi. Je priais juste pour qu’il ne soit pas aussi froid. J’ai toujours aimé vivre ainsi, mais je ne pense pas qu’un enfant doive s’imposer autant de solitude que je l’avais fait moi-même. Il méritait de vivre autrement. On l’attendait tellement, ce bébé… On voulait l’appeler Haru, un peu de ton nom et un peu de ce héros dont son parrain nous parlait parfois.

Ce matin-là il faisait froid
J'avais rendez-vous au studio
Et tout en soufflant sur mes doigts
J'disais l'petit sera un verseau

Ce matin là, il faisait très froid, j’étais heureux en ce temps là. Tu étais toujours de mauvaise humeur lorsque tu ouvrais la fenêtre et que tu grelotais. Moi, j’allais en mission, comme tous les jours. J’avais rendez-vous dans le bureau de l’Hokage pour discuter de mon passage dans l’Anbu. Je t’avais embrassée légèrement, comme toujours, et tu avais encore dit que tu voulais un vrai câlin. Comme toujours, je t’avais rétorqué que j’étais trop pressé, et j’étais parti. Je m’éveillais en courant jusqu’à la tour administrative. En arrivant là-bas, soufflant sur mes doigts, je pensais à lui, à nous. Il serait verseau, comme le Quatrième Hokage, le père de Naruto. Il en avait été bouleversé. Il semblait sincèrement heureux.


Avoir un seul enfant de toi
Ça faisait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te lèves le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Que j'ai quand tu me tiens la main

Avoir un enfant de toi, un seul, peut-être, mais avoir un enfant. Cela faisait longtemps que j’attendais ce moment. Je ne voulais pas assurer ma descendance, je ne voulais pas laisser quelque chose derrière moi. Je voulais simplement créer un être vivant qui vienne de nous deux. Parce que j’avais fini par t’aimer. Parce que je voulais donner la vie. C’était certainement, aussi, parce que je voulais me prouver que je ne commettrais pas les mêmes erreurs que mes parents, mon clan entier, avaient faites. Je voulais avoir un enfant qui puisse vivre heureux, comme une revanche à ma famille pour nous avoir détruits. Je voulais le voir grandir à tes côtés, vous voir tous les deux rire et vivre face à moi, grâce à moi. C’est tout ce dont je rêvais. Et pouvoir ainsi rebâtir mon clan sur des bases uniques qui devraient se transmettre de génération en génération, jusqu’à ce qu’on oublie les péchés de mes pairs. Je voulais en faire une légende de plus pour mon pays, je voulais qu’il me surpasse. Je savais que c’était possible, puisqu’il grandirait heureux. Je voulais qu’il ait ton sourire parce que je ne savais pas en esquisser moi-même. Qu’il ait ton regard doux parce que le mien était assassin. Qu’il ait cet air paisible et heureux que tu as quand tu te lèves, avec dans le cœur, l’amour et l’espoir que Naruto nous a appris à avoir.


Et puis on m'a téléphoné
Et moi bien sûr j'ai tout quitté
Les chœurs, les cuivres et la rythmique
J'devenais papa c'était magique

 

Et puis, j’ai reçu un appel radio, alors que je partais en mission. Moi, bien sûr, j’ai tout quitté. Le client, l’or que j’avais à protéger. J’ai abandonné mes affaires sur place à mes coéquipiers et je suis revenu en courant. Je le criais, je le hurlais haut et fort et à travers toute la ville, c’était la première fois que j’élevais autant la voix pour quelque chose d’heureux. Je le disais toujours plus fort, on entendait l’écho derrière moi : Je suis papa ! Je suis papa ! Les larmes coulaient de joie.


Puis le taxi m'a déposé
Devant la porte de la clinique
Et comme un fou je suis monté
Garçon ou fille c'était critique

 

Puis, Naruto m’a laissé à la porte de l’hôpital, je suis monté comme un fou à la chambre que l’on t’avait donnée, je voulais savoir. Avais-je un fils, une fille ? Je voulais voir la couleur de ses yeux resplendissants et le sourire de sa mère.

 
Avoir un seul enfant de toi
Ça faisait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te lèves le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Que j'ai quand tu me tiens la main

 

J’étais stressé, j’étais heureux, j’avais comme une petite boule dans la gorge, je me sentais fier, je me sentais bizarre, comme si j’allais tomber malade, ou m’évanouir de joie. J’avais déjà cette image dans la tête, de toi, de lui, de moi, comme un portrait de famille, comme la représentation du bonheur à l’état pur. Quelque chose que j’avais perdu enfant et que je pensais ne jamais retrouver. J’imaginais une jeune femme aux cheveux roses, assise sur une chaise de jardin, au milieu des fleurs et de la belle pelouse que tu avais mis tant de temps à entretenir, et qui dans ses bras tenait son enfant roi, et qui me souriait, qui riait aux éclats.

On m’a tendu un paquet d'langes
Dans lequel petit homme dormait
Puis on a dit d'une voix étrange
Que c'était tout ce qui restait

Tsunade m’a tendu un paquet de langes où il était, on voyait déjà des reflets verts dans ses yeux, et de tous petits cheveux ébène. Il dormait, innocent. Il était magnifique. J’ai voulu féliciter la mère, mais elle m’a dit d’une voix étrange, comme si elle avait pleuré, qu’il n’y avait plus rien d’autre, que je devais m’en aller.


