Il était là

par tookuni

Si vous parvenez à trouver la chanson, je vous la conseille, elle est d’une intensité rare comme Monsieur Sardou sait les faire. Lisez-bien les paroles, elles en valent le coup =)

 

 

Il était là (Le fauteuil)

 

 

Il était là, dans ce fauteuil,
Mon spectateur du premier jour,
Comme un père débordant d'orgueil
Pour celui qui prenait son tour,

 

Il se souvenait des longues siestes dans la chaleur douce du petit lit d’appoint installé dans le bureau de l’Hokage. Il dormait encore tandis que sa sœur faisait déjà des pompes à l’autre bout de la pièce. Il se souvenait du regard ciel d’orage de son père qui l’éveillait tendrement lorsque c’était l’heure, des ramens tous chauds à gouter qu’il leur ramenait en quelques minutes seulement, fier de montrer à ses enfants ses extraordinaires capacités. L’homme se rasseyait calmement alors que Shizune ouvrait la porte à la volée, persuadée de le surprendre en train de ronfler sur ses piles de feuilles. Ce n’était plus le cas depuis qu’il amenait ses enfants au travail. Il voulait leur montrer qu’ils pouvaient être fiers de lui, leur donner le bon exemple. La présence de sa progéniture à ses côtés l’aidait à se sentir entier et à se concentrer.

Sa mère partait souvent en mission. Elle leur avait donné éducation et amour, leur père leur donnait aussi de la force et des objectifs. Son père était la première chose qu’il avait vue en ouvrant les yeux à sa naissance. C’était sa mère qui le lui avait dit. Il était son héritier.


Il était là, dans ce fauteuil,
Premier témoin de mes faux pas,
Le cœur tremblant comme une feuille,
Croyant que je ne savais pas.

 

Il se souvenait bien de ses premiers pas. Hinata, sa mère, riait allègrement tandis que Naruto prenait garde à ce qu’il ne tombe pas. Encore assis dans son fauteuil d’Hokage, il regardait son fils vaciller sur le bureau débarrassé de toute souillure de papier. Il ne le tenait pas, le laissant faire à sa guise, persuadé qu’il allait tomber. Mais il n’était pas tombé. A partir du moment où les Uzumaki arrivaient à quelque chose, ils ne se rataient plus jamais. C’était un fait avéré quelle que soit la génération.


Il était là, sur ma galère,
Lieutenant de la providence
M'envoyant des ondes légères
Comme le ciel de sa Provence,

 

Lorsqu’il avait été à l’école, son père l’accompagnait souvent. Puis, en retard, il disparaissait soudainement pour se rendre à son bureau. Enfin, lorsque le jeune garçon avait été promu genin, son père avait démissionné depuis seulement quelques jours. Sa plus grande surprise avait été de le voir se présenter comme leur nouveau maître. Ensembles, ils avaient fait les missions les plus stupides, son père faisant toujours une bêtise que les enfants devaient rattraper. Il avait été étonné de réaliser que l’homme rendait toutes les missions, même les plus basiques, amusantes ou intéressantes. Evidemment, il n’était pas certain qu’organiser une course au second chat de Madame Shijimi, au premier qui l’attrapait, ou bien un concours de celui qui ramassait le plus de carottes, soit très conventionnel. Il connaissait son père pour ses extravagances, et lorsque ses deux camarades lui avaient signifié leur enthousiasme, il n’avait plus été capable de lui en vouloir pour les petites bêtises qu’il faisait. En mission de rang C, ou toute mission plus importante qu’un ramassage d’ordures, il les laissait faire seuls. Il flânait à distance, les espionnant, leur laissant le champ libre. C’était seulement lorsqu’ils étaient en danger qu’il cessait de masquer sa présence, apparaissant tout à coup tandis qu’ils avaient la frayeur de leur vie. C’était une bonne méthode, songeait encore Kaze. Ils prenaient leurs responsabilités très vite et très tôt, étaient habitués très jeunes à être livrés à eux-mêmes. C’était sans doute pour cela que, contrairement à la majorité de ses camarades de promotion, son équipe avait passé l’examen chuunin du premier coup.


Il était là, dans ce fauteuil,
Qu'il a loué pour l'éternité
Pour m'applaudir du coin de l'œil
Et de temps en temps rigoler.