Tout le monde était très gentil
Et moi je ne comprenais pas
Que dans son cœur y avait la vie
Et qu'dans le tien il faisait froid

 

Tout le monde était très gentil, Shizune m’a regardé d’un air triste mais elle m’a souri, elle m’a dit que c’était un bébé superbe. Je le savais déjà, alors je ne comprenais pas. Je ne réalisais même pas que ce que je tenais dans mes bras, c’était mon fils, et je refusais de comprendre que lui il vivait, mais que toi, tu n’étais plus là pour voir ça. En lui donnant la vie, tu avais perdu la tienne. Tu n’étais plus là, et soudain dans ma tête, cette image où vous riiez tous les deux, dans le jardin rempli de fleurs, a disparu, pour ne laisser qu’un profond mal être. J’ai vu ton visage s’effacer de la photo, j’ai vu ton regard se ternir, puis je l’ai vu m’appeler pour jouer, seul. Alors, j’ai sombré.

Ça fait dix ans qu't'as fait le lit
Dix ans qu'tu n'es plus là
C'est le petit homme qui compte mes rides
Il dit qu'il t'aime à travers moi

 

Ca fait dix ans que tu as quitté la maison, que tu l’as laissée propre, rangée, avant d’aller à l’hôpital, en croyant en revenir bientôt. Ca fait dix ans que tu n’es plus là, et c’est mon petit homme qui me voit vieillir, tout doucement. Il sait déjà ce qu’il s’est passé, il sait combien j’ai mal, combien je n’ai jamais cessé. Alors pour me réconforter, quand je lui dis que c’est dommage qu’il ne te connaisse pas, qu’il n’ait jamais pu profiter de tes bras, parce que vraiment, ça en valait la peine, il me dit qu’il t’aime toi aussi, qu’il t’aime à travers moi et que ça lui suffit. Et il prononce « maman », avec cette voix d’enfant qui me fait chaud au cœur et qui me donne tellement envie de pleurer. Il me le répète, inlassablement, jusqu’à ce que je pleure, jusqu’à ce qu’il se serre dans mes bras et qu’il partage ma peine. Et il dit toujours « maman » avec cet amour là.
 
Personne depuis n'a pris ta place
L'enfant est là et j’l'aime pour deux
ton image est bien trop vivace
Et c'est bien celle que j’aime le mieux

 

Tu sais, j’ai retrouvé ma glace, je n’arrive pas à être le père que j’aurais été si tu avais été là. J’ai du mal, mais je me force, parce que je fais comme si tu étais toujours là. Personne n’a pris ta place, personne n’a jamais pu te remplacer. Rongé par le chagrin, c’est moi seul qui l’ai élevé. L’enfant est là, il t’aime, et moi je l’aime pour deux. Je crois que lui aussi a cette image, ce rêve impossible dans sa tête, ce désir insensé que je n’ai pas pu chasser, de nous voir un jour tous les trois heureux. Et même si cette image est fausse, on y croit tous les deux, parce que c’est l’image qu’on préfère. Un grand jardin, où nous sourit une femme, une mère.

Avoir un seul enfant de toi
Ça faisait longtemps que j'attendais
Le voir grandir auprès de toi
C'est le cadeau dont je rêvais
Qu'il ait ton sourire ton regard
Quand tu te levais le matin
Avec l'amour et tout l'espoir
Que j'avais quand tu me tenais la main

 

Ca fait dix ans que je t’écris ainsi, dix ans que je vis tristement dans ton souvenir. Haru les fête aujourd’hui. Je vais continuer à t’écrire, toute ma vie, comme pour oublier que tu ne me répondras jamais. Je n’ai toujours vécu que par le passé, tu le sais. Je n’ai pas eu beaucoup de chance. Je pensais qu’avec toi, ça irait mieux, que je pourrais vivre sans me souvenir, mais il a fallu que toi aussi tu partes. Alors toujours, je regarde en arrière, mais je fais le serment de vivre, jusqu’au bout, grâce à toi, pour toi, pour lui, pour l’héritier des Uchiha qui s’endors dans mes bras.

J’avais tellement attendu ce moment. Je voulais le voir grandir à tes côtés, j’en rêvais. Alors comme à chaque fois, merci. Merci pour ce magnifique cadeau que tu as payé de ta vie. Je sais que je te l’ai déjà dit, mais je ne m’en lasserais jamais : je ne t’oublie pas et je t’aime Sakura.

 

Sasuke

 

 

 

Haru baissa les yeux. Des larmes coulaient sur son visage. Il sentit une main se poser sur son épaule. Il se retourna. Un homme aux cheveux blonds lui souriait tristement.

 

« Ca va aller, Haru. J’espère que ça va t’aider à comprendre ton père. Il a toujours été comme ça. Ne lui en veux pas. Sinon, ajouta l’homme, soudain l’air heureux, je suis fier de toi ! Tu es devenu un vrai ninja ! »

 

Naruto adressa un nouveau sourire, cette fois-ci rayonnant, à son filleul, puis il le prit par la main et l’emmena jouer dans le jardin, dans ce jardin où si souvent, ils étaient deux à entendre le rire d’une femme, ou d’une maman.

 

 

 

Fin