 

Certains avaient dit qu’ils étaient avantagés parce que leur maître avait été Hokage. Il n’était pas d’accord. Leur enseignement leur avait couté bien plus que ce que les autres n’aient jamais pu fournir. Son père leur avait fait vivre de véritables enfers lors de certains de ses entraînements. Il leur avait fait apprendre des techniques qui n’étaient pas de leur niveau, disant qu’ils apprendraient les bases plus facilement par la suite. Kaze savait qu’il avait encore eu raison. Son équipe entière maîtrisait le Rasengan sous différentes formes, selon leurs affinités. Lui, qui avait hérité des yeux de sa mère, s’en servait avec encore plus de précision que les autres, même s’il avait plus de mal à l’associer avec son affinité. Il se souvenait avoir maîtrisé la technique dans le jardin, celui que son grand père maternel s’échinait à entretenir malgré les pugilats qui le marquaient presque chaque jour. Sa mère le regardait, et lui avait soufflé de courir au bureau de son père pour lui montrer. La tornade de feuilles qu’il avait déclenchée en faisant rouler son chakra dans sa main avec fait mourir de rire l’Hokage.


« Petit, tu m'as fait bien plaisir :
Tu m'as rappelé ton grand-père.
Entre ses larmes et son sourire,
Il n'y avait pas de frontière. »

 

Naruto tentait d’articuler cette phrase à chaque pas en avant qu’il faisait. Naruto le lui disait parce qu’il se revoyait en lui et qu’il parvenait parfois à s’identifier à son propre père. Naruto revoyait le peu d’images qu’il avait de ce père mort trop tôt pour faire partie de ses souvenirs d’enfance. Dans ces images, il y avait le magnifique sourire du Yondaime, et les larmes de joie qu’il avait semblé discrètement verser avant de disparaitre définitivement du sceau tourmenté. Dans ces images, il y avait tout ce que le Quatrième était, et que sans même le savoir, il avait transmis à son fils. Naruto savait qu’il était comme son père en bien des points, notamment celui là. Comme lui-même l’avait à peine connu, il voulait laisser des morceaux de lui à ses propres enfants, qui ne prenaient pas exemple sur sa légende, mais celle de leurs parents directs.


Il était là, dans ce fauteuil,
Quand j'ai fait ma première grimace,
Quand j'ai osé montrer ma gueule
Aux petits copains de ma classe,

 

Naruto était dans son fauteuil lorsque Kaze avait été à l’académie. Iruka, son parrain, l’avait accueilli comme tous les autres élèves et lui avait demandé d’un ton professionnel de l’appeler « maître », comme tous les autres enfants. Kaze avait trouvé cela étrange, mais son père, chez qui il s’était réfugié après la classe, lui avait dit que ça ne l’étonnait pas du tout et qu’il fallait qu’il fasse ce que son maître lui disait. Il n’avait jamais réussi à appliquer la règle à la lettre. Comme son père avant lui, alors qu’il ne le savait pas, il avait joué des tours au pauvre professeur. Il s’était fait coller, disputer, mais il en avait toujours été d’autant plus heureux que son père en riait beaucoup.


Plein de pudeur et d'indulgence
Pour la violence de mes passions,
Pour cette belle intransigeance
Que suivraient tant de concessions.

 

Naruto avait vu son fils grandir différemment de sa jumelle. Il l’avait vu grandir comme lui-même l’avait fait. Un peu solitaire à sa façon, gaffeur, blagueur, fanatique de ramens et têtu comme une mule. Lui aussi avait du mal avec le ninjutsu, les techniques, tout le reste. Lui aussi s’entrainait comme un forcené sans forcément en voir le résultat. Il lui pardonnait tout parce qu’aucun de ses deux enfants ne devait avoir quoi que ce soit à se reprocher. Natsumi ne faisait jamais de bêtises, mais Kaze ne devait pas en être puni par lui. C’était Iruka qui faisait la discipline, cela suffisait. Lui, faisait juste semblant d’être déçu lorsqu’il manquait un examen, ratait un clone ou une mission. Lui, le rendait triste par son regard lointain lorsqu’il repensait aux êtres chers qu’il avait perdus, par les quelques larmes qu’il versait et le sourire rayonnant qui suivait comme pour lui dire :

 

« Ne t’inquiètes pas, c’est normal, ça t’arriveras aussi, alors il faut que tu l’acceptes, parce que c’est comme ça qu’on vit. »


Il était là, dans ce fauteuil,
Mon spectateur du premier jour,
Comme un père débordant d'orgueil
Pour celui qui prenait son tour,
Dans le halo du projecteur
Il vient s'installer tous les soirs
Comme tout autre spectateur,
Mais je suis le seul à le voir.

 

Kaze arborait fièrement sa toute nouvelle tenue d’Anbu, debout devant son père, toujours dans ce fauteuil qu’il semblait avoir loué pour l’éternité. Dès que ses enfants avaient été majeurs, il avait été rappelé à son poste par Konohamaru, qui avait à son tour le devoir de s’occuper de sa famille sans s’encombrer de Konoha. Naruto avait d’abord refusé, puis, comme ses enfants le lui avaient demandé, il avait daigné reprendre son vieux fauteuil de Kage. Ne pouvant cacher sa fierté, il lui avait donné sa première mission d’élite, faisant semblant de ne pas connaître son identité.

Plusieurs fois, par la suite, Kaze avait surpris cette présence bien connue, comme à l’époque où il était genin, qui espionnait entre les arbres, pour voir si tout allait bien. Lorsqu’il en revenait, il retrouvait son père qui l’avait déjà distancé, pas même essoufflé, un peu ébouriffé, assis dans son éternel fauteuil de Kage. La tâche de sauce sur l’accoudoir témoignait déjà de son passage et, la bouche pleine, lui faisant un clin d’œil joueur, il lui répétait encore :


« Petit, tu m'as fait bien plaisir :
Tu m'as rappelé ton grand-père
Entre ses larmes et son sourire
il n'y avait pas de frontière. »

Il était là dans ce fauteuil
Où mon fils aîné va s'asseoir
Quatre générations l'accueillent
Et il sait déjà qu'un beau soir

 

Kaze entra dans le bureau après avoir fait un sourire à sa mère. Depuis quelques années, elle venait aider à la tour administrative. Natsuki, son fils, gambadait joyeusement dans ses jambes et bondit sur le bureau pour se fourrer dans le confortable fauteuil de l’absent Hokage. Il avait déjà dix ans et, pourtant, ressemblait déjà plus que de nature à ses propres parents.

Le petit garçon en était conscient, mais Haru, son oncle, lui avait dit qu’il ne fallait pas être triste si son père le regardait de façon nostalgique. C’était sa façon à lui de se remémorer les choses importantes qui appartenaient au passé. Tandis que Konohamaru se détournait de la vue magique de Konoha au couchant pour retrouver à son tour son ancien bureau et adressait un sourire triste à Kaze, le garçon savait déjà ce qui adviendrait.


Je serai là dans ce fauteuil
Son spectateur du premier jour
Comme un père débordant d'orgueil
Pour celui qui prendra son tour

 

« Kaze, je suis moi-même incapable de reprendre ce poste, même en intérimaire. Tu as tout ce qu’il faut pour le remplacer. Le conseil est unanime. »

 

L’homme sembla recevoir une sorte de malédiction et s’assombrit. Puis, il regarda son fils qui hésitait à comprendre. Ses cheveux blonds resplendissaient au soleil de la soirée, ses yeux bleus, pourtant hérités de sa mère, lui rappelaient son hérédité. Le garçon sembla comprendre l’ampleur des événements et eut soudain les larmes aux yeux. Il n’était pas encore remis de la disparition de cet être cher qu’était Uzumaki Naruto. Puis, comme son père semblait encore plus touché que lui-même, il lui adressa un magnifique sourire, une petite perle d’eau titillant le coin de son œil presque fermé. Kaze, ému, songea soudain à ce que lui répétait si souvent ce père à qui il devait tant. A cet instant, il sut que c’était la seule chose à dire. Alors, renonçant à retenir la larme qui menaçait tant de couler sur sa joue, répondant au sourire rayonnant de son fils par un autre, il récita :


« Petit tu me feras plaisir
Tu me rappelleras ton grand-père.
Entre ses larmes et son sourire,
Il n'y avait pas de frontière. »

 

 

 

Fin

 

 

 

C’est fou, chaque fois qu’il s’agit de Naruto, je me mets dans tous mes états… Je suis en train de renifler, exactement dans le même état que le petit Natsuki. C’est impressionnant… Le refrain de cette chanson est monstrueux, simplement. Enfin, toute la chanson, en réalité. Mais le refrain va magnifiquement à Naruto : « Entre ses larmes et son sourire, il n’y a pas de frontière. »

Ce n’est pas aussi bien et émouvant que les autres. J’ai vraiment perdu pour cette fiction toutes les idées que j’avais à la base. Je pense que ce n’est pas à la hauteur d’« Un seul enfant de toi », mais je trouve que c’est plus ouvert et que c’est une sorte de bonne conclusion à tout ça.

Bref, j’ose espérer que ce petit recueil sans prétention vous aura plu autant que j’ai eu de plaisir à l’écrire (Enormément, j’ai ri et pleuré, été submergée par tout un tas de sentiments que je ne connais pas, c’était génial !). A très bientôt j’espère =).